21/05/2011 à 10h03

Contre le tout-nucléaire à la française, l'exemple allemand

Corentin Sivy | Entrepreneur ENR


Angela Merkel lors de la cérémonie d’ouverture d’un parc d’éoliennes dans la mer Baltique, le 2 mai 2011 (Tobias Schwarz/Reuters).

Les tenants du tout-nucléaire ont pris l’habitude d’avancer un argument massue (et faux) : sortir du nucléaire entrainerait un recours accru aux énergies fossiles. Ils citent souvent l’exemple allemand à l’appui.

A en croire messieurs Sarkozy, Fillon et Besson, l’Allemagne développerait ses énergies renouvelables au prix d’un recours massif au charbon et d’importations massives d’électricité française – nucléaire donc.

En Allemagne, les renouvelables ont remplacé le fossile

Regardons les chiffres. Selon Eurostat, l’Allemagne a réussi entre 1999 et 2009 à faire reculer de 5 points les énergies fossiles dans son mix énergétique :

  • la part du charbon a baissé de près de 2 points,
  • celle du pétrole de près de 5 points,
  • la part du gaz a augmenté de 2 points.

Pendant ce temps, le nucléaire baissait de 2 points et les énergies renouvelables augmentaient de plus 6 points. Ces dernières sont ainsi passées de 2,4% à 8,5% du mix énergétique.

La France ne peut dire aussi bien : les renouvelables se montent à 7,5% et surtout, notre consommation d’électricité des ménages est 27% plus élevée chez nous que chez les Allemands – sur une base datant de 1991 (selon le rapport Laponche pour Global Chance, février 2011).

Concernant les importations d’électricité, l’Allemagne importait effectivement nettement de France en 2002, mais la tendance s’est largement inversée au fil de la montée en puissance de leurs énergies renouvelables, et de la baisse de leurs productions fossiles et nucléaires.

En 2009, selon les chiffres de Réseau de transport d’électricité (RTE), nous achetons à l’Allemagne trois fois plus d’électricité (20 TWh – térawatt-heure) que nous ne lui en vendons.

Nucléaire vs. énergie renouvelables : deux poids, deux mesures

Côté travail, selon le baromètre européen, l’Allemagne comptait plus de 333 000 emplois en 2009 dans le secteur de la production d’énergie verte, quand la France y disposait de 135 000 emplois (dont 60 000 dans la seule biomasse) et de près de 100 000 emplois dans le nucléaire. L’énergie nucléaire est donc, par kilowatt-heure, plus faible en emplois que les renouvelables.

L’Allemagne réalise un chiffre d’affaires trois fois supérieur à la France dans le secteur de l’énergie verte avec 36 milliards d’euros en 2009, et affiche un exédent de plus de 170 milliards, alors que la France est en déficit de plus de 50 milliards.

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(Fichier PDF)

Enfin, dans l’Hexagone, nos seuls investissements publics officiels dans la fission nucléaire représentent davantage que ceux des Etats-Unis et 50 fois plus que ceux de la Chine, selon le rapport 2010 de l’Agence internationale de l’énergie (AIEA). (Télécharger le rapport)

Le budget français de recherche du nucléaire présenté en 2010 indique que 760 millions d’euros y sont consacrés, soit 50% de plus que le niveau atteint par la Contribution au service public de l’électricité (CSPE) solaire la même année. Cette dernière avait été jugée inacceptable par le gouvernement, car de nature à faire augmenter le prix de l’électricité. Chaque foyer français paie 2 à 3 euros pour le solaire, ce qui est trop aux yeux du gouvernement, et l’a amené à se désengager de cette filière.

Cet exemple est une illustration parfaite de la politique de deux poids, deux mesures du gouvernement actuel en matière énergétique entre le nucléaire et les énergies renouvelables.

Quelles leçons tirer du modèle allemand ?

La politique allemande, basée sur une régulation stricte et un cadre stable, a permis de limiter l’impact sur le consommateur et le contribuable. Le cadre stable mis en place a rendu possible le développement industriel majeur de ces filières. Le gouvernement français a échoué lui à contribuer à créer une bulle spéculative dans le photovoltaïque et empêché l’émergence d’un secteur industriel, créateur d’emplois et exportateur.

