Un conflit ouvert entre Sarkozy et le Parlement n'est plus à exclure

La récente déconvenue subie par le gouvernement, lors de la discussion parlementaire sur le projet de loi OGM illustre de façon remarquable l'évolution politique qui est à l'œuvre devant nos yeux : le renforcement du rapport de force Président-Assemblée. Et ce, pour trois raisons.

On confond en général, les qualificatifs « présidentiel » et « présidentialiste » à propos du régime. Le premier signifie « séparation stricte des pouvoirs exécutif et législatif », c'est-à-dire que l'un et l'autre peuvent aller au conflit. C'est-à-dire encore que le Parlement peut « avoir le dessus » sur le Président. Autrement dit, dans un contexte de rapport de force, l'exécutif (le Président ou le gouvernement) est obligé de tenir compte de l'avis de la majorité parlementaire, sinon il peut y avoir blocage d'un projet de loi.

A l'inverse, quand on parle de régime « présidentialiste », on parle, la plupart du temps, d'une pratique des institutions par le Président qui génère une confusion des pouvoirs à son propre profit. En France, depuis 1958, cette pratique présidentialiste est une constante, et ce, d'autant plus que le Général De Gaulle l'a inscrite, noir sur blanc, dans la Constitution. En son temps, un opposant notoire écrivit un remarquable pamphlet, « Le Coup d'Etat permanent », mais, une fois arrivé à l'Elysée, François Mitterrand (puisque c'est de lui qu'il s'agit) utilisa ce déséquilibre « autorisé par la Constitution ».

En 2000, la réforme constitutionnelle instituant le quinquennat provoque une durée identique du mandat présidentiel et du mandat parlementaire à l'Assemblée nationale : cinq ans. De plus, tout est fait, sauf situation très exceptionnelle, pour que les deux mandats soient synchrones (les élections législatives suivant l'élection présidentielle, les risques de cohabitation sont très peu probables). Ce raidissement du système institutionnel a supprimé une certaine respiration démocratique.

Il en résulte deux conséquences : les français se servent désormais des élections locales pour inventer une sorte de cohabitation entre pouvoir central et pouvoirs décentralisés (régionales-cantonales de 2004, municipales-cantonales de 2008) ; face à un pouvoir exécutif où le Président assume une prééminence presque exclusive, la majorité UMP se sent obligée de rappeler qu'elle est peut-être un instrument, mais un instrument qui compte.

L'actuel projet de réforme constitutionnelle semble aller dans le sens d'une évolution à la fois présidentielle et présidentialiste du régime. On peut prendre à cet égard deux symboles. Actuellement l'exécutif peut poser la question de confiance (article 49-3 de la Constitution). Si aucune motion de censure n'est déposée contre lui, le texte de loi est adopté sans vote. Autrement dit, l'exécutif peut passer outre le pouvoir d'amendement du parlement. Tout texte peut être l'objet de cette procédure, quel que soit le sujet concerné. Dans le projet de loi constitutionnelle, il est envisagé de limiter essentiellement ce recours à la discussion budgétaire. Hors ce domaine, l'exécutif sera contraint de composer avec les députés.

Autre réforme symbolique : le fameux droit, que souhaite Nicolas Sarkozy, d'aller s'exprimer devant le Parlement. Actuellement, le Président ne peut pas s'exprimer directement, il demande au président de l'Assemblée de lire son message. Or ce pouvoir d'être face-à-face n'est pas que symbolique, il organise un dispositif de communication. Aucune discussion ne pourra être organisée après le discours du Président, en sa présence. La relativisation du discours présidentielle est donc refusée. La mise en scène de l'humiliation parlementaire est ainsi ritualisée.

A tendre une corde, il arrive qu'elle rompe. Comme le souligne Jean-Jacques Urvoas dans sa récente note à la Fondation Jean-Jaurès, il conviendrait de bien réfléchir à cela, car si la politique est le meilleur moyen d'éviter la guerre civile, le conflit (ici très déséquilibré) qu'elle ritualise n'est en aucune manière une affaire d'enfants de chœur !

