Et si les primaires en politique étaient une malédiction?
Un récent article du Point, paru le 1er avril (sic), évoquait avec une pointe d'humour la possible candidature d'Al Gore, pour le Parti démocrate, à l'élection présidentielle américaine. Au-delà de l'anecdote, il y a un fond de réalité qui fait réfléchir. La question essentielle est la suivante: les primaires sont-elles un facteur de chance ou, au contraire, un déploiement d'énergie portant préjudice au candidat finalement désigné?
La réponse théorique à cette question est la suivante: si le processus permet de désigner clairement un candidat, alors il est paré de tous les avantages: démocratie (idéale si, comme aux Etats-Unis ou en Italie, la désignation s'ouvre aux citoyens; satisfaisante si, comme au PS en 2006, elle est proposée aux seuls militants du parti considéré) et agenda médiatique mettant en scène la "saga" du (ou de la) candidat(e).
Mais voilà, il arrive que le processus ait du mal à décider. C'est ce qui semble se passer actuellement aux Etats-Unis, et l'on observe une situation étonnante: d'un coté le candidat républicain, John McCain, campe sur la certitude de sa désignation, acquise, il est déjà dans la phase de combat décisive. En face, le suspense demeure entre Barack Obama et Hillary Clinton, et le processus ne produit que de l'incertitude, voire un déploiement de combativité à l'intérieur même du camp démocrate, propre à dévaloriser l'offre politique de ce parti. C'est ce qu'on appelle, en communication politique, un décalage d'agenda.
L'opinion, comme la nature, a horreur du vide
Ce phénomène peut être délétère. La campagne électorale française nous le montre à sa manière, grâce au baromètre politique français, réalisé par le Cevipof et le ministère de l'Intérieur en 2006-2007. Jusqu'en décembre 2006, c'est-à-dire à peu près l'issue de la "primaire socialiste", la compétitivité de Ségolène Royal résiste. A partir de janvier, phase électorale proprement dite, un décalage entre les agendas "plombe" la présidentialité de la candidate socialiste.
Tout se passe comme si Nicolas Sarkozy était en phase avec l'agenda de la campagne, en pleine possession de ses moyens. En face, la fameuse phase de consultation participative construit un doute sur la capacité de Ségolène Royal à défendre un programme clair, à faire des propositions cohérentes, bref à revêtir les habits de la principale candidate de la gauche. C'est dans ce "trou d'agenda" qu'a pu exister François Bayrou, car l'opinion, comme la nature, a horreur du vide.
Les primaires ne sont pas une fin en soi
En matière de primaire, je crois qu'on confond le moyen et la fin. Les primaires ne sont pas une fin en soi, ce ne sont qu'un moyen destiné, dans certaines conditions, à dégager un leadership, c'est à dire un(e) candidat(e) qui s'impose de manière indiscutable. Dans le cas démocrate, aux Etats-Unis actuellement, les primaires ne remplissent pas clairement leur fonction. Dans le cas français de 2006, l'ardeur mise en œuvre par Ségolène Royal dans les primaires a affaibli la combativité de sa campagne ensuite.
La finalité d'un processus de désignation est donc le leadership incontestable, permettant de faire taire toutes les dissidences internes afin de potentialiser les chances du ou de la candidate. Est-ce bien ou mal, je ne sais pas, mais il est sûr que, même en démocratie, même avec un processus aussi sophistiqué que les primaires, un combat politique doit toujours symboliquement se finir à la manière de Brennus en -388 à Rome: "vae victis" (malheur aux vaincus)!
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Je ne pense pas qu'il y ait une méthode clé.
A un moment donné de la campagne Royal il y a eu un "trou" dû à l'absence visible de la candidate. Son agenda était rempli, mais en décalage avec la participation du plus grand nombre d'électeurs qui eux attendaient essentiellement une campagne média, presse, télé, internet accessoirement.
Bayrou n'a pas fait son lit de l'absence visible de Royal, il était en lice depuis un bon moment et porté par les sondages si vous vous le rappelez.
