15/03/2011 à 10h31

L'Allemagne est mûre pour sortir du nucléaire. Pas la France



Les événements au Japon relancent le débat sur le nucléaire. Plus en Allemagne qu’en France. Outre-Rhin, à lire les éditoriaux dans la presse, les blogs ou à entendre les réactions des auditeurs à la radio, le nucléaire, c’est « nein danke ».

Quand Sarkozy répète qu’il n’est « pas question de sortir du nucléaire », Angela Merkel joue une partie de poker serrée en annonçant pour trois mois un moratoire sur la prolongation de la durée de vie des centrales et la fermeture immédiate des sept réacteurs mis en service en Allemagne « avant la fin 1980 ». Le temps de faire le gros dos face à ce qui pourrait se transformer en orage électoral.

Le 27 mars prochain se dérouleront les élections en Bade-Wurtenberg, deuxième Lander le plus peuplé du pays et fief du parti conservateur d’Angela Merkel (CDU) depuis près de soixante ans. Or, les sondages prédisent un résultat serré. Et le ministre-président sortant, Stefan Mappus, est un fervent partisan du nucléaire.

Sept autres élections régionales vont se tenir en Allemagne en 2011, peut-être huit. Or le Bundesrat, la chambre haute allemande, voit sa composition évoluer en fonction de majorités régionales. La Chancelière y est en minorité depuis l’an passé. Aggraver la situation ne l’aiderait pas à se maintenir en 2013.

L’Allemagne a déjà voté pour la sortie du nucléaire

A la différence de la France, le débat sur la sortie du nucléaire a agité le monde pays à plusieurs reprises rien qu’au cours de la décennie passée. Et se passer de l’énergie nucléaire fait partie du champ des possibles mentaux de nombreux citoyens et hommes politiques allemands.

Il faut dire que là-bas, les 17 réacteurs produisent un quart de l’électricité nationale, contre 80% de notre courant produit par les 58 réacteurs en France.

Il est toujours difficile de tenir des discours sur une autre culture sans verser dans des stéréotypes forcément injustes (pour plus d’info sur les étranges mœurs de nos amis allemands, regardez l’émission « Karambolage » sur Arte). Cependant – et j’assume ma subjectivité –, il me semble que de nombreux Allemands n’aiment pas l’imprévu et l’improvisation. Or, pour de nombreux Allemands, le nucléaire est une source d’insécurité ultime.

Regardons dans le rétro. En 2000, la coalition rouge-verte alors au pouvoir a voté la sortie progressive du nucléaire. En novembre 2010, la coalition libérale-conservatrice emmenée par Angela Merkel était revenue en arrière pour prolonger la durée de vie des centrales allemandes. Jusqu’au drame japonais.

Les énergies renouvelables bien plus développées

Les énergies renouvelables se sont considérablement développées au court des quinze dernières années grâce à un soutien volontariste de l’Etat. Fortement pourvoyeur d’emplois, on estime à 330 000 le nombre de personnes qui travaillent dans ce seul secteur. Au point qu’il est devenu une véritable fierté nationale... et une véritable force de frappe industrielle, notamment à l’exportation.

Par comparaison, 150 000 personnes environ travaillent pour EDF. Les renouvelables produisent aujourd’hui 16% de l’électricité allemande. Trois fois plus qu’en 1997. Les éoliennes, chauffe-eau solaires ou autres panneaux photovoltaïques font partie du paysage.

En Allemagne, la transition vers un modèle énergétique écologiquement responsable n’est pas un fantasme futuriste ou une promesse fumeuse à la Grenelle. Il s’agit d’une réalité quotidienne, visible et tangible – notamment en espèces sonnantes et trébuchantes. La loi allemande permet en effet à de nombreux petits épargnants d’investir leurs économies dans des projets éoliens par exemple.

Très récemment, l’Agence fédérale pour l’environnement a affirmé qu’il était possible et réaliste qu’à technologie équivalente, le pays soit approvisionné à 100% en renouvelable d’ici 2050. Même si ce chiffre a été discuté, il participe d’une petite musique quotidienne qu’entendent beaucoup d’Allemands : un autre concept d’approvisionnement énergétique, celui-ci durable, est possible.

Une opinion bien plus sensible à ces questions

Comme tout les petits Français, j’ai joué dans la cour de mon école, mangé salades et champignons comme si de rien n’était les jours qui ont suivi Tchernobyl, persuadé, comme on me l’expliquait, qu’un providentiel anticyclone nous protégeait des particules radioactives. A la différence de l’Allemagne où des précautions ont été prises. Dans de nombreuses écoles, les enfants ont été privés de bac à sable ou certains aliments ont été interdits à la consommation.