La France dispose d’une certaine avance en matière de recherche dans des secteurs-clés comme le solaire, l’éolien, les énergies marines ; il faut désormais une volonté politique exprimée et claire pour assurer des débouchés, et un cadre pour que nos industriels se lancent.

Mais visiblement, le gouvernement préfère maintenir un prix artificiellement bas pour le nucléaire et ne pas lutter contre le gaspillage de l’électricité.

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  • Dissonance
    Dissonance
    met le doigt où ça fait mal.
    • Posté à 16h52 le 21/05/2011
    • Internaute 70089
      met le doigt où ça fait mal.

    On peut présenter les chiffres de l’Allemagne de deux manières, ce qui permet à des faits rigoureusement identiques d’étayer deux thèses strictement opposées. Magie de la statistique :

    On peut ainsi, comme vous le faites, parler des variations dans la distribution des sources énergétiques, qui sont manifestement plutôt flatteuses pour nos amis allemands.

    On peut toutefois aussi parler de la distribution des sources énergétiques telle qu’elle existe aujourd’hui, mais celle-ci est autrement moins glorieuse.

    Grossièrement résumé, faire la synthèse de ces deux tendances devrait conduire à dire qu’évidemment, lorsqu’un pays utilise en grande majorité des combustibles fossiles pour sa production énergétique, il lui est mathématiquement bien plus aisé de réduire cette part qu’un de ses voisins chez lequel les combustibles fossiles sont dors-et-déjà une ressource négligeable.

    Encore plus schématiquement, on pourrait poser la chose suivante (chiffres fantaisistes) :

    2% de 100 pour les allemands.
    2% de 1 pour les français.

    De l’arithmétique de base qui, je pense, se passe de tout commentaire.

    Par ailleurs, il faudra un jour songer à arrêter les balivernes une bonne fois pour toutes : Le silicium des cellules photovoltaïques ou le cadmium/lithium des batteries photovoltaïques/éoliennes NE SONT PAS des ressources renouvelables.

    Connaissant en outre les rendements de conversions énergétiques des différentes technologies et les méthodes connues à ce jour pour les optimiser (voir fonctionnement des semi-conducteurs / supra conducteurs), il n’est pas convenable que les militants de l’écologisme (peu à voir avec l’écologie et énormément avec les « ismes » idéologiques) dénoncent la paille dans l’œil de leur voisin tout en refusant obstinément de considérer la poutre dans le leur : Une centrale nucléaire est une solution régionale, tandis que les énergies renouvelables sont des solutions strictement locales.

  • 978POIRES
    978POIRES
    grouillot
    • Posté à 16h56 le 21/05/2011
    • Internaute 65221
      grouillot

    Pour avoir les vrais chiffres

    Lien

    Un exemple sur la sobriété énergétique ...

    Consommation énergétique finale des ménages,

    1998 2008
    Allemagne 66, 68
    France 39, 43

    Dont énergie renouvelable

    1998 2008
    Allemagne 6 , 9
    France 20 , 16

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 19h58 le 21/05/2011
    • Internaute 45067
      Littéral

    Dans ces affaires industrielles d’énergie électrique, il n’y a pas de modèle.

    On oublie trop souvent que cette industrie est fondée sur une infrastructure dont les choix stratégiques initiaux pèsent pendant des décennies.

    D’ailleurs les chiffres donnés dans cet article sont édifiants. Malgré des efforts colossaux, la part des énergies renouvelables dans la production et la distribution de courant électrique restent faible, aussi bien en Allemagne.

    De plus la comparaison entre les effectifs des deux industries industriels est fallacieuse, non par malhonnêteté mais surtout par défaut de compréhension des véritables différences entre les deux systèmes énergétiques nationaux.

    L’architecture du réseau électrique français a été pensé et mise en œuvre à partir de 1946 dans une optique d’emblée nationale :
    Des usines thermiques géantes, à l’époque le fuel ne coutait pas cher, produisaient la quantité de courant nécessaire à l’ensemble du territoire français.

    Pour cela, on a édifié un gigantesque réseau de transport à haute tension pour alimenter des postes sources départementaux de transformation du courant de haute en moyenne tension.
    Depuis ces postes sources, des réseaux de transport départementaux moyenne tension alimentent à leur tour des transformateurs locaux qui fournissent le courant aux installations des abonnés.

