24/02/2011 à 13h23

France nature environnement a joué la provoc’ pour alerter

Bruno Genty | Président de France Nature Environnement


La campagne de communication sur l’agriculture de France nature environnement (FNE) a fait grand bruit. Le ton en était délibérément percutant.

C’était la condition sine qua non pour qu’une publicité fonctionne – « un style contemporain que l’on trouve dans d’autres campagnes de communication, y compris dans certaines campagnes de communication de l’Etat » comme l’a rappelé Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie.

Plusieurs ministres et le président de la République ont réagi à notre campagne. Lors de l’inauguration du Salon de l’agriculture, Nicolas Sarkozy nous a reproché d’avoir mené une campagne « particulièrement déplacée » et « détestable ».

Non, monsieur le président de la République, il n’est pas détestable de demander la mise en œuvre entière et rapide des engagements « agriculture » de ce Grenelle de l’environnement que vous avez initié. Nous avons toujours été loyaux à ces engagements qui constituent pour nous des compromis, que nous avons dû faire accepter à nos militants, difficilement parfois.

Sur l’agriculture, la compétitivité l’emporte sur l’environnement

Depuis un peu plus d’un an, sur de multiples sujets, nous observons un net recul : on repousse, on temporise, on recule sur certains aspects. Il est devenu impossible d’évoquer l’environnement dans les discussions portant sur l’agriculture sans que l’on nous rétorque que la compétitivité est prioritaire.

Pour la mise en œuvre du plan Ecophyto, sur la réduction des pesticides, il nous a fallu nous battre pour que les traitements des semences, un point pourtant essentiel, ne soient pas oubliés. Le crédit d’impôt promis pour l’agriculture de haute valeur environnementale n’a finalement jamais été mis en place, ce qui compromet la mise en œuvre de cette certification.

Enfin, un amendement dans la loi de modernisation de l’agriculture a permis de faciliter les regroupements d’élevages sans garanties au regard de leur impact sur l’environnement, ce qui va à contresens de la lutte contre la prolifération des algues vertes.


Notre devoir est de refuser cette situation. Notre responsabilité est de relancer le processus. L’article 2 de la Charte de l’environnement, adossée à la Constitution de la République, stipule :

« Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement. »

Cela ne nous semble pas « particulièrement déplacé » d’alerter nos concitoyens des excès de l’agriculture industrielle et nous assumons ce devoir, quitte à recevoir en retour une volée d’invectives.

Engager un débat contradictoire, c’est confronter plusieurs points de vue, ce n’est pas « opposer les Français les uns aux autres ». C’est un des principes de la démocratie. C’est un des fondements du droit d’expression.

Notre campagne ne dénonce pas les agriculteurs

France nature environnement est une grande organisation citoyenne et démocratique qui se doit de proposer, de participer mais aussi de revendiquer et d’essayer de « faire bouger les lignes ».

Ce buzz médiatique a permis d’interpeller l’opinion publique sur des revendications que FNE et ses quelque 3 000 associations défendent depuis des décennies. Nous voulions donner à tous les clés du débat sur l’agriculture. C’est chose faite.

Nous l’avons répété avec sincérité : notre campagne ne dénonce pas les agriculteurs mais les conséquences des excès de l’agriculture industrielle sur l’environnement et la santé.

Lorsque nous demandons un étiquetage des viandes issues d’animaux qui ne sont pas nourris avec des OGM, nous défendons les nombreux éleveurs à l’herbe de ce pays. Si nous n’intervenons pas, ces éleveurs risquent à terme d’en pâtir.

Les consommateurs, eux, continueront à manquer d’informations sur le contenu de leurs assiettes.


Appliquons pleinement et rapidement les engagements Grenelle

En procédant de la sorte, en demandant la réduction des importations de nutriments OGM, nous défendons les intérêts économiques de la France.

Aujourd’hui, des décisions s’imposent pour appliquer pleinement et rapidement les engagements « agriculture » du Grenelle. En particulier :

  • mettre en œuvre des mesures pour l’étiquetage des viandes issues d’animaux nourris sans OGM ;
  • ouvrir un débat au Parlement sur la base d’un rapport du ministre de l’Agriculture sur l’état d’avancement du plan Ecophyto 2018 ;
  • dans les zones affectées par les algues vertes, ne plus autoriser la moindre extension du cheptel global et prendre les mesures permettant d’atteindre la réduction, d’ici 2014, de 40% des effluents arrivant à la mer ;
  • apporter une aide financière aux agriculteurs engagés dans des pratiques particulièrement respectueuses de l’environnement.

