
Sarkozy Président : deux ans déjà, deux ans seulement !

Nicolas Sarkozy demande à être jugé au terme de son mandat. Soit. Mais il dirige aujourd'hui, dans la crise, un pays qu'il a profondément et peut-être irrémédiablement déçu.
On pouvait trouver à l'homme un côté rafraîchissant. Sa façon de bousculer tout le monde, à commencer par son propre parti, n'était pas antipathique. Avoir embarqué les électeurs du Front national était une prouesse ambiguë, mais personne ne se plaignait de pouvoir oublier un peu Le Pen et sa bande. Contrôlant la droite et marginalisant l'extrême droite, face à une gauche qui doutait d'elle-même, Sarkozy pouvait profiter d'une conjoncture favorable à l'ouverture de quelques chantiers partant de diagnostics partagés, à défauts d'accord sur les solutions.
Quelles réformes ?
Il a raté ça. Tant d'arrivisme pour si peu d'arrivage ! Un appétit de pouvoir insatiable, mais pour quel résultat ? Certes, la crise est venue contrecarrer ses projets. Mais le soupçon que sa politique de réformes relève largement de l'esbroufe ne manque pas d'arguments. Pierre Cahuc et André Zylberberg ont analysé sévèrement les effets d'une stratégie qui obligeait à pouvoir exhiber à tout prix ce que Dominique de Villepin a appelé un « tableau de chasse ». A tout prix, c'est-à-dire parfois au plus coûteux pour les finances publiques ou pour l'économie.
Après l'immobilisme du second mandat de Jacques Chirac, il existait pourtant une fenêtre d'opportunité pour régler des problèmes identifiés depuis des années. A la fin d'une campagne présidentielle vigoureuse, quelques idées finissent toujours par se retrouver sur tous les programmes ou presque. Cette fois, il y avait convergence sur la modernisation des institutions et sur celle du code du travail (Ségolène Royal avait parlé du « besoin d'agilité » des entreprises), sur l'assouplissement des 35 heures, sur la remise en question de la carte scolaire.
Sur d'autres sujets, il n'y avait pas de consensus, mais le vainqueur de l'élection avait accumulé un gros capital politique, comme disent les Américains. Cela lui permettait de faire passer des réformes controversées. Il y est parvenu, d'ailleurs, pour les universités, dont la loi d'autonomie n'a provoqué qu'une contestation assez limitée au départ, en 2007, grâce à quelques concessions comme l'absence de sélection à l'entrée en master. Presque deux ans après, quel désastre !
Le paquet fiscal de la loi Tepa (travail, emploi, pouvoir d'achat), de même que les peines plancher et les nouvelles restrictions au regroupement familial, peuvent être considérés comme des engagements honorés vis-à-vis de ses électeurs. Dès lors que la droite a gagné, on ne peut pas lui reprocher de faire une politique de droite (ce qui n'empêche pas de la critiquer et de la combattre). « Techniquement », le vainqueur a estimé qu'il devait satisfaire les attentes des gens qui avaient voté pour lui, surtout s'il voulait pouvoir les contrarier ensuite sur d'autres sujets. C'est « techniquement » recevable -sauf à rejeter la démocratie qui, comme chacun sait, est le plus mauvais, etc.
Défendre le pouvoir qu'il a lui-même affaibli
Mais Sarkozy s'est enfermé dans la défense du pouvoir qu'il avait conquis. Pourquoi ? Parce qu'il a lui-même porté atteinte à son propre pouvoir en le confisquant, en en faisant un usage privatif, en donnant le sentiment de s'en servir à des fins personnelles. Bref, au lieu de s'effacer devant la fonction, il l'a effacée derrière lui. Du coup, il a abordé en position de faiblesse des questions comme la fin des régimes spéciaux de retraite, la réforme du contrat de travail, la libéralisation des professions protégées ou celle du commerce de détail.
Il a perdu très vite son ascendant sur les parlementaires UMP. La démonstration la plus cruelle de cette affaiblissement a été la campagne des élections municipales et cantonales de mars 2008, au cours de laquelle les élus UMP en difficulté se démenaient pour se dissocier de lui. En juillet, le vote de la révision constitutionnelle avec une seule voix de plus que la majorité requise au Congrès, alors que la droite domine largement l'Assemblée nationale et le Sénat, a donné une autre mesure de l'évaporation de l'autorité présidentielle.
Au demeurant, cette révision, principale transformation qui puisse être citée à l'actif de la « rupture », a été elle-même privée d'une disposition essentielle. Sans interdiction du cumul des mandats, la vie publique continuera à souffrir de l'insuffisance du contre-pouvoir parlementaire face à l'exécutif. Comme les autres corporations, les élus sont d'accord pour tout réformer sauf eux-mêmes.
