La fin programmée de la détention provisoire

La France va entrer le 1er juillet dans une ère de schizophrénie judiciaire surprenante. Tandis que le Parlement s’apprête à débattre de la prochaine loi sur la récidive, sur la minorité pénale et sur l’aménagement des peines pour les délinquants "sexuels", la loi "Outreau", adoptée le 5 mars dernier en réponse à l’affaire éponyme, va entrer en vigueur dans ses dispositions relatives à la détention provisoire.

Vers un cataclysme judiciaire

Présentée comme une réformette sans portée ni envergure, cette loi va en réalité bouleverser notre paysage répressif, car elle consacre la quasi-disparition de la détention provisoire. Le plus fascinant est que personne ne semble avoir vraiment conscience de cette révolution, aux effets non mesurables ni d’ailleurs mesurés. Personne sauf peut-être la Chancellerie qui, à dix jours de son application, n’a pas encore envoyé ses instructions dans les tribunaux, sans doute parce que son embarras est à la hauteur du cataclysme qui s’annonce.

Le prochain article 144 du Code de procédure pénale, qui fixe les critères de la détention provisoire, a été profondément remanié en catimini par le Parlement (soulignons au passage par sa majorité de droite, reconduite lors des dernières élections) en des termes qu’il faut citer intégralement pour en saisir toute la portée : "La détention provisoire ne peut être ordonnée ou prolongée que s’il est démontré, au regard des éléments précis et circonstanciés résultant de la procédure, qu’elle constitue l’unique moyen de [protéger les éléments de preuve du dossier, éviter la fuite de la personne ou mettre fin à son comportement, assurer sa protection] et que [ces objectifs] ne sauraient être atteints en cas de placement sous contrôle judiciaire".

Comment apporter la preuve d’un événement futur ?

Si l’on regarde attentivement cette formule, on constate qu’elle demande au juge d’apporter deux preuves impossibles : une preuve négative de l’absence d’autre possibilité que la détention d’une part, la preuve d’autre part que l’éventualité redoutée (pression sur les témoins ou victimes, disparition de preuves, concertation frauduleuse, fuite de la personne, réitération de l’infraction…) se manifesterait avec certitude si la détention provisoire n’était pas prononcée. Et ces deux preuves doivent reposer sur des éléments tirés du dossier lui-même, de façon précise et circonstanciée.

Reprenons ces points. La preuve négative qui doit être rapportée par le juge est qu’il n’existe pas d’autre moyen de parvenir aux objectifs recherchés par la détention provisoire. Les juristes diront que le juge avait déjà, sous l’empire de l’ancien texte, cette obligation de motivation. Certes, mais à une différence essentielle près : le juge devait le penser et le dire, il devait dire aussi ce qui le faisait estimer que la détention était l’unique moyen de parvenir à ces fins ; mais on ne lui demandait pas de prouver, au vu des éléments précis et circonstanciés du dossier, ce qui ne peut être prouvé que s’il s’est déjà réalisé. Et encore ! S’il a fallu, par exemple, délivrer un mandat de recherche ou d’arrêt contre une personne en fuite, cela signifie-t-il nécessairement qu’elle s’enfuira de nouveau après qu’on l’aura arrêtée et entendue ?

La deuxième preuve que l’on demande au juge de produire, toujours sur la base des éléments précis et circonstanciés du dossier, est que cette éventualité d’une seconde fuite est certaine si la personne n’est pas placée en détention provisoire. Là encore, tandis que le juge était chargé d’évaluer et d’arbitrer une situation en fonction des risques qu’elle comportait, il est exigé désormais qu’il ait la preuve qu’aucune autre solution n’est possible. Or cette double preuve n’existe pas, ne serait-ce que parce qu’elle porte sur des événements futurs et que personne ne connaît l’avenir.

