28/03/2010 à 19h50

Le problème des commentaires ne vient pas des commentaires

Jeff Jarvis | http://www.buzzmachine.com/


Le mur John Lennon à Prague, devant l'ambassade de France (Eisenheim/Flickr)

J'en viens à penser que le problème avec la qualité des commentaires en ligne est une question de timing.

Quand, dans les médias, nous avons fini notre travail, nous autorisons le public à commenter. Nous envoyons notre produit de l'autre côté du mur et laissons les gens réagir tandis que nous nous retirons dans notre château pour ne pas les entendre. Ils savent alors qu'ils ne parlent qu'aux briques et, du coup, ils crient et les couvrent de graffitis. Nous avons simplement le pouvoir de nettoyer ce désordre mais nous avons déserté la scène et les murs du château se retrouvent rapidement couverts de graffitis.

Ce timing, insultant pour le public, vient de la manière dont les vieux médias voient Internet. Nous pensons qu'Internet est un média et que nous mettons en ligne des produits que les gens consomment.

Ouvrir la conversation plus tôt dans le processus

Lorsque, à la place, nous ouvrons la conversation plus tôt dans notre processus, alors là elle peut devenir plus collaborative et plus productive : nous demandons aux gens de nous éclairer avec ce qu'ils savent, ce qui représente une marque de respect et de valeur. Nous écoutons leurs conseils et leurs demandes. Nous en finissons avec la séparation du public, nous opérons la jonction. Attendre que nous ayons fini pour écouter, c'est trop tard.

Nous devons arrêter de regarder Internet comme un média. J'ai passé un long moment ce week-end à en parler avec une journaliste qui écrit un article sur les commentaires insultants et j'ai essayé de la convaincre que la vue issue du fonctionnement des médias que nous, les médias, tentons d'imposer sur Internet est la plus grande partie du problème.

Lorsque nous traitons Internet comme un média, nous voulons qu'il soit bien rangé et propre, contrôlé comme les journaux ou les magazines. Lorsque quelqu'un lâche une grossièreté ou un commentaire désobligeant, nous pensons qu'il ruine tout l'édifice, comme si un mauvais éditeur avait laissé passer le mot « merde » dans une lettre publiée par le New York Times.

Internet est un lieu, pas un média

Mais comme Doc Searls (blogueur, journaliste spécialiste des logiciels libres, ndt) me l'a enseigné, Internet n'est pas un média. Le prendre comme tel amène à toutes sortes d'a priori dangereux sur le contrôle, la propriété et la réglementation. Non, dit Doc, Internet est un lieu. C'est un parc ou un coin de rue où les gens passent et se rencontrent, se parlent et se disputent, où ils ont raison ou tort, où ils se connectent entre eux, ainsi qu'à des informations, et où ils agissent. C'est un endroit public.

Maintenant prenez les choses autrement : si vous croisez quelqu'un lâchant un juron dans les rues de New York, est-ce que vous vous promettez de ne plus y remettre les pieds ? Pas moi (d'autant que je suis peut-être celui que vous avez croisé).

Tout cela ne signifie pas que j'accepte, ou que nous devrions accepter, le niveau du discours sur Internet tel qu'il est. Non, j'en suis venu à penser que les commentaires sont une forme inférieure de conversation pour les raisons que je viens de souligner. A contrario, nous voyons se développer des formes supérieures, comme Twitter.

Twitter, comme Facebook, est construit essentiellement sur des identités réelles et sur le contrôle des relations. Je décide qui je suis et vous décidez si vous me suivez. C'est une méritocratie individuelle dans laquelle chacun de nous définit le mérite.

La question de l'anonymat n'est pas le problème principal

Auparavant -et toujours aujourd'hui- on entend que l'anonymat est un problème et que l'identité le résoudra. Ça n'a jamais été le cas. L'identité seule n'est pas suffisante. Je peux connaître l'identité de celui qui lâche des jurons dans les rues de New York et ça ne m'empêche pas de les entendre.

