« L'Animal est l'avenir de l'homme », vraiment ?
Pro ou antivégétarisme, le débat fait rage dans l’opinion. Le président de l’association Droits des animaux a souhaité réagir aux propos de Dominique Lestel, chercheur en éthologie, qui défend l’idée que l’alimentation carnée est « naturelle ».
Les débats actuels sur l’opportunité et la légitimité de la consommation de viande auraient interpellé certains philosophes de l’Antiquité, qui déjà tendaient à la décourager, pour des raisons diverses.
Si la pensée végétarienne de Pythagore était largement pénétrée par l’idée de transmigration des âmes, Plutarque et Porphyre, en particulier, se préoccupaient avant tout de limiter la violence sur les animaux.
Aujourd’hui, la viande est surtout dénoncée pour son impact écologique désastreux. Elle pollue plus l’atmosphère que l’automobile. A l’heure de la raréfaction des ressources hydriques, elle exige cinq fois plus d’eau que la production végétale.
Elle accélère la déforestation, à cause des terres cultivées pour nourrir les milliards d’animaux dits « d’élevage » (deux tiers des surfaces cultivées le sont pour la viande), et les nourrir avec des OGM (qui trouvent à 90% leur débouché dans l’alimentation animale), sans compter la pollution des sols par les pesticides, le lisier, etc.

« L’Animal est l’avenir de l’homme » de Dominique Lestel.
Pourtant, on dit aussi souvent que la consommation de viande est « naturelle », à défaut d’être écologique. Elle serait bonne « par nature », intrinsèquement, lorsqu’elle n’est pas en « surconsommation ».
Naturelle, l’alimentation carnée, c’est le propos de Dominique Lestel dans son récent livre « L’Animal est l’avenir de l’homme ». L’on ne saurait évidemment réduire ce passionnant ouvrage à cette prise de position.
Puisque les animaux ne pensent pas...
L’auteur, philosophe et éthologue, est connu pour ses plaidoyers en faveur de la reconnaissance de la conscience chez les animaux non-humains, aussi bien que pour son rejet de l’anthropocentrisme, mode de pensée qui nous conduit, précisément, à nous croire les seuls au monde à pouvoir raisonner.
Souvent, le déni d’une pensée animale est le ressort d’une stratégie d’exclusion, la mentaphobie, tendant à justifier la mise à disposition des animaux au profit des humains : puisque les animaux ne pensent pas, il n’y aurait aucun mal à les exploiter et à les tuer. On ne peut certainement pas faire un tel reproche à Dominique Lestel.
Mais prétendre comme il le fait que la consommation de viande participe à la « régulation de la nature » est un lieu commun et une erreur. Au risque d’un truisme : les animaux que nous tuons par million chaque jour dans les abattoirs ne proviennent pas des espaces naturels, mais plutôt de hangars où nous les entassons. Ils sont le résultat de notre système de production, comme les couches-culottes ou les téléphones portables.
La comparaison de notre consommation de viande avec celle des animaux sauvages, à qui il vaudrait mieux selon lui abandonner notre dépouille « plutôt que vouloir cesser de manger de la viande », est donc pour le moins incongrue.
La si « naturelle » consommation de viande
Les animaux que nous élevons ne font en rien partie des écosystèmes, à moins de considérer que tout ce que nous produisons est « naturel », mais alors le concept de nature perdrait toute substance. Au mieux, son argumentation justifie la chasse -mais seulement en apparence.
Car si la consommation de viande est « naturelle », que sont les millions de végétariens en Inde, en Asie, ou même dans les pays occidentaux ? Des erreurs de la nature ? Ou doit-on admettre que leur alimentation est elle-aussi « naturelle » ? Si c’est le cas, la référence à une nature prescriptrice perd toute raison d’être, les deux comportements lui étant pareillement conformes. Sinon, les végétariens (et que dire des végétaliens ?) viendront gonfler les rangs des « déviants » comme les libertins ou les homosexuels.
Comme on ne peut prêter à Lestel pareille pensée, on lui demandera de bien vouloir convenir que, dans la mesure où la fiabilité des régimes végétariens et végétaliens est reconnue par des organismes aussi prestigieux que l’Association américaine de diététique, le fait que les humains peuvent manger de la viande ne signifie aucunement qu’ils le doivent.
Quitte à nous identifier aux autres animaux, puisque nous avons le choix autant faire comme ceux qui ne mangent pas de viande. Et vu que sainte Nature ne peut être d’aucun secours aux carnivores, convenons enfin que la question est : pouvons-nous infliger mort et souffrance aux animaux, alors que nous n’en avons nul besoin ?
Si, pour Lestel, l’animal est l’avenir de l’homme, il comprendra que le meilleur avenir de l’animal, comme des humains, c’est d’en finir avec la viande.
- Sur droitsdesanimaux.netLe site de Droits des animaux
- Sur europesolidaire.euUn article sur le livre de Dominique Lestel, sur EuropeSolidaire.eu
- Sur rue89.comTous nos articles sur les viandes
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Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
Je suis de la génération abusivement appelée au mieux : « baby boom » ou plus outrancièrement « des 30 Glorieuses ».
Nos parents et grands parents n’avaient connu que rationnements et privations. Ils mettaient donc un point d’honneur d’offrir à leurs enfants une nourriture carnée abondante, qui les mettrait à l’abri de deux maladies « honteuses » ou « de pauvres » : le rachitisme et la tuberculose ...
Nous avons donc ingurgité force viande (*) et produits laitiers ( pour l’excédent de pinard nous étions trop jeunes, il a fallu se rattraper plus tard ... ).
Les super-marchés et les congélateurs ont fait le reste ...
Ce mode d’alimentation laisse des traces, et c’est vrai, nous pourrions nous passer de moins de viande, surtout après 60 ans ...
Nos enfants ont également un gout immodéré pour la barbaque, alors qu’ils n’ont pas connu de disette ou de calamité.
Mais j’avoue que suis mal placé, moi le pollueur du 20ème siècle, engraissé bien au delà du raisonnable pour tenter de raisonner ces enfants et les inviter à la modération ...
(*) Attention : notion quantitative ; pas de gigot d’agneau, de filet de bœuf , de rôti de veau ...




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