Le pouvoir d’appréciation des juges encadré

Dernière retombée de l’affaire d’Outreau : les juges ne pourront plus invoquer le trouble à l’ordre public pour justifier la détention provisoire, sauf en cas de crime. C’était une vieille revendication en particulier des avocats, car le trouble à l’ordre public est une notion abstraite, qui ne se résume pas au désordre dans la rue et que son appréciation dépend d’une certaine subjectivité. Le trouble peut être symbolique et se résumer à la gravité de l’atteinte apportée à une valeur sociale reconnue. Quand le juge invoquait le trouble à l’ordre public pour justifier une détention provisoire, il fallait lui reconnaître un pouvoir d’appréciation qui n’était pas discutable : comment peut-on prouver la gravité d’un acte, sinon en disant qu’il est grave ? Pour ne plus avoir à dépendre de la subjectivité des juges, ou de leur sens des valeurs, le législateur a ainsi décidé que, quelle que soit la gravité des délits commis (un délit est un acte puni d’une peine qui peut aller jusqu’à 10 ans de prison), le juge ne pourrait plus en faire un motif de détention.

Résultat, qui n’est pas, loin s’en faut, de la justice-fiction : un trafiquant de stupéfiants arrêté avec 20 kilos d’héroïne ne pourra plus être mis en détention provisoire sur le motif du trouble à l’ordre public. Et tant pis s’il n’est pas prouvé qu’il pourrait recommencer, s’enfuir ou faire échouer l’enquête en restant en liberté (j’ai bien dit : "prouvé", les craintes ou les probabilités, même justifiées, du juge étant insuffisantes pour décider son incarcération). Et tant pis encore si la marchandise qu’il transportait pouvait servir à fabriquer 20000 doses de drogue… Extorsions de fonds, cambriolages, trafics en tous genres, violences physiques, violences sexuelles, escroqueries, corruption, blanchiment de l’argent sale… toutes ces infractions ne sont plus considérées comme assez graves pour justifier la détention provisoire.

La détention provisoire, pénible nécessité

L’affaire d’Outreau a révélé des dysfonctionnements majeurs de la justice pénale française et a donné lieu à une sorte de grand happening politico-médiatique où les élus se sont refait une virginité sur le dos des juges. Tant pis pour ceux-ci s’ils ont été incapables de faire leur mea culpa –il y avait pourtant matière. Mais pour régler son compte à la justice, les politiques ont jeté le bébé avec l’eau du bain. Peu importe ce que pensent les juges et leur confort.

Il faut pourtant savoir qu’aujourd’hui le problème majeur posé par la délinquance n’est pas celui des pédophiles, même si c’est le plus sensible à l’opinion, mais de la délinquance organisée, qui submerge les banlieues comme l’économie, parfois à très haut niveau. La grande majorité des détentions provisoires ordonnées par la justice concerne les trafics, la délinquance organisée, les activités des bandes et leur violence. Si la justice était mieux faite, elle s’intéresserait aussi à la multitude des infractions économiques et financières qui sont quasiment impunies. La détention provisoire est une nécessité pénible et les magistrats, au contact des réalités, acceptaient jusqu’à présent, bon an mal an, de jouer le rôle de méchants en mettant en prison des gens dangereux pour l’ordre social. Avons-nous commis des excès ? Sans doute. Des erreurs ? Sûrement. Notre pays va connaître maintenant l’envers du décor. Mais les juges n’y seront plus pour rien et il faudra trouver d’autres boucs émissaires.


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.

 
juliettelucie | expat chez les tulipes, les moulins et l...
19H57 19/06/2007

Une fois de plus, notre cher Parlement a fait de l’inutile - une loi inapplicable, ou dont l’application va faire empirer la situation - au lieu de faire de l’utile - donner plus d’argent à la justice pour qu’elle puisse aller un peu plus vite, qu’elle ait des prisons moins surchargée et que la détention provisoire soit moins abusive qu’elle ne l’est actuellement…

Mais pour tout ça, il faut des sous, et ça ne fait jamais très bien de prendre des sous - alors que les belles lois comme ça coûte moins su le moment, et que ça fait si joli en relations publiques de dire que l’on « s’occupe de l’affaire d’Outreau, oui, oui, Mme Michu, parce que quand même, hein, c’est pas normal, vous avez vu le reportage au 20 heures, là? »

