18/06/2011 à 17h46

Nucléaire : c'est quoi ce nouveau bug à Fukushima ?

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

Trois mois après la catastrophe à la centrale nucléaire de Fukushima, ce samedi devait marquer le début de la phase de décontamination. Las, la découverte d’une radioactivité bien plus élevée que prévue a fait stopper net les opérations.

En seulement cinq heures, la radioactivité cumulée a atteint 4 mSv, dose qui devait être atteinte, selon les calculs des industriels sur place, en un mois. Tepco a annoncé la suspension des travaux dans l’attente d’une analyse des causes de cet imprévu. (Voir la vidéo)

Rappelons qu’à la suite du séisme et du tsunami du 11 mars, l’urgence avait été de refroidir par tous les moyens les réacteurs, après la panne du système de refroidissement. Tout avait été tenté pour acheminer de l’eau : hélicoptères, lances incendie et, finalement, pompage d’eau de mer.

Au total, environ 100 000 tonnes (ou m3) d’eau radioactive seraient encore contenues dans l’enceinte. Il va falloir les évacuer avant un éventuel retour des travailleurs sur le site. Michèle Rivasi, députée européenne (EELV) et fondatrice de la Criirad, de retour du Japon, explique l’enjeu des travaux qui devaient commencer :

« C’est un souci majeur de récupérer cette eau radioactive, car tant qu’ils ne peuvent l’évacuer, ils vont continuer à en relarguer une partie dans le Pacifique.

D’autre part, cette eau rend impossible l’accès au cœur du réacteur. Or on n’a aucune idée dans quel état se trouve le combustible fondu, jusqu’où le corium s’est répandu. »

Areva ne peut commencer la décontamination

Début avril, l’opérateur Tepco avait demandé de l’aide à Areva et d’autres entreprises spécialisées pour monter une usine de décontamination de cette eau radioactive. Un porte-parole du géant français du nucléaire explique le plan de bataille mis en œuvre par ces entreprises venues du monde entier. (voir le schéma réalisé par Areva et Veolia Water)


schéma décontamination

  • « La première étape est le “déshuilage” : l’eau s’est mélangée à des fluides présents sur place. Elle est huileuse. Toshiba a procédé à l’isolation de cette eau radioactive ;
  • la seconde est la “prédécontamination” : la startup américaine Kurion devait prédécontaminer l’eau en captant une partie du césium radioactif, mais la colonne d’absorption des cristaux s’est révélée mal dimensionnée pour supporter une telle radioactivité ;
  • ensuite, Areva et Veolia Water devaient appliquer leur technique de “coprécipitation” : ils devaient injecter des réactifs permettant de capter le reste du césium et le strontium. Les particules radioactives devaient se concentrer sous forme de boues, traitées ensuite comme des déchets ;
  • Hitachi devait procéder au désalement de l’eau de mer récupérée, afin que cette eau soit réutilisée dans le circuit de refroidissement, qui pourra fonctionner alors en circuit fermé. »

Cette station de décontamination concentrait tous les espoirs. Comme l’explique encore Areva, la radioactivité de l’eau devait diminuer « de 1 000 à 10 000 fois ». Sur le papier. Maintenant, « tant que Kurion ne trouve pas les pièces adaptées pour ce contexte particulier de radioactivité, toute l’installation est à l’arrêt ». Et tout espoir de reprendre en main la suite des opérations envolé.

► Mis à jour le 21/6 à 16h06. Ajout du schéma.

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  • marc_r89
    marc_r89
    citoyen
    • Posté à 20h05 le 18/06/2011
    • Internaute 121487
      citoyen

    Ce que je trouve pour le moins curieux, c’est de confier un partie des travaux à une startup !
    Et comme par hasard, c’est leur solution qui ne marche pas : « mais la colonne d’absorption des cristaux s’est révélée mal dimensionnée pour supporter une telle radioactivité ». Mal dimensionnée ? Mais c’est du délire !
    Une startup, c’est par définition une très jeune petite entreprise. Une entreprise en qui des investisseurs croient, mais qui doit faire ses preuves. J’aurais imaginé, mais je suis naïf, que tout travail autour de Fukushima aurait été confié à des entreprises expérimentées et reconnues pour leur travaux passés, non pas à des « petits jeunes ». Ah oui, mais y a Areva...

