Aux Etats-Unis, la poste est sous perfusion fédérale

Le service américain de la poste a les mêmes problèmes que son homologue français. Sauf que le Congrès va voter des crédits pour l'USPS -7 milliards de dollars (4,7 milliards d'euros) de pertes cette année-, alors que La Poste est bénéficiaire.

« Le bureau de poste doit s'adapter ou il lui arrivera ce qui est arrivé à la voiture à cheval. » Qui a dit ça ? John McCain, sénateur de l'Arizona et ancien candidat à la présidence des Etats-Unis. C'était il y a un mois et demi, lors de l'audition du Postmaster General John Potter, le patron de l'US Postal Service, équivalent de La Poste, par une commission du Sénat.

Le Congrès examine, ces jours-ci, une proposition de loi visant à alléger la ponction que les pensions des retraités et leur assurance maladie exercent sur le budget de l'US Postal Service. Mais le problème principal est identique : l'effondrement du courrier léger, sur lequel l'USPS a un monopole. L'établissement américain, dont la mission est inscrite dans la Constitution, a un cahier des charges qui lui impose les mêmes obligations d'universalité du service postal et d'aménagement du territoire que La Poste. A la différence de celle-ci, il n'a pas d'activité bancaire.

Les fermetures de bureaux ou l'hypothèse de supprimer la distribution du samedi provoquent des batailles un peu plus vives, là-bas, parce que les députés et les sénateurs, sensibles à la pression de leurs électeurs, ont plus de pouvoir que leurs collègues français sur le fonctionnement du service. En effet, le statut de l'USPS est à peu près celui d'un établissement public, comme La Poste, mais il reçoit des fonds fédéraux, et ses administrateurs, nommés par le président, sont soumis à l'approbation du Sénat. Un plan de départ volontaire a été ouvert pour 30 000 agents sur les 656 000 actuellement employés (en France, ils sont 296 000, dont 52% de fonctionnaires).

Lâchés par Obama ?

Pour défendre son « option publique » pour l'assurance maladie et expliquer qu'elle ne ferait pas une concurrence déloyale aux assureurs privés, Barack Obama a utilisé récemment un argument curieux. L'existence d'un service public du courrier n'empêche pas les entreprises privées Fed Ex et UPS (colis et plis urgents) de gagner de l'argent, a-t-il dit, ajoutant : « C'est le bureau de poste qui a toujours des problèmes. » L'association des cadres actifs et retraités de la poste a exprimé sa tristesse et rappelé au président que les syndicats et les associations de ce service public avaient soutenu sa candidature.

Au moment où une partie des postiers fait grève, à l'appel de cinq syndicats (CGT, CFDT, FO, CFTC, Sud), contre le projet de transformation de l'établissement public en société anonyme, et avant la « votation » organisée par la gauche politique et syndicale, il est intéressant de comparer la situation de La Poste avec celle de son homologue américain.

L'évolution commencée il y a presque vingt ans a permis de faire entrer le plus gros employeur de France dans une ère nouvelle. Si Olivier Besancenot et la Fondation Copernic peuvent dire que les comptes sont positifs et que les augmentations de capital -raison du passage à la SA- sont donc, selon eux, inutiles, c'est bien grâce à la politique qui a été menée ces dernières années et qu'eux-mêmes, leurs aînés et leurs amis n'ont pas cessé de critiquer.

En même temps, on voit bien que, des deux côtés de l'Atlantique, une certaine idée du service public bat en retraite. Evidemment, on ne va pas pleurer le rouet, la lampe à huile ou la voiture à cheval. L'e-mail remplace les lettres, les factures sont de plus en plus électroniques (tant mieux pour l'environnement), les virements sont plus rapides et moins coûteux que les mandats.

Plus de commercial, moins de social

Il n'en reste pas moins qu'est menacé de disparaître un acteur public important par la fonction qu'il remplit localement et par les emplois qu'il procure. Effacement physique puisque des bureaux sont supprimés et que, en France, un agent partant à la retraite sur deux n'est pas remplacé. Effacement social à mesure que les normes commerciales -avec leurs avantages- prennent le pas sur les règles administratives -avec leurs défauts.

