13/12/2010 à 17h55

Les femmes plus écolos que les hommes ? Pas si vite

Terra Eco"
Terra eco | Le magazine qui change le monde


Non, Terra eco ne souhaite pas relancer la guerre (verte) des sexes ! Ni ramasser les poncifs à la pelle. L’idée tient dans une question simple -la femme est-elle plus verte que l’homme ? - qui appelle des réponses compliquées. Voire énervées...

« Mais ça n’est pas une question pour magazine féminin », se crispe la cinéaste Coline Serreau qui, dans son dernier film « Solutions locales pour un désordre global », dénonce les ravages du patriarcat sur la planète. « C’est un problème politique ! » OK. Tâchons donc de cerner la question en nous fondant sur des faits et sur les avis de personnes compétentes.

A commencer par les premiers intéressés. Terra eco a sondé avec OpinionWay les pratiques des couples sur le développement durable à la maison. Résultat : monsieur et madame se disent égaux devant les poubelles, vertes ou jaunes d’ailleurs. Une grande majorité trie ensemble les déchets. Mais ne le sont plus sur le terrain des déplacements -elle utilise davantage les transports en commun, il préfère sa voiture- ou des courses -elle achète largement plus de produits bio.

Quand on parle techno -le chauffage alternatif-, c’est monsieur qui vire au vert. Sur le reste -ampoules basse conso, mise en veille des appareils électrique-, chacun a tendance à fanfaronner en se prétendant plus écolo que sa moitié d’orange.

Les mères écolos pèsent lourd aux Etats-Unis

Bruno Maresca, sociologue au Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc), met un point final aux bisbilles :

« Sur de nombreux registres comme les économies d’énergie et d’eau, l’usage des transports en commun, la protection de la nature et des espèces, il n’y a pas de différence significative. »

En s’appuyant sur des études menées en 2010, le chercheur confirme les gènes plus techno des mâles :

« Il y a un seul registre pour lequel les hommes ont une sensibilité plus marquée : la connaissance de la notion de développement durable, qu’ils maîtrisent mieux que les femmes. Ces dernières sont plus concernées par les registres de la gestion domestique, et par ceux qui ont des impacts sur la santé. »

Outre-Atlantique, on a détecté une tribu : les « ecoaware moms ». Selon l’Institut EcoFocus, ces « mères écoconcernées » seraient au nombre de 51 millions aux Etats-Unis, et concentreraient à elles seules un pouvoir d’achat de 1 ? 450 milliards de dollars (1 ? 000 milliards d’euros).

Rassurez-vous, elles ne font pas que consommer. Ces dames s’intéressent aussi au changement climatique. Un récent rapport, « The effects of gender on climate change knowledge and concern in the American public » (« Les impacts du genre sur la connaissance et la sensibilité au changement climatique »), s’est penché sur huit années de sondages et en conclut que... les femmes sont davantage concernées que les hommes par le sujet.

D’autres concepts font florès aux Etats-Unis. Celui de l’écoféminisme y a pris racine il y a quarante ans, autour de l’idée suivante : oppression des femmes et de la nature, même combat !

Virginie Maris, philosophe de l’environnement à Montpellier, détaille ce mariage du féminisme et de l’écologie :

« On aurait un esprit masculin rationaliste, qui part des principes généraux, fonctionne sur la déduction. Et un esprit féminin, basé sur l’induction, qui part des cas particuliers, plus sensible à la simplicité qu’à la complexité. Ce qui correspond à la démarche des sciences de l’environnement. »

La chercheuse poursuit :

« [Aujourd’hui] le champ de l’écoféminisme est cristallisé dans le domaine militant, notamment au Sud où des femmes œuvrent à la fois pour défendre les femmes et la nature, comme Vandana Shiva en Inde. »

Quand l’homme était un chasseur-cueilleur...

