02/03/2011 à 10h10

Le « WikiLeaks » des gaz de schiste sur la radioactivité

Sophie Caillat | Journaliste Rue89


La gigantesque enquête sur les gaz de schiste publiée par le New York Times est une nouvelle bombe lancée sur cette technique d’extraction contre laquelle la mobilisation grandit en France. Non seulement les preuves d’effets sur la santé se multiplient, mais l’enquête révèle que l’eau rejetée par les puits est radioactive.

Le quotidien américain a consacré de gros moyens au déchiffrage des quelque 30 000 pages de documents confidentiels provenant de l’agence américaine de protection de l’environnement, l’EPA, et de différentes sources internes à l’industrie, qu’il s’est procurés. Une méthode « à la manière de WikiLeaks », mais avec le professionnalisme des équipes du journal, qui ont ajouté aux données brutes :

  • une infographie interactive : une carte recense la radioactivité présente dans 149 des quelque 200 puits installés dans l’Etat de Pennsylvanie et recense 42 puits dont l’eau rejetée dépasse la norme autorisée pour l’eau potable en radium, 4 dans le cas de l’uranium, 41 dans celui du benzène, 128 les dépassent pour le « gross alpha » (des radiations causées par les émissions d’uranium et de radium) ;
  • un reportage vidéo où l’on voit des habitants des montagnes rocheuses (Colorado) obligés de déménager parce que les gaz de schiste les ont « empoisonnés ». Nausées, diarrhées, saignements de nez... ils se disent contaminés par les fuites provenant des extractions autour de chez eux ;
  • et un fichier excel d’analyse de plus de 200 échantillons pris dans les puits : les taux de radium et d’uranium sont mentionnés ainsi que le cancérigène benzène.

La fracturation hydraulique, la technique des mini-séismes

Pour bien comprendre comment l’extraction peut se répercuter sur la santé, il faut avoir en tête tout le processus bien particulier de la fracturation hydraulique, la méthode non conventionnelle qui permet d’aller chercher dans des poches géologiques très profondes le gaz naturel.

Comme l’explique l’infographie, les derricks temporairement installés en surface creusent un puits à plusieurs milliers de mètres sous terre, un puits vertical puis horizontal (en forme de L) à l’endroit où le gaz est présent.

Parfois, le forage traverse des nappes phréatiques. Du ciment sert à étanchéifier le puits, mais il se peut qu’il soit poreux et que les produits chimiques injectés pour faire exploser la roche contaminent les nappes d’eau souterraines (celles qui servent à l’eau potable).

La technique de la fracturation hydraulique provoque une explosion de la roche perméable grâce à l’injection à très haute pression de millions de litres d’eau chargée en produits chimiques, une méthode qui s’assimile à la création d’un mini-tremblement de terre.

Cette eau contenant 500 à 2 000 produits, dont une partie sont des cancérigènes connus, tels le benzène (mais d’autres seraient pires encore) est injectée en profondeur pour maintenir le puits ouvert et permettre l’extraction. Puis une bonne partie (peut-être la moitié) des eaux usées remonte à la surface, l’autre restant sous terre au risque de contaminer les nappes.

L’eau remontée contient parfois des substances radioactives à des taux qui dépassent plus de mille fois les seuils autorisés pour l’eau potable. Elle n’est certes pas bue, mais décante dans des bassins de rétention, susceptibles de fuir, par exemple lors de grosses averses.

Le New York Times a beau avoir enquêté pendant des mois, interviewant toutes les sources qui voulaient bien s’exprimer (riverains, industrie, agence de l’environnement, centres de recherche), il reste prudent sur les conclusions à tirer : il ne dit pas qu’il faut cesser immédiatement d’extraire cette énergie qui crée des emplois et promet au pays une plus grande indépendance énergétique, mais dénonce la complaisance des autorités avec l’industrie.

Les répercussions sur la santé

Comme l’avait montré le documentaire « Gasland », la fracturation hydraulique a rendu l’eau imbuvable dans nombre d’endroits des Etats-Unis. Parfois même, l’eau est tellement chargée de gaz quand elle sort du robinet, qu’elle brûle au contact d’une allumette.

Le quotidien insiste sur le fait que les 493 000 puits en exploitation aux Etats-Unis génèrent des quantités faramineuses d’eaux usées (jusqu’à 4 millions de litres par puits). Ces eaux très chargées en sels corrosifs et en produits cancérigènes et parfois radioactifs (certains naturellement présents dans le sol et remontés avec l’eau comme le radium) décantent dans des stations d’épuration avant de rejoindre les rivières puis les robinets des gens.

