12/12/2010 à 10h18

Cancùn n'a pas complètement chassé les fantômes de Copenhague

Bruno Rebelle | conseil en stratégie

C’est dans la nuit mexicaine que les négociateurs ont finalement trouvé un accord sur le climat, accord dont on peine encore à cerner la portée. Si tout le monde salue la relance du processus multilatéral, je crains pour ma part que Cancùn n’ait pas complètement chassé les fantômes de Copenhague. Au risque de n’être pas politiquement correct - j’assume pleinement - je dis qu’il y a un réel danger à s’enivrer d’enthousiasme juste pour faire oublier la gueule de bois que nous avait laissé l’étape danoise de la négociation.

Certes, il faut reconnaître que les négociateurs se sont effectivement engagés... à poursuivre la négociation !

On peut donc au minimum, être satisfait du fait que cette négociation qui avait marqué un sérieux coup d’arrêt fin 2009, ai redémarré avec en perspective la rencontre de Durban qui aura lieu fin 2011. Le nœud de cette étape sud africaine sera alors de donner du contenu à l’accord qui devrait faire suite au protocole de Kyoto qui lui arrivera à son terme fin 2012... Un nœud qui aurait du être délié à Copenhague.

Quid de la vérification des engagements ?

Le temps presse. On sait pertinemment qu’il faudra plus d’un an pour faire adopter un engagement collectif pour la période 2012 - 2020. Il n’est pas du tout certain que l’accord passé à Cancùn de « poursuivre les discussions pour un cadre contraignant qui fera suite au protocole de Kyoto » soit suffisamment solide pour résister aux pressions des uns et pour dépasser les réticences des autres. Je fais l’hypothèse, probablement trop pessimiste, que les points durs restent bien en travers du chemin.

Il n’y a pas eu, par exemple, d’avancée majeure sur le processus de mesure et de vérification des engagements, processus dont on sait qu’il est essentiel à la solidité d’un accord contraignant et processus sur lequel Chinois et Américain restent opposés. Il n’y a pas non plus eu d’objectif arrêté pour fixer le minimum de réduction des émissions auquel les pays industrialisés devraient être contraints à l’échéance 2020.

Or, on sait pertinemment que si l’on n’arrive pas à stopper l’augmentation des émissions globales avant 2015, il sera impossible de contenir le réchauffement planétaire dans la limite de 2°C. On sait aussi qu’au delà de ces 2°C de réchauffement nous perdrons probablement le contrôle de la machine climatique... On sait enfin que 2015, c’est demain !

Quelques lueurs d’espoir

C’est probablement le décalage persistant entre cet impératif de réduction souligné à maintes reprises par les experts du GIEC et les engagements - encore informels - des pays industrialisés qui est le plus inquiétant. Le « gap » est énorme, et pour le combler il faudra des politiques nationales extrêmement volontaristes.

L’observation du terrain franco-français où l’on écarte la taxe carbone, où l’on stoppe net le développement des énergies renouvelables, où l’on ne change rien aux tendances d’aménagement qui donnent la priorité aux transports routiers, est une indication de la difficulté de voir les engagements de tribune, à Cancùn ou ailleurs, se traduire en mesures opérationnelles concrètes.

Il y a cependant quelques lueurs d’espoir qui nous viennent de Cancùn et qu’il serait déplacé de passer sous silence. La constitution d’un « Fonds vert » pour financer les efforts de réduction des émissions et d’adaptation aux conséquences déjà perceptibles du changement climatique, des pays en développement est une avancée remarquable. Elle souligne la nécessaire solidarité qui doit fonder la négociation sur le climat.

Dans un registre proche l’instauration prochaine d’un mécanisme de compensation de la déforestation évitée, vient à point nommer pour prendre en compte cette problématique à l’origine de presque 20% des émissions globales en même qu’elle contribue à une dégradation dangereuse de la biodiversité mondiale. Soulignons que ces deux mécanismes sont essentiels pour redonner confiance aux pays en développement, confiance elle même indispensable à leur adhésion au futur accord qui pourrai voir le jour à Durban.

Alors oui gardons espoir, mais restons déterminés pour confirmer que Cancun aura su chasser les fantômes de Copenhague !

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  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 11h18 le 12/12/2010
    • Internaute 6095
      yetiblog.org

    DES MOTS, DES MOTS, TOUJOURS DES MOTS

    « Il y a cependant quelques lueurs d’espoir qui nous viennent de Cancùn... La constitution d’un “ Fonds vert ”... l’instauration prochaine d’un mécanisme de compensation de la déforestation »

    Alors là, permettez qu’on ne parle d’ « espoir » que le jour où le « Fonds vert » est RÉELLEMENT constitué, que le jour où leur « mécanisme de compensation de la déforestation » aura été RÉELLEMENT constitué !

    Ça commence à bien faire ces paroles verbales creuses, ces accords de façade sans aucune consistance qui prétendent décréter nos « espoirs ».