Quant à Sarkozy, il était en campagne depuis plusieurs années et parfaitement solidarisé avec son clan, l'UMP. Ne lui restait plus qu'à agréger les inconnus, les indécis au travers d'une campagne médiatique.
Ce qui a plombé Royal ne sont pas les primaires, mais un lancement trop tardif d'une campagne énergique, musclée et parfaitement organisée tant dans son cercle que dans son clan. A ce stade, on peut dire qu'elle a fait campagne dans son coin, ne battant rappel qu'au plus fort du flottement. Et puis, faut-il passer sous silence ses gaffes monumentales de campagne : le drapeau et l'hymne, les camps de redressement, le contrat jeune, j'en passe et des meilleures, le clou pour la fin avec une augmentation des petites retraites n'excédant pas 35 euros par mois.
Il peut y avoir primaires, mais ça intéresse qui sinon les militants qui ne représentent pas 1% du corps électoral ? Grosso modo, le choix du candidat tout le monde s'en fout mais tout le monde veut donner son avis. Quand il est là, il faut en prendre son parti et faire avec, mais il faut aussi que le candidat soit capable de cohérence.
Comme quoi, il ne faut pas confondre primaires et préliminaires ! :)
J'y suis personnellement opposé (je parle des primaires... ).
Notamment parce que le rôle premier d'un parti politique, en campagne électorale, et de définir en "dur" (programme, manifeste...) les grandes lignes d'une "gouvernance" (sans jamais tomber dans le piège du "chiffrage" et du particularisme -clientélisme ?-).
Partant de là, quelque soit le ou la représentant(e) du parti, peu importe...
Je vote pour des idées pas pour des personnalités.
Mais quid des "courants" ?
C'est justement ce qui m'insupporte dans la "politicaillerie" : l'hypocrisie et la lâcheté des "courants", principaux générateurs de primaires !
S'il y a divergence(s) profondes, on quitte et on crée !
Vive le multipartisme !
Si les divergences sont mineures, on s'asseoit sur son orgueil pour le bien commun.
C'est ce que j'attendais de Mmme Royal après le 06 Mai 2007... Déception !
C'est que les amis de Mr Strauss-Kahn (qui ne sont pas mes amis...) devraient envisager... Lâcheté !
C'est ce que Mr de Villepin aurait de mieux à faire... Hypocrisie !
Joli chapeau, sinon !
L'étonnante "élection interne" au Parti socialiste était bien une forme de primaire. Il est permis de se demander, en effet, si cela lui a réussi. Ce système ne risque-t-il pas de redoubler tous les problèmes et dysfonctionnements démocratique liés à l'élection d'une -et une seule- personne ?
http://journalduntraducteur.wordpress.com
Faut être gonflé ou inconscient pour "sortir" un tel article le jour où la flamme se ballade dans les rues de Paris.
Tous les cerveaux sont déjà pris.
Et si le pouvoir assumé symboliquement par un seul individu était une malédiction?
et si l'élection d'un monarque au suffrage universel une fois tous les cinq ans, mettant par son entremise médias, justice et police au service de l'oligarchie qui lui permet d'accéder à ce pouvoir n'avait pas grand chose à voir avec la démocratie dont ils prétentent tirer leur légitimité ?
J'ai du mal à croire à l'argument du trou d'agenda résultant d'une primaire ; ou plutôt, si ce trou existe, il faut incriminer l'état-major de campagne du candidat, qui n'aurait pas eu de stratégie de campagne au delà de l'élection de son poulain lors des primaires.
Par contre la tendance des candidats auux primaires - on l'a vu avec le PS, on le revoit chez les Démocrates - à s'entredéchirer, à utiliser des arguments pour se dénigrer mutuellement cause forcément des dommages irréparables dans l'opinion. Une primaire, ce devrait être un débat d'idées et de programmes dénué de toute agressivité. Dur à faire comprendre aux divas de la politique...
En fait, les primaires sont une malédiction oui... mais seulement lorsque celui qui est choisi n'est pas celui que les hauts fonctionnaires et les chefs du parti escomptaient !
