17/11/2010 à 11h45

« L'Animal est l'avenir de l'homme », vraiment ?

David Chauvet | Juriste

Pro ou antivégétarisme, le débat fait rage dans l’opinion. Le président de l’association Droits des animaux a souhaité réagir aux propos de Dominique Lestel, chercheur en éthologie, qui défend l’idée que l’alimentation carnée est « naturelle ».

Les débats actuels sur l’opportunité et la légitimité de la consommation de viande auraient interpellé certains philosophes de l’Antiquité, qui déjà tendaient à la décourager, pour des raisons diverses.

Si la pensée végétarienne de Pythagore était largement pénétrée par l’idée de transmigration des âmes, Plutarque et Porphyre, en particulier, se préoccupaient avant tout de limiter la violence sur les animaux.

Aujourd’hui, la viande est surtout dénoncée pour son impact écologique désastreux. Elle pollue plus l’atmosphère que l’automobile. A l’heure de la raréfaction des ressources hydriques, elle exige cinq fois plus d’eau que la production végétale.

Elle accélère la déforestation, à cause des terres cultivées pour nourrir les milliards d’animaux dits « d’élevage » (deux tiers des surfaces cultivées le sont pour la viande), et les nourrir avec des OGM (qui trouvent à 90% leur débouché dans l’alimentation animale), sans compter la pollution des sols par les pesticides, le lisier, etc.


« L’Animal est l’avenir de l’homme » de Dominique Lestel.

Pourtant, on dit aussi souvent que la consommation de viande est « naturelle », à défaut d’être écologique. Elle serait bonne « par nature », intrinsèquement, lorsqu’elle n’est pas en « surconsommation ».

Naturelle, l’alimentation carnée, c’est le propos de Dominique Lestel dans son récent livre « L’Animal est l’avenir de l’homme ». L’on ne saurait évidemment réduire ce passionnant ouvrage à cette prise de position.

Puisque les animaux ne pensent pas...

L’auteur, philosophe et éthologue, est connu pour ses plaidoyers en faveur de la reconnaissance de la conscience chez les animaux non-humains, aussi bien que pour son rejet de l’anthropocentrisme, mode de pensée qui nous conduit, précisément, à nous croire les seuls au monde à pouvoir raisonner.

Souvent, le déni d’une pensée animale est le ressort d’une stratégie d’exclusion, la mentaphobie, tendant à justifier la mise à disposition des animaux au profit des humains : puisque les animaux ne pensent pas, il n’y aurait aucun mal à les exploiter et à les tuer. On ne peut certainement pas faire un tel reproche à Dominique Lestel.

Mais prétendre comme il le fait que la consommation de viande participe à la « régulation de la nature » est un lieu commun et une erreur. Au risque d’un truisme : les animaux que nous tuons par million chaque jour dans les abattoirs ne proviennent pas des espaces naturels, mais plutôt de hangars où nous les entassons. Ils sont le résultat de notre système de production, comme les couches-culottes ou les téléphones portables.

La comparaison de notre consommation de viande avec celle des animaux sauvages, à qui il vaudrait mieux selon lui abandonner notre dépouille « plutôt que vouloir cesser de manger de la viande », est donc pour le moins incongrue.

La si « naturelle » consommation de viande

Les animaux que nous élevons ne font en rien partie des écosystèmes, à moins de considérer que tout ce que nous produisons est « naturel », mais alors le concept de nature perdrait toute substance. Au mieux, son argumentation justifie la chasse -mais seulement en apparence.

Car si la consommation de viande est « naturelle », que sont les millions de végétariens en Inde, en Asie, ou même dans les pays occidentaux ? Des erreurs de la nature ? Ou doit-on admettre que leur alimentation est elle-aussi « naturelle » ? Si c’est le cas, la référence à une nature prescriptrice perd toute raison d’être, les deux comportements lui étant pareillement conformes. Sinon, les végétariens (et que dire des végétaliens ?) viendront gonfler les rangs des « déviants » comme les libertins ou les homosexuels.

Comme on ne peut prêter à Lestel pareille pensée, on lui demandera de bien vouloir convenir que, dans la mesure où la fiabilité des régimes végétariens et végétaliens est reconnue par des organismes aussi prestigieux que l’Association américaine de diététique, le fait que les humains peuvent manger de la viande ne signifie aucunement qu’ils le doivent.

Quitte à nous identifier aux autres animaux, puisque nous avons le choix autant faire comme ceux qui ne mangent pas de viande. Et vu que sainte Nature ne peut être d’aucun secours aux carnivores, convenons enfin que la question est : pouvons-nous infliger mort et souffrance aux animaux, alors que nous n’en avons nul besoin ?