Lamentable…

 
Alfary | Ronchon
20H44 19/06/2007

Il convient de saluer la fonction de veille de cette contribution, d’abord, avant quelques remarques.
Les prisons françaises sont pleines de personnes en détention préventive, qui finalement sont relaxées.
Pour un technicien du droit, ce n’est pas dramatique, une incarcération, du moment que la procédure est régulière. Mais rapportée à la vie des incarcérées, c’est une expérience dévastatrice. Qu’y a-t-il de choquant à mettre fin à cette asymétrie qui soumet le justiciable aux caprices du pouvoir exécutif, à la subjectivité de la police, du magistrat et aux rigueurs de l’administration pénitentiaire ?
Assurément, on fait un pas vers l’habeas corpus et il ne sera plus possible de recourir à la détention provisoire comme un moyen usuel, routinier, de contrainte. Oui, ce sera la fin de cette forme de maltraitance judiciaire. Ne faut-il pas s’en réjouir dans un Etat de droit ?
Bien entendu, cette réforme impose une nouvelle méthodologie d’investigation, une autre culture policière et judiciaire. S’en donnera-t-on les moyens ?

 
FREDERIC 67
22H14 19/06/2007

NON!

 
Jean de Maillard | Magistrat
22H41 19/06/2007

Cher Alfary,
La 1er juillet, les débats contradictoires au cours desquels seront décidé - ou non - les incarcérations seront publiques. Je vous invite à aller assister à ces audiences. Vous y verrez que, contrairement à une opinion largement répandue par des journalistes qui ne connaissent à peu près rien au fonctionnement judiciaire, ou à des politiques qui y connaissent encore moins, les juges essaient de ne pas faire n’importe quoi et que leurs décisions sont encadrées comme probablement celles d’aucune autre profession. Cela n’empêche pas, il est vrai, que parfois des erreurs dramatiques sont faites, comme à Outreau. Dans ces cas là, un bon débriefing montre qu’on s’est laissé emporté en général par une émotion et qu’on n’a pas tenu compte des signaux d’alerte, en bref que nous n’avons pas été professionnels. Dans le cas d’Outreau, la pression médiatico-politique depuis des années sur les affaires d’agressions sexuelles et de pédophilie a fait perdre à la justice le sens élémentaire de son fonctionnement. Il est regrettable que la farce parlementaire qu’on a appelé « commission d’enquête » ne l’ait pas vu, mais cela ne m’étonne pas.
Il faut se dire toujours qu’hélas, la justice est humaine, comme tout le reste. Cela n’excuse pas les fautes et les erreurs, mais votre réaction entière est, je crois, démesurée et injuste car elle ne repose pas sur une connaissance exacte des réalités. Dans l’immense majorité des cas, il n’y a pas d’erreur judiciaire et par ailleurs la détention provisoire est en décroissance régulière depuis des années (21066 prévenus au 1er mai 2005, 17850 au 1er mai 2007). Par ailleurs le taux d’incarcération en France est dans la moyenne plutôt basse de l’Europe. La Grande-Bretagne, le pays de l’habeas corpus, connaît un taux nettement plus élevé et les erreurs judiciaires y sont tout aussi fréquentes, sinon plus, que chez nous. Je ne vous dit rien des Etats-Unis, pays phare des libertés…

 
Alfary | Ronchon
02H10 20/06/2007

Les « Etats-unis, pays phare des liberté… » ?
Allons donc, la facétie est plaisante en audience. Mais la réforme du régime de la détention provisoire serait un énorme séisme en France. Et il est vraiment heureux que ce fusse un magistrat qui le porte à la connaissance du peuple français.
L’enjeu éventuel consiste en la capacité adaptative des acteurs de la chaine pénale. En effet, la production de cette réforme se joue de l’intégrité des magistrats. Oui, en effet, les « politiques » y prennent la main par opportunisme, mais la menace était patente depuis trente ans.
Mais oui, sans « erreur judiciaire » n’importe qui peut-être incarcéré en détention préventive et cependant être relaxé après, avec quelques indemnités à la clé. Mais est-ce digne d’un Etat de droit de perpétuer ainsi une situation de sujétion  ?
La justice à deux vitesses ? Elle est une réalité depuis fort longtemps. Il s’agit à présent de le contenir avant de le juguler. Et là, le concours des professionnels et des profanes sera bienvenu à l’occasion d’une réforme.