:D
C'est sur que dans notre pays, ou on nous IMPOSAIT des candidats, le fait que l'on puisse ENFIN choisir les candidats ne doit pas faire plaisir à ceux qui ont perdu du pouvoir dans le processus !
Mais seulement à eux !
Nous les simples citoyens, étant donné que cela nous permet au minimum de doubler l'offre de projets (si chaque parti a 2 candidats à la candidature et donc 2 projets), cela ne peut QUE nous plaire !
Vive les primaires !
hummm... la methode de dénomination de mon futur DRH, je m'en cogne...
Il me semble que rapprocher le système de la démocratie représentative américaine du système français est très risqué.
Dans la droite française, on a la culture du chef mais aussi du consensus, "à l'américaine" ; une fois choisi, le chef réunit tous les suffrages ou presque, les dissidences sont éliminées ou sérieusement amenuisées ; j'en déduis que la droite serait farouchement hostile à des primaires organisées.
En revanche, à gauche, le chef ne peut être déterminé qu'après des palabres interminables entre tendances, lesquelles ne renoncent jamais à leur bifteck, à leur "différence", même si, sur le fond, ces tendances ne sont jamais que des variantes social-démocrates. Ces "différences" ne correspondent à rien de significatif : elles reflètent le plus souvent des préoccupations électoralistes (voir le courant de Laurent Fabius, notamment ; soit dit en passant, où Fabius va-t-il chercher l'idée qu'il serait un présidentiable viable ???), parfois, mais rarement, la survivance d'un vieux fond jacobin chez certains, contre une approche plus souple de l'initiative "privée" chez d'autres. Il va sans dire qu'à mes yeux, les Verts ne sont qu'une autre variante de la social-démocratie.
Le qualificatif de social-démocrate tous azimuts fera bondir certains, mais, si l'on y réfléchit bien, depuis la mort de l'URSS et même bien avant, il n'y a pas eu d'autre courant profond "de gauche" dans la société française (si l'on excepte les irrédentismes trotskystes très minoritaires). Le PCF lui-même est social-démocrate depuis des décennies : il faut simplement se souvenir que, comme le disait Guy Mollet dans un éclair de génie analytique qu'il n'a jamais répété par la suite, "le parti communiste n'est pas à gauche, il est à l'Est." Les choses ont évolué depuis la IVème Réppublique...
Aux Etats-Unis, le système des primaires est ancré depuis bien longtemps dans la tradition, mais c'est au détriment de la représentation réelle des opinions de la société. Ceci explique pourquoi le taux d'abstention aux élections américaines de toute nature est faramineux (égal ou supérieur à 50 % pour l'élection présidentielle, parfois supérieur à 70 % pour les élections locales et régionales -- municipalités et Etats). La démocratie directe contredirait la démocratie représentative si l'on donnait à la première l'occasion de vraiment s'exprimer et d'émietter les variantes de l'opinion entre les divers courants qui la sous-tendent.
Et c'est là justement que je ne suis pas d'accord avec le point de vue de Jean-Philippe Roy : la primaire démocrate de 2008 a, pour la première fois depuis longtemps, donné l'occasion à la démocratie directe la possibilité de s'exprimer et de dégager une tendance MAJORITAIRE profonde ; d'ou l'engouement pour Obama... aux dépens de l'APPAREIL du parti démocrate, qui, si les choses s'étaient passées autrement, aurait choisi Hillary Clinton à tous les coups. De ce point de vue, on pourrait être tenté par un rapprochement avec la situation de Ségolène Royal l'année dernière.
Même si Obama est perçu par certains comme un candidat certain à la défaite face à McCain, et même si les caciques du parti démocrate (et les médias) ne cessent de dénoncer les déchirements internes, il y a fort à parier que, si (et c'est un sacré si... il faudra m'aporter des preuves) les Etats-unis ont évolué en profondeur sur la question raciale, ces déchirements ne nuiront pas à la cndidature démocrate en novembre, tant la tendance au consensus, au ralliement derrière le candidat désigné est traditionnellement forte aux USA.
