20/02/2011 à 10h23

Urbains, écolos ? Le compostage au pied de votre immeuble

Sophie Caillat | Journaliste Rue89

« Si vous avez peur de vous salir les mains... » est l’expression préférée du maître-composteur Jean-Jacques Fasquel. Cet ex-cadre devenu la référence en matière de compost à Paris prétend rendre nos épluchures précieuses. J’ai suivi sa formation. En une journée, et sans avoir eu à caresser le ver de terre, je me suis vue décerner un diplôme de « guide composteur ».

Voici deux ans et demi, ce Parisien en mal de contact avec la terre a glissé un mot à ses voisins leur suggérant d’accueillir un « bio-seau » dans leur cuisine, de le vider au jardin plutôt que dans le local du deuxième sous-sol, et de faire un peu de manutention.

Cette méthode suppose, si l’on vit dans un immeuble ou dans une résidence, de s’y mettre à plusieurs et de disposer d’un bout de jardin. La formation ne portait donc pas sur le compost individuel en appartement, qui peut se pratiquer en utilisant la technique du « lombricompost ».

Un peu plus tard, 40 des 70 volontaires ont obtenu de cultiver chacun une parcelle de 2 m2. La terre, dopée par cet engrais naturel, donne paraît-il de belles tomates en saison.. (Voir la vidéo)

Pourquoi un compost serait-il « citoyen » ?

« Croyant et pratiquant », comme il se définit, notre prof n’a rien du curé écolo, mais tient plutôt du gentil organisateur. Désespéré de voir des petites pelouses sans vie, Jean-Jacques a eu l’idée d’embarquer sa résidence HLM de 500 logements (située derrière la place de la Nation, dans le XIIe arrondissement) dans une aventure modeste mais fédératrice.

Après l’avoir d’abord regardé de travers, son bailleur l’a laissé expérimenter le « compost citoyen en pied d’immeuble ». Une réussite remarquée par l’équipe Delanoë et ses adjoints verts, qui en ont fait un des « misters compost » de la capitale, ceux qui inspectent la cinquantaine d’expériences du même genre.

Vus de province, ces balbutiements peuvent faire sourire. A Rennes par exemple, l’agglomération a équipé depuis 1995 un pavillon sur six et 187 immeubles en matériel pour compost.

Comme le dit notre prof :

« C’est comme la cuisine non surgelée, ça prend un peu de temps. Les ingrédients, je préfère qu’on les appelle les restes plutôt que les déchets, car c’est de la ressource organique. D’ailleurs, le mot ressemble à compote. C’est la même idée : il faut mélanger. »

Voici la recette qu’il faudra respecter. (Voir la vidéo)

Un Français jette en moyenne 50 kilos par an de matière organique compostable. La plupart du temps, tout cela part à l’incinérateur ou à la décharge, après un transport en camion. L’élimination d’une tonne de déchets mis en décharge émet 1 900 kilos d’équivalent CO2 selon notre guide, contre seulement 2,5 kilos pour le même poids composté.

Et puis 7 tonnes compostées dans la résidence de Jean-Jacques, cela fait 700 euros d’économies pour la collectivité qui n’a pas eu à ramasser ces déchets. Une somme qu’elle pourrait redistribuer à ces valeureux citoyens.

La recette : ni trop humide, ni trop sec

Cette compote brune qui nourrira la terre va naître d’un subtil mélange de matières carbonées et de matières azotées. Si comme moi, votre niveau de chimie s’arrête à la classe de seconde, retenez que :

  • le carbone, ce sont les matières brunes, sèches et dures : les branchages broyés, plantes fanées, tiges et feuilles sèches, paille, sciure, copeaux, coquilles de noix écrasées. Cette matière sèche est structurante et va permettre à l’air de circuler (comme un mikado) ;
  • l’azote, ce sont les matières vertes, molles et humides. Comprendre épluchures de fruits et légumes, feuilles vertes et gazon frais (à incorporer avec modération), marc de café, sachet de thé, noyaux coupés.

On peut ajouter un soupçon de coquille d’œuf, qui apportera du calcium, et une touche d’agrumes qui acidifient (« mettez les oranges que vous mangez, pas celles que vous buvez », dit-il).

Veillez bien à ce que le compost ne contienne pas trop d’eau, au risque de pourrir, ni qu’il s’asphyxie par manque d’air. L’essentiel, pour que la compote prenne, est aussi de brasser régulièrement. (Voir le schéma sur le phasage de la décomposition, fourni par Jean-Jacques Fasquel)


Les phases de la décomposition

Les préjugés : rats, mouches et odeurs

Quand on parle de compost à des novices, on entend toujours « ça attire les rats » ou les mouches, bref ça sent mauvais comme une poubelle. Des préjugés que casse Jean-Jacques : en collectif, on s’interdit de composter le pain, les laitages, le poisson, la viande et on utilise avec modération restes d’huile et cendre (de bois). Par exemple, le riz et les pâtes se compostent très bien, mais moins la sauce qui détrempe.

Trouver les matières sèches n’est pas le plus simple. Jean-Jacques recommande de ne pas composter certains arbres (thuyas, feuilles de platanes, résineux, noyers) car ils se décomposent mal ou acidifient trop. Il récupère les feuilles du jardin de sa résidence et aussi le « broyat » auprès des élagueurs de la ville de Paris.