Plusieurs grandes organisations agricoles nous ont écrit ces derniers jours pour nous dire qu’elles souhaitaient, comme nous, poursuivre le dialogue, contrairement à ce qu’ont laissé entendre le ministre de l’agriculture et le président de la République.

Notre cabas est un excellent lobbyiste

De la fourche à la fourchette, chacun doit s’impliquer pour que nous changions enfin de modèle agricole. L’appui et l’engagement des pouvoirs publics et des parlementaires sont indispensables. Si nous obtenons des avancées, nous serons les premiers à nous en féliciter publiquement.

Je pense aussi bien sûr à la grande distribution. Elle ne peut plus pousser à la standardisation des produits et casser les prix avec une politique d’importation très contestable.

Enfin, rien ne changera, si nous, consommateurs, ne changeons pas notre façon d’acheter. Notre cabas est un excellent lobbyiste.

De notre côté, nous, bénévoles de France nature environnement, nous engageons à peser de tout notre poids pour que ces changements de pratiques se traduisent par un soutien aux agriculteurs qui les mettent en œuvre.

  • 19808 visites
  • 273 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • HelenH
    HelenH
    Humaine Terrienne
    • Posté à 14h19 le 24/02/2011
    • Internaute 146037
      Humaine Terrienne

    En quoi montrer la réalité serait une « provoc » ? Ce qui est provocant c’est de voir à quel point les gens sont pris pour des imbéciles,qu’on continue à les nourrir avec de la merde et qu’en plus ils n’ont pas leur mot à dire à ce sujet ! A part produire soi-meme sa nourriture,il devient impossible de manger ! ! ! Meme lorsqu’on pense bien faire en consommant bio ou des produits labellisés respectueux de l’environnement,on apprend par la suite que ce ne sont que des attrape-gogos ! ! ! Qu’est-ce que les gens sont sensés faire ? Grève de la faim ? C’est désespérant ce manque de transparence,voulu bien sur,car sinon qui voudrait manger du poisson cannibale,des légumes OGM,des E-machin cancérigènes ?
    Alors oui,pourquoi pas une campagne qui sorte de l’ordinaire,on n’a plus rien à perdre il me semble.

  • Horas
    Horas
    Etudiant
    • Posté à 14h39 le 24/02/2011
    • Internaute 96908
      Etudiant

    FNE pointe un gros probleme, mais les paysans en ce moment subissent de plein fouet une crise inédite, ils perdent de l’argents alors qu’ils produisent un travail énorme. Beaucoup de suicide arrivent (plus qu’a FT) et cette pub a été tres mal vue par la communauté paysanne. Maintenant cela ne veut pas dire que ce que dénonce FNE est faux, au contraire. L’agriculture intensive en France ne rapporte plus la faute aux pays emergents donc pourquoi en France ne changeons nous pas notre agriculture vers une agriculture de qualité (produit bio etc...). Les consommateurs sont demandeur de ce genre de produits et ces produits valent plus chers (plus de valeurs ajoutés)... Le secteur du bio est en croissance depuis plusieurs années et la France doit importer des produits bio alors que nos agriculteurs ne peuvent plus joindre les 2 bouts en surproduisant des produits plein de pesticide et dont la culture degrade l’environnement... Cherchez l’erreur... (valable pour l’elevage aussi)...

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 15h07 le 24/02/2011
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « France nature environnement a joué la provoc’ pour alerter »

    Tu parles d’un choc ! .... Où est vraiment la « provoc » ?
    Il y a désormais une tripotée de culs-bénis assez prompts (tes) à tomber dans le « shocking ma chère », voire dans le coma, mais ce n’est bien évidemment pas pas avec un épi de maïs, même suggérant un pétard, qu’on choquera un vrai Zébulon.

    Pour bien faire réaliser aux passants que les OGM vont un jour nous faire cruellement mal quelque part, il aurait plutôt fallu mettre l’épi de maïs ailleurs que contre la tempe, façon révolver....mais je crains ici d’avoir l’esprit un peu trop libertin !

    Les vrais dangers des OGM : (bientôt des humains OGM naîtront aussi)
    1° - L’impossible retour à la situation originelle, et la prévisible stérilité de l’ensemble des semences à venir. Les nouvelles étant à négocier, bien sur.
    2° - La mise sous tutelle ou en soumission, via les estomacs, des populations qui ne pourraient plus se payer des semences brevetées.
    3° - L’accaparation par le dépot de tels brevets, de l’ensemble des produits naturels qui doivent...ou au moins « devraient », être propriété de tous.