Les fonctions techniques que remplissait le bureau de poste, c'est-à-dire le courrier et la banque de base en France, sont déjà assurées autrement et vont l'être de plus en plus ? Très bien. Mais le lien social, le trouvera-t-on ailleurs ? Et les salariés qui appréciaient ce métier, peut-être pas très rémunérateur mais stable, avec un comité d'entreprise efficace et un esprit maison amical, où iront-ils à l'avenir ?

9 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Amphigourique

De Amphigourique

1959 | 20H09 | 22/09/2009 | Permalien

Service universel et solidarité ;

ne sont plus d'actualité.

Portrait de jyeden

De jyeden

khmer vert ( age des caverne, pierr... | 20H12 | 22/09/2009 | Permalien

des fois on croit bien dire

les factures sont de plus en plus électroniques (tant mieux pour l'environnement),

pour quoi tant mieux pour l'environnement ?
les ordinateurs et surtout les banques de données consomment pas mal d'énergie
il n'est pas sur qu'une facure electroniques soit plus écologiques qu'une facture papier

ces derniers années l'augmentation de la consommation en electricité des ménages français est surtout du à l'electronique et aux appareils qui restent en veille

Portrait de oxygen

De oxygen

photographe | 20H36 | 22/09/2009 | Permalien

L'avantage de la poste américaine est quelle est d'une grande efficacité avec des employés aimables et fiers de travailler pour USPS. Un colis, en l'occurence un tube contenant un poster va voyager de New York à San Francisco en moins de 48h pour arriver en parfait état. Malgré toutes les critiques, principalement orchestrées par la concurrence privée, le service postal américain est l'une des rares institutions publiques qui marche encore.

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De UltraGauchiste

Politosophe, là haut sur sa colline... | 21H24 | 22/09/2009 | Permalien

[…] « Effacement social à mesure que les normes commerciales -avec leurs avantages- prennent le pas sur les règles administratives -avec leurs défauts. […]

Non mais, vous vous êtes relu ? Ce n'est plus du libéralisme, c'est de l'extase financière. De l'orgasme pro-capital. Toutefois, permettez un conseil : vous vous tripoter sérieusement monsieur, et au final, ça me rend sourd !

A première vue, je ne comprends aucun de vos arguments. Dans leur logiques comme dans leur formes, c'est dire. Par exemple, vous affirmez sans ciller que la bonne santé économique de la poste repose sur les réformes antérieures. Vraiment ? Personnellement, je n'en suis pas si sûr. Sans doute est-ce le cas, mais encore faudrait-il apporter plus de grains à moudre au moulin de la démonstration. A plus fortes raisons lorsque plus haut dans l'article vous introduisez comme seul élément distinctif entre les situations financières d'US Postal Service et La Poste les activités bancaires. Même en admettant simplement cette remarque, je ne vois pas en quoi la critique des réformes antérieures par O. Besancenot et la Fondation Copernic ( ? ? ? ) discréditerait leur positions présentes. Le fait que des réformes passées aient été jugées “ bonnes ” ne signifie pas grand chose, et surtout pas que celles à venir le soient. Je ne vois sincèrement aucune hérésie dans le fait de rejeter une augmentation de capital si les fonds propres de l'entreprise sont suffisants. Vous en voyez une, vous ?

Enfin, je vous trouve par trop condescendant, ce qui nuit considérablement à la portée de l'analyse. Entre dénigrement du service “ […] Les fonctions techniques que remplissait le bureau de poste, c'est-à-dire le courrier et la banque de base en France, sont déjà assurées autrement et vont l'être de plus en plus ? Très bien. […] ” et réductions moqueuses des aspirations de ces “ […]salariés qui appréciaient ce métier, peut-être pas très rémunérateur mais stable, avec un comité d'entreprise efficace et un esprit maison amical […] ”, je ne peux vous trouver qualifié pour parler du système postal. Sauf à réintroduire dans votre raisonnement cet axiomatique ultra-libéral particulier. Convenons-en, vous oubliez volontairement qu'il n'y a aucune nécessité économique à cette privatisation, si ce n'est justement le dogme. Et son déploiement.

