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Affaire Boulin: jour de vérité au Palais de justice
By Rue89 Droit de suite
Created 10/15/2007 - 23:56

Vingt-huit ans après l'assassinat d'un ministre en exercice, la justice française va-t-elle oser rouvrir une enquête en bonne et due forme ? Ce mardi après-midi, à 16h00, Fabienne Boulin doit être reçue avec son avocat par le Procureur général de Paris. Après plus de quatre ans d'hésitation, Laurent Le Mesle va annoncer si oui ou non il décide de reprendre l'affaire Boulin. Une décision juridique bien sûr, mais aussi politique.

Judiciairement, l'affaire Boulin est close grâce à une ordonnance de non-lieu expéditive qui a classé l'enquête en 1992. La vérité judiciaire s'est alors installée : Robert Boulin, ministre du Travail et de la Participation du gouvernement Barre, s'est suicidé aux barbituriques dans une marre de 50 cm de profondeur en forêt de Rambouillet. Jusqu'à ce que des journalistes de Canal+, puis de France Inter, reprennent le dossier à partir de 2001. Ces contre-enquêtes ont démontré que le suicide est impossible, mais surtout, elles ont révélé des éléments nouveaux susceptibles de provoquer la réouverture d'une information judiciaire.

Barre a appris la mort cinq heures avant les enquêteurs

A commencer par ces témoignages étonnants, rassemblés par Benoît Collombat dans un livre (« Robert Boulin, un homme à abattre » Fayard) dont Rue89 rendait compte il y a quelques mois [1], qui révèlent que les plus hautes autorités de l'Etat sont alertées de la mort du ministre entre 1 heure et 3 heures du matin le 29 octobre 1979. Et non à 8h45, comme l'indique la version officielle. Raymond Barre, Premier ministre, fut très clair, tout comme son ministre de l'Intérieur de l'époque, Christian Bonnet [2]. En droit, cela correspond à l'article 189 du code de procédure pénale :

« Sont considérées comme charges nouvelles les déclarations des témoins, pièces et procès-verbaux qui, n'ayant pu être soumis à l'examen du juge d'instruction, sont cependant de nature soit à fortifier les charges qui auraient été trouvées trop faibles, soit à donner aux faits de nouveaux développements utiles à la manifestation de la vérité. »

Le Procureur général a donc trois solutions : soit il rejette la demande de réouverture, soit il l'accepte, soit il temporise en prenant son temps pour accumuler de nouveaux « nouveaux éléments ». En tout état de cause, il n'a pas à motiver sa décision. Voilà pour le droit.

S'agissant de la politique, cette décision sera à lire à l'aune des promesses de « rupture » vis-à-vis d'une certaine époque et de certaines méthodes. Nicolas Sarkozy et Rachida Dati ont ainsi l'occasion de préciser de quel côté leur coeur balance : celui d'une vérité officielle et (mal) reconstruite ou celui du devoir de mémoire envers un serviteur de l'Etat et fidèle gaulliste…

David Servenay



Article suivi : Pourquoi Il faut rouvrir le dossier Boulin [1]


URL source: http://www.rue89.com/2007/10/16/affaire-boulin-jour-de-verite-au-palais-de-justice

Links:
[1] http://www.rue89.com/2007/05/12/pourquoi-il-faut-rouvrir-le-dossier-boulin
[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_Bonnet