14/06/2011 à 12h49

La « bouteille végétale », pas si écolo que Volvic le prétend

Marine Jobert | Journaliste


Entre l’eau du robinet chlorée, bourrée de pesticides ou d’hydrocarbures aromatiques polycycliques, et l’eau en bouteille génératrice de déchets, Volvic pensait avoir trouvé la solution rêvée. Las, sa « bouteille végétale » n’est pas écolo : elle est en plastique 100% plastique.

Le plastique de cette bouteille-là est un PET (un mélange d’acide téréphtalique et d’éthylène glycol), comme ses cousines plus « classiques ». Sauf que les 20% d’éthylène glycol de la « bouteille végétale » sont issus d’une mélasse de canne à sucre. Ce déchet est issu de la production de sucre de canne, cultivée et transformée en Inde, alors que les autres bouteilles sont à 100% constituées d’hydrocarbures.

Chez Danone, maison-mère de Volvic, on indique que :

« La molécule issue du végétal remplace ainsi une des molécules du PET, mais sa composition chimique finale est exactement la même. »

Concrètement, cette « bouteille végétale » nécessite (un peu) moins d’hydrocarbures consommés, mais engendre toujours autant de ce satané plastique, qu’on retrouve dans le ventre d’oiseaux sauvages, assemblé en continents flottants dans le Pacifique et l’Atlantique.

L’autorité de régulation de la pub alertée

L’apparition de cette bouteille pseudo verte a, logiquement, fait bondir les spécialistes du secteur.

La filière du « bioplastique » – représentée par Pascal Bastien, le président de Vegetal & Mineral Water SAS, une PME de Champagne-Ardenne) – travaille à produire un plastique à base de résines végétales, totalement biodégradable. Ulcéré par ce qu’il considère comme de la publicité mensongère, son représentant a alerté l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP). Danone assure qu’elle a travaillé en collaboration avec l’ARPP pour élaborer sa campagne et n’avoir, depuis, reçu aucun signalement émanant de l’autorité.

Pascal Bastien dénonce un plastique qui n’est « ni biodégradable, ni compostable et qui est toxique pour l’environnement ».

La Fondation France Libertés parle de « greenwashing de bonne foi, mais qui ne résout rien au niveau de la filière déchet ». Emmanuel Poilane, le directeur de la Fondation de Danielle Mitterrand, dénonce la « perversion du système qui amène à pouvoir annoncer comme “ verte ” une activité polluante au final ». Il se prend à rêver :

« Si ces bouteilles étaient réellement composés de végétaux, on pourrait les enterrer dans son jardin ! »

Un des efforts de Volvic en matière d’écologie


Visuel pour la bouteille végétale (Volvic).

Le directeur du comité nature Evian-Volvic et des usines de la marque, Stéphane Cousté, se défend en assurant :

« La bouteille est 100% recyclable. C’est une étape de plus pour Volvic. »

Il rappelle que la politique de développement durable de la marque a permis de réduire de 20% le poids des emballages des bouteilles et d’intégrer du plastique recyclé, ou de réduire le poids des bouteilles (de 10%).

Quand une bouteille sur deux seulement trouve le chemin de la poubelle de tri – pour finir en billes de plastique la plupart du temps – et que 100% du plastique en fin de vie finira enfoui ou incinéré, on comprend que, végétale ou pas, Volvic a bel et bien mis sur le marché une bouteille aussi polluante que ses concurrents. Il ne reste plus qu’à militer activement pour une eau de qualité à la sortie du robinet.

Mis à jour le 14/06 à 15h45. Retrait du nom du responsable de la com de Danone, à sa demande.

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  • TienTien
    TienTien
    impavide devant les ruines de (...)
    • Posté à 13h11 le 14/06/2011
    • Internaute 86881
      impavide devant les ruines de (...)

    Quelqu’un pourrait-il m’expliquer pourquoi une eau dite « minérale » peut rester parfaitement potable durant plus de 2 ans selon la date de validité inscrite sur la dite bouteille ? Alors que de l’eau du robinet, donc chlorée, ne peut réussir à rester potable + de 24 heures dans la même bouteille ? Qu’ajoute-t’on dans l’eau minérale pour obtenir cette longévité ? ? ?

  • may
    may
    Etudiante
    • Posté à 13h11 le 14/06/2011
    • Internaute 9938
      Etudiante

    « Il ne reste plus qu’à militer activement pour une eau de qualité à la sortie du robinet »...

    Et pour un système de consigne, comme notamment en Allemagne

    (où bouteilles en verre ou bouteilles en plastiques sont consignées... de 8, 15 à 25cts ; les gens s’appliquent !)

  • marc_r89
    marc_r89
    citoyen
    • Posté à 14h15 le 14/06/2011
    • Internaute 121487
      citoyen

    Quand j’ai découvert ces nouvelles bouteilles au bouchon vert, j’ai bien lu l’étiquette et je me suis dis immédiatement qu’ils se foutaient de notre gueule.
    Je suis ravis de voir que je ne suis pas le seul à le penser.
    Certes, c’est un peu moins pire que de produire le plastique 100% à partir du prétrole, mais ça ne justifie pas AMHA la pub de Volvic.