L’industrie avoue dans des documents internes ne pas savoir totalement éliminer la radioactivité de ces eaux usées. Problème : les stations de potabilisation situées en aval des bassins de décantation ne testent pas toujours la radioactivité. Par exemple en Pennsylvanie, aucun prélèvement n’a été fait depuis 2006.

L’agence fédérale de protection de l’environnement (EPA) se dit préoccupée par les gaz de schiste, d’autant qu’un certain nombre d’installations « sont probablement hors la loi » en ce qui concerne les normes de pollution.

Si aucun cancer lié au gaz de schiste n’est encore avéré, des constats inquiétants sont relevés. Ainsi, au Texas (93 000 puits de gaz de schiste), un hôpital a recensé 25% d’enfants asthmatiques dans la population des six contés voisins, contre une moyenne de 7% dans l’état.

Les Etats-Unis commenceraient-ils à douter de la fiabilité de cette technique d’extraction qui fait si peur à la France ? « On brûle les meubles pour chauffer la maison », constate John H. Quigley, qui était jusqu’il y a peu secrétaire du département de Conservation des ressources naturelles. Entre le charbon sale et la dangereuse fracturation hydraulique, il semble que ce soit la peste ou le choléra.

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  • surfeur54
    surfeur54
    Toute vérité franchit trois (...)
    • Posté à 22h34 le 02/03/2011
    • Internaute 71320
      Toute vérité franchit trois (...)

    Quand les multinationales et la politique sont marié sa donne ça voila on a un exemple de ce que j’appel des mafieux et en France c’est pareille... Un grand homme à dit : Toute vérité franchit trois étapes. D’abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant toujours été une évidence... c’est ce qui se passe à chaque fois que quelqu’un a vu cette vérité,essaie de le dire à tous et finis par être cru par tous après avoir été traiter de tout les noms d’oiseaux par ceux là même qui nier les faits parce qu’aveugler par un pouvoir occulte mafieux organisé on appel ça les démocraties. Mais heureusement il y a quelques personnes qui donnent leur vie pour mettre la vérité à la face du monde...

  • surfeur54
    surfeur54
    Toute vérité franchit trois (...)
    • Posté à 22h39 le 02/03/2011
    • Internaute 71320
      Toute vérité franchit trois (...)

    Aujourd’hui les hommes politiques qui ont autorisés et soutenus ces recherches de forages dangereuses tente de faire bonne figure en essayant de faire croire à la populace d’ignare qu’ils ont toujours été contre ces forages alors que ce sont ces gens qui leur donnent autorisation d’exploitation contre rémunération électorale ou financière... vive la démocratie de la mafia

  • lolozerien
    lolozerien
    Educateur
    • Posté à 00h12 le 03/03/2011
    • Internaute 102541
      Educateur

    Je suis d’accord avec Fimon qu’il va falloir ouvrir le débat sur l’énergie, il est sans doute bien plus urgent que celui sur l’islam qui n’a qu’un but élecoraliste...
    D’autant qu’avec la révolution libyenne le baril est au plus haut et n’est pas prêt de descendre...

    Je vous conseille cette vidéo pour vous informer sur les gaz de schistes, les conséquences, les enjeux et les coulisses françaises avec les mensonges de NKM, et la liaison dangereuse entre le gouvernement et les compagnies pétrolières...

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  • djinette
    djinette
    l'ouie n'a pas dieux
    • Posté à 02h53 le 03/03/2011
    • Internaute 63560
      l'ouie n'a pas dieux

    Il serait temps que les faiseur de connerie assument leur actes.
    c’es simple il n’ont qu’a allez vivre dans les maisons ou sont citué les extractions. On verra après s’il ils sont toujours disposer a extraire le gaz de schiste. le pire ce sont les napes fréatique qui finiront par être toutes flinguer et que fera t’on après on désalinisera l’eau de mer pour avoir de l’eau potable... ?

  • Guy MASAVI
    Guy MASAVI
    citoyen dessinateur pour de rire
    • Posté à 06h59 le 03/03/2011
    • Internaute 55858
      citoyen dessinateur pour de rire
  • Anciencascadeur
    Anciencascadeur
    communication
    • Posté à 09h00 le 03/03/2011
    • Internaute 146999
      communication

    Le gaz de schiste serait « bon pour la planète ». La meilleure preuve serait que le Président du Conseil d’Administration du papetier « vert » Cascades Inc (en France Cascades la Rochette SAS) est aussi Vice-président du Conseil d’Administration de Junex, compagnie spécialisée dans la recherche du gaz de schiste au Québec !