    Cette infrastructure de réseau qui compte des dizaines de milliers de kilomètres de lignes aériennes ou souterraines se renouvellent tous les trente ans.

    Les investissement consentis dans ces réseaux représentent une valeur considérable ainsi que leur entretien.

    C’est là que les comparaisons en terme d’emplois sont inexactes car on ne compte pas les effectifs des entreprises qui œuvrent tous les jours sur ces réseaux.

    Il est vrai qu’en Allemagne ce type d’emploi existent mais, il représentent sans doute moins d’emplois car l’architecture des réseaux allemands est très différente.

    Historiquement, il n’existe pas d’opérateur d’énergie unique à dimension nationale. Les réseaux allemands se sont développés au niveaux des landër (régions) y compris pour la production. Et l’apparition du nucléaire pour produire de l’électricité n’a pu se développer à la dimension du système de production français tout simplement parce qu’il n’existait pas de réseau de transport très haute tension qui desserve la totalité du territoire allemand.

    La création d’un tel réseau représentant un cout tel qu’il ne s’est pas trouvé d’investisseurs pour assumer une dépense aussi énorme et dont la durée d’amortissement se compte en décennies.

    Lé vrai problème français pour l’énergie électrique c’est l’architecture pharaonique de son réseau.

    Tant que cette infrastructure gigantesque ne sera pas remise en cause, on ne pourra tout simplement pas se passer d’usines géantes, quelque soit le combustible utilisé, pour faire chauffer l’eau dont la vapeur entraine les turbines qui produisent le courant électrique.

  • damienl
    damienl
    Chercheur
    • Posté à 21h10 le 21/05/2011
    • Expert 101560
      Chercheur

    « L’énergie nucléaire est donc, par kilowatt-heure, plus faible en emplois que les renouvelables. »

    Belle confusion ici... Comment peut-on citer ce qui est clairement un argument en faveur du nucléaire comme un argument en faveur du renouvelable ? Ilustration : « la pelleteuse est donc, par mètre cube de terre, plus faible en emploi que les pelles et pioches ». « La charrue est donc, par hectare de champ labouré, plus faible en emploi que le tracteur ». Ce que vous venez de dire, c’est que l’énergie nucléaire est plus efficiente que les renouvelables en ce qui concerne la main d’oeuvre puisque l’on obtient le même résultat avec moins de ressources...

    Le but n’est pas de créer de l’emploi (sinon, on peut avoir le plein emploi en embauchant tout le monde pour construire la pyramide du pharaon Sarko Ier) mais bien de l’emploi utile. Un emploi est un coût, pas un bénéfice.

    « Cet exemple est une illustration parfaite de la politique de deux poids, deux mesures du gouvernement actuel en matière énergétique entre le nucléaire et les énergies renouvelables. »

    Le plus simple ne serait-il pas que le gouvernement cesse de favoriser indûment le nucléaire ? D’après ce que j’ai lu, sans subsides directs ou indirects, le nucléaire ne serait pas viable. Éliminons les subsides existants, surtout ceux pour les énergies fossiles et le nucléaire avant de créer de nouveaux subsides pour les énergies renouvelables.

    « Le gouvernement français a échoué lui à contribuer à créer une bulle spéculative dans le photovoltaïque »

    Je comprends que vous êtes entrepreneur dans le secteur mais, tout de même... Je ne pense pas que le rôle du gouvernement soit de créer des bulles spéculatives ! L’argent public n’a pas vocation à permettre à certains de s’enrichir grâce à la spéculation déconnectée des fondamentaux. Cf la bulle immobilière aux USA. La socialisation des risques et des pertes et la privatisation des bénéfices, on a déjà donné.

  • damienl
    damienl répond à duarn
    Chercheur
    • Posté à 22h11 le 21/05/2011
    • Expert 101560
      Chercheur

    Le photovoltaïque n’est absolument pas une bonne solution pour un pays comme la France. Éventuellement dans le sud... Mais, dans le nord, c’est un non sens total.

