
Après plus de deux ans de prison, le dissident tunisien Mohamed Abbou a été gracié mardi par le Président tunisien Ben Ali. Et, selon Reporters sans frontières (RSF) [1], il faut remercier … Nicolas Sarkozy !
Avocat et défenseur des droits de l'Homme âgé de 41 ans, Mohamed Abbou avait été brutalement arrêté en mars 2005, à la veille du Sommet mondial sur la société de l'information, qui avait eu l'idée saugrenue de se réunir à Tunis. Membre du Conseil national des libertés en Tunisie (CNLT), Mohamed Abbou avait été condamné à trois ans et demi de prison pour avoir comparé, sur le site internet Tunisnews [2], le traitement des prisonniers du régime Ben Ali avec le sort des détenus de la prison d'Abou Ghraib en Irak. Libéré mardi après-midi, il a retrouvé sa famille qui avait eu énormément de mal à le voir pendant sa détention.
Mohamed Abbou a donc été libéré par anticipation par le Président Ben Ali, à la veille de la fête nationale tunisienne. Pour la journaliste Sihem Bensedrine, du Conseil national des libertés (mouvement interdit), la libération de Mohamed Abbou est « un grand bonheur et une belle victoire pour tous les défenseurs des droits de l'Homme qui se sont mobilisés pour lui en Tunisie et à l'étranger ».
Mais le Président tunisien aurait surtout cédé aux pressions de ses « amis », dont l'incontournable Nicolas Sarkozy, si l'on en croit RSF. Sur son site, l'ONG française de défense de la liberté de la presse déclare [3] : « Nous remercions tous ceux qui sont intervenus en sa faveur, dont le chef de l'Etat français, Nicolas Sarkozy, qui a évoqué le cas de Mohammed Abbou avec ses interlocuteurs, lors de son récent voyage en Tunisie. » Au cours de ce voyage, le Président français avait été accompagné de Rama Yade, la secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme, qui avait été critiquée [4] en France pour n'avoir rencontré que des officiels tunisiens et pas la société civile qui évolue difficilement dans le cadre de ce régime répressif. C'était sans doute le prix à payer pour obtenir la libération de Mohamed Abbou, l'un des prisonniers politiques les plus en vue en Tunisie.
Après les infirmières bulgares remises lundi à Cécilia Sarkozy, un dissident tunisien libéré mardi à la demande de Nicolas Sarkozy : le palais de l'Elysée commence à ressembler à une annexe d'Amnesty International. Plus sérieusement, ces libérations en série sont assurément devenues une arme efficace pour le Président, diplomatiquement, mais plus sûrement aussi en politique intérieure.
Links:
[1] http://www.rsf.org/
[2] http://www.tunisnews.net/
[3] http://www.rsf.org/article.php3?id_article=23041
[4] http://fr.allafrica.com/stories/200707160661.html