Des contrôles sociaux sont nécessaires pour que je puisse l'éviter. C'est ce que Twitter et Facebook nous offrent. Le résultat est une meilleure discussion. Je ne retrouve pas Twitter et Facebook remplis de détritus et, quand je tombe dessus, j'arrête de suivre ; quand quelqu'un me crache dessus, je le bloque (si seulement je pouvais à la place lui donner des médicaments) [...].

Les commentaires, comme forme de conversation, doivent-ils être éliminés ? Non, bien sûr que non. L'outil n'est pas le problème (pas plus que les outils de blogs ou les imprimeries). Si vous éliminez les commentaires, c'est encore plus insultant que de ne pas les écouter.

Vous risquez d'abandonner la valeur incroyable que le public peut apporter s'il y est encouragé (une valeur que j'ai clairement vue sous mes posts ici ou ici). La question n'est pas les commentaires ou l'identité ou l'enregistrement ou les outils. La question est comment vous vous comportez en tant qu'hôte.

► Publié initialement en anglais sous le titre « The problem with comments isn't them » sur le blog Buzzmachine de Jeff Jarvis, traduit par Laurent Mauriac

Photo : le mur John Lennon à Prague, devant l'ambassade de France (Eisenheim/Flickr)

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  • plataneforever
    • Posté à 21h00 le 28/03/2010

    oui ! ce sujet érite une clarification de la rédaction de rue89 ! !

    Où en est leur réflexion quand à la modération des commentaires etc

    Quelles sont leurs idées là dessus ?
    Est-ce que ça va évoluer ?

  • Pierre Serisier
    • Posté à 21h19 le 28/03/2010

    Pour une fois, je vais être désaccord complet avec l'article.

    La question de l'anonymat est à mon avis LE problème principal. La distance entre le commentateur et le rédacteur permet au commentateur de ne pas s'imposer les mêmes règles de bienséance que lors d'une conversation ordinaire. Jamais, au grand jamais, certains commentaires ne seraient proférés tels quels s'il s'agissait d'une discussion face-à-face. C'est bien l'anonymat, et le sentiment d'être protégé qui permet de se laisser aller à une forme d'agressivité dans les commentaires.

    Internet est bien un media. Autrement dit, un moyen (un outil sophistiqué) par lequel des idées et des propos sont échangés. C'est d'ailleurs ce qui rend si crucial le débat sur sa neutralité. Non seulement, les internautes ne passent pas et ne circulent, mais en plus, ils sont relativement statiques. Le taux de retour sur les mêmes sites que l'on a choisis et mis en favoris est très fort. Compte tenu du nombre de sites existants qui devrait en principe nous rendre nomade à perpétuité.
    On se sert d'internet pour parler, mais aussi pour échanger, images, vidéo, liens, des rendez-vous, des conseils. Sans cet outil, tout cela ne serait pas possible. Et ces échanges seraient moins nombreux, mais également moins variés et de moins bonnes qualités.

    Concernant la conversation en amont avec le public, cela signifie que nous recueillons l'avis et les connaissances des lecteurs et qu'ensuite nous rédigeons notre article ? Mais n'est-ce pas déjà ce que nous faisons (ou ce que nous serions censés faire) quand on est en reportage, qu'on fait une interview ? Je pense notamment en ce domaine au magazine XXI qui est devenu l'un des meilleurs objet d'information.

    Cela étant dit, cela n'empêche pas ensuite d'instaurer un dialogue. Mais si celui-ci manque de richesse, c'est uniquement en raison de commentaires désobligeants ou agressifs. Ceux qui laissent ce genre de commentaires pensent qu'ils vont provoquer des réactions et un débat. En fait, c'est exactement l'inverse qu'il se produit. Les agresseurs interrompent le dialogue, non seulement le leur, mais également celui que les autres auraient pu être tentés d'avoir. Plus vous êtes désobligeants et plus vous imposez le silence.
    On peut développer des arguments extrêmement complexes et riches, mais il convient de le faire de manière civile. Exactement comme, il convient d'être civil dans la vie ordinaire. C'est juste un principe de vivre ensemble. Cela n'a rien à voir avec un quelconque contrôle ou contingentement de l'internet.