Alors que les deux tiers des Français se déclarent déçus par son action, Nicolas Sarkozy doit se réinventer, non plus en « grand réformateur », mais en défenseur honnête et habile des intérêts des Français dans la crise. Y arrivera-t-il ou pas, les paris sont ouverts. Mais il restera dans les esprits qu'au moment où le pays avait besoin d'un pouvoir cohérent et déterminé pour affronter, d'un côté, le programme de changement approuvé par la majorité des électeurs et, d'un autre côté, un système économique chancelant sur ses bases, il s'est retrouvé avec un président déboussolé, capricieux, autocratique et inquiétant.
Photo : des salariés de Continental manifestent à Compiègne le 1er mai 2009 (Pascal Rossignol/Reuters).
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► La Droite contre l'exception française (Plon, 2008).
► Chirac, la malédiction (Stock, 1997).



















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De Stambouliote
... | 17H25 | 05/05/2009 |
Quel article malveillant ! Il ignore superbement ce qui fait l'essence du sarkozysme. Sarkozy est un authentique révolutionnaire. Il a d'ailleurs très bien dit en arrivant au pouvoir qu'il était de Gaulle en 1958. Qui n'a pas compris cela n'a rien compris. On le juge sur des détails people et on se trompe complètement. Pendant 30 ans, nous avons subi une politique de gauche. Y compris quand la droite était au pouvoir. Celle-ci avait tellement peur des syndicats qu'elle n'osait pas mener une politique de droite et s'attaquer à des réformes vitales pour notre pays. Elle laissait donc gouverner les syndicats et les idées désastreuses de la gauche. Le pire aura été le gouvernement Jospin avec ses 35H et autres mesures ultra-démagogiques. Jamais on n'avait connu politique plus putassière ! D'ailleurs le fameux système social français dont on nous rebat les oreilles est un monument d'injustice ! Il favorise les gens bien installés dans la fonction publique et autres entreprises publiques au détriment des salariés du privé, des femmes seules avec enfants, des retraités pauvres et surtout des jeunes qui ont été délibérément sacrifiés par les syndicats. Sarkozy arrive et il s'attaque à ce système de planqués qui refusent de sortir de leur fromage ! Tous ces privilégiés poussent des hauts cris en maquillant leurs petits intérêts corporatistes en nobles objectifs désintéressés. Mais Sarko, lui, nous permet de vivre une nouvelle Nuit du 4 août, en s'attaquant résolument à tous les privilèges ! Ah ça ira ! ça ira !
De Avigdor
homo sapiens | 18H48 | 05/05/2009 |
@ strambouliote…
vous écrivez n'importe quoi, quant au gaullisme , tout le contraire du Général de gaulle , je dirai même de la trahison pure du gaullisme ….
La rentrée de la france dans le commandement de l'OTAN
la fermeture programmée des bases françaises en Afrique
l'installation d'une base d'appui à l'Amérique à Abou Dhabi
la remise en cause des liens traditionnels avec le Québec
le divorce franco allemand ….
La rupture avec la laïcité avec les subventions déguisées de mosquées et d'école coranique sous couvert d'associations bidons, avec des profs payés par l'Education nationale …comme les écoles catholiques…
On en veut d'autre oh infâme sarkophile ….
De eflix
futur chomeur | 18H44 | 05/05/2009 |
Il y a une chose avec laquelle je ne suis pas daccord dans cet article : c'est quand il est dit que Sarkozy a « echoué ».
Pour moi, au contraire, il a formidablement reussi !
- Il a cassé les services publics ( santé, education, recherche…) comme personne avant ( sauf peut Jospin..)
- Il a tronqué la democratie ( midification de la constitution pour contourner le resultat du referudum)
- Il a aidé les multinationales a delocaliser, leurs donnant meme de l'argent public.
- Il a instauré des quotas d'expulsion.
Tout cela sans aucune difficultés, puisqu'il il n'y a eu que quelques manifestation et 2 jours de greve.Il a donc bien reussi brillament.
Son seul echec a peut etre ete Hadopi…la seule reforme a laquelle se soit opposé le PS.
De Lucien_de_Rubempré
Splendeur et misère des court-disan... | 18H49 | 05/05/2009 |
« Avoir embarqué les électeurs du Front national était une prouesse ambiguë, mais personne ne se plaignait de pouvoir oublier un peu Le Pen et sa bande. » Tu parles Charles, il a crevé la poche de poison et le poison s'est répandu dans les chairs de la société. Les électeurs du FN ? Mais ils sont tous à l'UMP maintenant. Je préférai de loin avoir un FN bien visible et circonscris.
De tony38
Chercheur | 17H13 | 06/05/2009 |
Moi je ne peux que remercier NS. Il a justement demontre que les chercheurs étaient de gros fainéants de fonctionnaires, payés a ne rien faire et a organisé la destruction du CNRS. La goutte d'eau qui m'a fait quitter ce pays (j'y pensais sérieusement depuis son élection).
Maintenant installe au Canada (à vrai dire de retour), le paradis.
Merci Nicolas.
La France tu l'aime ou tu la quitte. Tu avais raison.