Cette distinction des genres remonterait, selon l’écopsychologue Jean-Pierre Le Danff, au temps des cavernes et de la chasse au mammouth :

« Pendant la majorité de son histoire, l’être humain a été un chasseur-cueilleur. Les femmes restaient au campement pour s’occuper de l’environnement immédiat, devaient avoir une vision globale du village quand les hommes partaient à la chasse. On peut supposer que le cerveau féminin prend soin avec une vigilance permanente de son environnement, le masculin étant dans la conquête, le pouvoir. »

La moitié de l’humanité aurait-elle donc un rôle spécifique à jouer dans le changement ? C’est ce qu’affirme, noir sur blanc, le dernier rapport du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) :

« De plus en plus, les femmes des pays pauvres comme des pays riches ou bien travaillent directement à la question des changements climatiques, sur la scène mondiale et dans leurs propres communautés, ou bien définissent des stratégies pour prospérer au milieu d’un environnement qui se dégrade. »

Pour appuyer sa démonstration, le rapport évoque les actions de grandes dames, comme celle du prix Nobel de la paix Wangari Maathai qui a replanté 40 millions d’arbres avec ses compatriotes kenyanes. Ou de plus modestes, comme celles de paysannes du Bangladesh qui, se lamentant de voir leurs poulets noyés pendant la mousson, ont trouvé une solution : les remplacer par des canards !

Anne Barre, du Women in Europe for a common future (WECF) détaille :

« Les femmes sont touchées différemment par les problèmes écologiques. Elles sont aussi porteuses de solutions différentes, qu’il est nécessaire de prendre en compte dans la gouvernance mondiale. »

Cette ONG, née au détour du sommet de la Terre à Rio en 1992, les accompagne dans quarante pays pour résoudre des problèmes d’assainissement, d’énergie, d’environnement toxique...

Débat sur les couches lavables

Alors oui, les femmes sont donc plus vertes ? Pas si vite. Primo, prévient Virginie Maris :

« Les études sur la consommation ont un effet loupe. Si les femmes achètent plus de légumes bio, c’est parce que ce sont elles qui font les courses ! Au Nord, le partage des tâches domestiques reste encore l’un des progrès les plus essentiels à faire. »

Pour Bruno Villalba, sociologue de l’environnement à Lille, « beaucoup d’enquêtes font apparaître des comportements quand il y a seulement des intentions ».

Secundo, les positions des écoféministes feraient se retourner Simone de Beauvoir dans sa tombe ou même écrire des livres indignés à Elisabeth Badinter... Mais pas que.

Si beaucoup regrettent que la philosophe ait plombé le débat avec son ouvrage paru en début d’année, « Le Conflit, la femme et la mère » (Flammarion), avec des arguments simplistes sur les couches lavables ou l’allaitement qui asserviraient les femmes, leurs réserves sont réelles. Virginie Maris tempère :

« Il faut être vigilant sur un point. Culturellement, on a des différences, mais pour moi, il n’est pas intéressant, voire suspect de les essentialiser. »

Jean-Pierre Le Danff n’en pense pas moins :

« Il serait dangereux de se limiter à cette dichotomie. D’autant que rien n’empêche les hommes d’avoir les mêmes facultés que les femmes. »

Ou les femmes d’avoir les mêmes défauts que les hommes... Bruno Villalba argumente :

« Il existe des sociétés matriarcales pas plus écolos que la nôtre. Ce n’est pas parce que les femmes accèdent au pouvoir qu’elles vont l’exercer différemment. Le parti vert est très féminisé. Les partis d’extrême gauche aussi. On n’aboutit pas pour autant à des comportements différents. »

« Plus sensibles à l’écologie, pas par nature »

Du côté des sciences exactes, on rencontre la même protestation. Catherine Vidal, neurobiologiste à l’institut Pasteur, auteur de « Hommes, femmes, avons-nous le même cerveau ? » (éditions le Pommier) explique :

« Les vieilles théories sur le cerveau féminin et masculin sont complètement caduques aujourd’hui. Les capacités du cerveau sont sans cesse malléables et si les femmes sont plus sensibles à l’écologie, ça n’est pas par nature. Il faut arrêter de figer les êtres humains dans des destins présents à la naissance. C’est une idée réactionnaire et non scientifique. »

C’était déjà ce qu’affirmait Luc Ferry, en 1992, dans « Le Nouvel Ordre écologique » (Grasset) :

« Que les écoféministes haïssent la civilisation occidentale et la modernité, c’est leur affaire. Qu’elles (ou ils) veuillent trouver à cette détestation une justification naturelle, c’est jouer le jeu d’un déterminisme biologique dont toutes les femmes subiraient les conséquences s’il devait être pris au sérieux.

La revendication du droit à la différence cesse d’être démocratique lorsqu’elle se prolonge dans l’exigence d’une différence de droits. »

Une question politique, on vous dit.

Emmanuelle Vibert

Photo : une main pleine de boue verte (Jeff Kubina/Flickr).