  • Laurent Mauriac
    Laurent Mauriac répond à plataneforever
    Cofondateur Rue89
    • Posté à 21h26 le 28/03/2010
      éditeur
    • Journaliste
      Cofondateur

    Je trouve cet article de Jeff Jarvis intéressant et conforme à l'approche qu'a Rue89 des commentaires.

    Nous avons toujours considéré les commentaires comme une source d'enrichissement pour les journalistes. Cette démarche s'explique en grande partie par l'expérience de blogueur des quatre fondateurs du site. Dès lors, la dimension participative, la « voix » des internautes, a toujours été au coeur du projet.

    Une des originalités de Rue89 est de ne pas sous-traiter la modération des commentaires à une société spécialisée (comme beaucoup de nos confrères issus de la presse écrite) et de ne pas la confier à une équipe dédiée. Ce sont les journalistes, souvent les auteurs des articles, qui écartent les commentaires ne respectant pas notre charte, qui participent à la discussion et qui sélectionnent les commentaires les plus pertinents.

    Cette fonction de sélection des commentaires est une autre originalité dont nous sommes satisfaits. Elle permet aussi de donner rapidement, aux lecteurs qui n'ont pas le temps de lire tout le fil de discussion, un reflet de l'ensemble du débat.

    Le travail de modération est souvent harassant. Il est maintenant coordonné par Yann Guégan qui a le titre d'animateur de la communauté. Il nous est souvent reproché de ne pas en faire assez. C'est, hélas, le revers de la modération a posteriori, qui nous semble malgré tout le meilleur système.

    L'idée de Jeff Jarvis d'ouvrir les commentaires avant même la publication des articles me semble une piste intéressante. Les internautes peuvent être alors convoqués pour apporter des idées ou des témoignages, participer à l'article en train de se faire. Peut-être certains d'entre vous ont des idées sur la manière de la mettre en oeuvre. Ce serait utile pour nous de savoir ce que vous en pensez.

    Sur Rue89 les lecteurs ont déjà voix au chapitre de bien d'autres manières qu'avec les commentaires, tout simplement par e-mail, au moyen de la boîte contact sur le site, par exemple pour nous donner des idées de sujet ou nous signaler des informations, ou par tchat (lors des conférences de rédaction hebdomadaires).

  • Laurent Mauriac
    Laurent Mauriac répond à Pierre Serisier
    Cofondateur Rue89
    • Posté à 21h54 le 28/03/2010
      éditeur
    • Journaliste
      Cofondateur

    Pierre,

    Je te rejoins en grande partie. Mais avec quelques réserves.

    - L'anonymat peut se révéler nécessaire lorsqu'on exprime des convictions ou des témoignages qui pourraient poser problème, par exemple dans le cadre de sa vie professionnelle. Tu me diras, ça ne concerne qu'une minorité des commentateurs usant de pseudonymes, je te l'accorde, mais c'est aussi le moyen d'une expression plus libre. Et nous découvrons de cette manière, dans les commentaires, des témoignages ou des prises de position qui n'auraient pas été possibles à découvert.

    - Le niveau de la discussion est très variable d'un sujet à l'autre. Certains sombrent dans les invectives mais beaucoup, souvent sur des sujets un peu pointus (je me souviens notamment du sujet de David Servenay sur les capsules Nespresso il y a quelques semaines), donnent lieu à des échanges utiles, intéressants, pertinents.

    - Enfin, disons OK pour les principes, mais concrètement, comment fait-on ? C'est bien la principale question. Comme le dit Jeff Jarvis, se reposer sur la technique, sur des algorithmes, n'est pas non plus une solution. Ca reste un travail de sensibilité et d'intelligence : édicter une charte, l'actualiser dans l'intérêt de tous, l'apprécier et l'appliquer.

    Lien intéressant (donné par Jarvis) sur ce débat anonymat-identité où l'on trouvera un résumé des arguments d'un côté comme de l'autre (en anglais) :
    Lien

  • Camille
    • Posté à 23h11 le 28/03/2010

    Bonjour Pierre,

    Etant complètement anonyme sous mon pseudonyme, je pense que vous vous trompez complètement.