Si, pour Lestel, l’animal est l’avenir de l’homme, il comprendra que le meilleur avenir de l’animal, comme des humains, c’est d’en finir avec la viande.

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  • Waldeck
    Waldeck
    Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
    • Posté à 13h11 le 17/11/2010
    • Internaute 36864
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

    Je suis de la génération abusivement appelée au mieux : « baby boom » ou plus outrancièrement « des 30 Glorieuses ».

    Nos parents et grands parents n’avaient connu que rationnements et privations. Ils mettaient donc un point d’honneur d’offrir à leurs enfants une nourriture carnée abondante, qui les mettrait à l’abri de deux maladies « honteuses » ou « de pauvres » : le rachitisme et la tuberculose ...

    Nous avons donc ingurgité force viande (*) et produits laitiers ( pour l’excédent de pinard nous étions trop jeunes, il a fallu se rattraper plus tard ... ).

    Les super-marchés et les congélateurs ont fait le reste ...

    Ce mode d’alimentation laisse des traces, et c’est vrai, nous pourrions nous passer de moins de viande, surtout après 60 ans ...

    Nos enfants ont également un gout immodéré pour la barbaque, alors qu’ils n’ont pas connu de disette ou de calamité.

    Mais j’avoue que suis mal placé, moi le pollueur du 20ème siècle, engraissé bien au delà du raisonnable pour tenter de raisonner ces enfants et les inviter à la modération ...

    (*) Attention : notion quantitative ; pas de gigot d’agneau, de filet de bœuf , de rôti de veau ...

  • Ernesto Miranda
    Ernesto Miranda
    Etudiant
    • Posté à 18h43 le 17/11/2010
    • Internaute 129373
      Etudiant

    Perso, quand je mange végétarien, au bout de deux repas la sensation de faim ne me quitte plus, à moins de m’enfiler deux-trois paquets de biscuits aux céréales et divers ajouts bizarres, et encore ça dure quelques heures et si je fais ça quelques jours je suis malade.

    Les légumes et les autres trucs verts, ça nourrit pas. C’est nécessaire, c’est bon, mais pour etre rassasié, faut bouffer quatre rations. Me suis tapé une fois une semaine régime semi-végétarien, avec viande une fois par jour (et en quantité limitée). Putain qu’est-ce que j’avais la dalle ! J’allais mendier à chaque fois une deuxième assiette, voire une troisième (ce qui n’était pas possible, donc je finissais celles de tous ceux qui n’avaient pas encore été pillés).

    Je connais des végétariens et la moitié ont des problèmes de santé. Libre à eux mais on me privera pas de bouffer.

    Plutot que de se demander si on devrait arreter la viande, on ferait mieux d’arreter un système de production et distribution complètement débile, qui fait jeter une grande partie de la nourriture (dont la viande) produite, qui oblige à abattre les animaux dans des conditions dantesques et qui dans le meme temps laisse des millions d’etre humains sur le carreau.

  • FLEUR_DE_MENHIR
    • Posté à 21h37 le 17/11/2010
    • Internaute 108521
      en vie

    « Impact écologique désastreux » : il faut absolument que les vaches cessent de faire « prout » dans leur champ..., elles polluent plus que les voitures !
    Il y a viande et viande d’abord. Entre l’élevage extensif sur des terrains adaptés et l’élevage industriel, il y a énormément de différences en terme d’impact écologique , que ce soit pour le besoin en eau, la consommation d’engrais, l’utilisation ou non de semences génétiquement modifiées, le bien être de l’éleveur.
    D’abord la viande n’est pas que bovine : chèvre, mouton, cheval, volailles, lapins, gibiers, yack ou chameau.
    Ensuite, dans ce débat, il y a de grands absents :
    - l’éleveur, celui qui vit de sa production, (ou qui survit vu les prix payés aux producteurs depuis 10 ans, en France),
    - la biodiversité : quid des races « à viande » (et laitière puisqu’une grande partie de la viande de « boeuf » provient des vaches laitières de réforme) si tout le monde devient végétarien ? déjà que le lait est devenu un poison....On oublie Salers, Aubrac, Blonde d’Aquitaine..., idem pour les ovins à viande, et les chevaux de trait finissent par disparaître du paysage (une race pour qu’elle survive doit se reproduire : pas de débouché = mort de la race)
    - les régions et les hommes qui les habitent pour qui cela représente une activité essentielle. (allez, la belle Creuse, plus de bovins que d’humains, mais tant d’autres aussi)
    - plus mondialement, les nomades du sahel et d’ailleurs : élevage : pour faire du lait (aliment n°1 qu’il soit de chèvre, de chamelle, de jument, ) il faut que la mère soit pleine...donc on mange les petits !
    Et pourquoi ne parle t-on pas des poissons ? Il y a à dire aussi.

