30/08/2010 à 18h02

Climat : ce que le Giec doit changer pour rester crédible

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

Face aux polémiques, une commission demande au groupe de recherche sur le climat de changer ses méthodes.


Rajendra Pachauri, président du Giec, en octobre 2007 à Bern (Ruben Sprich/Reuters)

Les méthodes du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec), prix Nobel de la paix 2007, ont été passées au crible d'une commission indépendante. Celle-ci fait six recommandations essentielles pour sauver la crédibilité de l'institution, entamée par une série de polémiques récentes.

Le Conseil inter-académique (InterAcademy Council, IAC), composé de quinze Académies des sciences de différents pays, saisi par l'Onu pour analyser les pratiques du Giec vient de rendre son rapport.

Il ne fait pas de cadeau au Giec, sans pour autant donner le moindre avis scientifique sur les conclusions de cette instance scientifique unique en son genre et dont les prédictions sur le réchauffement avaient vocation à orienter les décisions politiques. Sans réel succès, comme l'a montré l'échec du sommet de Copenhague, en décembre.

Des procédures bureaucratiques que le Giec devra revoir

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L'aveu de la bourde sur l'Himalaya, qui avait suivi le « Climategate », avait jeté un froid : dans son dernier rapport, celui de 2007, le Giec annonçait par erreur que les glaciers himalayens pourraient avoir disparu d'ici 2035. La réponse aux critiques sur les différentes erreurs contenues dans ce dernier rapport a été « lente et inadéquate », souligne le Conseil inter-académique.

Au-delà, c'est un ensemble de procédures bureaucratiques que le Giec est lourdement incité à revoir. Depuis sa création en 1988, les structures du groupe n'ont pas évolué alors qu'il est soumis à de plus en plus de pressions émanant de différents groupes d'intérêts.

C'est l'une des raisons pour lesquels, dans un langage très diplomatique, lui sont suggérées un certain nombre de réformes de fond. Les voici.

1

Moderniser l'organisation

Le Conseil inter-académique appelle de ses voeux la création d'un comité exécutif capable de décider au nom du Giec lors des sessions plénières. Ce comité serait composé du président, des vice-présidents en charge des différents groupes de travail, du secrétariat, et surtout de trois membres indépendants extérieurs à la communauté des scientifiques du climat.

Un directeur exécutif prendrait en charge l'organisation au jour le jour et son mandat serait limité à la durée d'un rapport. Si cette réforme avait été appliquée, la réélection de Rajendra Pachauri pour un second mandat en 2008 n'aurait pas été possible.

2

La révision éditoriale

Le Giec se doit, toujours selon ce texte, d'adopter des méthodes rigoureuses pour prévenir tout conflit d'intérêt. Les procédures de révision par les pairs ne sont pas forcément suivies et d'autres sont jugées faibles, et les sujets controversés doivent être rendus comme tels.

Les rôles des relecteurs doivent ainsi être clarifiés afin qu'ils puissent exercer toute leur autorité et que les auteurs prennent en compte leurs remarques et y répondent.

3

Le degré de certitude

Selon l'IAC, tous les groupes de travail devraient remplir une échelle de certitude et définir le degré de probabilité qu'un événement se produise, en fonction des preuves à leur disposition.

L'usage de la « littérature grise », c'est-à-dire de publications n'ayant pas fait l'objet d'une relecture par des pairs, devrait être clarifié et toutes les sources du Giec tracées.

4

La communication

Le manque de stratégie de communication a rendu le Giec particulièrement vulnérable vis à vis des médias et a contribué à une certaine perte de confiance de l'opinion publique dans la parole scientifique.

Le Giec devrait mettre en oeuvre une stratégie de communication qui repose sur la transparence, et des réponses rapides et réfléchies.

5

La sélection des participants

Le Giec devrait rendre plus transparente la procédure de sélection des auteurs, et la diversité des points de vue devrait être respectée.

6

Le résumé à destination des politiques

Le Giec devrait réviser sa procédure d'adoption du « résumé pour les décideurs » qui a parfois tendance à trop réduire la complexité du rapport et à gommer certaines incertitudes.

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  • riverain22
    riverain22
    ingé
    • Posté à 19h34 le 30/08/2010
    • Internaute
      ingé

    Après lecture du rapport, on peut en tirer deux orientations :

    1. Revoir une partie de la logistique interne du GIEC, notamment en termes d'organisation hiérarchique et de stratégie de communication.

    2. Pour une meilleure performance : plus de temps et plus de mains... donc plus d'argent... sachant qu'une partie des relecteurs prennent déjà dans leur temps libre...

    Ce serait bien aussi de rappeler que le GIEC ne produit aucun savoir scientifique, aucun modèle, mais se contente de synthétiser l'état des connaissances et d'en faire ressortir (trop, aux yeux de certains), les consensus.

  • dy
    dy
    • Posté à 19h47 le 30/08/2010

    Public Sénat a rediffusé cette nuit, cette émission (ça commence à 1mn30) :

    Lien

    Pour en revenir à l'article, l'IAC recommande en gros aux scientifiques d'être excessivement rigoureux, ce qui s'entend parfaitement.

    J'ai cependant un peu de mal à imaginer la façon dont les chercheurs vont pouvoir « attribuer » un degré de probabilité aux résultats de leurs travaux .