 
Patchamama
10H50 20/06/2007

une erreur de jugement qui entraine le suicide d’un homme et d’autres drames familiaux est absolument inadmissible. Les magistrats tout comme les politiques ne sont pas capables de reconnaitre leur erreur et se croient tout puissant.
Comment peut on laisser aux mains d’un seul homme le pouvoir de briser une vie. Pour avoir assisté à des procès et après avoir vu l’attitude de juges différents, je peux vous dire que cette justice est la honte de la France.
Deux poids, deux mesures et ce n’est pas juppé qui vous dira le contraire ( 1 an d’inégibilité au lieu de dix ans en première instance pour abus de biens sociaux )
Si cela avait été n’importe quel citoyen lambda, inconnu et sans fortune les dix ans auraient été ferme…
La justice est aveugle soit disant mais les juges le sont ils réellement ?

 
pene-r
22H39 19/06/2007

Déjà un grand merci pour ces articles, c’est beau la justice pour les nuls ;-)

Assurément, on fait un pas vers l’habeas corpus et il ne sera plus possible de recourir à la détention provisoire comme un moyen usuel, routinier, de contrainte. Oui, ce sera la fin de cette forme de maltraitance judiciaire. Ne faut-il pas s’en réjouir dans un Etat de droit ?

Ben je suis pas fondamentale contre un recours modéré à la détention provisoire mais si les juges ne peuvent plus du tout en user est ce que le remède n’est pas pire que le mal ?

J’aurai une petite question: Si un juge décide d’une détention provisoire, que risque la procédure (puisqu’il ne pourra pas prouver que les faits sur lesquels s’appuient la provisoire se seraient effectivement passés) ? Il y aura: annulation de la détention provisoire ? Annulation de toute la mise en accusation éventuelle ??

Encore merci pour ces contributions.

 
Jean de Maillard | Magistrat
22H48 19/06/2007

La détention provisoire est un mal nécessaire, comme la délinquance est un mal qu’on n’est pas obligé de supporter. Le problème de la France est qu’elle ne sait pas comment gérer sa prison. Donc on s’en prend aux juges qui mettent en prison, c’est si facile. Jusqu’au jour, très prochain, où ils ne pourront plus faire et alors on verra…
Sur la question technique : le contentieux de la détention est distinct du contentieux au fond. Par conséquent, si une chambre d’instruction (cour d’appel) n’est pas d’accord avec le juge des libertés et de la détention qui a placé une personne en détention provisoire elle peut, en appel, réformer cette décision et remettre la personne en liberté. Dans certains cas, ce n’est pas seulement une question d’appréciation pour savoir si la personne doit être détenue ou libre, mais des questions de droit sont posées et la mise en détention peut être non pas réformée, mais annulée. Dans ce cas, le dossier lui-même n’est pas annulé, mais une indemnisation de la personne pourra être envisagée.

 
pene-r
23H19 19/06/2007

Merci beaucoup,

En plus il est réactif notre magistrat ;-)
C’est vraiment un grand plaisir de comprendre quelques aspects de la justice, grâce à vous et à vos explications très claires.
 
olivier p
00H51 20/06/2007

Selon les chiffres de l’administration pénitentiaire, au 1 janvier 2006 : 85 540 entrée et 85 215 sorties ont été enregistrées en 2005. Les
flux sont importants ?