    Comme l’auteur le laisse entendre, ne sont même pas foutus de respecter le protocole de Kyoto RÉELLEMENT établi, lui.

    • karlM
      karlM répond à Le Yéti
      Précaire
      • Posté à 21h14 le 12/12/2010
      • Internaute 21378
        Précaire

      Un scorpion hésitait au bord d’une rivière
      Car il était curieux de la rive au-delà.
      Une grenouille verte qui passait par là
      Fut aussitôt l’objet d’une ardente prière.

      Passe-moi, je te prie, sur la rive opposée
      Et je n’userai pas de mon bel aiguillon :
      Je veux pouvoir scruter de nouveaux horizons
      La profondeur de l’eau m’empêche de passer.

      Le batracien pensa : suis-je bête d’avoir peur
      Me piquant sur mon dos, il serait condamné.
      « Je veux bien, lui dit-elle aussitôt, t’emmener ;
      J’espère cependant ne pas faire d’erreur. »

      Et les voilà partis sur l’onde frémissante.
      Au beau milieu du cours, tout à coup le scorpion
      Injecte son venin à la bête accueillante
      Qui commence à couler dans un lent tourbillon.

      « Pourquoi as-tu fait ça, dit la grenouille en pleurs,
      Nous mourrons tous les deux : es-tu fou à lier ?
      L’insecte malfaisant ne put que répliquer :
      “Piquer est ma nature, le reste n’est qu’un leurre.”

      La nature du capitalisme c’est le fric et encore le fric.

  • A déménagé le 18-1
    • Posté à 12h31 le 12/12/2010
    • Internaute 116615
      bc

    Cancun avait une obligation de résultat ! Rien !
    Rebelle garde espoir d’une prise de rendez vous à Durban, dont les conclusions botteront en touche pour quelques années.....
    Il est urgent d’attendre.
    Oui, les écologistes font de la politique comme les autres.

  • dmg
    dmg
    ingénieur-chercheur
    • Posté à 15h09 le 12/12/2010
    • Expert 136627
      ingénieur-chercheur

    « L’observation du terrain franco-français où l’on stoppe net le développement des énergies renouvelables » : attention à ne pas se tromper de débat. L’urgence absolue, c’est le réchauffement. Le réchauffement, c’est le CO2 (pour faire court). Or, la France a le meilleur bilan CO2 de toute l’Europe, n’en déplaise à certains, écolos en tête. Les énergies renouvelables tellement à la mode, photovoltaïque et éolien, coûtent extrêmement cher (au final, à l’abonné de EdF) et viennent en substitution ET NON PAS EN COMPLÉMENT de l’électricité, à ce jour à plus de 90% non productrice de CO2 (sauf quand on est ponctuellement obligé de l’acheter à l’Allemagne, où elle est essentiellement produite avec du fuel ou du charbon). Notre urgence à nous Français, c’est donc d’éviter la consommation d’hydrocarbures, et pas de suivre comme des moutons les soit-disant pays vertueux d’Europe du Nord (à ce jour, le bilan carbone du Danemark est plus mauvais que celui de la France, malgré ses gigawatts d’éoliennes). Évitement obtenu par exemple en améliorant l’habitat et en se chauffant avec une électricité peu chère produite sans CO2, en interdisant les grosses voitures ou encore en reportant le fret sur les rails : attention à ne pas inverser l’ordre des priorités, sinon, on crée une bulle spéculative autour du solaire et de l’éolien et on fragilise EdF. Mais peut-être sont-ce les objectifs recherchés ?

  • Tinhinane
    Tinhinane
    Médiatrice scientifique
    • Posté à 19h04 le 12/12/2010
    • Internaute 4901
      Médiatrice scientifique

    Goutte d’eau dans l’océan mais pas inutile...

    La Commission européenne vient de lancer un portail Internet entièrement dédié aux voitures écologiques, baptisé « Clean vehicle Europe »

    Lien

    Ce site est une base de données qui permet d’identifier les véhicules les plus propres du marché et aider les citoyens européens de comparer l’efficacité énergétique des différentes voitures vendues en Europe.

    Le portail fait suite à l’entrée en vigueur au printemps dernier de la directive sur la promotion des véhicules économes en énergie. Une directive qui stipule que « tous les achats de véhicules de transport routier prennent en compte les impacts énergétiques et environnementaux liés à la gestion des véhicules durant toute leur durée de vie ».

    Le taux d’émission de CO2 et des autres particules polluantes émises par les différentes catégories de voitures est indiqué, de même que le coût énergétique, selon un calcul défini par la directive.

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 19h42 le 12/12/2010
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    Quatre réactions sur ce thème de débat mis en ligne à 10 h 18 ?

    Ç’est assez révélateur de l’intérêt porté à l’avenir de la planète.
    Je pense que les gens qui vivent en ce moment se considèrent tellement heureux d’être simplement encore en vie, qu’ils ne pensent qu’à profiter de l’instant présent...
    ...et pour le reste, advienne que pourra !

    D’autant que la perte de confiance envers les politiques est totale.