    Cherchez l’erreur....

  • JmenJ
    JmenJ
    Salariée télécom
    • Posté à 10h51 le 03/03/2011
    • Internaute 126276
      Salariée télécom

    Sur le sujet, le film accessible ici est excellent ;
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    Dans le style « Erin Brockovich », il y a des séquences carrément impressionnantes (l’eau du robinet qui flambe par exemple...)

  • zecite
    zecite
    Technoscopie
    • Posté à 11h25 le 03/03/2011
    • Internaute 3895
      Technoscopie

    Cet article du New York Times est idéal pour nous permettre de décider en connaissance de cause.

    Le gouvernement voulait passer en catimini (et en copinages avec Toreador -M. Balkany - Total...) sur ce sujet, il est temps qu’un débat s’installe pour comparer avantages et inconvénients, mais aussi de se mobiliser pour éviter que des actes irréversibles soient commis avant les conclusions du débat.

    Nicolas - Lien

  • dirty harry tuttle
    dirty harry tuttle
    utopiste pragmatique
    • Posté à 13h14 le 03/03/2011
    • Internaute 107437
      utopiste pragmatique

    Plutôt que l’exploitation des gaz de schistes et leurs corollaires environnementaux et économiques...pourquoi ne pas faire comme les Allemands qui exploitent une ressource inépuisable...LES GAZ DE SHIT...

    La méthanisation urbaine et agricole a le double avantage de valoriser énergétiquement un déchet organique...qui in fine sert d’engrais...et en plus de tarir en l’utilisant intelligemment une énorme source de gaz à effet de serre...puisque le méthane est tout de même 23 fois plus puissant que le CO2 en potentiel de réchauffement global...quand on parle de lutte contre les dérèglements climatiques...si on veut être cohérent on devrait peut être commencer par là...

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    Pour information il y avait en Allemagne 3500 installations...contre...4 en France...cherchez l’erreur...ce chiffre a bien sûr évolué...en Allemagne, peu en France...ou sévit la TIPP...même sur les bouses de vaches...

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    Au delà de tout ces avantages évidents en terme d’environnement, cette filière est créatrice d’emplois pour l’installation, l’entretien...et dégage un revenu complémentaire pour les agriculteurs qui en auraient bien besoin...

    Ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres de toutes les sources d’énergies inexploitées qui faudrait valoriser avant de se jeter à corps perdus dans des filières mortifères pour le citoyen...mais surement très bénéfiques pour les actionnaires de ces sociétés...qui ne gèrent de toutes façon pas les conséquences de leurs actes...selon toujours le même schéma : Privatisons les bénéfices...Socialisons les déficits...

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  • akilafot
    akilafot
    commercial
    • Posté à 15h14 le 03/03/2011
    • Internaute 144424
      commercial

    UNE QUESTION DE CHOIX.
    Il y a ta climatisation, ton chauffage, tes ordinateurs, tes téléviseurs, ton ascenseur, ta voiture, et mille autres façons que tu as de gaspiller de l’énergie.
    Es-tu prêt à changer certaines de tes habitudes pour que baissent les activités de AREVA, GDF ou TOTAL ? Non. Bien sûr que non !
    Tu vas rejeter la faute sur les autres pour n’avoir aucun effort à faire toi-même.
    Mais rappelles-toi : c’est pour toi et en ton nom qu’ils font toutes ces choses que tu dis désapprouver ; mais que tu encourages par ton comportement.

  • chapolin
    chapolin
    scoresdownload.com
    • Posté à 15h29 le 03/03/2011
    • Internaute 41320
      scoresdownload.com

    L’avenir c’est de ne pas balancer d’argent dans une telle entreprise mais dans des énergies renouvelables et non polluantes. Dans le cas contraire cela ne fera que servir des intérêts égoïstes et polluants.

  • Léonard
    Léonard
    chercheur (errer humanum est)
    • Posté à 16h59 le 03/03/2011
    • Expert 24584
      chercheur (errer humanum est)

    Sur le plan des *faits*, un site intéressant qui contient pas mal d’informations à ce sujet, pour ceux qui veulent... creuser.

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    Sur le plan des *arguments*, il y en a un que l’on entend souvent et qui est fallacieux. Il consiste à dire : « ailleurs dans le monde, l’exploitation des ressources naturelles provoque de nombreux dégâts, n’est-il pas temps d’assumer notre part de responsabilité et d’exploiter nos propres ressources chez nous ? »

    Cet argument est répété en boucle par les services de propagande (pardon de communication) des empires depuis un moment. Il est parfois entendu dans la bouche de personnes plus naïves sur le plan politique (y compris des scientifiques) qui le reprennent sans se rendre compte que le terrain (si j’ose dire...) a déjà été préparé de longue date.

