Ce qui se passe vraiment à la centrale nucléaire de Fukushima
Alors qu’un fort séisme de magnitude 6,8 s’est produit ce vendredi au large de la préfecture de Fukushima, la question reste posée : comment s’y retrouver, cinq mois après le séisme et le tsunami qui ont ravagé la centrale nucléaire japonaise ? L’opérateur Tepco publie chaque jour des dizaines d’informations sur l’avancée des travaux. Incompréhensibles pour le grand public.
Faute de pouvoir enquêter sur le terrain, on est contraints de s’en tenir aux points de situation livrés par Tepco, et interprétés avec l’aide de Martial Jorel, directeur de la sûreté des réacteurs de l’Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).
« Il faudrait avoir une vision du court, moyen et long terme à la fois, or on reste dans l’urgence. Tepco continue de cuisiner dans son coin alors qu’on n’a aucune idée de ce qui se trouve dans les casseroles ! » remarque Mycle Schneider, consultant indépendant sur le nucléaire.
L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a bien envoyé quelques experts sur place, et livré un rapport dont le principal mérite a été de déboucher sur la création d’une nouvelle agence de sûreté nucléaire plus indépendante.
Les nombreuses photos et vidéos publiées par Tepco permettent de se faire une idée de l’état des installations. Mais restent encore beaucoup de zones d’ombre, notamment parce que des zones de la centrale restent inaccessibles aux humains. (Télécharger le rapport de Tepco du 17 août 2011, en anglais)
Des réacteurs bien refroidis
On se souvient que la catastrophe est venue d’une panne du système de refroidissement de la centrale. Depuis le 11 mars, l’urgence est à la stabilisation de la température des réacteurs. Martial Jorel, de l’IRSN :
« Maintenant, la température de l’eau du circuit de refroidissement est redescendue à une centaine de degrés. Par ailleurs, l’injection d’azote est maintenue pour éviter les explosions dans les bâtiments.
Les réacteurs sont donc très proche d’une situation d’arrêt à froid normal, avec une maitrise du refroidissement assurée par des systèmes redondants.. Cette situation pourrait durer plusieurs années. »
Depuis peu, a été mis en place un circuit fermé qui permet la désalinisation de l’eau de mer et la décontamination de l’eau une fois passée dans le circuit de refroidissement. Le système, mis en place avec la participation d’Areva, a connu des bugs au départ, mais est désormais opérationnel, selon Tepco, qui l’explique dans ce schéma. (Cliquer pour agrandir le schéma en anglais)
Il faudra
attendre que le combustible soit totalement refroidi et sa radioactivité minimale avant qu’un jour des humains pénètrent dans l’enceinte de confinement, et se rendent compte de l’état du combustible fondu. Martial Jorel souligne :
« Il n’y a pas d’accès possible à ce jour dans les enceintes de confinement des bâtiments réacteurs. De plus l’accès à certains endroits de ces batiments reste limité à des robots qui ont une progression difficile du fait de la radioactivité et des débris rencontrés. »
Des piscines inquiétantes
Sur ces réacteurs japonais, les « piscines » où repose le combustible usé (dont du MOX, ce mélange de plutonium et d’uranium particulièrement radioactif) sont positionnées dans la partie haute des bâtiments. Le toit du numéro quatre a été soufflé le 11 mars, ce qui laisse ces piscines à l’air libre.
Il a donc été urgent de noyer les piscines sous des tonnes d’eau. Désormais, cela se fait par l’intermédiaire de grues arroseuses géantes appelées « girafes », que l’on voit à l’œuvre dans la photo ci-dessous. (Cliquer pour agrandir)
Martial Jorel fait part de ses inquiétudes lors de l’accident :
« C’est là qu’on a eu les plus gros doutes, car les risques de rejet dans atmosphère étaient très importants. »
Depuis plusieurs semaines, la sécurité du refroidissement a été rétablie
par la mise en place de circuits de refroidissement utilisant les
échangeurs existants refroidis par un système d’aéroréfrigérant externe. Le refroidissement externe par arrosage est maintenu par sécurité (en cas de défaillance de ces circuits).
