Jean Arthuis a déterré un trésor caché : les artisans réclament une réforme, les géants du bâtiment font le gros dos.

Une fois n'est pas coutume, rendons hommage au Sénat et à son opiniâtre président de la commission des finances, le centriste Jean Arthuis. L'ancien expert comptable a plongé son nez dans les comptes des caisses de congés payés du BTP. Il a trouvé un trésor de 777 millions d'euros…
Il aura fallu quelques coups de semonce pour que l'Union des caisses de France (UCF) consente à lever le voile sur son fonctionnement. Après la longue enquête menée par Rue89 [1], puis la grogne des entreprises [2], voici que les parlementaires et le gouvernement s'intéressent à ce magot endormi du paritarisme. Ce qu'ils découvrent est étonnant.
Pour ceux qui ont raté les épisodes précédents, les caisses de congés payés du bâtiment gèrent l'argent des vacances des ouvriers du BTP depuis 1937. Le principe est simple : les employeurs versent à ces associations l'équivalent des congés payés (plus les congés intempéries et le risque accident du travail), qui est restitué au bout d'un an aux salariés des entreprises cotisantes.
Ce système pose plusieurs problèmes :
Il y a un an, nous avions interrogé Claudine Metz, directrice de l'UCF, organisme qui coiffe les 31 caisses régionales et celle des travaux publics :
« Les cotisations, disait-elle, couvrent exactement le coût des congés payés, tel qu'ils sont payés par les caisses avec un certain nombre d'avantages, notamment une prime de vacances de 30%. » (Voir la vidéo)
Depuis, l'Union des caisses de France a placardisé Claudine Metz, remplacée par Pierre-Yves Tanguy, apparatchik du BTP, ex-secrétaire général de la Fédération française du bâtiment (FFB). Sa mission ? Faire le ménage, mais sans bruit. L'UCF a lancé en 2008 une procédure d'audit confié à KMPG.
A force de batailler, Jean Arthuis a pu obtenir quelques éléments de cet audit. Il les a présentés la semaine dernière à la commission des finances du Sénat. Rue89 s'est procuré le texte de cette intervention. Qu'y apprend-t-on ?
Dans sa présentation aux sénateurs, Jean Arthuis met en cause la « gestion et la destination des excédents de résultat financier [qui] demeurent opaques ». Tout comme le « patrimoine immobilier » qui n'est pas chiffré. L'absence de publicité des comptes, ajoute le représentant de la Mayenne, pose « le problème de la gouvernance des caisses et du déficit d'information auprès des employeurs et des salariés ».
Dans ce constat accablant pour les patrons du BTP, véritables gestionnaires des caisses puisque les salariés n'y sont pas représentés, Jean Arthuis cite à deux reprises l'audit réalisé l'an dernier sur les caisses de congés payés :
En clair, ce système particulièrement opaque est à réformer d'urgence. Commentaire lapidaire de Jean Arthuis :
« Il va falloir que la FFB, comme l'UIMM, revoie sa procédure de gouvernance. »
Le sénateur de la Mayenne ne prononce pas le terme de « caisse noire », mais il s'interroge sur la présence de « produits toxiques » dans les réserves de certaines caisses régionales qui, en plaçant leurs économies dans des « fonds de fonds » ou dans certains paradis fiscaux, vont sans doute perdre beaucoup de plumes :
« J'attends les comptes arrêtés au 31 mars 2009. »
Rififi chez les patrons : les petits râlent, les gros se taisent
Laurence Parisot, d'habitude si prompte à commenter les dérives du paritarisme, n'a jamais rien dit sur les caisses de congés payés du BTP. Il faut dire que la branche du bâtiment est, derrière l'UIMM, le second bailleur de fonds du Medef. Le président de la FFB occupe traditionnellement le poste de trésorier du Mouvement.
Ces derniers temps, Jean Lardin est plus prolixe. Le président de la Capeb a compris l'urgence de la réforme à mener, après avoir vu quelques documents résumant l'audit de KPMG :
« Je n'ai pas l'intime conviction que ce système soit clair, net et précis. Quand vous avez une mine d'or comme ça, il faudrait être fou pour noyer les galeries ! »
La mine d'or, c'est une série davantages qui fait vivre les organisations patronales depuis des décennies. Pour Jean Lardin, personne n'a intérêt à remettre en cause cette vache à lait :
Sur les cotisations patronales un peu trop facilement perçues, le président de la Capeb propose de certifier la procédure par un document où l'entreprise est clairement informé qu'elle cotise à l'une ou l'autre des organisations (FFB ou Capeb). Quant à l'UCF, elle est toujours aussi peu loquace :
« L'Union des caisses de France ne souhaite pas commenter l'actualité du réseau. »
Photo : « Chantier interdit au public » (Mzelle Biscotte/Flickr).
Links:
[1] http://www.rue89.com/2008/02/11/les-conges-des-ouvriers-du-btp-financent-le-medef
[2] http://www.rue89.com/2008/02/21/des-patrons-du-btp-confirment-les-derives-des-caisses-de-conges
[3] http://www.rue89.com/2008/03/11/les-cinq-milliards-du-btp-qui-enrichissent-le-medef
[4] http://www.rue89.com/2008/06/17/affaire-des-caisses-de-conges-payes-du-btp-rue89-aidez-moi
[5] http://www.ci-btp.fr/
[6] http://www.ffbatiment.fr/federation-francaise-du-batiment.htm
[7] http://www.capeb.fr/INTERNETCAPEBWeb/National/Publication/accueil/accueil.jsp