Publié initialement sur
Terra Eco
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  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 18h17 le 13/12/2010
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Les femmes sont plus attentives que les hommes à l’économie du foyer, elles éteignent les lumières, ne font pas couler l’eau plus que de raison et sont intransigeantes dans le tri des déchets ménagers. Elles sont éco responsables. Le seul mot qui peut déstabiliser cet être fragile et rationnel c’est le mot SOLDES. L’économe ménagère se transforme en chasseuse et cueilleuse..... de « bonnes affaires », elle sort de sa grotte et s’exposent aux prédateurs de la mode. Puis le temps des SOLDES terminés, elle revient dans le foyer habillée pour 3 hivers ou 3 étés et redevient la douce pédagogue en matière d’écologie domestique. Les économies sont parties en fumée, mais ce n’est pas grave, surtout ne changez rien.

  • sandy keelow
    sandy keelow
    développeur
    • Posté à 19h38 le 13/12/2010
    • Internaute 131307
      développeur

    Chercher qui des hommes ou des femmes est le plus écoresponsable cela me gêne un peu car c’est dans le droit fil de la logique de culpabilisation individuelle généralisée alors que les véritables solutions ne peuvent être que globales et collectives...
    A quand un comparatif célibataires vs couples ?
    A quand un comparatif noirs vs blancs ?
    A quand un comparatif homos vs hétéros ?

  • lally
    lally
    professeur
    • Posté à 01h50 le 14/12/2010
    • Expert 51226
      professeur

    En tant que femme et féministe, je vois derrière les bonnes intentions du bio et de l’écologie, le moyen patriarcal de remettre les femmes au foyer en les faisant culpabiliser d’être de mauvaises mères et de mauvaises citoyennes si elles ne le font pas.

    Après l’assimilation du féminisme à « femmes mal baisées et look de camionneuses, anti-hommes », le patriarcat utilise le bio et l’écologie pour remettre les femmes au foyer dont elles n’auraient jamais dû partir selon les critères machistes. Car c’est bien connu, la crise économique, c’est la faute des femmes qui ont voulu s’émanciper, qui ont voulu travailler sans permission masculine, en gardant leur salaire pour elles, qui ont voulu décider de quand et avec qui elles voulaient vivre sans être contraintes par le pater familias et la religion...Avant les droits des femmes, c’est aussi bien connu et surtout très rabâché depuis une bonne vingtaine d’années médiatiquement, tout allait merveilleusement bien dans le meilleur des monde dixit le patriarcat...

    On aurait envie de rire tant le raisonnement simpliste du patriarcat vis à vis des femmes est navrant et nie toute la dimension aliénante des siècles passés où l’humain (homme ou femme) était juste un esclave dès lors qu’il était pauvre et de toute façon sans autonomie décisionnelle quel que soit son statut social puisque contraint religieusement, politiquement, socialement, familialement à diriger sa vie suivant des intérêts matériels et non suivant ses désirs profonds.
    Si un être humain tentait de s’extraire hors de cette contrainte, il était exclu, marginalisé socialement. Nombre d’artistes, d’écrivains, de penseurs hommes et femmes en ont payé un prix très lourd et beaucoup sont morts dans des conditions terribles de misère et d’exclusion.

    Ce qu’ont amenés les droits des femmes et la libération des moeurs, c’est déjà de pouvoir quel que soit son sexe choisir son existence et son ou sa partenaire selon ses désirs et non suivant le désir social, familial, religieux. Chose que les droits de l’homme de 1789 n’avaient pas pu vraiment obtenir même s’ils en avaient l’ambition.
    Beaucoup d’hommes oublient cela en se persuadant que les droits des femmes ne leur ont rien apporté de positif. Et beaucoup de femmes également oublient à quel point leurs mères et leurs grands-mères ont vécu douloureusement, souvent mariées sans amour, sans possibilité ou presque de donner naissance à des enfants désirés, sans autonomie financière et entièrement dépendantes financièrement de leur père puis de leur mari avec difficulté majeure de pouvoir divorcer si coups, si mésentente profonde et pas de fortune personnelle ou familiale pour se retourner.