    Je vous mets au défi de trouver un seul commentaire dans lequel je fais preuve d'agressivité. En revanche, j'ai censuré plusieurs commentaires de personnes identifiées qui donnent leur nom sans problème et qui ont été très agressives.

    Etant donné que je trouve quotidiennement un nombre important de contre-exemples (des personnes anonymes qui sont bienveillantes et, au contraire, des personnes « nommées » qui sont agressives), il me semble que dire que l'anonymat est la source de l'agressivité est une erreur.

  • Pierre Serisier
    • Posté à 23h55 le 28/03/2010

    Bonjour Camille,

    En pinaillant un tout petit peu, je dirais que l'on trouve aussi quotidiennement des personnes anonymes qui se montrent très agressives et des personnes intervenant sous leur identité qui sont parfaitement civiles.
    Mon idée n'est pas d'établir une règle générale dépourvue d'exceptions, mais de dire :

    1) que l'anonymat offre la possibilité d'être agressif en entretenant la perspective que l'on ne sera pas sanctionné.
    2) que l'anonymat exonère en partie la responsabilité des propos que l'on tient. Je m'explique encore : vous voulez dire quelque chose. Cela a des conséquences (bonnes ou mauvaises d'ailleurs). Je pense qu'il est normal de ne pas offrir la possibilité d'échapper à ces conséquences. On est comptable des propos qu'on tient.

    Concernant votre exemple personnel. Vous êtes anonyme pour les lecteurs de Rue89 mais pas pour les journalistes qui font ce site. Donc, votre position n'est pas celle du commentateur lambda. En fait, vous êtes connue.

    Pour résumer, chacun peut faire ce que sa conscience et sa situation lui dicte. Il n'existe pas de réglementation qui interdit l'anonymat. Personnellement, je pense qu'il y a plus d'avantage à se présenter à visage découvert. Mais, bon, ce débat touche à une corde sensible et en partie irrationnelle et aucun camp ne réussira à convaincre l'autre.
    Pierre

  • nilslof
    nilslof
    Evanescent
    • Posté à 09h24 le 29/03/2010
    • Internaute
      Evanescent

    Bonjour.

    Concernant la première partie de l'article :
    « Quand, dans les médias, nous avons fini notre travail, nous autorisons le public à commenter. Nous envoyons notre produit de l'autre côté du mur et laissons les gens réagir tandis que nous nous retirons dans notre château pour ne pas les entendre. Ils savent alors qu'ils ne parlent qu'aux briques et, du coup, ils crient et les couvrent de graffitis. Nous avons simplement le pouvoir de nettoyer ce désordre mais nous avons déserté la scène et les murs du château se retrouvent rapidement couverts de graffitis. »

    Je ne pense pas que l'accès aux commentaires trop précocement dans le traitement de l'information soit une bonne idée. Tout dépend de l'information traitée et du public invité à réagir.

    J'étais auparavant usager régulier d'un autre média que j'ai quitté, en grande partie parce que le traitement de l'info ne me convenait pas. Surtout sur l'aspect « information à chaud » où l'on nous livrait en pâture deux bribes de faits divers en nous laissant commenter sur « rien » et en nous invitant à participer en envoyant des photos et informations sur un mail dédié. On avait le même message qui trônait parfois plusieurs heures « plus d'infos à venir... » Du coup, certains internautes partaient littéralement en vrille, ecrivaient et brodaient l'information comme bon leur semblait, en fonction de leurs affinités... Ils émettaient des jugements personnels en se basant sur deux phrases laconiques et souvent déviaient sur des allégations, stigmatisations racistes ou homophobes. Les articles étaient alors fermés aux commentaires en peu de temps. Certains pseudos y venaient uniquement pour se défouler et provoquer, c'était devenu déversoir, écoeuré, j'ai déménagé.

    Je pense qu'il faut que le travail journalistique en amont soit fait avec rigueur pour ne pas encourager les dérives qui mènent plus à la mal-information qu'à l'information...
    D'accord pour le côté participatif comme cela se produit dans la Rue, avec intervention des rédacteurs après la mise en ligne, invitation à apporter des informations et angles de vue différents, mais la base de départ de la discussion doit être solide.

