03/12/2010 à 18h08

Le sale coup du gouvernement à l'énergie solaire

Bruno Rebelle | conseil en stratégie

Le gouvernement veut « mettre fin à une bulle spéculative » sur l’énergie solaire et a annoncé jeudi un moratoire sur les projets photovoltaïques, particuliers exceptés. Pour rappel, EDF rachète l’électricité produite par le solaire à un prix plus de dix fois supérieur au prix auquel il vend l’électricité aux particuliers. Bruno Rebelle, ancien patron de Greenpeace, pousse un coup de gueule contre cette décision.

Le gouvernement met un coup d’arrêt au développement du solaire. Motif : ces développements coûteraient trop cher aux finances publiques. On se moque vraiment du monde. Qui ou quoi permet de dire que le développement de ces énergies coûte « trop » cher. Et trop cher par rapport à quoi ?

Par rapport aux milliards lâchés sans contrepartie aux banques pour sauver un système financier structurellement délétère ? Par rapport aux milliards investis pendant des années pour financer une production électronucléaire génératrice de dangers majeurs et d’impasses durable, en particulier en matière de gestion des déchets ? Par rapport aux millions engagés pour la sécurisation toute relative des mines d’uranium exploitées au Niger par Areva ?

On se moque aussi du monde quand on entend des journalistes commenter la décision française et nous dire que c’est « normal » puisque ces subventions serviraient à subventionner les importations de panneaux solaires chinois...

Le solaire ramené au rang de chauffage d’appoint

S’il est vrai qu’il est nécessaire d’importer des panneaux solaires chinois, il serait plus intéressant de se demander pourquoi ces importations sont aujourd’hui incontournables.

Soulignons par exemple qu’il y a quelques années, l’entreprise Photowatt basée à Bourgoin-Jallieu, en Isère, c’est-à-dire en France, cherchait désespérément des soutiens auprès de partenaires français publics ou privés pour financer son développement afin de dupliquer sa production pour alimenter un marché qui commençait à exploser.

Areva avait écarté l’option de s’associer à Photowatt en dépit de capacités indéniables de financement du champion atomique. Cette « myopie » industrielle était probablement motivée par l’inquiétude de voir, un jour, le soleil faire de l’ombre à l’atome.

J’ai bondi en entendant Emmanuel Kessler sur France Info énumérer les sources de productions d’électricité et leurs contributions au mix énergétique, un peu comme s’il récitait un prospectus publicitaire d’EDF pour conclure que le solaire ne représente qu’un très faible pourcentage du « chauffage » dont on a besoin en ces périodes de grand froid... (Ecouter le son)

Audio file

Sale coup pour le solaire

Le tout-électrique, un choix discutable

Aurons-nous le plaisir d’entendre un jour un journaliste, sur France Info ou ailleurs, nous dire que l’extrême fragilité de notre approvisionnement électrique en période de grand froid est justement liée au choix stupide fait depuis des décennies en France de promouvoir le chauffage électrique ? Ce dernier a un bilan thermodynamique qui ne dépasse pas 13%, alors que d’autres options telles que le chauffage au gaz ont des rendements de 70% à 80%.

Le chauffage électrique est le plus coûteux à la consommation. Il est aussi le plus difficile à gérer pour le réseau, générant des appels de puissance très difficile à gérer. Et pourtant, depuis quelques décennies, la politique énergétique française persiste dans cette ineptie via :

  • la primauté donnée à la production électronucléaire ;
  • la nécessité de promouvoir la consommation d’électricité pour absorber la surproduction structurelle du parc nucléaire ;
  • les tentatives de rattrapage pour aider (un peu) les filières renouvelables, constatant que nos voisins européens et que nos concurrents chinois ou indiens prenaient une avance colossale ;
  • les systèmes mal calibrés d’encouragement à la consommation des énergies renouvelables ;
  • les constats attristés de voir que le retard industriel français sur ces technologies pourrait bien être rédhibitoire ;
  • et finalement, le coup d’arrêt au développement naissant d’une industrie que tout le monde considère comme l’industrie d’avenir.

Le gouvernement français continue à danser un triste tango en matière de politique énergétique... A moins qu’il n’y ait tout simplement pas de politique énergétique ?

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  • karlM
    karlM
    Précaire
    • Posté à 19h16 le 03/12/2010
    • Internaute 21378
      Précaire

    l’économie de CO2 réalisée par un panneau chinois installé en France est ridicule.
    Le photovoltaique, avec au grand max, des rendements de 20% permet seulement d’être un peu plus autonome.

    Le pognon doit prioritairement se faire dans les économies d’énergie particulièrement dans l’habitat.

  • Connard le Barban
    Connard le Barban répond à jck
    fonctionnaire nanti comme il y (...)
    • Posté à 09h53 le 04/12/2010
    • Internaute 75120
      fonctionnaire nanti comme il y (...)

    Les subventions aux particuliers, ça me parait très bien, mais avec des prix règlementés pour les fournisseurs et les installateurs.
    Il y a cinq ans, je m’étais renseigné pour installer un chauffe-eau solaire sur mon toit (sud de la france - pente de toit à 45° - plein sud) : devis de l’époque 7 000 € dont la moitié récupéré en crédit d’impôts (je crois ?). J’avais un neveu qui bossait en Allemagne et je lui avais demandé le coût de telles installations dans ces froides contrées : la moitié, mais non subventionné !

  • Trickster00
    Trickster00
    employé
    • Posté à 12h33 le 04/12/2010
    • Internaute 135583
      employé

    Question : pourquoi l’électricité solaire est’ elle rachetée à un tarif aussi élevé ?
    Jusqu’à maintenant les racheteurs ne sont pas connus pour distribuer l’argent à tout va, c’est donc que ça leur rapporte...
    En effet, leur objectif serait de repousser au maximum la mise en route de tranches de centrales. Ces mises en route coûteraient si cher qu’il serait plus intéressant d’acheter l’électricité à l’étranger. Tiens ! les pays étrangers auraient la capacité de nous fournir de l’électricité au plus fort de la consommation ? ...
    En plus, sachez que seul 2/3 de l’électricité produite dans les centrales arrive à destination. Et encore je suis gentil. Le reste s’évapore dans les réseaux. Le solaire sert d’appoint... pour EDF ! Absence de déperditions en réseaux + limites de déclenchements de centrales repoussées= économies magistrales en comparaison de ce que coûte le rachat du solaire.