    L’éloge de la Nature faite par Rousseau et d’autres penseurs, a été formulé essentiellement pour obliger les femmes de toutes conditions à s’occuper de leurs enfants et de leur maison (qu’elles délaissaient pour travailler en manufacture, usine, ou chez les femmes les plus aisées, pour s’instruire intellectuellement et aussi assurer la vie mondaine). Le naturalisme a été institué à cette époque pour endiguer une forte mortalité infantile mais aussi pour limiter l’instruction scolaire des femmes et des filles.
    Aujourd’hui le naturalisme politique pense résoudre la question de la crise économique en ramenant les femmes à la seule fonction domestique et éducative. Ce n’est ni plus ni moins que le programme de l’extrême-droite concernant les femmes. Mais avec des arguments plus attrayants qui sont la sauvegarde de la planète et le bien-être, la santé...arguments beaucoup plus porteurs et paraissant insoupçonnables d’un quelconque conservatisme ou sexisme.

    Les femmes politiques nombreuses prônant l’écologie essentialiste, le bio, sont toutes dégagées d’une façon ou d’une autre des fonctions domestiques et éducatives, et autonomes financièrement, sans souci de précarité ni pour leur présent immédiat ni pour leur futur ni pour celui de leurs familles.
    Cela les femmes l’oublient quand elles cèdent aux injonctions naturalistes. Et elles n’ont hélas aucun discernement sur les conséquences de l’adhésion au tout bio et à l’écologie sur leur autonomie financière et leur survie à court et à moyen terme.

  • Karavi
    Karavi
    imaginatrice
    • Posté à 10h05 le 14/12/2010
    • Internaute 113192
      imaginatrice

    Une anecdote pas trop marrante :

    Il y a une vingtaine d’années , j’avais un petit jardin bio dont je m’occupais toute seule et dont j’étais fière.
    Un jour , j’ai constaté que toutes mes petites plantes étaient couchées !
    J’ai pensé que c’était un méfait des gamins du quartier...
    Mon compagnon m’a dit : « ce n’est rien , tu vas voir , elles vont se redresser “

    Il avait acheté de l’engrais KB en douce , croyant sans doute me faire une bonne surprise ! ! !

    Mes plantations étaient mortes !
    Véridique !

  • Bad Time For Human Kind
    Bad Time For Human Kind répond à lally
    Chieur Public
    • Posté à 11h21 le 14/12/2010
    • Internaute 53377
      Chieur Public

    - Allaitez c’est mieux...

    Rien n’empêche le mari de donner le biberon avec du lait maternel, je l’ai fait avec grand plaisir...

    - cuisinez bio, c’est mieux

    Vu l’amour de la femme moderne pour la cuisine, je connais autant d’hommes que de femmes qui cuisinent dans ma génération.

    - lavez votre linge avec une lessive fabriquée par vous mais qui s’utilise plus à la main et ne fonctionne pas avec une machine, c’est mieux.

    Faux, et ça ne prend pas beaucoup de temps à fabriquer.

    - Ayez des couches lavables, c’est mieux.

    Économiquement les couches lavables sont très intéressantes, c’est bien souvent ce motif qui intéresse en premier les ménages, plus que l’aspect écologique.

    « Et quand je vois certains pro-bio très idéalistes qui pensent pouvoir construire eux-mêmes leur propre maison écolo et qui se retrouvent à payer des fortunes parce qu’ils ne savent pas faire, que c’est un boulot de titan, que leur femme est trop occupée à biberonner pour les aider et qu’ils entrainent souvent toute leur famille à vivre dans des conditions plus que difficiles durant de très nombreuses années...demandant la contribution active et régulière pas toujours accordée des amis...
    Ca s’appelle plus de la régression et de la mise en danger de soi et d’autrui que du progrès. »

    Pourtant je l’ai fais. On a vécu deux ans dans des conditions précaires mais c’était assumé d’un commun accord. Cependant je ne l’aurais pas fait si on avait eu des enfants à ce moment là. Maintenant on vit très bien...

    « Le bio, l’écologie ne sont profitables qu’à partir du moment où la charge de travail est assumée par d’autres. Donc profitable pour les riches. Pas pour les gens de condition modeste qui se retrouvent rapidement acculés financièrement. »

    C’est tout l’inverse, il faut juste ne pas être trop manchot et avoir de la volonté... Financièrement je n’aurais jamais pu avoir la maison que j’ai aujourd’hui.

    Dernier point de détail, je suis loin d’être un cas isolé ! :)

    Ne croyez pas les âneries qu’on montre à la TV, la société essaiera toujours de dénigrer ce type de comportement qui lui fait perdre de l’argent.