Tchernobyl a été un traumatisme bien plus important en Allemagne qu’il ne l’a été en France. D’autant plus que le mouvement anti-nucléaire était historiquement bien plus vigoureux outre-Rhin.

Ces mouvements ont d’ailleurs connu une seconde jeunesse à la faveur du vote de la prolongation de la durée de vie des centrales en novembre dernier. Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Berlin en septembre. Et les blocages de convois de déchets nucléaires connaissent un regain de popularité.

Samedi, 60 000 personnes ont formé une chaîne humaine dans le Bade Wurtenberg. Pas étonnant qu’un récent sondage montre que 70% des Allemands considéreraient qu’un accident comme au Japon est possible en Allemagne. (Voir la vidéo d’Euronews)

Photo : des manifestants anti-nucléaire devant la chancellerie à Berlin, le 14 mars 2011 (Tobias Schwartz/Reuters).

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  • G-Y.M
    G-Y.M
    Consultant
    • Posté à 10h44 le 15/03/2011
    • Internaute 40499
      Consultant

    C’est facile pour l’Allemagne de sortir du nucléaire tout en achetant à la France de l’électricité d’origine nucléaire...

    Il faut arrêter le délire : sortir du nucléaire, ça veut dire plus de centrales au charbon (vive le CO2) ou alors la fin rapide de notre niveau de vie. En effet, ce n’est pas l’éolien ou le solaire, ni les économies d’énergie, qui vont compenser même s’il est important de les développer.

    En gros, il faut assumer. Va falloir faire un choix entre :
    - la diminution de notre niveau de vie
    - un risque nucléaire latent
    - une augmentation de l’effet de serre

  • Takkar
    Takkar
    Grande gueule et libre penseur (...)
    • Posté à 11h30 le 15/03/2011
    • Internaute 139616
      Grande gueule et libre penseur (...)

    Le vrai débat est dans la consommation d’énergie.

    Aujoud’hui Areva défend ces intérêts. Comment ne pas se poser la question d’un conflit entre les intérêts de ces actionnaires et les intérêts des citoyens ?

    Aujourd’hui la maison passive (Lien) est un mythe en France et une réalité en Europe. Si la pantalonnade du Grenelle à fixé le standard « Maison Passive » pour 2020, c’est peu être pour avoir le temps de renouveler/construire des centrales ?

  • barbamaman
    barbamaman
    Développeur Delphi
    • Posté à 11h38 le 15/03/2011
    • Internaute 72104
      Développeur Delphi

    Ecoresponsables... Allemand 10,5T CO2/AN, Européen 8T CO2/AN, français 6,5T CO2/An... Comme quoi, suivant les points de vue...
    De plus la France arrive au même pourcentage d’énergies « renouvelables », des fois que vous l’ayez oublié, on a un parc hydroélectrique...
    Après, sortir du nucléaire c’est bien, sans multiplier le prix de l’électricité par 6 ou 7, devenir dépendant de pays étrangers, c’est mieux...
    Et au passage, pour une centrale nucléaire qui produirait 3,5Gw sur 85% du temps d’une année, il faudrait 91km² de panneaux solaires (le hic c’est que là on ne produit plus que 12% de l’année...), 450km² d’éolien (22% de temps effectif annuel...) ou 3000km² de surface à cultiver pour la biomasse (75% de temps effectif). Bon, je laisse faire les produits en croix pour voir les surfaces réellement nécessaires et vous laisse cocher les régions à sacrifier sur la carte de France (même si pour l’éolien, les choix sont limités).
    Et ces énergies n’en restent pas moins polluantes... Faire des fermes solaires de centaines de km² c’est tuer l’éco-système local, par exemple...
    Bon, il était évoqué une alliance avec le Maghreb pour y faire ces fameuses fermes, pourquoi pas, ce seraient leurs déserts qui seraient impactés (...), mais être dépendant de ces pays serait une sacrée gageure... Cependant, pour le solaire, il faut le prendre en compte lors de construction de bâtiments, de produits de consommation etc... L’éolien pour des solutions locales... Mais il faut en priorité maîtriser la consommation (par exemple arrêter d’éclairer tout et n’importe quoi la nuit...).
    A ceci il faudrait aussi prendre en compte les spécificités d’un réseau électrique à l’échelle d’un pays... qui limite de facto l’importance que peut avoir l’éolien par exemple...

