09/05/2011 à 18h42

Pluies d'oiseaux morts : la faute aux gaz de schiste ?

Sophie Caillat | Journaliste Rue89

On cherchait une explication à la mort de 19 bovins en Louisiane en avril 2009, ou aux pluies d’oiseaux qui ont soulevé bien des interrogations aux Etats-Unis en janvier 2011. Un éminent chimiste et toxicologue suggère une explication qui selon lui tient la route : un méfait des fameux gaz de schiste.

C’est la première fois qu’un chimiste et toxicologue reconnu se penche sur la question des gaz de schiste. Ses analyses sont édifiantes : « Jamais une telle concentration de produits chimiques n’a été injectée dans le sol, c’est un véritable réacteur chimique. »

André Picot, directeur de recherche honoraire du CNRS, créateur de l’unité de prévention du risque chimique et président de l’Association Toxicologie-Chimie (ATC), a analysé pendant un mois les sources officielles américaines et canadiennes, où les gaz et huiles de schiste sont exploités depuis cinq ans déjà (lire son rapport en PDF).

Aux Etats-Unis, différents événements troublants donnent à penser à André Picot que les gaz de schiste ont déjà tué des animaux. Il formule une hypothèse à propos de la mort des bovins en Louisiane – un troupeau soupçonné d’avoir ingéré du liquide de fracturation de la société Chesapeake Energy :

« Existe-t-il une relation entre les saignements de la langue et la bave observés sur les bovins décédés, et la forte concentration de N-Oxyde de 4- nitroquinoléine identifiée par l’EPA parmi les produits majoritaires de certains liquides de fracturation ? C’est possible. »

Les oiseaux intoxiqués par l’hydrogène sulfuré ?

En effet, les eaux de fracturation contiennent « 14 mg/litre de N-Oxyde de 4-nitroquinoléine » :

« C’est un composé peu connu mais dont des biologistes japonais ont démontré qu’à très faible dose, il entraînait chez les rongeurs (rats et souris) des cancers sélectifs de la bouche et de la langue.

Egalement présents : le benzène qui peut entraîner des leucémies, et les chromates qui provoquent des cancers des fosses nasales, de la peau, du larynx, des bronches et des reins. »

Surtout, le scientifique pense tenir une explication aux mystérieuses pluies d’oiseaux morts du début de l’année :

« Une émanation d’hydrogène sulfuré pourrait très bien avoir causé la mort massive d’oiseaux morts en Arkansas, en janvier dernier. Rappelons que ce gaz nauséabond tue plus rapidement que le monoxyde de carbone et qu’il est en plus doté d’un effet anesthésiant puissant sur le nerf olfactif. »

Les produits volatils dangereux s’échappant des bassins de décantation, comme l’hydrogène sulfuré (le même qui tue en un éclair et que l’on trouve dans les algues vertes) et les BTEX (composé de benzène, toluène, ethylbenzène, et xylènes) qui ont certainement déjà eu des effets neurotoxiques sur les populations vivant à proximité.

Des effets toxiques à court terme et cancérigènes à long terme

Parmi les effets des gaz de schiste sur l’environnement et la santé des travailleurs et des populations installées autour des forages, André Picot s’inquiète, dans l’ordre de gravité :

  • des quantités d’eau phénoménales nécessaires pour l’hydro-fracturation, qui risquent mécaniquement d’assécher les nappes phréatiques
  • du risque de pollution des nappes phréatiques : on crée un mini-séisme dans le sous-sol et on risque de traverser des zones où l’on puisera de l’eau de consommation plus tard,
  • du risque d’évaporation de produits dangereux : les 20% d’eau qui ressortent après le processus de fracturation sont ensuite mis en bassin de décantation, d’où tous les produits volatiles s’évaporent, dont le benzène.

Les effets sur la santé peuvent aller d’intoxications à court terme à des cancers qui risquent de n’apparaître que dans vingt-cinq ans.

Que va répondre Nathalie Kosciusko-Morizet ?

Le bilan qu’il vient de publier a été remis au Premier ministre, à Nathalie Kosciusko-Morizet et à Eric Besson, ainsi qu’aux députés ayant participé au débat parlementaire du 29 mars.

