Bâtir soi-même des éoliennes citoyennes : parcours du combattant
Ça fait déjà huit ans qu’une bande d’illuminés trime pour dresser quatre éoliennes en pays de Redon. On est à mille lieux des giga-projets de l’éolien offshore. Et leur parcours ressemble fort à un chemin de croix, déjà passé par cinq étapes.
C’est Pierre Jourdain, coordinateur d’Eoliennes en Pays de Vilaine, qui fait le récit de cette aventure, à commencer par les origines du projet :
« A l’époque, l’écologie était beaucoup moins à la mode. Il ne faut pas nous imaginer comme des militants verts mais plutôt des personnes à sensibilité environnementale et désireux de s’impliquer dans un projet d’intérêt général. »
Il leur faut réunir trois millions d’euros d’apport, et après la longue phase des études préliminaires, ils n’en sont qu’au quart de cette somme. Les neuf autres millions du projet sont prêtés par les banques. Leur projet devrait, si tout va bien, aboutir dans un an et demi. Alors, le parc éolien citoyen de Béganne pourra faire des émules, espèrent-ils.
Concrètement, comment construit-on ses propres éoliennes pour produire de l’énergie propre à coté de chez soi ?
L’association Eoliennes en Pays de Vilaine n’est pas le plus gros mais c’est le plus citoyen de la poignée de projets en cours en France. Elle s’est inspirée d’exemples pris au Danemark, en Belgique, en Allemagne.
Chercher un site, le casse-tête
Autour de la ville de Redon, traversée par la Vilaine, frontière entre la Bretagne et les Pays-de-Loire à cheval sur trois départements et deux régions, sont blotties une série de petites communes formant un bassin de vie doté d’un riche tissu associatif.
Agriculteurs, enseignants, artisans, retraités se regroupent par voisinage, ou bien par affinités.
En 2002, le grand éolien a fait son apparition en France grâce à la loi garantissant les tarifs d’achat par EDF. Localement, une douzaine de personnes se sont spontanément organisées dans l’idée de ne pas laisser ce secteur aux seuls industriels.
« Le vent est une ressource locale, il n’y a pas de raison que seuls des acteurséconomiques extérieurs en tirent profit », décrypte Pierre Jourdain :
« Ce ne sont pas des gens qui se disaient “on a de l’argent, on cherche à le placer”. Il y avait notamment de jeunes agriculteurs tout juste installés, et des gens aux revenus très variables. C’est l’idée d’un projet coopératif sur notre territoire qui nous motivait. »
Dès qu’ils se mettent à chercher un site, c’est déjà le casse-tête :
« On ne met pas d’éoliennes où on veut. Le premier site était trop proche de la vallée de la Vilaine, le deuxième trop proche de l’aérodrome, le troisième trop proche d’un site mégalithique...
Au bout de trois années de travail bénévole, on commençait à se décourager. Et finalement, après avoir consulté et reconsulté des cartes, on a fini par trouver deux sites propices en 2005, assez exposés au vent, loin des habitations, et dont les propriétaires étaient prêts à nous louer leur terrain. »
Déterminer un rendement correct, sans spéculation
Quand on possède des éoliennes de cette taille, on ne se fournit pas soi-même en électricité : on vend l’énergie produite à EDF. Le tarif d’achat réglementé (et avantageux) oblige EDF à acheter le courant à un prix garanti par l’Etat. Il existe bien un fournisseur d’énergie uniquement renouvelable, Enercoop, mais il ne bénéficie pas du tarif subventionné.
Placer son argent dans un parc éolien revient donc à se créer un livret d’épargne. Pierre Jourdain :
« L’avantage, en bloquant l’argent pendant dix ans, est que les dividendes tombent tout de suite, mais sont plafonnées. Le taux que l’on vise est à peu près celui du taux moyen de rémunération des obligations (autour de 4% actuellement).
Ce n’est pas du tout un investissement spéculatif, les dividendes n’atteindront pas des sommets. Mais l’investissement se doit d’être attractif auprès des riverains afin de brasser large. »
Trouver l’appui de collectivités et de clubs d’épargne solidaire
Au stade de la préparation du permis de construire, les pouvoirs publics (conseil général d’Ile-et-Vilaine, conseil régional de Bretagne et des Pays-de-Loire) et mécènes (Fondation de France) se sont montrés plutôt généreux.