De plus, Obama aura livré le fond de sa pensée sur la question raciale avec un aplomb et une hauteur de vue qu'on a rarement rencontrés dans une campagne électorale américaine. Rappelons que si la candidature de Jessie Jackson a pu être celle d'une coalition de communautarismes dans le passé (l'arc-en-ciel, disait-on), la candidature d'Obama est singulièrement unitaire, inter-raciale -- une très grande nouveauté qui fait peur au grand capîtal américain.
Je suis intimement persuadé que, si Obama ne passe pas le cap de la nomination démocrate, cela démontrera que le racisme endémique à la société américaine (malgré une minorité antiraciste agissante dont les appels se font de plus en plus pressants au fil du temps) est toujours la ligne de force principale en politique intérieure américaine.
La question n'est pas celle de la valeur des primaires, mais celle de la valeur des candidats. La droite française s'est unie derrière Sarkozy, c'était prévisible. Sarkozy ne faisait pas l'unanimité, mais c'était le meilleur candidat.
A gauche, Ségolène Royal s'est imposée contre la volonté de la plupart des caciques du PS. Mais le problème n'est pas là. Ségolène était une candidate moyenne, voire médiocre. Obama, lui, serait un candidat de valeur.
Cela dit, on ne choisit pas nécessairement les meilleurs, en France comme aux Etats-Unis.
Un point de vue qui me subjugue.
J'y aurais ajouté un bémol, celui du rôle des sondages français qui, dans une première phase, ont amplifié l'espoir dans une candidature féminine ; et le rôle des financements qui m'ont toujours surpris pour ne pas dire choqué.
Et si les primaires en politique étaient une malédiction?
réaction Niveau 1 sur le titre :
Oui les primaires en politique sont une malédiction ... surtout quand ils arrivent à la présidence.
La question essentielle est la suivante: les primaires sont-elles un facteur de chance ou, au contraire, un déploiement d'énergie portant préjudice au candidat finalement désigné?
Ca vous chatouille ou ça vous gratouille ?
http://video.google.com/videoplay?
docid=4463776866669054201
http://video.google.fr/videoplay?docid=8208557271386479224
La Malédiction vient surtout que les candidats issus des primaires ont été "désignés" par moins de 1% de l'électorat ! quand l'électeur doit ensuite choisir entre le cancer et le Sida , c'est pas facile, il faut 5 ans pour retenter sa chance !
Le président doit être choisi et élu par la majorité du peuple, pas par les partis politiques qui ne représentent que les "lobby" qui les payent. Tout le monde devrait pouvoir se présenter et passer par des élections cantonales, puis régionale en gardant les deux meilleurs scores et enfin deux tours pour les 52 finalistes !
Il existe des incohérences notoires dans la démarche du PS en ce qui concerne l'organisation des primaires en préambule au choix du candidat chargé de porter les idées d'un parti:
-Trois candidats annonçant des prérogatives diverses, des démarches différentes, pour défendre un fond commun d'idées...
-L'utilisation d'un outil d'information public et largement universel touchant tous les électeurs de toutes obédiences politiques, pour au final, ne requérir l'avis et le vote que d'un nombre limité d'électeurs, d'un seul courant politique.
-Au vu de nos traditions socioculturelles, n'était-ce pas là, l'aveu de dissensions internes plus que de modernité politique.
Dans les faits:
-Ce débat primaire m'a paru tenir plus de "Grand Guignol" que de renouveau politique.
-Des considérations totalement dénuées d'intérêt et hors sujet, telles le féminisne et autres introduites dans le débat pour faire la différence.
-Cette nouveauté, ce nouveau style politique, n'emmenait pas avec lui de réelles novations dans le débat de fond (même pas un programme qui devait être defini courant février par l'appareil PS), dans l'attente d'idées nouvelles, de considérations politiques dignes d'intérêt.
-Un manque évident de stratégie, permettant à l'adversité de préparer au mieux des réponses, d'observer les failles et faiblesses des candidats et des schémas à venir.
A la question: "Avant l'élection présidentielle de 2007, les primaires PS étaient elles une malédiction?"
Je réponds: "oui, sans aucun doute!"