Le but ? Peser pour que la proposition de loi déposée par Christian Jacob (UMP) visant à interdire l’exploration et l’exploitation des gaz et huiles de schiste soit adoptée ce mardi 10 mai. Et que la technique de fracturation hydraulique à l’américaine soit définitivement bannie chez nous. (Voir le schéma explicatif sur la fracturation hydraulique)


la fracturation hydraulique

Il en est convaincu :

« En France, notre sous-sol est trop fragile, et les densités de population trop importantes. »

Le rapport de 45 pages (en PDF) publié sur le site de l’association donne, tableau après tableau, tous les détails chimiques disponibles sur le contenu des liquides de fracturation, et leur toxicité. Afin que les non-chimistes comprennent les grands enjeux qui en ressortent, en voici un petit résumé.

Les pétroliers fournissent des données « en trompe l’œil »

Rappelons que la fracturation hydraulique
consiste à injecter à forte pression une grande quantité d’eau, mêlée à des produits chimiques, pour traverser la roche imperméable afin de libérer les hydrocarbures. Ce mode d’extraction non conventionnel utilise des milliers de substances chimiques.

Il y en aurait 2 500, présents à l’état pur ou sous forme de mélange, mais au nom du secret industriel, les entreprises n’étaient jusqu’ici pas tenues de toutes les citer.

André Picot a analysé les 200 produits qu’il a identifié sur la liste de 400 décrits dans le rapport publié en février dernier par l’agence de protection de l’environnement américaine (EPA).

Le problème, explique André Picot, c’est que les données sont « en trompe l’oeil » :

« On nous donne les noms des produits, mais pas leur concentration. Ainsi les industriels disent qu’ils injectent 90% d’eau, 9,5% d’agents de soutènement pour empêcher la roche de se réagréger et selon les sociétés pétrolières, entre 0,5% et 2% de produits chimiques ajoutés comme additifs. »

Or c’est plus compliqué que ça, car 20% de l’eau injectée (il faut 10 millions de litres par fracturation) ressort, et les entreprises ne communiquent que sur ce qu’elles injectent :

« Certains produits ne sont pas dangereux au départ, mais à l’arrivée ils peuvent être mutagènes et cancérogènes. »

C’est ce que le toxico-chimiste a compris :

« La fracturation hydraulique est “un ‘réacteur chimique’ extraordinaire : on est face à un circuit fermé, situé à environ 2000 mètres sous le sol, chauffé et sous pression. Ce type de réactions chimiques je ne l’ai vue qu’en laboratoire, mais pas à cette échelle.”

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  • marcoilbiondo
    • Posté à 20h42 le 09/05/2011
    • Internaute 2314

    Je suis contre les gaz de schiste, parce que ça bousille l’environnement est sans doute les nappes, mais cet article mélange tout !

    Je cite André Picot :
    « Ceci pourrait expliquer certains décès dans la population vivant à proximité des exploitations,
    mais également certains évènements comme les “ pluies d’oiseaux ” constatées aux Etats-Unis »

    Cela pourrait, mais la première chose à vérifier est que ces oiseaux étaient à proximité d’un forage quand ils sont morts en masse (plusieurs milliers) sur le coup non ?

    En Suède Flaköping (oiseaux du 5 janvier) est à 300km d’Alum. En Arkansas il y a 250km entre Fayetteville (shale gas) et Beebe (pluie d’oiseaux du 31/12). En Louisiane (Pointe Coupee Parish, LA) c’est possible. MAIS il n’y rien qui pue plus que l’hydrogène sulfuré (c’est ce qu’on met dans les boules puantes d’ailleurs interdites en Allemagne à cause de leur toxicité c’est écrit ici même ! Lien) et les gens et ouvriers des forages n’auraient rien senti ?

    Il y a des forages de gaz de schistes aux USA depuis longtemps, pareil pour les feux d’artifice et les lignes à haute tension (qui ne sont pas dangereuses pour les oiseaux d’ailleurs), aucune de ces explications ne convient. Mais on veut des réponses de suite, une fluctuation géomagnétique semble une hypothèse plus raisonnable, surtout si nous nous approchons d’une inversion des pôles.

  • Karg se
    Karg se
    Ingénieur agronome vendu à une (...)
    • Posté à 21h32 le 09/05/2011
    • Internaute 9172
      Ingénieur agronome vendu à une (...)

    Je vois pas ce qui prouvent que les forages sont responsables de ce hécatombe. Il faut déjà analyser les cadavres et comprendre de quoi ils sont vraiment mort. Du coté des ornithologues, c’est un autre son de cloche.