    Cordialement.

  • nilslof
    nilslof
    Evanescent
    • Posté à 09h31 le 29/03/2010
    • Internaute
      Evanescent

    Concernant l'anonymat, bien sûr, certains s'en servent pour se lâcher et n'assumeraient pas la moitié de leurs propos s'ils s'exprimaient sous leur propre identité.

    Le pendant, c'est que des gens comme moi (notamment timides, si, si), qui viennent pour s'informer, exprimer un point de vue pour l'affiner, jauger la pensée en face, ou simplement discuter avec des personalités qu'ils n'ont pas le loisir de côtoyer dans la vie « réélle », n'éprouvent pas forcément l'envie de divulguer leur identité.

    Pas parce qu'ils n'assument pas leurs propos, mais parce qu'ils parlent plus librement ainsi.

    Je ne pense pas que l'anonymat soit le problème.
    Le problème, c'est l'incapacité de certains à respecter certaines règles élémentaires, dans la vie de tous les jours comme sur les réseaux sociaux.

    Je suis en parfait accord avec la dernière phrase de l'article :
    « La question est comment vous vous comportez en tant qu'hôte. »

    Les commentateurs acceptent de facto de respecter une charte.
    Peut être que certains n'ont pas les capacités de la comprendre pour venir ensuite pleurer contre l'atteinte à la liberté d'expression...

  • Le vilain petit canard 59/66
    Le vilain petit canard 59/66
    Montagnard.avec palmes ! mais (...)
    • Posté à 11h47 le 29/03/2010
    • Internaute
      Montagnard.avec palmes ! mais (...)

    C'est sans doute du au fait que cet article fut rédigé en anglais, mais voici quelques remarques
    1) l'utilisation du terme média au lieu de mass-média, terme utilisé à l'origine et tombé, semble-t-il, en désuétude, pourtant le mot masse, a une énorme importance.
    2) le net n'est pas un média mais un lieu ? ? . Je dois dire que cette distinction, me semble un poil tirée par les tifs, un lieu virtuel ? L'échange passe par l'écrit en majeure partie, le comparer à un square ou un banc public, non, ça ne tient pas.
    Le net est un mass-média tout à fait différent, des autres, de part son inter-activité immédiate, un peu comme si le courrier des lecteurs d » un journal classique était mis à la disposition de tous les lecteurs, sans aucun filtrage.
    3) la qualité des commentaires ne dépendrait-elle pas des choix des sujets et de la qualité pertinente du rédacteur ?
    4) quant à supprimer des commentaires scabreux où est le problème, tant qu'on respecte la liberté d'opinion de chacun ?

  • thierry reboud
    thierry reboud répond à nilslof
    • Posté à 11h52 le 29/03/2010
    • Internaute

    En fait, votre commentaire m'a fait comprendre ce qui coinçait pour moi à la lecture de l'article.

    Comme vous le soulignez, les différents commentateurs n'ont pas les mêmes pratiques : que ce soit sur l'anonymat, sur le type de commentaires qu'ils écrivent, sur les attentes, etc. Et je crois que c'est là qu'on se rend le mieux compte que la séparation stricte entre média ou lieu est insuffisante. Un site comme Rue89 est simultanément un média et un lieu, les deux à la fois.

    Finalement, ça s'explique très bien : l'internet est d'abord le fait de ses lecteurs et de ses contributeurs. Certains comme vous préfèrent l'anonymat parce que ça les rend plus libres ; pour ma part, je préfère utiliser mon état-civil parce que ça me rend plus responsable de ce que je peux écrire. Les deux attitudes sont également concevables et respectables. Certains commentent un média, d'autres échangent comme dans un lieu : les deux se tiennent également (la difficulté serait plutôt de faire cohabiter les deux ! ).

    En fait, le fond de l'affaire, c'est que le domaine des commentaires (mais ce pourrait être aussi vrai des articles, voir Lien) est surtout ce qu'en font leurs rédacteurs et leurs lecteurs, les deux à la fois. Vouloir trancher entre les deux me semble une impasse.

