01/09/2010 à 16h34

Gilbert, agriculteur, malade de Parkinson à cause d'un pesticide


Gilbert Vendée raconte à Rue89 son long combat pour faire reconnaître le lien entre son intoxication au pesticide Gaucho et la maladie de Parkinson qu'il a contractée par la suite. Un cas unique ?

« L'exposition aux pesticides multiplie par deux le risque de survenue de la maladie de Parkinson », écrivent des chercheurs de l'Inserm dans une étude récente.

« Comme si une aiguille me rentrait dans l'épaule »

Malgré cela, il aura fallu sept années à Gilbert Vendée avant que ne soit établi le lien entre sa maladie de Parkinson et son exposition aux pesticides. Pour éviter que d'autres ne soient comme lui reconnus et indemnisés, les fabricants de produits phytosanitaires ont depuis multiplié les avertissements.

Pendant des décennies, Gilbert Vendée a utilisé des pesticides pour satisfaire aux impératifs de rendement des propriétaires agricoles pour lesquels il travaillait comme « chef de culture ». Mais un jour, le geste routinier a mal tourné :

« C'était un vendredi d'octobre 1998. J'ai pulvérisé du Gaucho sur des semis d'orge d'hiver toute la journée. Le soir, je suis passé voir mon patron pour lui dire que j'avais mal à la tête. A la maison je me suis mis à vomir. J'avais du Gaucho plein le nez et c'était rose. Ma femme a appelé un médecin qui m'a dit que j'avais fait une intoxication au Gaucho.

Je suis retourné travailler le lundi mais j'ai été obligé de descendre
du tracteur et je me suis roulé par terre tellement j'avais mal. C'était
comme si une aiguille me rentrait dans l'épaule. »

Des enjeux financiers trop importants

Malgré les conseils de son médecin, Gilbert a continué à travailler. En 2002, lorsque sa maladie est diagnostiquée, il cesse progressivement son activité d'agriculteur :

« Je suis allé voir une neurologue, spécialisée en médecine nucléaire. Pour elle, le lien entre mon intoxication au Gaucho et ma maladie était
 quasi certain.

Mais les enjeux financiers derrière cet insecticide étaient si importants qu'elle ne pensait pas que ce serait possible de faire passer mon cas en maladie professionnelle. »

Convaincu des dégâts causés par les pesticides sur son organisme, Gilbert s'est battu pour que sa maladie soit reconnue comme maladie professionnelle. Il raconte son parcours du combattant :

« Je me suis rendu chez un médecin conseil de la Mutualité sociale agricole (MSA). Nous avons présenté mon dossier à la MSA du Cher qui a refusé de reconnaître ma maladie comme maladie professionnelle. Car si elle reconnaissait un cas, elle aurait ouvert la porte à de nombreuses demandes similaires. Et ça, ça ne les arrange pas.

Même refus du côté du comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles. J'ai donc joué ma dernière carte et je me suis adressé au tribunal des affaires de sécurité sociale (Tass) en faisant marcher mon assurance juridique. Ma maladie a été reconnue en octobre 2005. »

Dans une interview, le Mouvement pour le droit et le respect des générations futures (MDRGF) avait filmé son témoignage. (Voir la vidéo)

Soupçons multiples sur le Gaucho

Déjà très controversé dans les années 90, le Gaucho a été rendu responsable d'une mortalité anormale d'abeilles en 1997.

Il a toujours été recommandé de porter un masque lors de la pulvérisation du Gaucho. D'ailleurs, quelques semaines après le verdict du procès de Gilbert Vendée, un avertissement supplémentaire a été lancé par Bayer, le fabricant du Gaucho. Il stipulait que tout patron d'entreprise agricole se devait de mettre des masques homologués à la portée de ses employés :

« Ils avaient déjà écrit ça sur leurs notices, alors pourquoi tout ce
tapage après mon procès ? Et de toute façon, c'est impossible de porter un masque de 13 heures à 22 heures non-stop, c'est intenable.

Quand mon dossier est passé, la MSA a revu son dispositif de prévention Phyt'attitude. Ils ont mesuré les risques d'utilisation des produits phytosanitaires sur quatre départements français. Ils ont conclu que tout était ok et c'était reparti pour un tour. »

Gilbert n'est probablement pas la seule victime des pesticides. Il pense qu'outre les agriculteurs, les « jardiniers du dimanche » sont aussi de potentielles victimes du produit, car le Gaucho, une fois pulvérisé, se disperse dans l'air. C'est pourquoi il les invite aujourd'hui à témoigner à leur tour.

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  • Tariec
    Tariec
    « Radio Paris ment », « Radio (...)
    • Posté à 17h02 le 01/09/2010
    • Internaute
      « Radio Paris ment », « Radio (...)

    Vers chez moi, les agriculteurs balancent leur merde assis dans leur tracteur et habillés...de combinaisons blanches avec masques/gants/etc. On se croirait dans les environs de Tchernobyl !
    A coté des champs, les habitants sortent de chez eux, étendent leurs linges dehors, se balladent bref semblent ne pas comprendre ce qui se joue là pour eux et surtout leurs gamins !
    Aprés la ballade familiale en campagne, un p'tit tour pour se rafraichir sur la plage d'à coté...à patauger dans les algues vertes !

    Oui en Bretagne, la région qui compte plus de porcs que d'hommes.

    Et rien n'est fait pour réduire l'exposition des habitants style réinventer une agriculture respectueuse de tous. Et du coup, « le nombre de cancers explosent », dixit un toubib du coin !