113 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Bebert Cassandre

De Bebert Cassandre

17H29 | 20/05/2008 | Permalien

@ Thierry Reboud
Mais de quels pouvoirs parlez vous ?
Les parlementaires ne représentent que le parti qui les investi ! Et cela depuis longtemps. Ils sont aux ordres ! Merdre ! Ils sont dans la carrière et n'ont guère envie de la quitter ! Le parlement n'est qu'un théâtre où certain ne vont que pour rattraper leur retard de sommeil.
Leur seul objectif : Durer.

Portrait de thierry reboud

à Bebert Cassandre Portrait de Bebert Cassandre De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 17H49 | 20/05/2008 | Permalien

Bonsoir Bébert.

Ben voilà, ça veut juste dire que nous ne sommes pas d'accord sur ce point.

Je suis persuadé que la plupart des parlementaires le sont parce qu'ils croient qu'ils peuvent être utiles. Quand bien même ils se contenteraient de représenter leurs partis, ils croient que leur parti est utile. Je ne souscris pas à la thématique du « Tous pourris ».

Qu'ils puissent faire mieux, sans doute. Mais leurs pouvoirs existent, ce que du reste nous constatons in vivo avec l'affaire de la révision constitutionnelle (qui semble devoir être au moins retardé parce que le résultat d'un vote serait trop incertain).

Portrait de Bebert Cassandre

à thierry reboud Portrait de thierry reboud De Bebert Cassandre

18H04 | 20/05/2008 | Permalien

@Thierry
« Tous pourris ! » Je ne l'ai pas pensé un seul instant en écrivant mon post. Et je n'y crois pas plus que ça. Je crois seulement qu'ils sont broyés par une machine qu'ils ne contrôlent plus. Mais ayant goûté aux plaisirs que génère la fonction, ils se laissent aller aux plaisirs qu'elle induit. Je n'ai aucune foi en l'homme, pour tout dire, peut-être parce que j'ai appris,à mes dépens, qu'il est capable de se vendre au plus offrant, même si le prix est dérisoire.

Portrait de letsgonice

à Bebert Cassandre Portrait de Bebert Cassandre De letsgonice

21H02 | 20/05/2008 | Permalien

Et même si le prix était « déSiRoire », je connais l'homme capable d'y résister ! Ne vous laissez pas incliner à penser que le prix en vaudrait toute chandelle…

Portrait de Bebert Cassandre

à letsgonice Portrait de letsgonice De Bebert Cassandre

21H16 | 20/05/2008 | Permalien

Illusion, tout n'est qu'illusion. Mais je ne puis vous empêcher de rêver, si tel est votre lot.

Portrait de zorbec

à thierry reboud Portrait de thierry reboud De zorbec

retraité | 17H54 | 20/05/2008 | Permalien

Cette constitution que j'avais violemment combattue en 1958 portait en elle les germes des conflits comme celui que nous sommes en train de vivre sans pouvoir intervenir et l'attitude des députés d'alors (les « godillots »)n'a pas évoluée ; toutefois elle a supportée 3 cohabitations sans trop de problème,mais personne ,je dis bien personne,ne pouvait imaginer que le président puisse etre l'huluberlu qui a été élu en
2007 et qui plus est démocratiquement ! on pourra toujours s'en prendre aux députés,mais que dire de ceux qui les ont élus ! ! !

Portrait de kebra

De kebra

Bisounours killa | 17H06 | 20/05/2008 | Permalien

A visiter d'urgence, la page My space de Tum Sally avec le nouveau clip « J'ai Changé »

http://www.myspace.com/cassetoipauvcon

Jamais un Leader Maximo de notre pays n'a déclenché une telle fronde artistique à la base. Nicolas Pricen va faire un burn-out, tant mieux !

P.S : J'arrive un peu tard sur ce sujet mais quelques montagnes me sépare du buzz français et je n'avais plus Internet pendant des mois.

Portrait de Network 23

De Network 23

identité perdue dans mes papiers | 17H08 | 20/05/2008 | Permalien

On lira avec intérêt l'article de Arturo Valenzuela arguant en faveur du parlementarisme pour stabiliser les régimes, et mettant en contraste le modèle français et le modèle portugais :

http://www.journalofdemocracy.org/articles/gratis/Valenzuela-15-4.pdf

Portrait de Triquoise

De Triquoise

rouge de honte | 17H11 | 20/05/2008 | Permalien

Pas mieux que bébert.