    Faunes ou flores sauvages, pillées au bénéfice de quelques uns, sous le fallacieux prétexte de les rendre plus résistantes aux maladies et aux aléas climatique, sans qu’aucune mention - même informative - ne soit faite de la généralisation du dit OGM, (obligatoire par contamination) donc de la forme de vie dont l’ADN aura été manipulé.

    Goûtez donc à une vraie tomate ou même une simple pomme de terre non trafiquée, puis goûtez ensuite aux autres, trafiquées...
    ....vous réaliserez alors ce que nous sommes en train de perdre.
    - Et probablement pour toujours !

  • emiboot
    emiboot répond à dr-zoidberg
    No Homs land
    • Posté à 17h28 le 24/02/2011
    • Internaute 81944
      No Homs land

    « Il faut éduquer autant les consommateurs (c’est déjà bien parti) que les producteurs. »
    Oui, ça c’est tout à fait juste. Mais mets toi à la place des petits et moyens agriculteurs :
    *Depuis les années 50, on leur rabâche qu’ils ont la France à nourrir, qu’ils faut s’équiper, se moderniser. Dont acte. –> dans le même temps le niveau d’endettement est devenu pour certains abominable, voire suicidaire. Les faillites se compte par milliers, les exploitations qui survivent deviennent gigantesques.
    *Par course à la compétitivité on préfère aider des gros céréaliers vs les petits maraîchers –> il n’y a quasiment PAS de culture maraîchère en île de France, bassin pourtant très important de population.
    * Produire plus, pour gâcher plus –> plusieurs études tendent à montrer qu’on jette 1/3 de ce qui est produit dans les pays « riches ».
    * Il n’y a pratiquement pas d’étude épidémiologique sur l’impact de la manipulation/utilisation des phytosanitaires sur les agriculteurs (et très peu sur les consommateurs), voire même une solide désinformation, y compris de la part de certains médecins. –> A moins d’être particulièrement curieux, comment pourraient-ils dire que les produits sont dangereux et qu’on leur ment depuis des années ?
    * les circuits de distributions sont un quasi monopole des grandes surfaces. –> l’agriculteur et l’éleveur vendent à perte, (et vivent de subvention) ce qui est tout à fait interdit pour n’importe quel autre produit, et la Gd surface prend les gens pour des vaches à lait.
    * On autorise et on subventionne en Europe la production de plante tropicale irriguées (maïs) au détriment des nappes phréatiques. –> Il y a parasitage des subventions et impact grave sur l’environnement.
    * La culture bio exige un sol « propre » (3 ans de battement entre les deux type de production), un écocert payé de la poche du concernés, et est encore trop peu importante en France pour pourvoir à la demande. Le circuit de distribution (en ville) se prend au passage une commission trop importante encore, ce qui concourt aussi à l’image « chère » du bio. Le bio du Maroc ou d’Espagne n’est juste pas crédible.–> Mais si demain il y a plus de demande de la part du consommateur, même les industriels vont devoir s’y mettre. Le système ne fonctionne pas autrement.
    * On autorise le boursicotage des matières premières –> ...No comment.
    * Un agriculteur touche environ 700€ en retraite, moins pour sa femme, pour une vie entière de travail. –> la profession est en sévère déclin depuis des années et le suicide en hausse grave.

    Bref, comme tu dis, continuons à nous documenter, et comme dis l’article, les premiers qui ont à y gagner dans cette campagne sont les agriculteurs dans leur ensemble.

  • Boutauvent
    Boutauvent répond à Blinky
    Testeur de temps libre
    • Posté à 18h55 le 24/02/2011
    • Internaute 45018
      Testeur de temps libre

    Pratiquement toutes les associations environnementales essaient d’être présentes dans les réunions publiques qui débattent de l’avenir de l’agriculture, et c’est souvent une présence « risquée » quand certains agriculteurs ne sont pas très ouverts au dialogue.
    Ce n’est souvent que sous l’impulsion de la Confédération Paysanne que le monde agricole a accepté de discutter avec ceux qui ne sont pas du métier.
    Ainsi qu’il est précisé dans cet article de FNE, pratiquement toutes ont participé à cette vaste escroquerie médiatique de « Grenelle », parfois contre l’avis des militants qui se doutaient de la manipulation qu’en ferait Sarkozy.
    Et je ne parle pas de ces débats supposés « publics » où un aimable service d’ordre fait savoir aux « écolos » que leur point de vue n’est pas bienvenu et les invite à rentrer chez eux !