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 21h21 le 18/06/2011
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Pour maitriser le traitement des eaux de la centrale de Fukushima, il faut 3 paramètres indispensables.
    1) la nature des radio-éléments présents dans les rejets en mer
    2) la concentration de ces radios-éléments présents dans les effluents.
    3) la nature des adjuvants chimiques que les « pompiers » ont rajoutés.
    S’il est facile de connaitre la nature des radio-éléments présents, car ils sont directement en relation avec les combustibles du réacteur, comme le césium, le strontium, l’iode , ..., il peut être difficile de savoir ce que les japonais ont mis comme produits neutro-phages pour « étouffer » le réacteur.
    Le traitement des effluents s’effectue à travers des colonnes de résines échangeuses d’ions, si la composition chimique de l’effluent en tête de colonne est différente de celle annoncée, l’efficacité est amoindrie, voir nulle..

  • chtekroipa
    chtekroipa
    à l'ouest de l'est, au sud du (...)
    • Posté à 21h32 le 18/06/2011
    • Internaute 59026
      à l'ouest de l'est, au sud du (...)

    Assurément, c’est fou le nombre de contributeurs anonymes qui nous rassurent en ces pages en nous rabachant, à coups de commentaires et d’exemples dignes de livres de science de 4ème, que tout n’est que radiations autour de nous et que tout va bien par conséquent, la preuve vous n’êtes pas morts pour autant... Ils ont raison, mais ... quelque chose me turlupine pourtant ...

    Je pourrais presque penser que derrière tout ça, se cache des gentils internautes pro nucléaires planqués quelque part dans les locaux d’Areva (au revoir Anne !)... mais rien ne le prouve et je ne suis pas Luc Ferry pour prononcer des vérités non prouvées ...

    Encore cette théorie du complot qui me fait voir le lobby nucléaire français partout, en train de traquer la moindre information inquiétante sur le nucléaire, pour la recalibrer en une chose toute à fait banale, maîtrisable, quantifiable et finalement rassurante et naturelle : nous sommes tous des irradiés, dormez tranquillement mes p’tits français, dormez, maman veille au grain isotopique ...

    Merci donc à vous tous, ingénieurs, bioingénieurs et autres théoriciens de l’atome. Vos savantes et pragmatiques informations sur le nombre de Bq contenus dans ma salade, mon corps et mon café m’ont rassuré. Je vais de ce pas allumer sans frayeur aucune la lumière de mon salon, ma chaîne Hi-Fi, ma boule à facette, et la plaque de ma cuisinière, pour cuisiner des champignons naturellement atomiques et rayonnants.
    Je vais m’en délecter, tout rassuré que je suis à présent quant à la vulnérabilité et à la vétusté, de même qu’aux nombreuses incertitudes et zones d’ombres sécuritaires sur le parc nucléaire français, qui ne sont que le fruit de l’imagination des sceptiques et des non patriotes par lesquels j’ai failli me faire influencer...

    Je m’arrête de réfléchir, de douter. Grâce à vous je me sens mieux et je me remets à croire en des lendemains meilleurs, où l’homme, l’atome et la la nature cohabiteront symbiotiquement.
    Merci de m’avoir éclairer ! Merci, merci.

    Pour conclure, je laisse parler mon coeur.

    J’ai envie de dire « Vivie l’atome, Vive le nucléaire, Vive Areva, et Vive la France ! ! »

  • seb.a
    seb.a
    hors hexagone
    • Posté à 23h46 le 18/06/2011
    • Internaute 126414
      hors hexagone

    Bonsoir à tous,

    les débats sont passionnés, peut-être sans fin, à propos des contaminations, de leurs niveaux, etc...