  • lestaq
    • Posté à 11h53 le 29/03/2010

     » Si vous éliminez les commentaires, c'est encore plus insultant que de ne pas les écouter. »
    Le plus insultant c'est ce droit régalien de les sélectionner.
    ( Dont 2 de Mauriac , l'accadémicien de rue 89)
    Après lecture de l'article au dessus , c'est pour le moins un paradoxe !

  • nilslof
    nilslof répond à Edouard Chastagnier
    Evanescent
    • Posté à 16h16 le 29/03/2010
    • Internaute
      Evanescent

    Bonjour Edouard Chastagnier.

    Un commentaire que j'ai envie de faire depuis un bon moment, quand j'entends les cris déséspérés par la « censure » de Rue89.
    L'article s'y prête alors je me lance.

    Vous n'êtes pas sans savoir que les gens qui viennent dans la Rue s'inscrivent pour pouvoir laisser des commentaires.
    Ceux qui ne souhaitent pas s'inscrire peuvent s'informer, mais ils ne sont libres ni de commenter ni de voter.
    L'inscritpion ouvre ces portes. L'équipe de la Rue nous offre ces libertés, la seule contrepartie, c'est de lire les conditions générales d'utilisation et de s'engager à les respecter.

    Les CGU sont simples et sensées. On comprend qu'elles existent pour la pérénnité et la viabilité du site d'un coté, et la qualité des échanges qui s'y développent de l'autre.

    Je pense que peu respectent les CGU sur le bout des doigts (par exemple, moi, j'ai pris un pseudo et donné une adresse internet qui ne mentionnent pas mon patronyme, je suis conscient qu'on peut m'identifier si on le veut, mais je mets une barrière que les CGU ne stipulent pas).

    Vous criez à la censure ici, vous écrivez plus haut : « Un qui n'argumente pas selon leur norme étriquée est traité pire que chien galeux. . Pour avoir fréquenté d'autres sites, je pense que la Rue est particulièrement fréquentable et qu'il y fait bon vivre, notamment grâce à la diversité des personnalités que l'on laisse s'exprimer et à la souplesse de la modération.

    Ce site a pour vocation l'information participative (si j'ai bien compris).
    Parfois, sous un article, on se sent comme au comptoir du café du commerce, sous un autre dans une cour d'école, dans un autre encore sur un ring, voire dans un club de rencontre ou dans un sex shop. Si nous ne sommes pas les derniers à participer aux digressions, il est parfois utile de prendre du recul avant de crier à la censure...

    Faites comme moi, lisez les CGU régulièrement, ça prend peu de temps, et ça nous rappelle que ce site n'est pas le nôtre, conforme à notre vision de ce qu'il devrait être, mais qu'il est développé par une équipe qui souhaite le rendre agréable et informatif pour tous ceux qui sont en mesure d'en comprendre le fonctionnement.

    J'ai de prime abord mal appréhendé de terme “hôte” à la fin du présent article. Je l'ai interprété en tant qu'“invité” qui respecte la charte.
    Quand on lit la version en anglais, il s'agit du terme “host” et non “guest”

    “The issue isn't comments or identity or registration or tools. The issue is how you play host”
    “La question est comment vous vous comportez en tant qu'hôte.”

    La responsabilité de celui qui nous reçoit.

    Imaginons que je pue des pieds (ce qui n'est pas le cas, mais ça, je ne peux vous le prouver). SI je vais chez des amis pour la première fois, et que je sais que la règle, c'est d'enlever ses chaussures avant d'entrer parce que le parquet est fragile :

    A) Ca m'ennuie, mais je respecte mes hôtes. Le cadre est sympa, le buffet est bon et j'ai vraiment envie d'aller à cette soirée où il y a plein de gens sympathiques avec lesquels je vais pouvoir échanger, débattre, m'informer.Comme le fait que je pue des pieds est connu de moi même et de mes hôtes, en acceptant le carton d'invitation, je m'engage non seulement à enlever mes chaussures, mais aussi à me laver les pieds et à mettre des chaussettes propres avant de venir. La soirée se passe à merveille. Je reconnais même d'autres invités qui, comme moi, sentent mauvais des pieds mais ont fait en sorte que ça ne se sente pas trop.

