30/09/2011 à 18h58

Eva Joly : « Mes quatre questions en réponse à Eric Besson »

Eva Joly | Candidate à l'élection présidentielle


Eva Joly à la rédaction de Rue89 (Audrey Cerdan/Rue89). (Audrey Cerdan/Rue89)

Les récentes attaques du ministre Besson sur ma supposée incompétence en matière de nucléaire relèvent du domaine du dérisoire. Cependant, une telle charge donne un aperçu de la difficulté à obtenir un débat public raisonnable sur la sortie du nucléaire. La pédagogie de la réforme étant métier de Sisyphe, qu’il me soit ici permis, au risque de me répéter, de répondre aux fausses assertions des partisans du statu quo atomique.

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Pourquoi vouloir continuer à gaspiller notre argent et notre énergie ?

Certains se demandent combien va coûter la sortie du nucléaire. Mais la vraie question c’est : combien coûterait le scénario catastrophe de poursuite et renouvellement du parc nucléaire ? Environ 470 milliards d’investissements selon des experts indépendants. Plus que les investissements dans le plan de sortie du nucléaire que nous proposons.

Un plan qui repose sur deux piliers :

  • les économies d’énergie,
  • le développement des énergies renouvelables.

Un plan rentable : la seule réduction de 20% des consommations d’énergie dans l’Union européenne réduirait de mille euros annuels les factures des ménages, dont plus de 10 millions de français vivant dans la précarité énergétique !

2

Pourquoi laisser nos citoyens démunis face à l’explosion de leurs factures ?

De l’aveu même des industriels du secteur, le prix de vente de l’électricité ne permet pas de couvrir les coûts réels du nucléaire.

EDF souhaite augmenter le prix de l’électricité de 30% sur cinq ans pour pouvoir investir dans le nucléaire ! Et le démantèlement des vieilles centrales ou les exigences croissantes de sécurité vont encore alourdir la facture.

L’électricité nucléaire coûte donc cher. A l’opposé, le prix de l’électricité produite à partir d’énergies renouvelables ne cesse de baisser. Notre plan s’attachera à réduire les factures d’électricité.

3

Ne savez-vous pas que l’indépendance énergétique de la France passe d’abord par l’indépendance du Ministre de l’Industrie vis-à-vis des lobbies ?

Loin de nous rendre indépendants, les choix énergétiques passés nous ont rendus dépendants et vulnérables. L’uranium nécessaire pour faire tourner nos réacteurs est importé, notamment du Niger où les conditions d’exploitation – et de sécurité – sont indignes d’une industrie prétendument responsable.

L’indépendance énergétique ne sera acquise que grâce à des énergies produites localement et à la chasse au gaspillage énergétique.

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Comment pouvez-vous sacrifier l’emploi, les PME et l’excellence française au profit d’une impasse industrielle ?

La sortie du nucléaire donne au contraire de l’avenir à notre excellence. Ces dernières années, en Europe, les énergies renouvelables ont représenté la grande majorité des investissements dans la production électrique, quand la part du nucléaire est infime.

L’exemple allemand démontre que la sortie du nucléaire est un formidable levier de développement industriel et d’aménagement du territoire, avec la création de milliers de PME. La transition énergétique que nous proposons permet la création d’au moins 500 000 emplois. Sans compter l’héritage nucléaire qui nous impose de former et d’embaucher des personnels compétents, de développer une filière de démantèlement capable de satisfaire les besoins mondiaux en la matière.

Mais le gouvernement français préfère créer une instabilité autour des énergies renouvelables afin de casser leur perspective de développement. Il préfère mentir aux travailleurs du nucléaire en leur faisant croire que tout va continuer comme avant, alors même que le monde change. C’est une incroyable lâcheté. C’est en agissant ainsi qu’on détruit l’excellence française.

Chacun doit comprendre que l’élection présidentielle de 2012 est une occasion unique de changer la donne énergétique française. Notre plan de sortie du nucléaire prévoit une échéance à vingt ans. Tout report de l’échéance conduirait soit à prolonger de manière très risquée la durée de vie des réacteurs, soit à renouveler une partie du parc et mettre un terme définitif à la perspective de sortie. C’est pourquoi nous attendons de nos partenaires qu’ils soient volontaires et de nos adversaires qu’ils soient responsables.