    Cependant, cela occulte une notion majeure abordée dans l’article : celle de corium (cf citation de Michèle Rivasi). Il n’en est que très rarement fait mention dans les articles de presse, je vous invite à lire la page Wikipedia sur le sujet pointée dans l’article. C’est le problème majeur à Fukushima qui inquiète pro et anti-nucléaires. La situation est inédite à bien des titres (volume de matière en présence, exposition à l’air libre, mesures impossibles...). Si une fusion de grande ampleur se produit, la contamination sera sans commune mesure avec celle de Tchernobyl.

    Deux remarques : 1) pas la peine de crier au complot, les scientifiques et techniciens semblent plancher vraiment durement sur le problème, mais leurs moyens d’action sont très limités. Ils communiquent sur le sujet, mais les journalistes sont souvent incapables de relayer des infos correctes sur un truc aussi complexe.
    2) Pour avoir des infos sur la situation actuelle, les différents modèles d’évolution proposés par les physiciens, il vous faudra chercher ailleurs que sur la page Wikipedia qui est très soft sur le sujet.

    Le seul moyen d’avoir un risque de fusion de corium nul, c’est de sortir du nucléaire... mais de grands scientifiques et économistes semblent penser qu’un risque très faible est tolérable et profitable à la société. (et là, je comprends pas comment on peut faire un tel pari sur l’avenir... pas du tout, mais je ne suis ni grand scientifique, ni grand économiste).

  • Athos10
    • Posté à 09h56 le 19/06/2011
    • Internaute 8316

    Bonjour,

    Article intéréssant, mais manque un peu d’investigation. Par exemple il eut été fort instructif de savoir :

    - Quelle est la « nature » des fameux 4mSv/h, Alpha, Beta, Gamma ?
    - Sur la vidéo, on voit des hommes en tenu NBC légère, doit on conclure que c’est majoritairement de l’alpha ? Mais dans ce cas, pourquoi annonce t’on beaucoup de cesium (qui émet aussi des beta) ? Ces hommes sont-il des kamikaze du nucleaire ?
    - Que devient « l’huile » ?
    - Le moteur 3 tournait au MOX, le recueil et l’analyse des données publié par l’AIEA et par greenpeace, par l’agence méteo Nippon et par l’agence de l’environnement Nippon pourrait être intéréssant.
    - Quel est le dernier état connu des moteurs 1,2,3,4 ?
    - Idem pour les piscines, sont elles, stables, « vides », contaminés ?
    - Quid du transport des déchets, ou vont-ils ?

    Bref, bon et louable article, mais un peu cour.

    @+
    Athos10

  • Célia
    Célia répond à stemp1962
    Etudiante
    • Posté à 10h32 le 19/06/2011
    • Internaute 114304
      Etudiante

    « c’est le soleil avec ses réactions nucléaires »

    Si le soleil fait le boulot, pourquoi vouloir le récréer sur terre ?

    « et le nucléaire sale »

    Sale et dangereux.

    « Les réacteurs japonais sont sensiblement les mêmes que nos réacteurs de deuxième génération français. Dans les cinq pays industrialisés qui utilisent de façon massive l’énergie nucléaire, trois ont, désormais, eu un accident grave dans leur histoire : les Etats-Unis (Three Mile Island), la Russie (Tchernobyl) et maintenant le Japon. Il ne reste que le Royaume-Uni et la France.. Personne n’est à l’abri d’un scénario “ improbable ”, en l’occurrence une succession d’incidents qui, au final, débouchent sur un accident majeur. En France, à plusieurs reprises, nous avons frôlé de vraies crises.

    En 1999, des inondations ont mis hors d’état la plupart des systèmes de refroidissement de la centrale du Blayais (photo). Nous sommes passé très près de la catastrophe. Plus récemment, des tests, réalisés à la centrale du Tricastin, ont mis en évidence une défaillance de groupe électrogène. Selon l’Autorité de sureté nucléaire, 26 réacteurs seraient, en France, “ potentiellement sensibles ”. Pour l’heure, la question n’est pas d’être “ pour ou contre ” le nucléaire. Mais il faut tout remettre à plat et s’interroger sur la façon dont nous utilisons cette source d’énergie. Nous l’avons banalisée. C’est une erreur. “ Bernard Laponche, physicien nucléaire.