    Cependant, il y a un autre débat sous-jacent peu (voire pas du tout) abordé : Que ferons « nous », quand il n’y aura plus assez de pétrole pour produire tout le plastique qui nous entoure ? Car il n’y a pas que les bouteilles à la mer. Il suffit de regarder devant soi ce bel écran d’ordinateur et son boîtier « plastique », de baisser les yeux vers le clavier et la souris, puis de regarder tout autour de nous pour constater la quantité incroyable d’objets constitués au moins en partie de matières plastiques.
    J’imagine que ces continents flottants de matières plastiques ne seront pas nettoyés pour des raisons environnementales, mais que l’industrie un jour on ira piocher dedans faute de pétrole...

  • pseudochromis
    pseudochromis
    Pisciniste
    • Posté à 15h45 le 14/06/2011
    • Internaute 141517
      Pisciniste

    Qu’elle soit en papier, en chanvre ou en laine de yak leur bouteille, ça ne sera JAMAIS écolo de transporter de l’eau d’un bout à l’autre de la France avec des camions. Et ça restera toujours une aberration économique et pour tout dire une arnaque, de payer à monsieur Volvic un litre d’eau qu’on a pour 10 000 fois moins cher au robinet.

  • zombili
    zombili
    plouc éduqué
    • Posté à 18h34 le 14/06/2011
    • Internaute 24500
      plouc éduqué

    Je ne pense pas qu’on puisse les accuser de publicite mensongere. « Pascal Bastien dénonce un plastique qui n’est “ ni biodégradable, ni compostable et qui est toxique pour l’environnement” Il n’est en effet nulle part indiqué que c’est biodegradable, et c’est effectivement en partie (20%) d’origine végétale. C’est plutot de la manipulation comme tout ce greenwashing permanent. On a pas encore ecrit de loi condamnant le foutage de gueule : -(

  • Xaarna
    Xaarna
    Ingénieur
    • Posté à 21h44 le 14/06/2011
    • Internaute 121727
      Ingénieur

    Bonjour à tous les riverains et à Rue89

    Je me présente rapidement. Je suis titulaire d’un Master en Génie Mécanique et Science des Matériaux et d’une Maîtrise en Eco-Conception des Polymères et Matériaux Composites. De plus les derniers 18 mois j’ai travaillé dans un laboratoire de l’Ecole Polytechnique de Montréal pour mettre au point un Polypropylène renforcé par des fibres de lins.

    Il faut que vous sachiez que beaucoup de molécule issue du pétrole peuvent être synthétisées à partir de ressources naturelles issues de productions agricoles. Pourquoi me demanderez vous ? Car tout produit riche en carbone peut être utilisé pour produire des molécules de synthèse. Que ces molécules soient synthétisés à partir du pétrole ou de la bio-masse (produits agricoles ou déchets végétales) restent néanmoins toxique.

    De plus faire des bouteilles en bio-polymères n’est pas une fin en soit. Si à l’heure actuelle les entreprises agroalimentaires n’utilisent pas massivement les bio-polymères c’est que ces derniers ne sont pas encore au point. Les bio-polymères ont des problèmes de stabilité thermique (perte de propriétés mécaniques lors de leur mise en forme), de vieillissement ( devienne cassant avec le temps) et n’oublions pas que les bio-polymères sont issue pour la plupart de produit agricole et des algues. Prenons le cas du PLA, bio-polymère issue de la transformation de l’amidon en acide lactique. Pour produit de l’amidon il faut des surfaces agricoles. Pour chaque bouteille en PLA c’est de l’amidon en moins pour nourrir les humains donc des surfaces agricoles en moins qui génèrent de la nourriture nourrir l’humanité (un des grands défis de notre siècle)
    Que Volvic utilise de la mélasse de canne à sucres ( en plus c’est de la valorisation de produits agricoles) pour fabriquer 20% de sa bouteille plastique est un pas en avant pour diminuer l’impact de notre mode de vie sur la planète. Sachez que les bio-polymères sont tous des matières plastiques, l’avantage : qu’ils sont biodégradable. Vous en voulez à Volvic par exemple car elle fait du greenwashing, je ne vous blâme pas pour çà, mais ne faites pas de raccourcis scientifiques. Vous voulez moins de déchets alors la solutions est simple, n’achetez plus d’eau en bouteille, buvez celle du robinet, en plus à mon avis elle est plus potable que celle embouteillée. Et arrêter de vouloir des bouteilles en verre, ce matériau est extrêmement groumant en énergie pour le mettre en forme et pour le transporter. Car un litre d’eau dans une bouteille plastique consomme moins d’énergie à la transporté que ce même litre d’eau dans une bouteille en verre, question de poids.

    Pour changer les choses et diminuer la pollution il faut simplement changer de mode de vie et sortir de la société de consommation et réfléchir à consommer autrement sans pour autant à dénigrer tel ou tel matériau.

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