En parlant d'humiliation et de rapport de force, dites-moi si je me trompe, mais il me semble que le prochain vote OGM doit être solennel, ce qui signifie qu'il est nominatif ? … compte tenu de la personnalité du chef, il va leur falloir du matériel en acier trempé dans pantalon. Je doute qu'ils l'aient.

Portrait de alfred le distrait

De alfred le distrait

17H18 | 20/05/2008 | Permalien

Marre du rafistolage de la Constitution ! on voit ce que ça donne : un régime bonapartiste inefficace et coûteux ! une usine à gaz, et au prix du gaz c'est indécent…
Le mieux c'est de s'en servir une dernière fois avec l'Art68 Titre IX et destituer le Président, puis dans la foulée élire une constituante et passer à une autre République…

Portrait de sefero49

à alfred le distrait Portrait de alfred le distrait De sefero49

Soldat mugissant | 17H09 | 21/05/2008 | Permalien

Pourquoi ne pas envisager de passer à « La » République tout simplement ?
Depuis bien longtemps, elle n'existe plus en France.

Portrait de quetzal2012

De quetzal2012

enseignant précaire | 17H18 | 20/05/2008 | Permalien

Cet article tire au clair les enjeux de la manne politique qui est à l'oeuvre en ce moment, on vous l'avait bien dit qu'on le voyait… le mur !

http://alternativealaconstipationdelapensee.blogspot.com

Portrait de Jean-Philippe Roy

à quetzal2012 Portrait de quetzal2012 De Jean-Philippe Roy (auteur)

Politologue | 13H07 | 21/05/2008 | Permalien

Je me demande si une nouvelle figure de communication (ou de patinage artisitique) politique n'est pas en train de s'inventer : foncer dans le mur, mais en klaxonnant pour bien montrer ce qu'on fait !

Portrait de papiper

De papiper

instit retraité | 17H39 | 20/05/2008 | Permalien

Compte tenu du fait que M. Sarkosy ne semble pas posséder une culture et un bagage intellectuel d'une grande envergure. Ce qui pour un chef d'Etat, bien sûr , peut s'avérer une grande faiblesse.
Compte tenu de son entourage et des conseillers qui semblent tirer les ficelles (atlantisme, afaires religieuses, éducation nationale etc,etc…et agiter des chiffons rouges devant le bon peuple déconcerté.
Compte tenu du caractère, disons quelque peu spontané du personnage…Je crois que nous pouvons émettre de fortes craintes pour notre avenir.

Portrait de yabounet

De yabounet

parasite malgré lui | 17H45 | 20/05/2008 | Permalien

La réduction du mandat présidentiel et sa correspondance avec le temps parlementaire ont vu arriver un Président qui veut gouverner. En cas de crise, NS ne pourra virer le premier ministre, fusible traditionnel, puisque celui ci ne sert à rien, il ne gouverne pas. Un remaniement ministériel renforcera les rancoeurs, et n'arrangera rien. Reste la dissolution ou la démission… Dissoudre c'est soit se tirer une balle dans le pied, soit en cas de recherche d'ordre et de sécurité redessiner le paysage politique qui a amener à l'actuelle majorité. C'est bien la manière dont l'Elysée conçoit son rôle qui pose problème…

Portrait de TARPON

De TARPON

18H21 | 20/05/2008 | Permalien

Sarkozy a lui meme tissé la toile qui devrait peu à peu en faire un inauguraeur de chrysanthemes .En ce moment ,les deputes tatent gentiment le terrain en faisant le vote buissonnier mais ne serait ce pas un galop d'essai avant de repousser une nouvelle constitution.Le camouflet serait mortel pour un president qui n'aurait plus qu'à suivre l'exemple d'un de Gaulle ,demissionner.Qui s'en plaindrait ?

Portrait de Servais-Jean

De Servais-Jean 4591

Hi-Han | 19H00 | 20/05/2008 | Permalien

dupontlajoie
Du calme, du calme ! Si Devedjan a ouvert son bec c'est qu'On lui avait dit de le faire pour amuser la galerie.
Mais il n'est pas interdit de rêver.

