Vendredi 16 novembre 2007, sur les ondes [1] de France Info :
Nicolas Beytout : » Ecoutez, si l'avenir de nos enfants dépend du malaise de ceux qui ont choisi psychosociologie et qui bloquent à 50 des facs où il y a 15 000 étudiants, alors c'est un vrai grave problème ! »
Laurent Joffrin : » C'est une caricature ! »
Nicolas Beytout : » Non ce n'est pas une caricature ! »
C'est ainsi que le directeur de la rédaction du Figaro décrivait les étudiants ayant fait le choix de la mobilisation pour défendre une cause politique lors de son débat radiophonique avec son homologue du quotidien Libération, Laurent Joffrin.
Au-delà des qualificatifs méprisants attribués par Monsieur Beytout aux étudiants grévistes, nous pouvons nous demander si le directeur de Figaro opérait là une figure de rhétorique. Effectuait-il une métaphore ou une comparaison ?
Autrement dit, s'agissait-il d'une transposition de sens par substitution analogique visant à attribuer aux étudiants grévistes des traits des étudiants en psychosociologie ? Ou alors réalisait-il une comparaison, en exprimant explicitement une assimilation entre deux idées, ici deux groupe ?
Allons un peu plus loin. Qu'est-ce qui amène le directeur de Figaro à parler ainsi des » étudiants en psychosociologie » ? A-t-il des raisons spécifiques qui l'amènent à utiliser ce point de comparaison et à défendre sa plausibilité, voir sa véracité ? A-t-il lui-même fait des études de psychologie sociale ? A-t-il suivi des enseignements qui lui ont laissé un goût amer ?
Étant, depuis quelques années, enseignants-chercheurs en psychologie sociale il est tout à fait compréhensible que l'on éprouve un certain étonnement, une certaine aporie, voire une curiosité. D'où les questionnements suivants adressés au (futur ex) directeur de la rédaction du Figaro : Savez-vous, Monsieur Beytout, par exemple,
Nous tentons sans malaise et avec les moyens insuffisants de l'université française d'aiguiser un regard psychosocial critique à nos étudiants pour saisir l'importance de la pensée et des représentations sociales, de l'alterité, sous toutes ses formes ; pour comprendre (et déconstruire) les stéréotypes, le racisme, la discrimination ; pour mettre en évidence les déterminants psychosociaux des nouvelles formes de précarité qui touchent de plus en plus le tissu social ; pour étudier la mémoire collective, l'influence sociale, la mixité à l'école, le non recours à la justice, et on en passe.
Sommes-nous en train de former des étudiants » subversifs » menaçant l'avenir de » vos » enfants ? N'est-ce pas là plutôt un oxymore, Monsieur Beytout ?
Signataires : enseignants-chercheurs en psychologie sociale :
KALAMPALIKIS Nikos (Univ. Lyon 2),
HAAS Valérie (Univ. Lyon 2),
MOULIN Pierre (Univ. de Metz),
DELOUVEE Sylvain (Univ. de Rennes 2),
SCHARNITZKY Patrick (Univ. de Picardie),
MILLAND Laurent (Univ. de Poitiers), Ferrière Séverine (IUFM Lyon), Fraisse Christelle (Univ. de Brest), Fouquet Arnaud (Univ. de Picardie), Roussiau Nicolas (Univ. de Nantes), Morin Christine (IUFM Lyon), Joulain Michèle (Univ. de Tours)LE BLANC Alexis (Univ. de Toulouse), APOSTOLIDIS Thémis (Université d'Aix-en-Provence), RAYMOND Adeline (Univ. de Bretagne occidentale), FIEULAINE Nicolas (Univ. Lyon 2)etc.
Links:
[1] http://www.libelabo.fr/2007/11/16/etudiantsle-gouvernement-a-t-il-sous-estime-la-grogne/