
Ce que nous apprend la présence d'Eric Besson au gouvernement
Le ministre de l'Immigration cherche-t-il à se faire détester ? Sommes-nous en présence d'un cas spectaculaire de haine de soi ? Ou d'un phénomène caractéristique du sarkozysme ?
Je ne voudrais pas faire un papier « ad hominem ». La question que je pose est la suivante : que fait Eric Besson au gouvernement ?
En règle générale, les ministres sont choisis pour leur poids politique national ou régional, ou pour leur compétence, ou pour leur fidélité envers le président, ou pour leur valeur symbolique par rapport à une partie de la population, ou pour la popularité de la cause qu'ils incarnent.
Dans le cas de Besson, on ne voit pas. Il est maire de Donzère, 4 700 habitants, dans la Drôme. Son nom a été cité pour conduire les listes de la majorité, en mars 2010, dans la région Rhône-Alpes, mais ce n'est pas son assise régionale qui fait de lui un ministre, c'est son statut de ministre qui le fait remarquer dans sa région.
Au demeurant, Rhône-Alpes n'ayant pas l'air d'être considérée comme prenable par l'UMP, le ministre n'est pas pressé de partir au combat.
On en revient donc à la question : pourquoi Besson est-il ministre ? Et même, selon certains, candidat au poste de premier ministre ? A l'origine, il illustrait l'évolution d'électeurs de gauche réfractaires à Ségolène Royal et ayant finalement voté pour Nicolas Sarkozy -ou susceptibles de le faire, peut-être, un jour.
Besson était une sorte de témoin de moralité -bizarre que Word ne stigmatise pas aussitôt d'un frisottis rouge ce rapprochement de mots incongru- pour une fraction de l'électorat sans doute mince mais, quand il s'agit de compter les voix, aucune n'est à négliger. Posons toutefois la question : à qui Besson peut-il donner envie de voter pour qui ou pour quoi que ce soit ?
Toujours partant pour les sales boulots
Apparemment, il est chargé aujourd'hui de fixer ou de ramener vers la droite au pouvoir les électeurs que Sarkozy a enlevés à l'extrême droite il y a deux ans et demi. Dans la stratégie présidentielle, il faut bien que quelqu'un se charge de ce sale boulot.
Et, pour les sales boulots, Besson est toujours partant. Souvenez-vous, il avait commencé en fournissant au Parti socialiste, dont il était alors un des dirigeants, un argumentaire assez nauséabond contre le président de l'UMP. A-t-il le bon profil pour plaire aux électeurs nationalistes et sécuritaires ? Il est permis d'en douter, mais c'est son problème.
Le nôtre, c'est qu'Eric Besson soit membre du gouvernement. Oui, ministre, avec le pouvoir de signer des décrets, des arrêtés et des circulaires qui pèsent sur la vie des gens. Avec une cocarde à sa voiture, un fonctionnaire de police chargé de sa sécurité. Qu'avons-nous fait pour mériter cela ?
Cet homme « de gauche », qui a accepté de devenir ministre de l'identité nationale et de l'immigration, est un produit de l'histoire politique et sociale récente. Certes, le cynique exhibitionniste, qui affiche fièrement ses manquements à la loyauté, son opportunisme absolu et sa quête éhontée du pouvoir à tout prix, est une espèce marginale, présente depuis toujours dans le bestiaire politique.
Mais on a affaire, ici, à un exemple extrême de ce que l'affaissement des idéaux de la gauche, l'individualisme porté au pinacle, la perte de respect pour la responsabilité publique, la dilution de l'intérêt général ont produit dans l'espace politique français.
S'y ajoutent des aspects personnels dont je ne parlerai pas, puisque je ne veux pas faire un papier ad hominem et surtout parce que c'est gênant.
Corruption de l'esprit public
Politiquement, la question qui se pose est : la présence d'un Eric Besson au gouvernement participe-t-elle de l'essence du sarkozysme ? De deux choses l'une : ou bien Sarkozy se borne à prendre ce que la société politique et médiatique de notre temps lui offre. On dira qu'il « fait avec », pragmatiquement, en obtenant de chacun ce qui sert ses intérêts. Ou bien il contribue à aggraver la corruption de l'esprit public, dont il tire avantage.
Les pourfendeurs de la décadence ou de la perversité du régime ne doivent abuser personne. Un Dominique de Villepin en parangon de vertu républicaine ? Un François Bayrou en modèle d'honnêteté paysanne ?