 
avivelefeu
11H12 20/06/2007

je suis d’avis de mettre en prison, juste quelques mois, les gens qui sont d’accord avec cela. Après peut-être qu’ils se rendraient compte que la prison n’est pas une privation de liberté mais une zone de non droit faite pour briser les gens.
Dans certains cas extrème, si ça ne marche pas, les juges et les matons sont capables d’un acharnement digne d’un pays « démocratique ». Il suffit de voir la différence de traitement dans le cas des militants d’Action Directe et dans le cas de Papon pour comprendre.
Si l’on cesse de prendre l’exemple des crimes sur les enfants qui sont heureusement minoritaires et majoritairement commis par la famille et qu’on réflechissent globalement, la prison sert avant tout et depuis toujours au contrôle social.
Et la détention provisoire permet, entre autre, aux juges d’obliger les gens a accepter la comparution immédiate qui est une grande avancée pour la justice…
La repression des mouvements sociaux est aussi une jolie preuve du fonctionnement de la justice au service des autorités. Témoignages de policiers confus et contradictoires, ce n’est pas grave, la justice fait confiance à la police.
Dernièrement en Allemagne, combien d’arrestations préventives et de détentions préventives pour le contre sommet du G8. Et je pense que ce serat pire en France en 2011.
Mais cela ce n’est pas grave car les « gens » ne le vivent pas. En Allemagne, on vivait globalement bien et en sécurité sous hitler, il suffisait juste de ne pas être un opposant politique ou un juif ou un déviant quelconque du système.
Ce n’est pas la détention provisoire qu’il faut combatre, c’est la prison et le contrôle social qu’elle permet.

 
pene-r
11H34 20/06/2007

Je ne suis pas trop d’accord avec plusieurs commentaires de cet article.

On ne peut pas reprocher à certains de prendre les crimes sur les enfant à témoin et ne souligner que les abus et excès de certains juges (cela relève de la même démarche)
Il me semble que l’article pointe une mesure inadapté et qui va trop loin. Je n’ai pas compris dans le propos de J. de Maillard qu’il était opposé à une réforme de la détention préventive, mais plutôt qu’il trouve le texte qui va entrer en vigueur innaproprié.
La justice a surement sa part de responsabilité dans les disfonctionnements, mais est elle seule responsable ? Personnellement il ne me semble pas (et je ne fais pas partie de cette « corporation » ;-). On lui demande d’être rapide, juste, sévère quand il faut, de résister aux pressions (politique ou de l’opinion), … Je ne les plains pas, mais est ce qu’on leur donne les moyens de tenir toutes ces contraintes ?
 
sinclair
11H39 20/06/2007

Merci a ce magistrat qui attire l’attention sur un texte completement ignore vote en catimini.

Un exemple de plus de l’empilement des lois jusqu’à l’absurde.

Le pire : la non mise en détention provisoire suivi d’un delire mediatique qui aura tort et essaiera en vain d’expliquer qu’il n’etait pas possible au vu des textes d’incarcere preventivement devinez?

En outre la comparution immediate avec le mepris de la presomption d’innocence a la voie grande ouverte. Ainsi qu’une justice a deux vitesse j’atten avec impatience la comparution immediate d’un « pipole »