Portrait de Papapenu

De Papapenu

niakue en vadrouille | 19H12 | 20/05/2008 | Permalien

Un conflit en plus a rajouter a celui qui est sur le point d'exploser en Polynesie

Merci de votre visite notre forum

http://www.tahitiradiococotier.com/

Portrait de Taclol

De Taclol

19H36 | 20/05/2008 | Permalien

Bon, excusez-moi, en tant que prof : plutôt enfants de choeur (celui de l'église).
A part ça, je trouve que les socialistes, pour une fois qu'ils ont voix au chapitre (ce qui est encore mieux que de chanter au choeur), feraient bien d'exiger le plus de concessions possibles pour que la réforme soit vraiment dans le sens de la démocratie. La démocratie, à mon avis, n'est pas vraiment la tasse de thé de Sarkozy, son gouvernement et son parti.

Portrait de vero87

De vero87

19H36 | 20/05/2008 | Permalien

Devedjian a dit, car en service commandé pour un ballon d« essai . puis le president crie “non non ! longue vie à la durée légale du travail” et le peuple de se rassurer : heureusement qu'il est là ,il a quand meme le pouvoir d'arreter les ultralibéraux ! ouf !
et ds quelques temps -pas tres lointain- face à une conjoncture déplorable comme elle le sera on sera OBLIGE de supprimer ces trentecinq heures ; oui mais ….notre cher président se targuera de les avoir défendues jusqu'aux limites du possible !
et devedjian dira …… et ils diront …“longue vie à l'UMP !

Portrait de Bernard Girard

De Bernard Girard

Enseignant blogueur | 19H37 | 20/05/2008 | Permalien

On dit enfant de choeur, pas enfant de coeur…

Portrait de Lairderien

à Bernard Girard Portrait de Bernard Girard De Lairderien

21H22 | 20/05/2008 | Permalien

Ah mon brave, la culture catholique se délite de plus en plus ! ! Diable, confondre le choeur et le coeur, mais c'est un péché, ça ! ! !

Portrait de Amococadix

De Amococadix

21H20 | 20/05/2008 | Permalien

enfants de CHOEUR monsieur Roy !
mais je chipotte, article très intéressant.

Portrait de Jean-Philippe Roy

à Amococadix Portrait de Amococadix De Jean-Philippe Roy (auteur)

Politologue | 21H43 | 20/05/2008 | Permalien

Oui, vous avez raison, je fais amende honorable, d'autant plus que le propre des politiques n'est pas de pousser la chansonnette. Sauf chez Drucker, parfois…
Sensible à la rigueur stylistique et sémantique, n'hésitez pas quand mon stylo s'emballe !
Amitiés.

Portrait de remi86

De remi86

le croquant ...du poitou | 21H31 | 20/05/2008 | Permalien

Bonne gens ! la rue ,le revolte n est plus de mise ! les pavé sous la plage , d'un autre temps ! Ce qu'a bien compris l ump ! reste la loi ,les textes ! si quelques petits malins ( dont je ne fais pas partie aurait l obligeance de les arreter dans leur furies du pouvoirs ,de l argent , des l obbings ! de de …) je suis preneur !
La rue desolé c est fini et ils l ont bien compris ! ces cons de l ump….

Portrait de kebra

à remi86 Portrait de remi86 De kebra

Bisounours killa | 21H58 | 20/05/2008 | Permalien

Je reposte ce commentaire dans ce fil car l'avis d'un politologue m'intéresse au plus haut point. (désolé pour la répétition)

Quand j'entends le mot grève générale, j'ai le sketch de Coluche sur les syndicats qui se charge dans ma mémoire vive. J'ai aussi un flashback de ces derniers projets, dont un issu d'un autre sketch, « Il suffirait qu'on ne l'achète plus pour que cela ne se vende plus. », Il voulait organiser une grève de la consommation pour faire baisser les prix des produits et services essentiels. Associé à son projet de « Toits du cœur », vous obtenez un putain de camion. Je suis un citoyen de base, je prends moins de risque à reprendre le flambeau.

On ne peut pas gagner une grève spontanée de la consommation et un happening genre 68 a peu de chance de se reproduire, même dans le contexte actuel. Je souhaite que la mayonnaise prenne à partir de jeudi et que Notre Altesse Nullissime, Naboléon Soleil, notre monarque « républicain » qui flambe 24 milliards 852 millions de sous pour six mois de fêtes alors que « les caisses sont vides » Il faut aussi prévoir l'échec et la poursuite du mouvement.

Le concept de Coluche et de bien d'autres moins emblématique en France est bon mais trop sommaire. Je propose une évolution que j'ai appelée : Le Siège.