    Quand on traverse le charolais, il y a ces haies végétales, larges et drues, autour de prés où paissent des charolais. C’est quand même mieux que du barbelé, non ? L’élevage bien pensé a toujours respecté le paysage : pas les grandes cultures.

    dans l’écologie ,n’oublions pas l’homme, même si le respect aux animaux va de soi.

    Et puis, question nuisance sonore et sécurité, je préfère autour de chez moi les bêtes à viande et les chevaux que les bagnoles !

  • David Chauvet
    David Chauvet
    Auteur(e) de l'article Juriste
    • Posté à 23h01 le 17/11/2010
    • Expert 89141
      Juriste

    Quelques précisions.

    Compte-tenu des doutes parfois exprimés ici sur la fiabilité des régimes non-carnés, il me semble interessant de vous faire part de la traduction de la position officielle de l’autorité la plus éminente en matière de nutrition, à savoir l’Association Américaine de Diététique (ADD) à laquelle je fais référence dans le corps du texte et que vous trouverez à cette page :

    Lien...

    Ce document vous permettra de comprendre pourquoi les végétariens et végétaliens ne sont pas les miraculés que certains ont cru voir.

    En résumé : « La position de l’Association américaine de diététique est que les alimentations végétariennes bien conçues (y compris végétaliennes) sont bonnes pour la santé, adéquates sur le plan nutritionnel et peuvent être bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies. »

    Dès lors qu’il est possible de vivre sans tuer les animaux, continuer de le faire ne peut relever que de l’ignorance de l’alternative végétale (désormais dissipée) ou d’une certaine irresponsabilité morale.

    Il ne s’agit pas de culpabiliser qui que ce soit, mais de dire que le plaisir de manger les animaux ne peut constituer un argument valable - ou bien il faudra admettre que le plaisir du violeur est en soi moralement pertinent.

    Je le répète, l’alimentation carnée ne nous est aucunement nécessaire. Au contraire : elle favorise l’obésité et certaines maladies (cancers, maladies cardio-vasculaires), quand la consommation de fruits et légumes en prévient l’apparition. Si on ajoute ses méfaits écologiques sus évoqués (voir pour plus de détails Bidoche, le livre de F. Nicolino), les bienfaits de l’alimentation végétale semblent évidents à tous niveaux. A l’exception sans doute des bénéfices des industriels de l’élevage...

    Il est certain que les moyens publicitaires énormes dont dispose l’industrie de la viande ne sont pas de nature à permettre une prise de conscience. J’espère que les informations délivrées ici auront quelque poids face aux spots publicitaires.

    En vous remerciant pour votre attention,

    D. Chauvet

  • Actias
    Actias
    Bloggeur
    • Posté à 23h31 le 17/11/2010
    • Internaute 17714
      Bloggeur

    Si j ai bien compris il y a un auteur « philosophe » qui justifie sa these « on doit manger de la viande » par un sophisme naturaliste (ce qui est est ce qui doit etre) ... on justifie n importe quoi avec ce genre d argument mais je doute que ce soit suffisant pour valider sa premiere annee philo a la fac.

    Il dirait aussi que l homme a un role a jouer dans la nature etc ... ceci est une position classique au XXeme siecle qui a vu le debut de l ere industrielle mais aujourd hui force est de constater que les humains exterminent toutes autres formes de vie qui ne servent pas leur interets et que la nature est a genoux. Comme le rapelle D Chauvet, les animaux que les occidentaux mangent sont aussi naturels que les jet skis ou le scotch waterproof.
    Les vegetaux produits aussi ? probablement, mais ils ont un impact sur l envirronement bien moindre (de 7 a 10 fois) que les animaux d elevage.

    Pour revenir sur la necessite de manger de la viande, je me suis recemment installe au canada et le debat sur ce fil parait digne d une autre epoque. Ici etre vegetarien est aussi naturel que manger a l occidental ou tous les jours au Macdo, personne ne debarque avec ses gros sabots pour assener que les vegetariens sont carences ou que leur nourriture est triste et pauvre. Il y a des options vegetariennes dans tous les restaurants.

    La consommation de viande n est plus une necessite depuis, c est devenu un caprice (la plupart du temps inconscient), parmis beaucoup d autres, de riche occidental*. Et d un point de vue ecologique et ethique c est l un des pires.

    Desole pour le ton un peu agressif de ce post mais je voulais en venir au point directement.

    Actias
    Lien

    *Dont je fais parti, mais au moins je suis conscient des consequences de mes actes et je ne pleure ni ne crie au fascime des qu on me le fais remarquer. J assume et j essaie de diminuer ma nocivite tout en vivant avec mon temps.