 
Jean de Maillard | Magistrat
12H27 20/06/2007

Je comprends que la justice suscite toujours des avis passionnés, mais je crois aussi qu’il faut garder la tête froide, ce que n’ont pas fait les politiques après l’affaire d’Outreau. Et je déplore les opinions toutes faites qui font des juges des bourreaux, des policiers des tortionnaires, et de notre système judiciaire une annexe des camps de concentration.
Oui, notre justice a bien des défauts, je les vis au jour le jour comme magistrat (je suis juge des libertés et de la détention, bien placé pour voir ce qui se passe au pénal) et je suis le premier à les regretter et même à vouloir les rendre publics. Mais non, nous ne sommes pas des nazis assoiffés de sang, qui se jettent sur le pauvre peuple pour l’étriper.
L’affaire d’Outreau a pu exister parce que, depuis des années, l’opinion publique, les médias et les politiques (toutes tendances confondues), criaient haro sur les « agresseurs sexuels ", les violeurs et les pédophiles. L’un des plus grands défauts de notre justice c’est que, mal aimée et s’aimant mal elle-même, elle a voulu répondre à cette demande largement irrationnelle et qu’elle a abandonné toute prudence dans ses enquêtes et ses jugements dans ce type d’affaires. Sous la pression qui existait, il est vrai que les magistrats auraient dû dire : " Nous ne jugeons pas sous la contrainte de la rue ! » Ils n’ont pas eu ce courage (je le dis d’autant plus tranquillement que, sans vouloir me vanter, je suis parmi les rares juges qui ont toujours dit que nous remplissions les prisons de violeurs, d’agresseurs sexuels et de pédophiles imaginaires - je ne dis pas non plus que cela n’existe pas). Notre grande faute collective est d’avoir eu la lâcheté de nous taire et de ne plus maintenir les exigences de preuve en ces domaines que nous avons d’habitude ailleurs.
Ceci étant dit, je me permets de défendre la profession dans les autres affaires, notamment la délinquance de rue violente, la délinquance organisée, les bandes, les gangs, les réseaux criminels, etc. Là, les exigences de preuve traditionnels sont sauvegardées. Le problème est plutôt inverse : c’est que notre système policier et judiciaire n’est pas du tout adapté à la lutte contre ces formes de criminalité collective, en groupes, en réseaux, qui a souvent aussi des prolongements économiques et financiers. Dans tous ces domaines, la loi Perben II a amélioré les moyens, ils sont loin encore d’être parfaits, mais les méthodes de travail évoluent peu et les mentalités également.
S’agissant en tout cas de la détention provisoire, qui est essentielle dans ce type de criminalité où les réseaux doivent être démantelés et où il faut empêcher leur reconstitution, la justice va être privée de tout moyen et la police aussi par voie de conséquence. Même si ce que nous faisons actuellement n’est pas merveilleux, au moins ça existait. Maintenant, ça va être fini. Et de grâce, qu’on cesse de nous dire que nous ne sommes qu’une fabrique à erreur judiciaire. Ceux qui disent cela ne connaissent rien à la justice ou ont des intérêts personnels à le dire. Encore une fois, la justice étant humaine peut se tromper, mais j’affirme que notre système judiciaire est certainement l’une de ceux qui, au monde, apporte le plus de garanties individuelles, bien plus que le système anglo-saxon qui bénéficie d’une réputation totalement usurpée en ce domaine.

 
manu2005
17H34 20/06/2007
    Ben, moi je serai contant qu’on puisse plus m’embastiller 1 ou 2 ans (plus ?) sans me juger


    Mais, je suis quasi sûr que ce texte ne changera pas grand-chose, pour les uns.


    Pour les autres, par contre, ceux qui l’ont voté par exemple…
 
Alfary | Ronchon
18H26 20/06/2007

Si cette réforme est perçue comme un acte de défiance supplémentaire par les magistrats, ce serait catastrophique. Il suffit de regarder les conditions matérielles exécrables, d’une part, et les questionnements internes dont rendent compte les organisations représentatives, d’autre part, pour convenir que la grande majorité des magistrats et auxiliaires de justice français sont de grande qualité.
Il faut prendre garde, à les vilipender, à se trouver en collusion avec d’autres puissances d’intérêts (politico-financiers), pressées de désarmer enfin durablement les juges.
Ceci étant dit, une réduction du périmètre et des modalités de la mise en détention préventive, nonobstant le contexte de la production législative, représente une avancée significative dans un Etat de droit. Le justiciable y voit une garantie positive et non pas un acte de défiance envers l’administration de la justice.
Cette réforme implique nécessairement l’acquisition de nouvelles pratiques et de nouvelles stratégies d’investigation. Qui doute que les juges et policiers sauront relever ce défi ?

PS: l’absence d’écho médiatique de cette mesure est proprement hallucinante.

 
toktomi | , les "abderhamane, martin, david" . . .
21H10 24/07/2007

bon c mal texté leur réforme ya ka fokon le réécrive en clair c tout non,

l esprit c bien « mets pas au trou 20 ans un mec pas comdamné et garde le à l oeil » ?

normal koi.