
Grosse colère à Pékin, après la décision des autorités américaines d'expédier dans l'île de Palaos [1], un micro-Etat du Pacifique Sud, dix-sept ressortissants chinois d'origine ouïgour [2] qui étaient retenus depuis sept ans dans le camp de Guantanamo [3].
La Chine réclame rien de moins que le retour de ses ressortissants soupçonnés, mais jamais formellement accusés de liens avec la nébuleuse Al Qaeda :
« La Chine exige que la partie américaine se conforme à ses obligations internationales sur l'antiterrorisme, bloque le transfert de ces suspects dans un quelconque pays tiers et les rapatrie en Chine. »
La Chine s'agace doublement dans cette affaire. D'abord parce que contrairement aux Français renvoyés en France ou aux Britanniques en Grande-Bretagne, les Etats-Unis refusent de renvoyer les Chinois en Chine.
Et pour cause : des Ouïgours soupçonnés de liens avec Al Qaeda [4] seraient assurément soumis à la repression qui vise les milieux indépendantistes du Xinjiang. Or Washington, qui ne les considère pas comme des « ennemis combattants », a décidé de les libérer, pas de les faire enprisonner ou torturer ailleurs…
D'autre part, c'est peu connu et nous a été signalé par un riverain installé à Taipei, Palaos reconnait toujours Taiwan, et pas Pékin. De quoi agiter sous l'oeil irrité des dirigeants chinois la rencontre de deux « séparatismes », le ouïgour et le taiwanais…
Palaos y voit un moyen d'exister, de se rendre utile auprès des Etats-Unis, et sans doute d'en tirer un avantage matériel. Son président, Johnson Toribiong, a déclaré mercredi :
« Je suis honoré et fier que les Etats-Unis aient demandé l'assistance de Palaos pour une tâche aussi importante. »
La saga des Ouïghours de Guatanamo n'en est pas à son premier rebondissement.
Un premier groupe de cinq ressortissants a été libéré en 2007, du temps de l'administration Bush, et envoyés en Albanie. Le second groupe de 17 personnes a fait l'objet en octobre dernier d'une décision de justice exigeant leur libération [5] sur le territoire américain, mais l'administration Bush avait fait appel.
Barack Obama a donc tranché, mais renoncé à les garder sur le territoire américain après les récentes polémiques au Congrès. Amnesty International et d'autres organisations de défense des droits de l'homme avaient demandé expressément à Washington de ne pas renvoyer les Ouïgours en Chine.
Photo : deux Chinois d'origine ouïgoure libérés du camp de Guantanamo, dans un centre pour réfugiés en Albanie (Arben Cell/Reuters)
►Rectificatif 12.6.2009 : dernier para, Washington à la place de Pékin, merci à l'internaute qui a signalé le lapsus.
Links:
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Palaos
[2] http://www.rue89.com/tag/ouigours
[3] http://www.rue89.com/tag/guantanamo
[4] http://www.rue89.com/tag/al-qaeda
[5] http://www.rue89.com/chinatown/2008/10/08/un-juge-americain-ordonne-la-liberation-de-17-ouigours-de-guantanamo
[6] http://www.rue89.com/2008/04/04/apres-le-tibet-pekin-doit-faire-face-a-lopposition-des-ouigours
[7] http://www.taipeitimes.com/News/front/archives/2009/06/11/2003445888
[8] http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/06/10/palau-accueillera-17-detenus-chinois-ouigours-de-guantanamo_1204944_3222.html