Le siège est une organisation informelle. Son objectif est d'obtenir par la grève de la consommation des états généraux avec cahiers de doléances et élections de délégués pour une assemblée constituante de la sixième république.

Le groupe d'initiateurs en direction collégiale affine la stratégie et regroupe les informations en provenance des autres mailles de la chaîne, il devra prendre la décision d'avancer dans le protocole du siège et faire circuler l'information de manière fiable. Chacun des membres doit former une cellule de réflexion et d'action de deux membres de préférence d'origines géographiques différentes, un objectif raisonnable. A la fin de ce processus, toutes les régions doivent avoir un membre du siège soit dans la collégiale, soit dans le comité national. Cette direction cherche l'anonymat (pseudos) et ne communique pas vers les médias ou les autres organisations.

Puis ce processus de recrutement direct et discret doit se diviser des régions aux départements, puis au circonscriptions et enfin aux quartiers. Toujours le même principe, chaque membre du siège s'engage à recruter à son niveau deux nouveaux qui feront de même vers le bas jusqu'à la base de la pyramide. C'est la phase verte. Lorsque la pyramide est assez large, le siège se resserre.

Chaque membre doit discrètement et insidieusement stocker, hormis les denrées périssables, ou s'organiser pour autoproduire de quoi vivre pendant trois semaines, la durée d'une grève en France selon Coluche. Quand il est prêt, il informe son référent supérieur et relance les autres membres de sa triade pour se hâter sans se presser. L'injection de l'argent de nos réserves doit être douce pour éviter que nos adversaires ne fassent trop de réserves financières. Il y aura déjà des fuites. C'est la phase orange.

Quand toute la France passe à l'orange, la collégiale lance l'alerte rouge : achetez- des titres de transports en avance, rechargez les unités des téléphones, réglez vos factures prévisibles avec un excédent d'un mois, stockez les denrées périssables indispensables et le carburant… Le siège va débuter sous quinze jours. Quand le rouge est mis, les VIPs qui auront rejoins le siège font leur outing dans le cadre de leur travail habituel, pas de conférence de presse, pas de manif…le buzz se fera tout seul. Le siège commence. Continuez votre vie quotidienne mais n'achetez plus rien. Et restez le plus longtemps possible dans la légalité.

Premier semaine, action individuelle avec un badge de Coluche et un panier ou un caddie vide selon la taille du ou des magasins de votre choix. Pas de slogan, pas de violence, pas de mégaphone. Du travail individuel, convaincre de rejoindre le mouvement et plier pour rebondir en cas d'intervention de vigiles ou de keufs. Deuxième semaine, regroupement des triades en fonction des disponibilités pour des barrages filtrants autour des centres et des secteurs commerciaux. Le panier vide et le badge de Coluche comme seuls instruments de campagne et toujours le contact individuel mais en masse. Troisième semaine rassemblement sur les places symbolique de chaque commune des paniers et des caddies vides et concert de casserole.

Après la troisième semaine, le temps d'une grève en France selon la théorie de Coluche, deux hypothèses : Echec total et fin du siège mais pas de perte de salaire ou de sanctions civiles et pénales à assumer. Victoire et début des états généraux. Si la mobilisation est forte sans victoire, la réquisition populaire deviendra légitime.

Portrait de Comptesuple18octàlademandeduriverain

à kebra Portrait de kebra De Comptesuple18octàlademandeduriverain

bavureux mais pas ripoux ! | 00H39 | 21/05/2008 | Permalien

Tout à fait d « accord , Kebra ! mais quand on essaie de lancer ce genre d “action ça ne prend pas. Nous ( les RG) sommes en train de créer un Fonds national de Solidarité Citoyenne qui pourrait aider ce genre d” action .Mais on n'y croit pas tellement , on fait ça pour notre intégrité perso. Envoie ton texte à Construire un Monde Solidaire , ça peut les intéresser … et à “ Là-bas si j” y suis “ sur France Inter : radio et blog.

Portrait de kebra

à Comptesuple18octàlademandeduriverain Portrait de Comptesuple18octàlademandeduriverain De kebra

Bisounours killa | 12H32 | 21/05/2008 | Permalien

Bonjour les RG,

Merci du soutien à ce concept. Venant de copains qui sont dans l'action quotidienne, cela me colle du baume au cœur. Merci aussi pour les suggestions de sites, je fais tourner. Je n'ai pas encore testé ce texte sur les anciens de Fauchons chez Fauchon, ni sur la jeune garde, j'espère qu'ils vont apprécier.

