Comment François Bayrou tente d'étouffer le PS

François Bayrou en avril 2007 (Benoit Tessier/Reuters).

Charmer l'électeur de gauche, étouffer l'appareil socialiste, mais lentement, sans qu'il s'en rende compte, tel semble être, de plus en plus clairement, l'objectif que se donne le leader du MoDem. Après la réunion qu'il a organisée dimanche à Paris, pour lancer sa campagne des européennes, on devine mieux encore le piège stratégique que François Bayrou tend presque ouvertement au parti de François Hollande.

En fin politique, il saisit la perspective que constituent les élections européennes de 2009 pour réussir une synthèse qui semble impossible au PS entre ceux qui ont opté pour le non et ceux qui ont voté oui au projet de Traité constitutionnel européen. En effet, nul ne peut contester l'europhilie naturelle du MoDem, héritier de la vieille famille démocrate chrétienne française dont Jean Monnet et Robert Schumann sont les symboles.

Mais, depuis 2002, et le désaccord fondateur avec Jacques Chirac sur la création de l'UMP, François Bayrou a décidé de s'opposer. Ainsi, Nicolas Sarkozy, élu Président, est devenu l'arme paradoxale du béarnais. Si l'on analyse le registre des critiques portées contre l'UMP et contre Nicolas Sarkozy, on découvre alors un « bayrouïsme » fort républicain, d'un rigorisme presque montagnard, alors qu'on s'attendrait plutôt à entendre une tonalité girondine.

Eva Joly en candidate MoDem aux européennes ?

Les résultats électoraux, et plus encore la « géosociologie » du vote Bayrou en 2002 et en 2007, suscitent une hypothèse possible : là où François Bayrou fait de bons scores en 2007, notamment dans les cadres urbains, tout se passe comme si une partie de la remarquable croissance de ses résultats était due à un transfert des électeurs qui ont voté Jean-Pierre Chevènement en 2002.

Le rappel des valeurs de la République, l'explication, presque pédagogique, que le président du MoDem fait de la laïcité, l'appel à la relance d'une Europe sociale, apparaissent comme des gages propres à fidéliser un électorat chevènementiste, voire à récupérer une part de l'électorat socialiste que Laurent Fabius ne put réussir à incarner en 2006. A ce titre, la présence d'Eva Joly ce week-end et l'annonce de son soutien, voire de sa candidature aux européennes, enfonce le clou.

Cette hypothèse peut aussi se confirmer au regard des élections municipales, notamment en ce qui concerne certaines candidatures. Prenons par exemple le cas de Blois dans le Loir-et-Cher. Voici une ville où le MoDem réalise un peu plus de 16% des suffrages exprimés au premier tour. La liste MoDem était emmenée par Jean-François Mortelette, avocat blésois bien connu, ancien chevènementiste et fils d'un député Ceres élu lors de la « vague rose » de 1981.

Bayrou dans une stratégie d'investissement à moyen terme

Comment se fait-il que le MoDem ne se soit pas maintenu au second tour ? La réponse est simple : il s'agissait de battre, à coup sûr, Nicolas Perruchot, le député-maire sortant, ex-bayrouïste, rallié à Nicolas Sarkozy au deuxième tour de l'élection présidentielle et membre du Nouveau Centre. Ce retrait illustre toutes les potentialités stratégiques qui s'offrent au MoDem. En effet, formellement, il ne fait rien contre le maire sortant de droite, mais son électorat étant en grande part issu de la gauche, il vient conforter le socialiste Marc Gricourt et ainsi ramener la ville dirigée jadis par Jack Lang dans le giron socialiste.

Face à un Président et à des leaders socialistes qui semblent souvent gouvernés par la conjoncture, François Bayrou semble au contraire dans une stratégie d'investissement à moyen terme. Il trace sa voie entre une UMP affolée qui envisage de changer le mode de scrutin européen en catastrophe et un PS en proie à sa crise de leadership au point d'avoir peur du prochain Congrès de Reims.

5 commentaires sélectionnés

Portrait de Asse42

De Asse42

Royalais | 12H03 | 10/06/2008 | Permalien

Franchement cette analyse existe pour nous faire peur parce que personne ne croit que l'on finisse par se retrouver avec deux droites comme aux USA.
Que ce soit la stratégie de Bayrou, grand bien lui fasse, mais qu'il y arrive cela m'étonnerait beaucoup !

par contre il est évident qu'il faut à la tête du PS une figure populaire puissante capable d'être attractive et de renouer avec son électorat pour redynamiser ce PS. Si c'est le cas Bayrou sera circonscrit à ses 7% habituels digne d'être respectés.
En fait je souhaiterais que Bayrou parvienne à se maintenir aux alentours des 10% car je suis persuadé qu'on a besoin d'un centre fort et que celui-ci soit compatible avec la gauche. Bien sûr Bayrou est de droite, mais ses militants peuvent s'allier avec nous dans le futur pour gouverner ensemble. C'est avec eux que nous pourrons former un pacte républicain susceptible de gagner en 2012.

Alors respectons le Modem mais ne lui faisons pas de cadeau non plus ! C'est le juste milieu…

Portrait de le pillier du 59

De le pillier du 59

( pillier actif et gourmand) | 12H26 | 10/06/2008 | Permalien

Laissez moi vous conter l'histoire de l'hermite de la politique. Dans des temps fort lointain ou la démocratie était totale en France avant l'arrivé du Mini Roi un homme avait pour idée de s'opposer au souverain afin de sauver notre beau Pays.
Le verbe et la claque haute Notre preux chevalier parcourit la France dans son modeste carosse respectant l'environnement afin de rallier le peupleàa ses idées…
La suite est bien connu La bergére du Poitou et le preux chevalier Béard ont perdu et depuis on murmure que Bayrou le vaincu un faible temps courtisé erre sur ses terres droit dans ses bottes en rêvant d'une vie qui aurait pu être politique
PLeurons mes amis sur cette triste légende

Portrait de brazz

De brazz

12H34 | 10/06/2008 | Permalien

François Bayrou n'existe pas, son action est un ectoplasme politique qui ne survit que par des coups de pub comme celui auquel vous adhérez dans cet article !

Portrait de Ga

De Ga

Dessineux | 12H41 | 10/06/2008 | Permalien

Portrait de jma14

De jma14

16H13 | 10/06/2008 | Permalien

Le PS n'a pas besoin de Bayrou pour s'effondrer sur lui même. J'ai écouté François Hollande et les autres dernièrement. Ils sont encore dans des discours de reniement de la réalité économique et nous balance de vieille phrase politicienne des années 80 et 90, en jouant sur les inquiètudes des Français et les amalgames.

Hollande a doucement tué le PS avec les éléphants, personne ne veut le licencier et ne veut faire son procès. Je rie au éclat quand le PS demande la tête de patron d'entreprise dans certains dossiers.

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