Contre le tout-nucléaire à la française, l'exemple allemand

Angela Merkel lors de la cérémonie d’ouverture d’un parc d’éoliennes dans la mer Baltique, le 2 mai 2011 (Tobias Schwarz/Reuters).
Les tenants du tout-nucléaire ont pris l’habitude d’avancer un argument massue (et faux) : sortir du nucléaire entrainerait un recours accru aux énergies fossiles. Ils citent souvent l’exemple allemand à l’appui.
A en croire messieurs Sarkozy, Fillon et Besson, l’Allemagne développerait ses énergies renouvelables au prix d’un recours massif au charbon et d’importations massives d’électricité française – nucléaire donc.
En Allemagne, les renouvelables ont remplacé le fossile
Regardons les chiffres. Selon Eurostat, l’Allemagne a réussi entre 1999 et 2009 à faire reculer de 5 points les énergies fossiles dans son mix énergétique :
- la part du charbon a baissé de près de 2 points,
- celle du pétrole de près de 5 points,
- la part du gaz a augmenté de 2 points.
Pendant ce temps, le nucléaire baissait de 2 points et les énergies renouvelables augmentaient de plus 6 points. Ces dernières sont ainsi passées de 2,4% à 8,5% du mix énergétique.
La France ne peut dire aussi bien : les renouvelables se montent à 7,5% et surtout, notre consommation d’électricité des ménages est 27% plus élevée chez nous que chez les Allemands – sur une base datant de 1991 (selon le rapport Laponche pour Global Chance, février 2011).
Concernant les importations d’électricité, l’Allemagne importait effectivement nettement de France en 2002, mais la tendance s’est largement inversée au fil de la montée en puissance de leurs énergies renouvelables, et de la baisse de leurs productions fossiles et nucléaires.
En 2009, selon les chiffres de Réseau de transport d’électricité (RTE), nous achetons à l’Allemagne trois fois plus d’électricité (20 TWh – térawatt-heure) que nous ne lui en vendons.
Nucléaire vs. énergie renouvelables : deux poids, deux mesures
Côté travail, selon le baromètre européen, l’Allemagne comptait plus de 333 000 emplois en 2009 dans le secteur de la production d’énergie verte, quand la France y disposait de 135 000 emplois (dont 60 000 dans la seule biomasse) et de près de 100 000 emplois dans le nucléaire. L’énergie nucléaire est donc, par kilowatt-heure, plus faible en emplois que les renouvelables.
L’Allemagne réalise un chiffre d’affaires trois fois supérieur à la France dans le secteur de l’énergie verte avec 36 milliards d’euros en 2009, et affiche un exédent de plus de 170 milliards, alors que la France est en déficit de plus de 50 milliards.
Enfin, dans l’Hexagone, nos seuls investissements publics officiels dans la fission nucléaire représentent davantage que ceux des Etats-Unis et 50 fois plus que ceux de la Chine, selon le rapport 2010 de l’Agence internationale de l’énergie (AIEA). (Télécharger le rapport)
Le budget français de recherche du nucléaire présenté en 2010 indique que 760 millions d’euros y sont consacrés, soit 50% de plus que le niveau atteint par la Contribution au service public de l’électricité (CSPE) solaire la même année. Cette dernière avait été jugée inacceptable par le gouvernement, car de nature à faire augmenter le prix de l’électricité. Chaque foyer français paie 2 à 3 euros pour le solaire, ce qui est trop aux yeux du gouvernement, et l’a amené à se désengager de cette filière.
Cet exemple est une illustration parfaite de la politique de deux poids, deux mesures du gouvernement actuel en matière énergétique entre le nucléaire et les énergies renouvelables.
Quelles leçons tirer du modèle allemand ?
La politique allemande, basée sur une régulation stricte et un cadre stable, a permis de limiter l’impact sur le consommateur et le contribuable. Le cadre stable mis en place a rendu possible le développement industriel majeur de ces filières. Le gouvernement français a échoué lui à contribuer à créer une bulle spéculative dans le photovoltaïque et empêché l’émergence d’un secteur industriel, créateur d’emplois et exportateur.
La France dispose d’une certaine avance en matière de recherche dans des secteurs-clés comme le solaire, l’éolien, les énergies marines ; il faut désormais une volonté politique exprimée et claire pour assurer des débouchés, et un cadre pour que nos industriels se lancent.
Mais visiblement, le gouvernement préfère maintenir un prix artificiellement bas pour le nucléaire et ne pas lutter contre le gaspillage de l’électricité.
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met le doigt où ça fait mal.
met le doigt où ça fait mal.
On peut présenter les chiffres de l’Allemagne de deux manières, ce qui permet à des faits rigoureusement identiques d’étayer deux thèses strictement opposées. Magie de la statistique :
On peut ainsi, comme vous le faites, parler des variations dans la distribution des sources énergétiques, qui sont manifestement plutôt flatteuses pour nos amis allemands.
On peut toutefois aussi parler de la distribution des sources énergétiques telle qu’elle existe aujourd’hui, mais celle-ci est autrement moins glorieuse.
Grossièrement résumé, faire la synthèse de ces deux tendances devrait conduire à dire qu’évidemment, lorsqu’un pays utilise en grande majorité des combustibles fossiles pour sa production énergétique, il lui est mathématiquement bien plus aisé de réduire cette part qu’un de ses voisins chez lequel les combustibles fossiles sont dors-et-déjà une ressource négligeable.
Encore plus schématiquement, on pourrait poser la chose suivante (chiffres fantaisistes) :
2% de 100 pour les allemands.
2% de 1 pour les français.
De l’arithmétique de base qui, je pense, se passe de tout commentaire.
Par ailleurs, il faudra un jour songer à arrêter les balivernes une bonne fois pour toutes : Le silicium des cellules photovoltaïques ou le cadmium/lithium des batteries photovoltaïques/éoliennes NE SONT PAS des ressources renouvelables.
Connaissant en outre les rendements de conversions énergétiques des différentes technologies et les méthodes connues à ce jour pour les optimiser (voir fonctionnement des semi-conducteurs / supra conducteurs), il n’est pas convenable que les militants de l’écologisme (peu à voir avec l’écologie et énormément avec les « ismes » idéologiques) dénoncent la paille dans l’œil de leur voisin tout en refusant obstinément de considérer la poutre dans le leur : Une centrale nucléaire est une solution régionale, tandis que les énergies renouvelables sont des solutions strictement locales.




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