« Mais c’est beaucoup d’énergie et la mairie n’a rien prévu pour organiser ce circuit. Moi je rêve d’un service public “Allo broyat ?” où l’on récupèrerait ce qui vient des arbres publics ».

Le compost, c’est fatigant ?

Un (petit) investissement est nécessaire au départ : outre le « bio-seau » qui recueille les déchets dans la cuisine, il faut un à plusieurs bacs ou fûts en plastique ou bois, installés si possible en pleine terre (afin que les vers et autres micro-organismes viennent s’y promener). Il faut également fourche, gants, sécateur, pelle, brouette, tamis, thermomètre, broyeur et, pour ranger tout cela, une cabane.

Ensuite, il faut respecter trois étapes qui, dans le cas d’un collectif, exigent trois bacs :

  • un bac où l’on met l’apport quotidien ;
  • un autre où la matière mâture et les vers se régalent ;
  • un troisième où le compost vieillit puis devient prêt à être utilisé. Il est mûr quand il sent l’humus, quand les vers n’ont plus rien à manger, qu’il est brun ou noir et correctement décomposé. Compter trois à douze mois selon utilisation.

Tous les mois, il faut s’atteler au « grand retournement ». Le « baptême du feu » du composteur, dit Jean-Jacques.

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  • Unglorious worker
    Unglorious worker
    sceptique à temps partiel
    • Posté à 11h03 le 20/02/2011
    • Internaute 89331
      sceptique à temps partiel

    Certes l’initiative peut sembler parisianiste et bobo mais au fond, recycler les sous produits de l’agriculture (au sens le plus large du terme, y compris les excréments) comme support à l’agriculture elle même est la base du seul système agricole qui soit durable, le système paysan.

    Alors ce brave monsieur avec son beau tablier immaculé réinvente la poudre... cela tombe bien nous avions (presque) oublié comment la fabriquer. Pour tourner le dos à la révolution verte de l’oncle sam et remplacer les marchands d’engrais par la citoyenneté, sans doute faudra t’il en passer tous par là dans les campagnes comme dans les villes.

    Les chimères d’aujourd’hui sont les réalités de demain comme disait Jean-Edern pas si fou Hallier que ça.

  • Pas tripette.
    Pas tripette.
    Si j'aurais su, j'aurais po lu.
    • Posté à 11h30 le 20/02/2011
    • Internaute 117974
      Si j'aurais su, j'aurais po lu.

    La démarche, l’implication, la prise de conscience, tout cela est très intéressant, vraiment positif.
    Maintenant composter des restes issus de l’agriculture intensive avec les concentrations de produits phytosanitaires qu’il y a dans les épluchures ou des feuilles et des branches provenant de milieu urbain... je veux bien.
    En tout cas je n’utiliserais pas ce compost brut dans mon jardin.

  • bougnafla
    • Posté à 11h49 le 20/02/2011
    • Internaute 134605

    outre les feuilles de menthe, la ciboulette etc au bas des immeubles, pourquoi ne pas planter aussi des cerisiers (à fruits) des pommiers des poiriers des pruniers etc .... plutôt que des bouleaux et autres arbres.
    soit, ils sont jolis, mais des arbres fruitiers permettraient à des enfants « urbains“d’avoir eux aussi plus tard des souvenirs d’avoir, un jour, cueilli des fruits sur un arbre et de les avoir mangés.

  • Vert de gris
    Vert de gris répond à Man_Dong
    jeune retraité
    • Posté à 12h02 le 20/02/2011
    • Internaute 90690
      jeune retraité

    A Montpellier, cela s’appelle usine de méthanisation...

    De nombreuses décharges récupèrent maintenant les gaz qui font tourner des turbines électriques.

    Il faut simplement accroître le niveau de tri et récupérer les compost...

  • joachimt
    joachimt
    dans ma tour d'ivoire et de (...)
    • Posté à 12h22 le 20/02/2011
    • Internaute 78167
      dans ma tour d'ivoire et de (...)

    Un peu de bon sens, voilà qui manque maintenant.
    Relativement peu de personnes se donnent la peine de composter, même à la campagne avec du jardin.
    Alors un peu de pub pour cette habitude et montrer en même temps que c’est largement possible en habitat collectif, je ne peux qu’applaudir...
    Chapeau Mister !

  • A déménagé le 7-12-2011
    • Posté à 13h04 le 20/02/2011
    • Internaute 50999
      non connue

    Imaginons une politique en faveur du compostage, pour faire évoluer les mentalités (objectif 2020)

    Ramené à la population de Paris, en partant sur une hypothèse de 40% composté, cela ferait des économies de 4,4M€ et 83490 T de CO2 en moins.

    En partant sur l’échelle de la France, considérant que déjà 5% le pratiquent, en arrivant à un objectif de 40%, ça ferait 115M€ d’économies et 2,2 MT de Co2 en moins.

    Il faudrait chiffrer les économies de terreau et produits phytosanitaires, qui doivent être largement plus importants ( en cours) ...

    PS : correctement préparé, le compost ne pue pas ...

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