Un emploi a pu être créé et le permis de construire préparé sereinement. Rien que pour l’étude d’impact (analyse sur le paysage, la faune, la flore, le vent ...), les frais se montaient à 150 000 euros pour chacun des deux projets, soit 300 000 au total.
Le tour de table aurait pu se monter avec un développeur, mais celui que l’association avait trouvé voulait prendre la maîtrise du projet. Au final, la somme a pu être réunie grâce aux adhérents de l’association qui ont créé une SARL, « Site à Watts », réunissant à la fois 22 adhérents, trois Cigales (au total 60 personnes), et par le biais d’une société d’économie mixte.
Négocier l’aide des banques
Tout cela nous mène en 2008. Sur les deux permis déposés, l’un ne pose pas de problème, l’autre subit les vicissitudes habituelles de l’éolien en France :
« Un préfet a tout gelé, et il a fallu tout déplacer de 200 mètres parce qu’on était censés gêner un menhir alors que c’est la carte officielle qui l’avait mal positionné ! »
Quatre éoliennes sont toujours en cours d’instruction, quatre autre, de 2 MW chacune, doivent totaliser 8 MW avec des mâts de 100 mètres et des pâles de 40. Prix total : 12 millions d’euros, dont les trois quarts seront empruntés.
« Il faut déjà 3 millions avant de pouvoir discuter avec les banques. Elles trouvent le projet intéressant mais atypique. On doit aussi obtenir l’accord de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) pour faire un appel public à l’épargne au-delà de 99 personnes. »
Les initiateurs espèrent avoir convaincu un public large et tablent sur 750 investisseurs individuels, à 2000 euros par personne en moyenne (soit 1,5 millions d’euros), l’autre moitié étant apportée par les collectivités.
Quant au deuxième projet, vu le retard qu’il a pris, il est susceptible d’être soumis à la loi Grenelle 2 qui en fera une installation classée (ICPE). Et de prendre encore un an de retard...
Attendre...
Comme tous les pionniers, les passionnés du pays de Redon ont essuyé les plâtres. Ils misent désormais sur leur plate-forme « Energie partagée » pour donner des tuyaux et faire des émules. Pierre Jourdain souhaite aux autres que ça aille plus vite mais doit admettre que :
« Un projet participatif permet de faire sauter certaines critiques comme la peur du promoteur, de la corruption, permet un meilleur accès à l’information, ce n’est pas non plus une garantie absolue contre les oppositions locales. »
Faut-il avoir des regrets pour toute l’énergie dépensée ? Non, « au contraire » :
« Ca reste une belle aventure humaine, avec une gouvernance un peu complexe. Sion avait su au début le temps que ça prendrait, on aurait réfléchi à deux fois. Onn’avait pas conscience du boulot... »
Illustration : simulation du parc éolien citoyen de Béganne. Vue sur l’éolienne E4 depuis le nord.
- Sur Rue89Les industriels ne croient plus au marché français de l'éolien
- Sur Rue89Rapport Ollier : l'UMP accusée de vouloir enterrer les éoliennes
- Sur eolien-citoyen.frLe site Eolien citoyen
- 11224 visites
- 51 réactions













non connue
non connue
Désolé pour ce bémol :
Dans l’état actuel de notre mode de consommation, éolienne veut dire plus de CO2.
En effet, la ressource en vent n’est pas constante, parfois trop faible, souvent trop forte pour fournir de l’énergie 24h/24 et 365j/an.
Aussi, il faut que EDF ou équivalent gère la régulation du réseau, et comme on ne démarre pas instantanément une tranche nucléaire, c’est toujours des centrales thermiques, polluantes, qui font la régulation.
Donc, plus d’éolien = plus de CO2.
La véritable démarche citoyenne, écologiste et efficace pour l’environnement, c’est de gérer la plus grosse part possible de sa consommation en fonction de la qualité écologique de la source d’énergie.
Donc, admettre que l’avenir n’est pas à une exploitation de l’électricité n’importe quand, mais uniquement quand c’est souhaitable.
Lancer une lessive, une pyrolyse, un chauffe bain en sachant que ça ne se déclenchera que dans les 24 heures, par exemple.
Et pour tout ce qui ne peut être différé, choisir du matériel ultra-sobre en énergie.
Ah, c’est sûr, ça le fait moins, c’est plus discret comme action...
Mais il faudrait pousser la collectivité à imposer la présence d’un signal sur le réseau, permettant d’automatiser certaines consommations avec intelligence.




Partager