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"Si tu veux rester sain, arrête le vélo et va travailler"
By Julien Marival
Created 11/05/2007 - 12:06

Il s'appelle Luc. Il était coureur cycliste « semi-professionnel » dans les années 90. A ce niveau aussi, le dopage était partout : « Tu suis ou tu suis pas. Tu es ou tu n'es pas. » Rue89 publie son témoignage, recueilli par le journaliste Julien Marival, en cinq épisodes. Un point de vue de l'intérieur du peloton amateur, qui tranche avec les semi-confessions actuelles des anciens pros du guidon.

Illustration: Serge Bloch.« Le vélo, personne ne m'a jamais forcé à en faire. Cela faisait plaisir à mes parents que je m'investisse dans un sport. Mon père avait évolué à un bon niveau universitaire en course à pied avant de partir à l'armée. Mais ils ne m'ont pas vraiment poussé. J'ai commencé à faire des courses à 14 ans, en minimes, mais c'est seulement en cadets que j'ai eu mes premiers résultats. J'ai confirmé en juniors, où j'ai gagné deux courses avant de monter dès la troisième année en seniors, à 19 ans.

“Un an et cinq victoires plus tard, je passais en élite première catégorie, l'antichambre des pros, au sein d'un club des Hauts-de-Seine. J'étais semi-professionnel mais je courais souvent avec des équipes pro comme Z, Toshiba ou RMO. En semaine, je travaillais à mi-temps, de 6 heures à 11 heures, puis je roulais l'après-midi. Quand j'étais fatigué, je prenais du magnésium.

‘Mais je me suis vite aperçu que mon entraînement n'était pas suffisant pour tenir en course. Au début de la saison, ça allait, mais dès le mois de mai, j'ai senti que je n'avais plus de jus. Je ne pouvais plus suivre le rythme.

Je ne voulais pas arrêter le vélo. Je lui avais sacrifié mes études’

‘C'est à ce moment là que j'ai compris comment marche vraiment le sport de haut niveau. J'étais en train de raconter mes galères à un gars du peloton qui avait dix ans d'expérience en première catégorie. Je lui disais que je voulais réussir sans rien bouffer que des kilomètres. Soudain, il m'a lâché : Si tu veux rester sain, arrête le vélo et va travailler.'

Je ne voulais pas arrêter le vélo. Je lui avais sacrifié mes études, à 17 ans, contre l'avis de mes parents. Je n'avais même pas un BEP. Ma mère avait finalement accepté que je lâche les cours, à condition de trouver tout de suite un vrai’ travail.

‘J'étais parti bosser à Rungis, à plein temps d'abord puis à mi-temps quand je suis passé en seniors. Je gagnais l'équivalent de 600 euros avec mon club. Avec les primes de course, cela pouvait monter à 1 000 euros. Mais pour les toucher, il fallait être performant sur le vélo. Et en première catégorie, je ne l'étais plus. Il fallait faire quelque chose.’

Illustration : Serge Bloch [1]

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[1] http://www.sergebloch.net/
[2] http://www.rue89.com/2007/11/06/avec-la-cortisone-je-pouvais-enchainer-course-sur-course
[3] http://www.rue89.com/dope-story