J'ai posté sous cet article car le Siège n'a qu'une ligne politique et elle est constitutionnelle. Puisque tous les partis ou presque nous gonflent avec de la pseudo démocratie participative et des promesses de co-gestion des affaires publiques et professionnelles, prenons-les aux mots ! Assez de rafistolage de la monarchie présidentielle, exigeons la réunion des Etats Généraux de France pour élaborer une sixième république. Cela ne devrait pas coûter beaucoup plus que les 190 millions d'euros du flambeur.

Je sais bien que les RG et d'autres proposent régulièrement ce genre de plan et que cela ne sort jamais d'un cercle d'initiés. Dans notre monde de plaisirs faciles et immédiats, de formatage de la pensée et des réflexes, de dépendance et de pulsions, Le Siège a bien peu de chances d'exister, il demande beaucoup d'effort par rapport au résultat escompté. Les Français ont perdu l'envie de changer la vie, ils sont redevenus les rois du système D comme sous l'Occupation. Mais l'oppression de l'apartheid social devient chaque jour plus forte et NAN Naboléon Soleil peut cristalliser les électrons libres de la révolte et attirer enfin les masses dans un mouvement radical mais non violent.

J'ai ressorti le mode opératoire des premiers réseaux de la résistance en France pétainiste, une situation assez proche de notre soft goulag actuel. Pseudos, direction collégiale clandestine, recrutement par cooptation, triades qui forment des cellules à géométrie variable, pas de communication officielle, une planification militaire…

Pour la figure emblématique du mouvement, un mort est plus facile à gérer qu'un vivant, il ne risque pas la crise égocentrique. Avec After effect et Pro Tools Coluche reparle, il est un des seuls « prophète » français du 20ème siècle encore très bankable. Pour les instruments de propagande, un badge (qu'on doit pouvoir autoproduire à peu de frais car il en faudra beaucoup), un panier vide, une casserole et une louche, on reste dans l'accessible à tous. Le souci majeur, c'est l'approvisionnement en eau, électricité, nourriture et médicaments d'urgence, les assiégés vont se défendre. Ils vont faire du lock-out, du chômage technique, les précaires et les intérimaires vont se retrouver sans taf, les coupures vont se multiplier pour détruire les stocks congelés…

Le Siège ne peut pas bien fonctionner en hivers, trop de contraintes dans les villes et même en campagne. De mai à septembre, un réseau solidaire comme celui que vous montez peut organiser l'autoproduction pour des cantines de quartier provisoires. Pour les coupures d'électricité, c'est plus complexe. Mais on peut vivre trois semaines avec des produits secs, séchés, fumés, salés, en bocaux, en boite et éviter le surgelé et les produits frais. Pour éviter le chaos, les coupures ne peuvent pas être longues.

On peut aussi prévoir des perturbations dans les communications, il faut monter un réseau de messager et prévoir des émetteurs radios clandestins ou utiliser des taupes dans les médias officiels pour passer des messages codés, Pom Pom Pom POmmm. Carla va glisser dans la piscine, je répète, Carla va glisser dans la piscine.

Pour en arriver là, il faut une base solide à la pyramide du siège et compter sur le levier démultiplicateur des triades et sur le buzz . Partis à 18 au niveau national, 3 par quart de France, 3 pour la région parisienne et 3 pour les non-métropolitains, nous serons 66 au niveau régional puis 1983 au niveau des circonscriptions, soit un noyau dur de 2067 activistes, les officiers du siège. Puis viens l'organisation de quartiers, 10 en moyenne pour 932 villes de plus de 10.000 habitants soit 9320 et mettons les deux tiers des communes et bourgs (environ 12300), donc 66900 membres, soit 76 220 sous-officiers du siège, total des cadres : 78 287 membres. C'est un nombre réaliste d'énervés de base.

Pendant la phase Orange, chaque membre doit recruter 3 soldats pour passer à environ 200.000 (compter avec les déserteurs et les mous). C'est à peu près la participation à une journée ordinaire de mobilisation. Pendant la phase rouge, les 270.000 membres actifs doivent recruter 810.000 partisans pour arriver à dépasser la barre symbolique du million de mouvementistes et lancer le siège. La première semaine d'action doit attirer 3 millions de citoyens et la phase de guérilla dans les centres devrait nous porter à 9 millions pour l'assaut final. Cela correspond avec les chiffres des grands mouvements récents.