  • Tolya56
    Tolya56
    Et alors ?
    • Posté à 11h47 le 15/03/2011
    • Internaute 96420
      Et alors ?

    Le débat est plus large que le seul dossier du nucléaire. Il concerne en fait le mix energies. La transition vers un autre mode d’approvisionnement en énergie est d’abord une décision politique, j’ajouterais décision simple. D’autres pays l’ont fait comme la Suède par exemple. L’adhésion de la population sera rapidement acquise d’autant plus que des « emplois verts » seront créés en nombre faisant ainsi baisser le chômage. J’ajoute que ces emplois sont non délocalisables en grande partie.

    Un chantier long en perspective et autant commencer maintenant.

  • gaias
    gaias
    etudiant
    • Posté à 11h52 le 15/03/2011
    • Internaute 95428
      etudiant

    j’ ai entendu dire qu ’il fallait 2000 éoliennes pour remplacer une centrale.

    Il existe aussi les serpents de mer ( c’est une image), dont les mouvement produise de l’ électricité.

    Il y a les marées aussi.

    les panneaux solaires (pas les photovoltaïque) pour produire de l’ eau chaude.

    la géothermie.

    Il y a aussi des rumeurs de technologies tenues au silence, dont une des causes qu’ elle rapporte pas assez d’ argent, mais c’ est hypothétique, pas trouvé d’ infos.

    aujourd’hui la plupart des appareils ont une durée de vie limité (ex : imprimantes, machine à laver, téléphone portable).
    Mais cette limite serait apparemment volontaire, pour vendre plus et polluer plus...

    à quand la cécité de la folie humaine ?

    Quand bien même il y aurait de bonnes raisons de continuer vers le nucléaire, il n y a aucune bonne raisons pour ne pas tout mettre en œuvre pour en sortir vers une énergie propre et renouvelable sans que ce soit une vache à lait pour plumer le consommateur.

    Une société responsable trouverait des solutions pour avoir accès à une consommation écologique à bas cout.

    Sur Terre, on réfléchit avec le pognon, pas avec sa tête. Dommage...

  • ripo
    ripo répond à G-Y.M
    alteriste
    • Posté à 12h36 le 15/03/2011
    • Internaute 113609
      alteriste

    Ben non, c’est le contraire l’Allemagne exporte plus d’électricité vers la France qu’elle en importe.

    Lien

    D’autre part au niveau mondial, le nucléaire c’est 2 % de l’énergie finale, vous croyez vraiment que c’est incontournable ?
    Le déploiement massif du nucléaire implique le développement de la génération IV (les surgénérateurs comme superphénix) sinon c’est la pénurie d’uranium à court terme. La génération IV utilise beaucoup plus de plutonium que ne le fait la génération III actuelle et en plus sur certains modèles on utilise le sodium pour le refroidissement comme sur superphénix et le sodium s’enflamme au contact de l’eau. Avez vous une petite idée de ce que donnerait un surgénérateur à la place des réacteurs de la centrale de Fukushima ? incendie de sodium et dégagement de Pu dans l’atmosphère...
    Bien sûr si vous écoutez les spécialistes, tout cela marche à merveille, mais ils oublient de préciser : « sur le papier ».

  • watashi_baka
    watashi_baka répond à G-Y.M
    ...
    • Posté à 13h51 le 15/03/2011
    • Internaute 47330
      ...

    On a encore beaucoup de marge avant de diminuer notre niveau de vie, même si je reconnais qu’avoir 4 PC et 3 frigos allumer 24h/24 n’est pas forcément la voie à suivre.

    En Allemagne

    -Ca fait longtemps que l’on isole les appartement et que l’on met des fenêtres qui ferment, alors qu’en France, de toute façon c’est chauffé à l’électricité donc c’est pas cher, et puis c’est le locataire qui paye le chaufage là ou le proprio paye l’isolation

    -On voit, sur beaucoup de toît, des chaufe-eau solaire

    -Il y a un réseau de transport en commun qui fonctionne.

    -Il est normal d’utiliser son vélo, même les jours de pluie

    -Il y a des eoliennes, des panneau solaires.

    Franchement dans les 50 ans qu’il nous faut pour sortir du nucléaire (scénario réaliste) on a bien le temps d’adaptater notre mode de vie pour ne pas en soufrir, de toute façon l’ére de l’énérgie cheap sera terminée...

    P.S. Commentaire édité à 14h49 pour cosmétique (Il est plus moche que mes commentaires habituels)