La voie que nous proposons, c’est en définitive une voie d’excellence pour la France : l’excellence écologique. Il s’agit de mobiliser le meilleur de notre génie pour saisir l’occasion de passer du statut de pays le plus nucléarisé du monde à celui de nation pionnière de la transition énergétique. En d’autres termes, la France doit prendre la tête du peloton des pays qui anticipent les défis du monde qui vient. En réalité, aucun argument de ceux qui refusent la sortie du nucléaire ne résiste à l’examen des faits. Depuis de nombreuses années, nous avons fait connaître nos propositions pour conjurer le risque nucléaire.

Au delà des contrevérités et des approximations, quelles sont les vôtres, monsieur le ministre Besson ?

Phtoo : Eva Joly à la rédaction de Rue89, juin 2011 (Audrey Cerdan/Rue89).

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  • onestpasdesveaux
    onestpasdesveaux
    femme en colère
    • Posté à 19h12 le 30/09/2011
    • Internaute 116859
      femme en colère

    Merci Madame . Votre courage et votre assurance sont revigorants. Puisse la campagne que vous menez ouvrir les yeux du plus grand nombre. Vos interventions sont hautement pédagogiques.

  • soloon
    soloon
    _
    • Posté à 20h29 le 30/09/2011
    • Internaute 91630
      _

    question idiote

    combien de centrale ont été démantelé dans le monde ?

    et combien cela as t il coûte (économiquement et écologiquement ) ?

  • Unglorious worker
    Unglorious worker
    sceptique à temps partiel
    • Posté à 20h40 le 30/09/2011
    • Internaute 89331
      sceptique à temps partiel

    Sortir du nucléaire parait une nécessité, certes ! Toutefois, par quoi le remplacer, disons, d’intelligent ?

    -Énergies fossiles diverses et variées : non, le remède serai pire que le mal (le moins pire que ses 3 copains qui suivent toutefois).

    -L’éolien : quand même une belle fumisterie, qui oblige à installer des sources tampon quand le vent est faible, à savoir centrales gaz et charbon, dénature les paysages et ne sont jamais amorties énergétiquement.

    -Les biocarburants : terme usurpé, on dit agrocarburants. Encore une fois remède pire que le mal, des espaces agraires utilisés pour faire rouler nos tutures à l’heure de la flambées des prix des denrées alimentaires, humainement inacceptable, écologiquement abominable. Le vivant mérite mieux que ce genre de considération de toutes façons.

    -La filière bois : tout pourri aussi. Une « plantation d’arbre » n’a rien à voir avec une « foret » et l’effet des monocultures arboricoles est également une catastrophe.

    -Le solaire : le moins con de la bande, disponible à tout moment quelque part dans le monde, technos au point (à condition de ne pas faire faire les panneaux par des esclaves). Seul bémol : nécessiterai une entente mondiale et un réseau du même acabit.

    -L’énergie thermique des mers : limité aux régions proches de l’équateur (pas nous donc).

    -Usines marée-motrices : pour satisfaire une partie de nos appétits, va falloir bitumer tout le littoral les enfants !

    Et si nous devenions vraiment sobres, cela ne nous éviterait il pas de chercher à tout prix notre shoot d’énergies, comme l’alcoolique en manque qui fout en l’air toute sa baraque pour trouver une boutanche ?

  • EdkOb
    EdkOb
    la France d'après...
    • Posté à 21h06 le 30/09/2011
    • Internaute 85736
      la France d'après...

    Mais jamais Besson Eric n’apportera de réponses sincères et honnêtes à vos question, Mme Joly.

    Vous avez raison de les poser, mais vous savez très bien le poids des lobbys. Ce qui ne doit pas être une excuse pour laisser faire. Face aux lobbys, comme face à la corruption organisée.

    Il faut du courage en politique, sauf qu’à droite, ils confondent « courage » et « soumission aux lobbys ». Quand je pense que les « médiacrates » voyaient déjà Hulot à votre place, ce si fidèle ami des lobbys...

    Bon courage, Mme Joly. Et total soutien.

  • a déménagé le 23 mars 2012
    • Posté à 23h06 le 30/09/2011
    • Internaute 162072
      Non connue

    Mme Joly,

    On connaît votre position sur le défilé du 14 juillet (sujet qui passionne toujours les foules), par contre on vous a peu entendu causer à propos des affaires DSK ...

    Ma question est : le féminisme fait-il toujours parti de l’écologie ?