Bon, j'arrête, j'ai demandé à la Rue de m'accorder un blog sur l'analyse de la stratégie du Grand Domaine et comment lui résister, je dois garder des billes et pas trop saouler sur ce fil.

Portrait de Jean-Philippe Roy

à kebra Portrait de kebra De Jean-Philippe Roy (auteur)

Politologue | 13H14 | 21/05/2008 | Permalien

La grève de la consommation est une grande idée, c'est celle qui a animé tout le courant néoconsumériste (50 millions de consommateurs). Le problème est qu'un lobby fonctionne à partir du moment où chaque membre du lobby est solidaire. Or la consommation est un acte en grande partie pulsionnelle (donc inconsciente). C'est là qu'est le problème de votre modèle. Si je puis me permettre, il impose presque à chacun de rentrer dns une démarche individuelle de type psychanalyse, chose qu'on ne peut imposer par nature puisque ce doit être un choix librement consenti pour que ça fonctionne !
Si je puis modestement vous conseiller une lecture, vous trouveriez pas mal de choses dans les écrits de Cornélius Castoriadis. Il y a de superbes réflexions sur la dimension nécessairement analytique de la citoyenneté.

Portrait de kebra

à Jean-Philippe Roy Portrait de Jean-Philippe Roy De kebra

Bisounours killa | 01H13 | 22/05/2008 | Permalien

Bonsoir,

Je ne suis pas fan de psychanalyse. Cette répulsion me cause des lacunes culturelles comme l'intégralité des textes de Castoriadis sur la question. Auriez-vous des références plus précises ? Je ne pense pas que la grève de la consommation soit la partie du modèle qui « impose le plus à chacun de rentrer dans une démarche individuelle de type psychanalyse », c'est bien d'avantage la participation active et constructive aux EG qui posera ce problème. Il faut que cette phase soit très professionnelle avec un bon budget pour réussir à motiver sans trop imposer. La grève à la consommation est un moyen efficace de renverser NAN et de détruire son système d'apartheid social. Pas plus, Coluche n'est pas un symbole mondial. Je ne propose pas d'en faire un moyen permanent de pression sociale. Je propose un sacrifice provisoire avec un objectif précis. Pas de créer une société citoyenne en quelques mois.

Votre réponse me fait aussi penser à Woody Allen dans une interview où il remarquait que les psychanalystes ne font pas de bonnes affaires dans les pays en guerre ou en crise violente. Dans ces situations, je crois que l'humain n'est plus dans l'analyse mais dans le réflexe. Un exemple : Les Hollandais sont devenus très individualistes, très américanisés et pourtant ils se sont rué les pelles à la main pour renforcer les digues lors d'inondations récentes comme au bon vieux temps de la reconstruction. Les Allemands, moins menacés d'éradication mais pourtant réputés solidaires, ont été gravement inondés. A voir le nombre de posts sur les forums politiques qui appellent à la révolution pour ne pas supporter quatre ans de plus NAN, il y a péril en la demeure France.

Je partage l'analyse de Castoriadis, époque Socialisme ou Barbarie, sur la transformation de la société en une pyramide où la majorité des hommes soumis à l'aliénation pourront être poussés à combattre le système hors de toute lutte de classe. Voilà pourquoi je reprends le principe de recrutement de la vente en pyramide pour sortir des logiques de classes, de corporations ou de tribus et rester dans le relationnel hyper-proche : famille et amis. Pour en recruter trois, c'est suffisant et pas trop foulant. On peut devenir l'analyste de trois personnes bien connues, plus c'est un métier. L'observation de l'organisation des triades chinoises, assez proche, démontre son efficacité pour relancer la motivation et stimuler à l'action.

Mon modèle est bien en lien direct avec le concept castoriadissien post socialiste d'auto-émancipation autonome ou barbarie. Mais pour créer une dynamique et renverser le désordre actuel, il faut à mon sens en passer par une phase collective. Les dernières tentatives de grande grève sont des échecs cuisants au-delà des revendications corporatistes. Le grand soir par la grève comme par l'émeute ne progresse plus. Il faut innover avec du vieux comme d'habitude.