Portrait de Keldan

De Keldan

Polytoxicomane à temps partiel | 16H27 | 23/09/2009 | Permalien

Si les facteurs américains entrent en guerre, ça va saigner, surtout s'ils sont tous comme le Facteur de Brin : D

Portrait de dalyn

De dalyn

@ | 20H59 | 23/09/2009 | Permalien

Avant de comparer l'US postale et la Poste française, ne pourriez vous pas Mr Jarreau nous donner ds éléments comparatifs au sein de l'UE et plus partiuclièrement avec des pays comme la Grande Bretagne et l'Allemagne. Ce dernier pays paie le prix fort du remembrement de sa poste ! ! ! Mais de ces pays il n'est pas question où justement les services devenus privés ne semble pas fonctionner aussi mieux que lerégimepublic, pire les services sont défaillants.
On se pose la question en lisant votre article de l'intérêt qui est le votre à adopter une telle position et en ne nous informant pas de manière quantitative et objective (si vous voulez comparer l Us postale et La poste française, apportez nous au moins de quoi se mettre sous la dent : des comapraison, des chiffres, des faits) on en attend pas moins d'un journaliste spécialiste qui plus est des Etats Unis. Quoi qu'il en soit je n'attends pas de laposte française qu'elle devienne si obèse qu'elle en écrase le reste de l'Europe.Les français et nos concitoyens attendent de la poste qu'elle assure et bien (ce qu'elle fait) des services postaux et banquaires de qualité et pour tous. Je n'attends pas de la poste française qu'elle rachète à tour de bras les postes sous perfusion des autres pays européens, à commencer par l'ESpagne, d'où la nécessité de cash monnaie. Laissez nous notre Poste. Elle fonctionne. Ne la laissez pas aux mains de financiers qui n'ont pas le sens du service public mais de la croissance à 2 chiffres ! ! !
Sinon Mr Jarrau, je suis toujours preneur d'argument plus solide que la simple critique de pauvres fonctionnaires tranquilles trop stréssés à l'idée de devoir abandonner un statut protecteur et une ambiance zen ! ! !

Portrait de Contestatairieux

De Contestatairieux

(un de ces fameux travailleurs pauv... | 08H59 | 24/09/2009 | Permalien

« les factures sont de plus en plus électroniques (tant mieux pour l'environnement) »

FAUX ! ARCHI FAUX ! ! ! !

Ca permet aux entreprises d'externaliser leurs coûts d'impressions vers les consommateurs sous couvert d'un argument fallacieux : l'environnement.
Consommer du papier issue de forêts labellisées P.E.F.C. permet de rendre efficace la captation de CO2 par les arbres. C'est en coupant des arbres au milieu de leur vie, où l'accumulation de carbone est maximum (pour la croissance) que l'on piège ensuite le CO2. C'est le principe de puit de carbone.
Merci d'arrêter de propager cette propagande d'entreprise, ce mensonge énorme.
Renseignez-vous avant quand même.

Portrait de chambord

De chambord

15H10 | 24/09/2009 | Permalien

Au moment ou les banques devraient être toutes nationalisées avant le crash total, le gouvernement privatise la Poste !

Avec la meutes des imbéciles anti fonctionnaires frustrés et jaloux qui appuie favorablement sur des mesures complètement débiles et donne raison au facho de l'Élysée !

Portrait de chambord

De chambord

15H15 | 24/09/2009 | Permalien

Et dire que les employées de la poste auront le sourire, que les colis arriveront en super état, que le directeur sera à genoux, que le facteur ira dix fois plus vite pour faire sa tournée car désormais sur réseau satellite… ..comme il n'aura pas eu le temps de pisser il puera, et tout ça avec la privatisation………et dans la bonne humeur.

Le pire c'est que des timbrés y croient ! pfff lamentable !

Donnez le statu de fonctionnaire aux caissières de Carrefour, vous verrez alors le sourire, parce que dans le privé ça fait salement la gueule !

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