» Gros soupir de soulagement après une nuit de négociation dramatique. » Ce matin, à l'instar de Der Spiegel [1], c'est la presse allemande qui salue le plus joyeusement l'accord trouvé par les 27 sur projet de » traité simplifié » destiné à remplacer la défunte » constitution européenne » .
C'est en effet la chancelière Angela Merkel qui a conduit les discussions et amené les uns et les autres (particulièrement les Polonais et les Britanniques) à trouver un compromis, après un coup de poker inattendu. La Chancelière, juste avant minuit, a en effet lancé un ultimatum aux jumeaux Kaczynski, qui dirigent la Pologne, l'un à la présidence, l'autre dans le siège du Premier ministre.
Les deux frères refusant la nouvelle règle de prise de décision au sein du conseil des ministres de l'Union (la fameuse » double majorité » : 55% des Etats et 65% de la population), la chancelière les a menacé de mettre sur les rails le nouveau traité, avec ou sans leur accord… Un coup de théâtre qui a forcé les Polonais à chercher un nouveau compromis. Mais pour les satisfaire, la date de mise en vigueur effective de la » double majorité » a été repoussée à… 2017.
La presse britannique, elle, insiste sur petit bras de fer franco-britannique autour de la notion de » concurrence libre et sans distorsion » . Le Guardian [2] raconte ainsi comment Gordon Brown est intervenu pour remonter le ressort du Premier ministre Tony Blair, auquel il doit bientôt succéder, et qui venait de céder à une demande de Nicolas Sarkozy jugée dangereuse.
Le Président, par crainte d'une réaction des » nonistes » français, avait bataillé pour faire retirer du projet de traité l'expression » concurrence libre et sans distorsion » . ( » J'essaye de tenir compte de ce qu'ont dit les Français. Il s'est passé quelque chose quand même. Les Français ont dit « non » à 55%. J'ai ce mandat-là aussi » , a-t-il expliqué dans la nuit de jeudi à vendredi lors d'une conférence de presse).
Pour Gordon Brown, une victoire française aurait signifié une atteinte à l'engagement de l'Europe en faveur du libre marché. Depuis Londres, il a donc téléphoné trois fois à Blair. Ce dernier a ainsi dû retourner à la table des négociations pour exiger un nouveau » protocole » garantissant les pouvoirs de l'UE en matière de lutte contre les monopoles et de respect de la concurrence.
En Italie, la Repubblica [3] salue l'accord sur la double majorité pour 2017, mais cite Prodi qui déclare : » On aurait pu faire mieux. » Si le président du conseil italien constate que l'Europe sort de ce sommet » plus forte » , il ajoute qu'il est nécessaire de réfléchir à » une coopération renforcée, une sorte d'Europe à deux vitesse, pour compléter le processus institutionnel » . C'est le chantier qu'il se fixe pour les prochains mois.
► Toute cette négociation, passionnante, a été chroniquée par Jean Quatremer, de Libération, sur son blog. [4]
A lire :
Accord à l'arraché au sommet européen de Bruxelles [5]
Les conclusions du Conseil européen.
A lire :
[6]La constitution européenne bouge encore [6]
Le projet de traité simplifié est relancé
A lire :
[7]Europe : une menace de veto peut en cacher une autre [7]
Pologne et Grande-Bretagne se font tirer l'oreille.
Links:
[1] http://www.spiegel.de/politik/ausland/0,1518,490267,00.html
[2] http://politics.guardian.co.uk/eu/story/0,,2109523,00.html
[3] http://www.repubblica.it/2007/06/sezioni/esteri/consiglio-ue/prodi-dopo-accordo/prodi-dopo-accordo.html
[4] http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/
[5] http://www.rue89.com/2007/06/23/accord-a-larrache-au-sommet-europeen-de-bruxelles
[6] http://www.rue89.com/2007/06/21/mauvaise-nouvelle-pour-les-nonistes-la-constitution-europeenne-bouge-encore
[7] http://www.rue89.com/node/1316/edit