    Lien

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 21h34 le 09/05/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
  • romme
    romme
    Salarié
    • Posté à 22h22 le 09/05/2011
    • Internaute 89958
      Salarié

    Il faut traiter une fois pour toute le problème que se pose les « innovations » de ce genre et poser le principe d’une interdiction a priori à moins que :
    1 Les données scientifiques qui ont servi à les mettre au point soient accessible à tous pour que leur toxicité/innocuité éventuelle fasse l’objet d’un débat rationnel entre un nombre suffisant de personnes non directement intéressées à sa diffusion.
    2 Les êtres humains/vivants soient capables de supporter les conséquences d’un mauvais usage répété de la technique, de telle sorte que l’on soit capable de mener une véritable analyse coûts/avantages et donc qu’un assureur doit pouvoir couvrir le risque sur une base commerciale. Sinon, il suffit d’affecter une probabilité d’occurrence très faible aux catastrophes qu’elle peut amener pour décréter que la technologie est en pratique sans danger, ce qui a été le grand argument des partisans du nucléaire il y a 30 ans en France.
    Sur ces deux points, le gaz de schiste a tout faux...

  • raphlolo
    raphlolo
    expat oil and gas
    • Posté à 06h17 le 10/05/2011
    • Internaute 123329
      expat oil and gas

    La photo que l’on voit est mensongère ça voudrait dire que l’on arrête le cementing juste après avoir passé les nappes phréatiques c’est impossible le puits s’effondrerait sur lui-même. Le cementing descend jusqu’à la zone de fracture qui peut se trouver à 2000 ou 3000 m de profondeur.

    Pour info la technique de l’hydraulique fracturing est utilisé, indispensable même, en geothermie et que je sache c’est loin d’avoir fait scandale. Il ne faut pas se tromper de cible, le problème c’est retraitement les produits chimiques en surface, pas l’hydraulique fracturing.

    Quand je lis :
    « Rappelons que la fracturation hydraulique
    consiste à injecter à forte pression une grande quantité d’eau, mêlée à des produits chimiques, pour traverser la roche imperméable afin de libérer les hydrocarbures. Ce mode d’extraction non conventionnel utilise des milliers de substances chimiques »

    Je viens de regarder votre lien owi, c’est un tissu d’approximations et de bêtises, une appli iphone. Par exemple, on ne fait pas un coffrage de béton comme ça, on installe un casing (tube en acier) puis on injecte le béton entre le casing et la roche. Aussi personne ne mets des bâtons de dynamite ou autre charge de semtex au fond du puits, on y déclenche des guns. C’est un chapelet de balles les unes au dessus des autres, on est très loin de l’explosion incontrôlée que l’on veut nous montrer. Lors de l’explosion des guns on pénètre à peine d’un mètre autour du puits. Le but n’est pas de faire exploser le puits mais de rentrer en profondeur dans la roche.
    Lien

    Je connais pas mal le monde du pétrole mais finalement assez peu celui de la facturation hydraulique et celui des gaz de schistes pourtant d’après mes connaissances Il y a vraiment de la désinformation sur le sujet.

    Je ne connais pas tous les types de champs pour les schistes mais on injecte des produits chimiques dans les réservoirs depuis des années ça n’a jamais posé de problèmes. Il faudrait surement affiner le choix des réservoirs et vérifier la présence d’une couche d’argile étanche au dessus des schistes.

    On a trouvé un cheval de bataille avec la « fracturation hydraulique » mais on se trompe de coupable, d’ailleurs c’est même dit dans l’article. Le problème des oiseaux viendrait des émanations de bac de rétention on est très loin du gaz qui remonterait en surface via les nappes phréatiques suite à un hydraulique fracturing.

    Cela n’empêche pas que les gaz de schistes sont sales, il faut énormément de post traitement en surface, ça crée beaucoup de déchets toxique, c’est peu propre et cela utilise beaucoup d’eau. Mais bon c’est l’industrie chimique y compris celle du tissu qu’il va falloir fermer et vite alors.

  • Guy MASAVI
    Guy MASAVI
    citoyen dessinateur pour de rire
    • Posté à 08h01 le 10/05/2011
    • Internaute 55858
      citoyen dessinateur pour de rire
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