07/07/2011 à 16h34

Les farines animales reviennent : vachement folle l'Europe ?

Sophie Caillat | Journaliste Rue89


Clarabelle, personnage Disney, 1928 (DR).

L’Europe a tranché ce débat passionnel : les farines animales seront réintroduites dans l’alimentation des porcs, volailles et poissons. Sous des conditions très strictes... qui ne lèvent pourtant pas les craintes.

Les eurodéputées Corinne Lepage et Michèle Rivasi sont vent debout contre le projet de la Commission, mais n’ont pas réussi à convaincre le parlement européen de s’y opposer. Comme José Bové, elles estiment que « le risque ne vaut pas le coup ». Bruno Lemaire a, lui, déjà fait savoir que la mesure ne s’appliquerait pas en France « tant qu’[il] sera ministre de l’Agriculture ».

Contrairement à ce qu’on peut imaginer, il ne s’agit pas cette fois de faire avaler des restes de bovin aux bovins, ni même des restes de porc aux porcs. Fini le cannibalisme et fini les ruminants. Ce qui, selon, les scientifiques, nous prémunit contre tout retour de la maladie de la vache folle.

Bienvenue aux « protéines animales transformées »

Farines animales est désormais un gros mot. L’Europe préfère parler de « protéines animales transformées », nécessaires aux animaux d’élevage, et qui, si elles sont végétales, sont essentiellement importées d’Amérique Latine (le fameux tourteaux de soja, OGM en partie).

Pour Véronique Bellemain, adjointe au président du Conseil national de l’alimentation, instance consultative chargée d’éclairer le ministre par un rapport sur le sujet, il faut éviter la confusion entre deux filières bien distinctes qui n’ont « pas les mêmes circuits de collecte ni les mêmes acteurs » :

« Les protéines animales transformées (PAT) sont des sous-produits d’animaux sains pour la consommation humaine, comme les plumes, cuirs, os et viscères. En Asie ou en Afrique, ces parties sont d’ailleurs mangées par les humains.

Il ne s’agit pas d’autoriser les farines issues des cadavres trouvés morts à la ferme et qui sont peut-être morts de maladie. »

La filière bovine a d’ailleurs trouvé d’autres débouchés depuis la crise de la vache folle, fait valoir cet organisme : les carcasses brûlées sont revendues à des cimenteries, deviennent des fertilisants... La pression économique de la filière serait donc moindre.

Pas de risque avec les porcs, volailles et poissons ?

La réintroduction ne concerne pas les bovins, ni même les petits ruminants, seulement des espèces où les maladies à prion sont jusqu’ici inconnues. Jacques Grassi, président du comité d’experts de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de la santé et du travail (ANSES) sur ces maladies à prions, explique :

« Ces protéines ne semblent pas présenter un risque, car :

  • les maladies à prion n’ont été observées que chez les mammifères et
    essentiellement chez l’homme et les ruminants, elles n’ont, par exemple, jamais été observées chez des espèces comme le porc, le chien ou le lapin. Les oiseaux et les poissons ne sont donc pas concernés non plus. ;
  • Il est exclu de nourrir les animaux d’élevage avec des protéines de ruminants ;
  • Des protéines venant des porcs seraient données aux volaille,s et inversement, et les deux seraient données aux poissons. »

Rivasi : « 67 cas de maladie de la vache folle en 2009 »

Bien sûr, personne n’a intérêt à ce que tout se mélange et qu’au final un bovin avale de la protéine issue du porc. Michèle Rivasi a observé l’organisation de la filière et doute de ses bonnes pratiques :

« Les équarrisseurs mélangent les animaux sans aucune traçabilité, on n’a pas de garantie.

Et dans une ferme, si, par erreur, les bovins se mettent à manger des protéines de volaille, ou les porcs des protéines de porcs ? Il ne faut pas ouvrir la boite de pandore. »

Et puis, comme le remarquent les scientifiques, on n’a pas exactement déterminé l’origine de la maladie de la vache folle : « Comment le premier prion est arrivé dans la première farine, ça on le sait pas », pointe Jacques Grassi. D’où le soupçon dès qu’il s’agit de faire manger des restes d’animaux à des animaux. Michèle Rivasi se demande aussi « pourquoi il y a encore eu 67 cas d’ESB en 2009 en Europe, alors que les farines ne sont plus autorisées ? »

Des arguments écolos « fumeux » ?

Les protéines animales transformées ont des arguments écolos pour elles : ce serait dommage de perdre des déchets qui peuvent être utiles, et l’importation de protéines végétales sud-américaines présente un bilan carbone catastrophique.

Véronique Bellemain, du Conseil national de l’agriculture, pense aussi à l’aquaculture :

« On consomme de plus en plus de poisson dans le monde, or pour les nourrir et les élever, on fait peser une pression supplémentaire sur la pêche minotière. »

Deux arguments spécieux aux yeux des écolos du parlement européen, pour qui l’Europe devrait plutôt chercher à produire ses propres protéines végétales.