    J’aime beaucoup l’illustration du photovoltaïque sur Wikipedia... Une rangée de panneaux solaires sur l’île de Hjelm au Danemark, avec un ciel nuageux et gris ! Alors, oui, cela convertit la lumière, mais on ne me fera pas croire que c’est très efficace.

    Le photovoltaïque, c’est une pompe à subsides. C’est la plus chère des énergies renouvelables et elle n’est pas encore prête à être utilisée sous nos latitudes. On estime par exemple qu’en France, produire un kWh à l’aide du photovoltaïque coûte entre 40 et 70 centimes (selon l’endroit).

    Mais le véritable problème, c’est que tout calcul est faussé à cause des subsides. Toutes les sources d’énergie étant subsidées par l’État, difficile de connaitre le coût vérité et de comparer les technologies.

    Solution : la taxe carbone (ou le système cap-and-trade comme l’ETS mais sans les traitements de faveurs actuels) et l’élimination des subsides et des mandats (ex : dire à EDF qu’il faut acheter l’énergie produite à tel prix, ce qui empêche de voir qu’elle technologie serait la meilleure).

    Il faudrait arrêter de vouloir réaliser 50 objectifs à la fois. Le but des énergies renouvelables est de préparer la transition vers un monde où les énergies fossiles seront trop onéreuses. Leur but est également de permettre de lutter contre le réchauffement climatique. Cela me semble suffisant. Il ne faut pas en faire également la solution miracle contre tous les maux de notre société (chômage en premier lieu).

  • sissa
    • Posté à 16h58 le 22/05/2011
    • Internaute 39778

    Cet article relève d’une logique totalement biaisée.
    Il est clair qu’à partir du moment où, comme c’était le cas en Allemagne, la production d’électricité est principalement d’origine fossile, alors le développement d’énergies renouvelables a eu pour effet de faire baisser la consommation de ces énergies fossiles.

    La France, elle, produit son électricité principalement à l’aide de centrales nucléaires. Les remplacer par des renouvelables, par essence intermittentes, nécessite que ces unités de productions soient soutenues lorsqu’il n’y a pas de vent ou de soleil. Cela entraine la construction de centrales thermiques donc par du fossile.

    D’ailleurs, il suffit de comparer les émissions de CO2 allemandes et françaises : 0,09 kg par kwh en France et 0,60 en Allemagne(source : Lien)
    Même en comptant la production globale, on a une production de Co2 par habitants nettement moindre en France qu’en Allemagne : Lien

  • dmg
    dmg
    ingénieur-chercheur
    • Posté à 19h02 le 22/05/2011
    • Expert 136627
      ingénieur-chercheur

    la tarte à la crème des Allemands parfaits et des Français piégés par le lobby électro-nucléaire... Redressons quelques erreurs, à forte dose, ça n’est plus des coquilles mais de la désinformation organisée.
    Le solde des échanges d’électricité France-Allemagne est négatif, certes, mais sur les mêmes rapports RTE que ceux que vous citez, on voit clairement que le solde France-Europe est très largement positif (25 TWh en 2009).
    La part des fossiles en Allemagne a baissé ? C’est heureux, ils en consomment quasi deux fois plus que nous ! ! ! Alors, les quelques pour-cents que vous citez sont ridicules...
    Les Allemands consomment moins d’électricité dans le parc privé qu’en France ? Évidemment, puisqu’ils brûlent plus d’hydrocarbures. Et alors, où est leur sagesse ? ! Le seul vrai risque pour la planète, c’est le CO2. Tant qu’ils feront des voitures qui consomment 30% de plus que les nôtres et ne réduiront pas la vitesse sur autoroutes, il ne seront pas crédibles, leur « verdeur » n’est que du vernis électoraliste.
    Et la question demeure : que fait-on quand il n’y a ni vent ni soleil. On ne sait pas stocker l’électricité à très forte capacité, ce n’est pas faute de chercher, c’est hélas des limites physico-chimiques et géologiques : où trouverez-vous les millions de tonnes de plomb ou de lithium pour faire les batteries ? !
    Et cet article regorge de telles erreurs ou approximations, c’est inadmissible : comment instruire sereinement et de façon responsable un débat sur l’énergie, qui est vital pour la planète, en partant de si bas ?