Je me suis aussi largement influencé du communisme des conseils et des radicaux de gauche (gare au premier qui me parle du MRG ! ) français comme Guy Debord, belge comme Raoul Vaneigem, italien comme Oreste Scalzone ou hollandais comme Jan Appel. Je pense que les syndicats se sont partout transformés en organes de l'ordre capitaliste au sein des salariés. Les formes d'organisation syndicales, officielles ou souvent même de base, ne servent qu'à encadrer et à saboter les luttes. Comme disait Coluche « Le capitalisme, c'est l'exploitation de l'homme par l'homme et le syndicalisme, c'est le contraire. »

Mais, contrairement à la majorité de l'ultra-gauche, je ne penche plus en faveur de la guérilla urbaine. L'action violente ou le terrorisme sont trop largement et trop facilement instrumentalisées par les lobbies du pouvoir politique et économique. Il faut restreindre la violence au maximum en évitant les confrontations inutiles. Je propose les réquisitions populaires comme dernier recours d'une mobilisation massive en échec. La résistance et l'action sont dans la solidarité et l'autoproduction.

Un ami psychanalyste me résumait ainsi une opinion fréquente dans sa profession : « Je remplace la confession et la croyance aux miracles. » Les EG et les cahiers de doléance sont un grand confessionnal pour que la population puisse évacuer une partie de ses frustrations et reprendre un peu le contrôle de la vie de la cité. Dans l'inconscient français, Coluche est une icône qui a fait un miracle dont les plus pauvres profite chaque jour. Pour ma génération, il est autant une source de rire que de réflexion politique et sociale. Avec ma bande de skaters, nous avons tracté des photocopies de son appel à tous les enfoirés à votez pour lui. Je me souviens aussi des sondages et de la suite.

L'organisation politique du Siège ne constitue pour moi que l'avant-garde, les moines-soldats du processus de généralisation de la conscience. Son rôle n'est ni d'organiser la société, ni de prendre le pouvoir au nom du peuple, mais de participer activement à la convergence des luttes, à leur prise en charge autonome, et enfin de rendre la parole au peuple, bourgeois y compris, je suis contre les épurations et la dictature du prolétariat. Par contre, je ne suis pas opposé à des procès équitables des grands criminels que sont les concepteurs et les principaux bénéficiaires des stratégies de mondialisation du néo-libéralisme comme le Grand Domaine et de la révolution conservatrice.

Je partage l'obsession de l'abbé Sieyès, l'inventeur du concept « one man, one vote »en France, pour les états généraux avec cahiers de doléances et assemblée constituante. Je crois aux vertus du contrat social, j'étais dans le courant de Jean Poperen durant mes années de PS. Je ne pense pas que le recours trop fréquent au peuple soit une solution sans vices. Mais il faut insuffler au système une bonne dose de démocratie directe après nos expériences récentes de monarchie républicaines.

Pour finir, voilà la position constitutionnelle pour l'organisation politique que je défendrais à de futurs EG. Pour le gouvernement, je propose la collégialité avec Ministères regroupés en grands départements attribués individuellement par élections (système à définir) et une présidence honorifique tournante.

Pour le Parlement national, en dehors d'EG à renouveler tous les quinze ans pour refléter les mutations sociales, je propose un système de tirage au sort bi ou tri-annuel parmi les résidents volontaires justifiant d'une situation fiscale et judiciaire en règle sur notre territoire, avec une possibilité de révocation à la majorité des trois-quarts en cas d'incapacité et un seul mandat non cumulable, c'est une sorte de service civique.

Pour les régions, une proportionnelle avec prime majoritaire avec mandat non cumulable de cinq ans renouvelables trois fois. Pour les communes, fortement regroupées, une proportionnelle intégrale avec rayage et panachage possible et un mandat non cumulable de cinq ans renouvelables trois fois. Pour les quartiers, nouvelle entité administrative des grandes communes, j'aime bien la Landsgemeinde sinon idem commune. Le reste à la poubelle, économie d'échelle indispensable pour désendetter notre pays.

Je ne sais pas si beaucoup vont lire ces trois pavés avec attention, si oui merci et n'hésitez pas à commenter, c'est un travail en cours qui ne demande qu'à évoluer.

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