Le bâtiment numéro quatre a été très fragilisé, et il a fallu renforcer la structure, de peur qu’un nouveau séisme ne le menace d’effondrement. Ce schéma montre les travaux de génie civil en cours, mais la stabilité du bâtiment reste « un sujet de préoccupation » pour l’IRSN. (Cliquer pour agrandir le schéma en anglais)
Et après ?
Une des grandes inconnues est le devenir à moyen terme des combustibles maintenus sous l’eau et qui ne peuvent pas être à l’air libre. Après l’accident à la centrale de Three Mile Island en 1979 aux Etats-Unis, il avait fallu des années pour sortir le combustible fondu niché au fond de la cuve du réacteur. Martial Jorel :
« On ne sait pas si le corium a percé le fond de la cuve, il sera trop compliqué de le retirer. Aucun diagnostic ne sera probablement possible avant des
années. »
Tepco réfléchit d’ailleurs à la construction d’un mur souterrain qui irait jusqu’à 30 m de profondeur, pour empêcher l’eau qui s’écoule au sol de pénétrer dans les nappes phréatiques.
L’heure est aussi à la construction d’une superstructure qui viendrait couvrir et rendre étanches les bâtiments. Tepco a fait des maquettes (ci-contre, cliquer pour agrandir) et est en train de tester à blanc l’assemblement de la structure métallique. Martial Jorel :
« Ils vérifient ailleurs que ça se monte bien, car il y a de la dose près du bâtiment. Puis ils le
reconstruiront au bon endroit pour coiffer le bâtiment. »
Et la radioactivité ?
Pour les près de 9000 travailleurs présents sur la zone, le risque de contamination est élevé. Un véritable village a été installé sur place, avec ses immenses dortoirs, son hôpital, son terrain de foot. Tepco se plaît à montrer la vie sur place, et les contrôles de sécurité opérés. (Cliquer pour agrandir)
Une des missions des travailleurs est d’empêcher la dispersion de la radioactivité. Ils pulvérisent des produits fixants au sol, pour réduire l’entraînement par les vents et les pluies de la radioactivité déposée. (Cliquer pour agrandir)
Mais la source principale de radioactivité reste les 100 000 à 120 000 tonnes d’eau radioactive présentes sur place, et qui prendront des années à être décontaminées. A chaque pluie, les eaux ruissellent jusque dans les cours d’eau et l’océan.
Shaun Burnie, consultant pour Greenpeace et spécialiste du Japon, estime que la reprise en main de la situation est « plus complexe qu’à Tchernobyl », en raison notamment de la présence de MOX et de la densité de population dix fois plus élevée qu’en Ukraine. Sans compter que les documents de Tepco ont beau avoir l’air très complets, le flou demeure sur les contaminations de la chaîne alimentaire.
► Corrigé le 19/08/2011 à 15h40. Le premier schéma est changé.
► Corrigé le 19/08/2011 à 18h55. Modification des citations de Martial Jorel pour plus de précision technique, à sa demande.
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Non les reacteurs ne sont pas bien refroidis. Le reacteur 3 consomme 3 fois plus d’eau que les reacteurs 1 et 2, parce que beaucoup d’eau n’atteint pas sa cible, d’ailleurs Tepco envisage de changer de methode de refroidissement.
Le problème c’est qu’ils ne peuvent pas injecter trop d’eau puisque la structure du bâtiment est abimée. Le poids de l’eau risquerait de causer plus de dégats. Récemment des travailleurs de Fukushima ont déclaré que la centrale et le système de refroidissement avaient été fortement endomagés par le tremblement de terre, ce que Tepco réfute. Pour Tepco tout vient du tsunami. Lien
Le sol de Fukushima se fissure et de la fumée radioactive s’échappe. 10 Sv/h ont été mesurés à au moins 6 endroits. Lien
Le site Lien regroupe les articles qui se rapportent à Fukushima et aux accidents nucléaires en général, c’est plus pratique pour être informé que rue89 qui fait un article par mois pour dire que tout va bien.




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