L'Elysée a réussi son « buzz ». D'un bout à l'autre du paysage médiatique, on ne va parler que de « Nicolas II », du second volet de son quinquennat, d'acte II de la Sarkozie.
Pour marquer cette césure, il a suffi à Nicolas Sarkozy de dépenser 400 000 euros, d'organiser un pompeux raout à Versailles [1], avec sabres au clair et roulements de tambour, d'octroyer dans ce faste royal un discours aux représentants du peuple, et de truffer ledit discours de quelques saillies démagogiques, à propos de la prétendue invasion de la France par les burqas [2] ou de l'argent du contribuable dont pas un euro ne sera gaspillé.
Ce faisant, « Sarkozy 2 » peut effacer « Sarkozy 1 » et ses erreurs, qui n'ont plus grand intérêt. Sarkozy 1 était un Sarkozy pré-crise.
Dans le monde d'aujourd'hui, a expliqué le Président, « rien n'est plus comme avant », et dès lors, tout bilan devient inutile. Prenez ainsi la rigueur. Nicolas Sarkozy reprend à son compte les dadas d'Henri Guaino, son conseiller personnel. La rigueur, cela n'a jamais marché, a répété le Président. Il n'a pas toujours dit cela (notamment lorsqu'il était ministre du Budget), mais c'était avant la-crise-qui-a-tout-changé.
De même, quand Nicolas Sarkozy déclare que « nous avons fait la part trop belle au capitalisme financier », ou que « nos prisons sont une honte », il ne se sent pas concerné par ces funestes erreurs, car lui sort de cette crise économique comme un homme neuf, le « président du mouvement ».
Fort de ce positionnement qui permet de s'auto-affranchir du passé, Nicolas Sarkozy peut entreprendre une vaste « triangulation » politique [3], propre à couper tout oxygène à son opposition socialiste. La triangulation, technique inventée par Bill Clinton et reprise par Tony Blair, a prouvé son efficacité en assurant la longévité de ces derniers. Elle consiste à reprendre à son compte les idées-forces de son opposant principal.
Les socialistes, encore assommés par leur défaite électorale, tentaient-ils de pousser l'idée d'un « grand emprunt », européen si possible ? Ce thème-là ne leur appartient plus. Dénonçaient-ils les risques pour les plus fragiles ? Ils ne sont plus les seuls. S'insurgeaient-ils contre le scandale des prisons ? Ils ont trouvé plus choqué qu'eux.
Mais à part ces quelques habiles incursions sur le terrain de la gauche, Nicolas Sarkozy maintient en réalité le cap de « Sarkozy 1 » : suppression du nombre de fonctionnaires (ces responsables du « mauvais déficit »), remise en cause du système des retraites, poursuite du projet de répression du téléchargement illégal, malgré la claque récemment infligée par le Conseil constitutionnel. « Sarkozy 2 » n'existe pas, c'est un mirage.

Links:
[1] http://www.rue89.com/2009/06/22/devant-le-congres-sarkozy-annonce-un-emprunt-national
[2] http://www.rue89.com/2009/06/18/une-burqa-non-je-ne-sais-pas-ou-trouver-ca?
[3] http://en.wikipedia.org/wiki/Clintonian_triangulation
[4] http://www.rue89.com/tag/sarkozy
[5] http://www.liberation.fr/politiques/0101575575-congres-de-versailles-le-discours-de-nicolas-sarkozy-devant-les-parlementaires
[6] http://www.challenges.fr/actualite/toute_lactu/20090622.OBS1493/les_ractions_au_discours_de_nicolas_sarkozy.html