
Fin avril, la TNS-Sofres l'affirme : [1] « Les clichés sur les différences d'approche hommes/femmes en matière d'amour et de sexe ressortent nettement de notre étude : les femmes ont une vision plus romantique, les hommes plus matérialiste. » « Ça me parait n'importe quoi, dubite Camille [2], et la question que je me pose est : “pourquoi les gens se conforment-ils toujours aux stéréotypes dans les sondages ? ” Réponse d'expert :
L'idée que “les gens se conforment TOUJOURS aux stéréotypes dans les sondages” est elle-même à la fois… :
C'est que les sondeurs et les journalistes commentent souvent la majorité (les pourcentages supérieurs à 50) ou bien la différence positive dans les comparaisons entre populations (ici par exemple, le fait que 45% des hommes pourraient volontiers se taper une nana sans l'aimer, contre 19% des femmes), sans regarder l'autre moitié des gens (la minorité de réponses pas si conformistes que ça est parfois grosse, c'est même la majorité : 55% des hommes dans le cas cité ici).
Or les sondages -lorsqu'ils sont bien faits- reflètent justement la diversité des opinions, et pas seulement la majorité. Leur défaut est de simplifier outrageusement les modalités possibles de cette diversité, voire d'en louper quelques-unes.
Ceci dit il arrive effectivement (souvent) que les gens se conforment à des clichés qui ne leur correspondent que moyennement, pour diverses raisons :
Le principe du sondage est de réduire l'immensité des réponses possibles à une question pour qu'elle tienne dans quelques phrases compréhensibles par tous les sondés, quel que soit leur niveau d'instruction, et quelques “cases” cochables, qui présentent l'intérêt de pouvoir mesurer des masses de gens qui sont grosso modo d'une même opinion. Le sondage est donc par définition une manière de stéréotyper les opinions, c'est même son unique raison d'être, son unique intérêt et son énorme limite.
D'où l'intérêt des études qualitatives, qui ne proposent pas de réponses prédéfinies et laissent les gens s'exprimer dans toute leur complexité. Du coup, elles permettent de découvrir et de comprendre des choses, mais ne mesurent rien.
Photo : au festival du sexe et de l'érotisme à Tel Aviv le 6 février 2008 (Ronen Zvulun/Reuters).
Links:
[1] http://www.delitsdopinion.com/2experts/la-crise-met-lappetit-sexuel-des-francais-en-berne-835/
[2] http://www.rue89.com/riverain/camille
[3] http://www.rue89.com/en-faire-un-sondage
[4] http://www.rue89.com/rue69/2008/12/21/plaisir-41-des-femmes-preferent-le-chocolat-au-sexe