    B) Oups, je me rappelle que j'ai pris l'engagement d'enlever mes chaussures en acceptant l'invitation mais le jour J, ou au bout de quelques invitations, me sentant bien à l'aise chez mes hôtes, avec tout ce beau monde, j'oublie mon engagement et je m'aperçois que mes chaussettes sentent le fennec, c'est la cata.
    B-1) Je n'attends pas que mes hôtes me fassent remarquer que ça sent mauvais, je réalise que l'odeur n'est pas adequate à la situation, je retourne chez moi en coup de vent, prétextant un oubli quelconque, je me lave, change de chaussettes et je reviens tout frais tout beau discuter parmi la foule... D'autres ont commis le même impair, ils se sont contenté d'un coup de déodorant, mais c'est mieux que rien.
    B-2) Je réalise mon écart de conduite mais ne peux pas retourner chez moi : je me fais tout petit dans un coin. Mes hôtes ont bien vu que je n'en menais pas large, certains invités me charrient plus ou moins gentiment, me prêtent du déodorant... Je le prends bien et on repart sur de bonnes bases à la prochaine invitation.

    C) Il se peut aussi que je me fiche des convenances et que j'aie fait semblant d'accepter l'engagement sachant que je ne le respecterais pas, au nom de la liberté de ma petite personne :
    C1) : Je me présente à la porte de mes hôtes et tente de rentrer sans ôter mes chaussures
    C1-1) : il n'y a pas de portier (soirée modération a postériori). je rentre avec mes gros godillots qui endommagent le parquet, je donne des coups de tatanne un peu partout, personne ne veut me causer, certains s'échauffent, veulent me rentrer dedans, je suis content, j'étais venu la pour ça. Le modérateur se réveille un peu tard, me met dehors, mais la soirée est gâchée, certains invités meurtris physiquement ou moralement. Tout ça parce que mon hôte a cru, dans sa grande ouverture d'esprit, que tout le monde était respectueux des règles simples qu'il avait édictées au préalable.
    C12) : il y a un portier qui me rappelle à l'ordre et me fait enlever mes chaussures. Il me met en quarantaine cinq minutes dans le vestibule, me fait une petite morale, cependant il m'aime bien, il me connaît un peu et me laisse rentrer quand même avec mes pieds qui puent, il est indulgent, il connaît ma popularité dans les lieux : une soirée avec moi, c'est ambiance garantie, ça attire du monde. Alors, on tolère un peu mon odeur, je cause avec ceux qui ont un odorat peu développé, sont peu sensibles ou apprécient mon odeur. Je perçois néanmoins, le dégoût chez d'autres invités et parfois, ça m'amuse. Je vais m'asseoir à coté d'eux, agite mes pieds devant leur nez, pas pour être constructif, non, juste pour tester ma liberté et ses limites. A un moment, je me fais jeter, et parfois, plein de mauvaise foi, je me rebiffe, je fais des courriers, j'essaie de créer une émulation pour ma réintégration, je tente même de me déguiser pour entrer dans la prochaine soirée. C'est vrai quoi, y'en a plein d'autres qui puent des pieds ! Bref, je perds une énergie folle et j'en fais perdre à beaucoup d'autres, alors que le but de la soirée n'était franchement pas de tourner autour de mon nombril.
    C2) : mon hôte ne me laisse pas rentrer (le portier est un modérateur non a posteriori à cheval sur le réglement, qui tient à ce que son parquet ne subisse pas les affronts des semelles de mes chaussures). A moi de trouver un autre lieu où ma liberté n'empiète pas sur celle des autres et où mon nombril sera apprécié à sa juste valeur.

    Revenons en donc à ce que vous avez écrit :
    “Ouais : assez de blabla et d'autojustification à la censure et à
    l'arbitraire.”
    Dois-je comprendre que vous opteriez pour C2 pour le bien-être des riverains ?

    La modération d'un site ne doit pas être chose aisée. L'hôte invitant et l'hôte invité ont chacun un rôle à jouer.
    J'essaie de jouer le mien en tant qu'invité...

    Imagément vôtre

    nilslof.