
Que s'est-il passé à Hénin-Beaumont ? Pourquoi 39% des électeurs se sont-ils tournés vers le Front national [1] dimanche au premier tour des municipales ? Pour comprendre, petit retour en arrière sur les affaires financières d'une commune sinistrée par ses élus.
En 2004, les comptes de la ville étaient déjà catastrophiquesTout commence par un examen approfondi des comptes de la ville sur la période 1998-2003. Dans le rôle des méchants contrôleurs, les magistrats de la chambre régionale des comptes du Nord-Pas-de-Calais qui publient leur rapport en 2004 [2]. Premier bilan accablant :

Lorsqu'il est élu en 2001, après avoir été directeur de cabinet du maire sortant Pierre Darchicourt, Gérard Dalongeville poursuit la politique clientéliste du PS local. Il est notamment soutenu par Jean-Pierre Kucheida, l'homme fort du département chez les socialistes [3].
S'appuyant sur le clientélisme traditionnel du bassin minier, Dalongeville continue d'embaucher à tour de bras. Pour pallier le déficit chronique de la ville, il augmente les impôts locaux de 85% et effectue des « cessions de patrimoine massives ».

En mars 2008, nouveau rapport de la chambre régionale des comptes [4] du Nord-Pas-de-Calais.
D'après les magistrats financiers, le tableau est désastreux :
« Le simple fonctionnement courant de la ville représente une somme de 1 288 euros par habitant en 2007, contre 1 070 euros par habitant en 2004, soit + 20 % en quatre ans.
La commune d'Hénin-Beaumont se situe ainsi très au-dessus des moyennes régionales (984 euros/hab.) et départementales (945 euros/hab.) des villes de sa catégorie. »
Sachant que le taux de chômage dépasse les 14% de la population active, Hénin-Beaumont n'a plus de réserves fiscales, et est virtuellement ruinée.

A partir de 2008, les policiers de la financière du SRPJ se mettent en chasse, parallèlement à la chambre régionale des comptes, qui poursuit son audit. Ils mettent au jour un vaste système de fausses factures, animé par un réseau d'élus qui échangent factures bidons contre prestations fictives.
Gérard Dalongeville est, semble-t-il, le seul à avoir une vision complète des opérations. D'après les policiers, il y en aurait, au minimum, pour 900 000 euros de détournement de fonds publics…

7 avril 2009 : coup de tonnerre, les enquêteurs interpellent le maire. Perquisitions, saisie d'une montagne de documents. Dans son bureau de l'hôtel de ville, ils cherchent un coffre-fort.
Gérard Dalongeville dément, puis admet qu'il y a bien un coffre dans son bureau, mais prétend en avoir perdu la clé. Le serrurier arrive, ouvre la bête et là, surprise, les enquêteurs tombent sur 13 000 euros en petites coupures. Le maire ne fournit aucune explication.
Résultat : le 9 avril, une mise en examen pour « détournement de fonds publics, faux en écriture, favoritisme », puis, le 23 avril, pour « corruption passive ». Il a été placé en détention provisoire. Son ancien adjoint aux finances, Claude Chopin, président de la commission d'appels d'offre, est également incarcéré.

Dans la galerie des protagonistes, Guy Mollet est un personnage clef. Intermédiaire « mandaté oralement par Gérard Dalongeville » selon son avocat, pour se rendre à Léon (Landes) où la mairie d'Hénin-Beaumont possède un terrain.
Pour ce faire, Mollet a voyagé en avion-taxis privé aux frais de la mairie. Plusieurs allers-retours à Carcassonne et au… Luxembourg, pour, dit-il, négocier avec des investisseurs prêts à acheter le terrain.
Guy Mollet n'est pas un inconnu dans la région : organisateur de course cycliste, animateur du Journal du pays, un bulletin municipal financé par la mairie d'Hénin-Beaumont…

Quel que soit le résultat du second tour de dimanche, la nouvelle équipe municipale aura à trancher dès le 12 juillet. Ce jour-là, la mairie est obligée de répondre au plan de redressement présenté par la chambre régionale des comptes. Deux solutions :

Pour l'instant, le seul candidat à ne pas écarter une hausse des impôts est celui de l'Alliance républicaine, Daniel Duquenne. Marine Le Pen, pour le FN, a repoussé une telle éventualité, expliquant que la fin des malversations suffirait à résorber le déficit.
Mais la gestion de la ville sera de toute façon très compliquée, pour les raisons suivantes :
Photo : Marine Le Pen en campagne sur le marché d'Hénin-Beaumont mardi (Pascal Rossignol/Reuters)
Links:
[1] http://www.rue89.com/2009/06/27/39-des-voix-marine-le-pen-et-le-fn-en-tete-a-henin-beaumont
[2] http://www.ccomptes.fr/fr/CRC18/documents/ROD/NPR200501.pdf
[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Pierre_Kucheida
[4] http://www.ccomptes.fr/fr/CRC18/documents/ROD/NPR200905.pdf
[5] http://www.rue89.com/2007/06/15/comment-marine-le-pen-veut-re-conquerir-le-front-national