  • kevangel
    kevangel
    Chercheur
    • Posté à 17h08 le 01/09/2010
    • Expert
      Chercheur

    Je vais me faire l'avocat du diable, mais pulvériser un produit chimique toute le journée sans utiliser de masque alors que c'est stipulé dans la notice, c'est un peu comme si un électricien décidait de réparer une prise électrique les deux pieds dans une bassine d'eau !
    C'est pas comme si le fabricant avait caché la toxicité du produit, là c'était indiqué apparemment et ca change pas mal de choses. A moins que je me trompe, mais dans ce cas l'article n'est pas très clair.

  • Yvon
    Yvon
    marié
    • Posté à 17h12 le 01/09/2010
    • Internaute
      marié

    Hé oui, ils en crèvent nos agriculteurs, qui malgré leur masque à gaz ( si si ) leur ciré , leurs gants scotchés,leur cabine étanche ! respirent des produits tellement toxiques. Et quand ils rincent la cuve c'est pareil ! Et l'ingénieur passe pour voir si tous les produits ont bien été mis , hein Bonduel ! hein Daucy ! sinon ils n'achètent pas ! Et les crédits sont tellement élevés, que les agriculteurs sont coincés. Merci le Crédit Agricole. Quant à la FNSEA...c'est motus... Par contre il est vrai que les propriétés limitrophes, ramassent les produits...même quand il n'y a pas de vent. Alors ne cueillez pas les mûres ou les framboises de votre jardin. J'ai vu un agriculteur descendre de son tracteur pour nous dire de rien ramasser et d'éloigner les enfants. J'ai vu des gens acheter une bande de terrain à un agriculteur pour éviter ces produits toxiques dans leur propriété. Quant aux animaux sauvages...il n'y en a plus ! plus de papillons, d'abeilles, de lièvres, de faisans. Il est vrai que les chasseurs les lâchent la semaine avant l'ouverture ! Quant aux pêcheurs...ils remettent les poissons pêchés, immangeables.
    Nos décideurs, maires , députés, conseillers...savent mais ne font rien. Et il est très difficile de dénoncer ces pratiques, de prendre des photos, même de parler avec les agriculteurs...qui ont honte et refusent d'admettre cette horrible pollution. C'est bien triste pour eux s'ils en crèvent ou s'ils en sont très malades...mais il faut faire un choix.

  • Lictor
    Lictor répond à Strelok
    • Posté à 17h24 le 01/09/2010

    C'est pas la fabriquant qui l'indemnise... Il est reconnu en maladie professionnelle, donc c'est la sécu qui paye et donc les employeurs agricoles (sécu agricole, maladie du travail, donc caisse alimentée uniquement par les patrons).

    Et c'est effectivement normal. C'est bien au patron de contraindre la salariés à respecter les normes de sécurité. Si les salariés ne le font pas, il est responsable. Ce qui est normal. On sait très bien, depuis les mines, que les mesures de sécurité réduisent la cadence. Face à la pression de l'employeur pour tenir la cadence, les normes de sécurité ne seraient donc jamais respectées si l'employeur n'était pas lui même responsabilisé en cas de non respect de ces normes...

  • Iv
    Iv répond à Strelok
    Roboticien utopiste
    • Posté à 17h29 le 01/09/2010
    • Internaute
      Roboticien utopiste

    Le prochain titre sera : « une personne meurt en avalant de l'eau de javel ». Mon dieu Madame Michu ! mais moi j'utilise ce produit pour laver mes sols où mon bambin joue ! et ce serait un poison mortel ? Vertudieu, à partir de demain j'arrête de laver mon carrelage, ce sera plus sain et plus naturel !

  • Taeris
    Taeris
    Hm ?
    • Posté à 17h30 le 01/09/2010
    • Internaute
      Hm ?

    C'est loin d'être un cas à part hélas. C'est par contre un des seuls qui a eu le courage (la chance ? ) de l'ouvrir et de faire de son cas un exemple.
    A titre d'exemple personnel : dans ma famille de souche « agricultrice », deux atteints de la maladie de Parkinson en moins de 10 ans.

  • clozedor
    • Posté à 18h36 le 01/09/2010

    Je dois vous apporte aussi, hélas un témoignage.
    Un de mes amis est mort à 38 ans.
    Deux tumeurs au cerveau.
    Il était « à priori » en bonne santé, plutôt sportif, heureux pêre de famille. Pas d'antécédents dans sa famille.
    Profession ? Gardien de stade.
    Il passait donc ses journées à répandre des pesticides.
    Sans masque, sans protection : quand il en demandait, ses chefs lui disaient, on verra...
    La mairie qui l'employait à ilico presto embauché sa veuve.
    Pas d'enquête, donc, pas de poursuites.
    Mais la jeune femme reste persuadée que ce sont les produits chimiques qui l'ont tué, plus, dit elle, l'herbe coupée qui serait aussi toxique.
    Evidement « sans recul », (1000 ou 2000 ans ? ) on ne peut être sûr de rien.

  • sergio63
    sergio63
    Employé
    • Posté à 14h01 le 03/09/2010
    • Internaute
      Employé

    Les agriculteurs ne sont pas les seuls visés par ces empoisonnements. Ancien salarié de Limagrain, il y a 15 ans de cela les produits de traitement étaient souvent manipulés sans protection adéquate par les employés. Depuis ça a changé mais combien de personnes sont elles tombés (ou tomberont malades) et sera t-on capable de faire le lien avec les pesticides/fongicides manipulés ?