    Cet argument est fallacieux et pervers pour deux raisons :

    1) L’exploitation par exemple au Niger de l’uranium est en fait un pillage. Ce pillage est le fait d’une minorité (qui dirige un empire) qui a imposé un tabou en France sur le débat énergétique. A présent que cet empire (et ses semblables), pour des raisons que je vais expliquer ensuite, décide de piller les ressources naturelles de l’Ardèche ou d’une autre région plus près de chez nous, il nous fait le coup du débat « moralisant » et la leçon de la responsabilité énergétique. Tiens, tiens, tiens. Et cette leçon de la responsabilité énergétique, ils ne pouvaient pas se la faire avant ? Et même pas en ce moment ? D’autant que pendant ce temps, il est hors de question que le pillage des autres régions du monde s’arrête.

    2) L’argument de la responsabilité énergétique devrait nous arrêter, c’est vrai. Nous arrêter, nous, collectivement. Le problème, justement, c’est le collectif. C’est-à-dire qu’il faut apprendre, et nous risquons de l’apprendre de la manière la plus dure qui soit, à partager les ressources pour vivre ensemble.

    Le fond du problème n’est pas l’indépendance énergétique – qui ne veut rien dire, dans la mesure où l’exploitation est un pillage, par définition antidémocratique et source mécanique d’accroissement exponentiel des inégalités – mais le partage.

    La perversité de l’argument consiste à faire de la responsabilité citoyenne énergétique un argument en faveur de davantage de pillage. En réalité, la raison pour laquelle ces énormes sociétés veulent piller le gaz de schiste chez nous est dictée par leurs actionnaires et aussi, il faut le comprendre, par l’inévitable raréfaction des ressources naturelles. Ainsi le maire de Gargas a appris « par hasard » que les permis d’exploration du sol de sa commune avaient été accordés par le gouvernement (avant qu’il ne fasse semblant de faire marche arrière pour gagner un peu de temps). Un peu comme un indigène du Tiers-Monde en somme !

    Il n’y a aucune raison de penser que les empires nous traitent différemment. La seule chose qui a empêché cela, c’est que malgré tout, il y a eu une lente progression du pouvoir d’achat des classes inférieures (et une propagande sans précédent réduisant le citoyen au consommateur). Mais la croissance n’est pas une loi physique ; elle est l’expression des intérêts d’une poignée qui avec la raréfaction des ressources, privilégiera toujours leur propre croissance débridée à celle de tous les autres. Elle se heurte inévitablement à des limites physiques et sociales.

  • Airinys
    • Posté à 19h56 le 04/03/2011
    • Internaute 52467

    Selon cet argumentaire, on aurait jamais exploité aucune matière première.

    Maintenant je pose la question.
    Si on avait eu à notre disposition les informations scientifiques disponibles aujourd’hui, aurait-il fallut tout de même exploiter le charbon ?

    Pour information :
    Le charbon est radioactif.
    Il a ravagé les paysages et les écosystèmes.
    De nombreuses régions de France sont littéralement minées de l’intérieure, et menacent de s’effondrer du jour au lendemain.
    Une paire de gens sont morts dans l’exploitation.

    Je ne me prononce ni pour ni contre.

  • FRK
    FRK
    Illustrateur
    • Posté à 22h13 le 04/03/2011
    • Internaute 146483
      Illustrateur
  • oregone
    oregone
    historien
    • Posté à 15h42 le 05/03/2011
    • Internaute 147275
      historien

    Si l’on veut situer la question du gaz de schiste en France dans une perspective géopolitique, je vous recommande l’édito d’Hervé Juvin écrit il y a 3 jours.

    Comme l’Afrique, l’Amérique du Sud ou l’Asie, l’Europe ne sera pas épargnée des prédateurs néocolonialistes, capitalistes - la nouvelle Invasion des barbares qui achètent des terres grâce à la planche à billets ; on a vu à Madagascar comment s’est terminée l’affaire Daewoo.

    Enfin bref, ci-dessous le lien :

    Lien

    Bonne lecture (il connaît bien la vallée de la Dourbie, en plus)

  • ornito
    ornito
    lecteur
    • Posté à 15h57 le 05/03/2011
    • Internaute 120339
      lecteur

    Attendons-nous à voir le gouvernement slalomer dans cette affaire pour soigneusement mouiller Borloo : tout sera fait pour mettre avant des autorisations données antérieurement par l’un des gêneurs de 2012 ...

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