Comme l’expliquait José Bové lors d’une interview il y a un an, ce qui bloque, ce sont les accords de libre-échange datant de 1992 :

« L’Europe a accepté de limiter son soutien aux cultures de protéine végétale et s’est engagée à importer du soja américain sans droits de douane.

Avec une meilleure utilisation du colza et une reconversion de seulement 7% des surfaces en céréales, on pourrait réduire nos importations de protéines animales de 41%. »

Mis à jour le 7/07 à 19h08. Changement dans la citation de Jacques Grassi, précision notamment sur les porcs.

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  • nono le simplet
    nono le simplet
    gauchiste placide
    • Posté à 18h02 le 07/07/2011
    • Internaute 9767
      gauchiste placide

    j’élève des poules et des canards, je refuse catégoriquement de leur donner des restes de viande, poulet, gras de jambon ... qui sont réservés pour les chats ! et si par mégarde quelqu’un se trompe de gamelle, je râle très fort :)))
    et les granulés, que j’achète pour mélanger en petite quantité aux céréales, sont uniquement à base de végétaux !
    A elles de trouver des protéines animales sous forme de vers, limaces, mouches, fourmis volantes ...

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 18h04 le 07/07/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « il ne s’agit pas cette fois de faire avaler des restes de bovin aux bovins, ni
    même des restes de porc aux porcs. Fini le cannibalisme et fini les ruminants. »

    Il me semble que c’est quand même cela ▲ qu’il faut retenir.

    C’est le cannibalisme qui posait problème, et le fait de transformer des
    ruminants en ne tenant aucun compte de leurs spécificités digestives.

    J’espère que cette fois ci, ils savent un peu mieux ce qu’ils font !

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 18h44 le 07/07/2011
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Je préfère largement qu’un porc bouffe de la farine animale saine que des céréales toxiques...

    C’est clair que les arguments tiennent la route, mais les contre-arguments sont tout aussi solides : ça n’est que de la théorie et l’humain étant ce qu’il est, il en aura rien à foutre des conséquences et recommencera les conneries aussitôt.

    Pas grave, que ça soit de ça ou d’autres choses, on est condamné à mourir d’intoxication. On moins qu’on se fasse péter la panse, ça sera toujours ça de pris.

  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 19h08 le 07/07/2011
    • Internaute 7715
      D'actualité, de dessin surtout
  • Biaise90
    • Posté à 05h58 le 08/07/2011
    • Internaute 163081

    Personnellement, même s’ils y mettent beaucoup de bonne volonté, j’ai du mal à faire confiance à des gens qui ont cru que la vache pouvait bouffer de la viande sans problème tant qu’elle était réduite en poudre. Les enfants que je connais savaient parfaitement que la meuh-meuh mange de l’herbe et qu’un herbivore est en meilleur santé s’il mange de l’herbe plutôt qu’un steak frite.

    Ça mange de ça les poissons ? C’est nouveau…
    Même si nous ne devons pas craindre le même problème qu’avec les bovins, je suis inquiète quant à l’aspect sanitaire d’une telle mesure. L’élevage industriel traite les bêtes et les consommateurs de pire en pire.
    Les décideurs de ce genre devraient peut-être faire un stage de quelques mois dans une ferme ou auprès de pêcheurs, ils apprendraient tout un tas de chose sur la nature, tout ça…

    Je ne mange plus que la viande dont je connais la provenance et dont j’approuve les confitions d’élevage, qu’il s’agisse de la salubrité, de la nourriture de la bête, de ses conditions de vie, etc. J’en mange donc très peu, et je me porte bien.

  • ocelote
    ocelote
    Casseur de tête indigné
    • Posté à 09h21 le 08/07/2011
    • Internaute 44437
      Casseur de tête indigné

    Ca me degoute...

    « “ Les protéines animales transformées (PAT) sont des sous-produits d’animaux sains pour la consommation humaine, comme les plumes, cuirs, os et viscères. En Asie ou en Afrique, ces parties sont d’ailleurs mangées par les humains.

    Il ne s’agit pas d’autoriser les farines issues des cadavres trouvés morts à la ferme et qui sont peut-être morts de maladie. ” »

    Il suffit d’observer la sémantique pour s’apercevoir de la quenelle ! !
    Genre en afrique on mange des plumes et des os et du cuir.... bientot il donneront de la terre aux animaux et ils diront que c’est pareil en afrique. Pitoyable.

    Je n’ai jamais voté pour les conasses de députés europeens, je suis contre la fausse democratie ! ! ! Et ils le disent clairement, c’est purement commercial : « et l’importation de protéines végétales sud-américaines présente un bilan carbone catastrophique »

    Bilan carbone = Transport et cout ou bien Boycott. Depuis quand ils se soucient du bilan carbone ? Parce que faire payer a des entreprises la quantité de carbone rejeté, ce n’est pas limité l’effet de serre, c’est tout simplement vendre le droit de niquer la planete.

    Je prefere des animaux qui bouffent des ogm plutot que des animaux qui bouffent du cuir.

    C’est dans la rue que ca va se régler.

    Reunissons nous

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