Ces fables-là ne peuvent même pas tromper les enfants, aujourd'hui si précocement avertis des turpitudes humaines comme chacun sait. Mais le reproche d'indignité fait au pouvoir porte, et il porte parce qu'il touche juste.
C'est parce que Besson est ce qu'il est qu'il fait que ce qu'il fait. Dans son rôle, pour être bien vu du président, il pousse assez loin l'ignominie. Il est vrai qu'il a refusé d'appliquer les inapplicables tests ADN, mais le nettoyage de la « jungle » de Calais et la reconduite de trois sans-papiers afghans, outre qu'ils relèvent de la bêtise pure et simple, inspirent de la honte.
Un responsable politique ayant un minimum de respect des autres et de lui-même accepterait-il de prendre et de faire exécuter pareilles décisions ?
On dira que si ce n'était pas lui, ce serait un autre. Pas sûr. Après tout, Brice Hortefeux, son prédécesseur, s'était arrangé pour ne pas avoir à évacuer la « jungle ». Par compassion peut-être, par prudence sûrement.
De sorte qu'à la question « Eric Besson est-il un cas humain marginal ou bien sa présence au gouvernement exprime-t-elle pour une part au moins la substance de la politique menée ? », je crains que la réponse ne soit : les deux, mon général.
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► La Droite contre l'exception française (Plon, 2008).
► Chirac, la malédiction (Stock, 1997).



















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De in girum
18H44 | 26/10/2009 |
dans tous les feuilletons tv, le mec fourbe est indispensable, il rend le héros héroïque et fait palpiter le spectateur. il existe dans tous lesaussi chez Guignol.
dans la tragique pantalonnade nationale à laquelle nous assistons, la haine de soi de Besson est un atout majeur que peu de politiques possèdent à ce point. même Lefèvre.
De Enguerrand de Coucy
Collectionneur d'armures. | 19H10 | 26/10/2009 |
La manière dont la gogoche traite Eric Besson est purement et simplement abjecte. Aucune vilénie ne lui est épargnée. La diabolisation systématique, la rumeur, la déformation systématique de son action et de ses propos, rien ne lui est épargné. L'épaisse bonne conscience de tous ces faux-derches permet à cette meute malveillante de passer. On n'est pas loin du fascisme. Cela me rappelle que rien n'est plus étranger à la Droite conservatrice que le fascisme. "Fascisme" est un concept de gauche...
De lavoine
région parisienne | 19H15 | 26/10/2009 |
Heureusement que vous précisez qu'il ne s'agit pas d'un papier "ad hominem".
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 20H00 | 26/10/2009 |
Plus que l'évacuation de la "jungle", pourtant déjà pas très brillante, c'est la nouvelle lubie de Besson (son colloque sur l'identité nationale) qui, à mon avis, justifie le plus la question posée ici.
Que Besson se soucie excessivement de son sort, c'est plus que probable, mais ce n'est pas en cela qu'il se distingue du personnel de gauche. Le problème, qui est le résultat de ce qui est au sens strict sa traîtrise, c'est que son sort personnel est à présent indissociable de celui de Sarkozy. Il est condamné à être sarkozystissime, en quelque sorte. Savoir s'il prend son pied en faisant cela, c'est très secondaire.
Ce qu'il fait au gouvernement, eh bien c'est assez simple : il est peut-être le seul ministre sur lequel Sarkozy peut compter aveuglément. Tous les autres peuvent le lâcher s'il montre quelque faiblesse ; pas Besson qui n'a pas d'autre porte de sortie.
De caro
délinquante avérée | 21H09 | 26/10/2009 |
Dans notre département, depuis l'arrivée de besson (sans majuscule) au gouv et le changement de préfet, les régularisatiions de sans paps sont de plus en plus rares, même dans des cas douloureux, qui n'auraient pas posé de problème avant. Des familles avec enfants scolarisés sont pourchassées, ce que nous n'avions jamais vu.
besson tient les préfets
besson s'assied sur toutes les conventions internationales que la France a pourtant signées, comme l'interdiction d'expulsions groupées.
besson a trouvé sa place naturelle à l'extrême droite du gouv.
Il est l'illustration de l'adage : chassez le naturel, il revient au galop