    L'idée de cette échelle de certitude ne me semble pas super bonne, dans la mesure où elle risque finalement de résumer à elle seule l'étude réalisée, ce qui du coup me semble être un peu contradictoire avec le point 6 qui suggère une simplification moindre des comptes rendus à destination des politiques.
    A propos de ces résumés, V.Pecresse (voir vidéo mise en lien pour les courageux) précisait qu'ils n'étaient pas ce sur quoi se basent uniquement les décideurs pour mener leurs actions, et expliquait qu'elle avait des collaborateurs spécialistes de ses questions scientifiques qui avaient examiné l'ensemble du rapport du GIEC.

  • Sinsé
    Sinsé
    Terrien avant tout ... Parce (...)
    • Posté à 20h27 le 30/08/2010
    • Internaute
      Terrien avant tout ... Parce (...)

    Nous avons beaucoup aimé : « ...surtout de trois membres indépendants extérieurs à la communauté des scientifiques du climat ... “ Et les critères de ces trois membres ?

    De plus, il est quand même surprenant que ce GIEC fasse fit de plusieurs études parue dans Sciences ( Surtout quand on connait le sérieux de cette revue quand à la publication des ‘ articles ( études ) faites par des scientifiques dont justement ces études sont vérifiées, contre vérifiés ... Etc ... Avant parution.
    Lien

    Et souvent ne pas tenir compte de ces différentes expertises concernant le climat

    Un exemple ? Que nous dit le GIEC sur l'acidification des océans par exemple ?

    Certainement pas ce qui est rapporté dans cette article :
    Lien

    Les enjeux, entre autre économico-social, sont trop important.

    Dommage

    Quand à prendre les résultats des enquetes du GIEC pour paroles d’ évangiles dans ce contexte ... Houla ... Chaud devant ... ( c'est le cas de le dire ... : -) ... )

    Cré-@ctivement votre

    El Sinsé

  • ThePhysicist
    • Posté à 21h44 le 30/08/2010

    @Sophie Verney Caillat

    Notons que le point n°5 (l'un des plus crucial) ne sera applicable qu'à partir de l'AR6 donc en 2020 et quelques. Peut-être devriez vous rajouter cette information dans votre article.

    C'est assez honteux comme façon de procéder puisqu'il il suffisait de décaler la désignation des lead authors de 2mois (i.e les vacances d'été) pour les rendre compatible avec la nouvelle procédure. Et on a eu beau leur signaler à maintes reprises, personne n'a bronché.

    « Because the fifth assessment is already underway, it may be too late to establish a more transparent scoping process and criteria for selecting authors. »
    Oh, quel dommage....

    Notons aussi que le point n°2 est une claque magistrale à la procédure passée (et heureusement ! ).

  • Slovan
    Slovan
    Baroudeur
    • Posté à 23h15 le 30/08/2010
    • Internaute
      Baroudeur

    « La réponse aux critiques sur les différentes erreurs contenues dans ce dernier rapport »

    Il n'y a pas « différentes erreurs », mais une seule, une phrase sur un rapport de 500 pages.

    Ce compte rendu de l'ONU est très drôle : on reproche au Giec de ne pas citer leurs sources (ils ne font que ça), de ne pas faire part des incertitudes (ils ne font que ça), et de ne pas faire part des sujets où il existe une réelle controverse (ils ne font que ça).
    Une seule chose que le Giec fait mal et où le reproche est fondé : la com'.
    Mais les premiers reproches s'expliquent alors : Effectivement, le Giec n'a pas réussi à faire passer auprès du public le fait qu'il avait bien sourcé ses affirmations, qu'il avait bien fait part des incertitudes et qu'il avait bien évoqué les controverses.
    Le pire c'est que c'est cela le problème. Le Giec n'a pas su se vendre. Le Giec n'a pas su se défendre contre les contre-vérités dont il a été l'objet.

    Car finalement, le GIEC a oublié que le vrai journalisme scientifique n'existe presque plus.

    J'ai compté exactement sept erreurs commises par le GIEC.

    n°1 : erreur sur l'année de fonte des glaciers de l'Himalaya

    n°2 : croire que les médias liraient vraiment leurs rapports

    n°3 : croire qu'il existait encore des journalistes scientifiques capables, dans chaque média, de comprendre et rendre compte des rapports de Giec (qui sont pourtant accessibles à toute personne ayant eu au moins 12 en physique au bac)

    n°4 : croire qu'un niveau scientifique minimal des médias permettrait de montrer en 5 minutes qu'il n'y avait pas de « climategate », et que le seul « climategate » était la tentative de discréditer le Giec à l'aide d'arguments dignes des théories de complot.

    n°5 : croire que les médias inviteraient sur les plateaux des spécialistes du climat, et non des spécialistes de disciplines sans rapport, voire des non-spécialistes.

    n°6 : avoir eu la naïveté de penser que jamais les médias ne donneraient autant d'écho à la dream-team de clowns médiatiques que sont Allègre/Galam/Courtillot, drôles mais consternants « idiots du village » en mal de reconnaissance.

    n°7 : Avoir cru qu'après une si pathétique couverture scientifique de la question du climat, les médias formeraient leurs journalistes aux bases de la physique, ou que ceux-ci se formeraient eux-mêmes, afin d'être moins ridicules à l'avenir dans leurs futurs articles.

    Et si on commençait à s'améliorer à la rédaction de Rue89 ?

  • ThePhysicist
    ThePhysicist répond à Slovan
    • Posté à 23h22 le 30/08/2010

    « on reproche au Giec de ne pas citer leurs sources (ils ne font que ça), de ne pas faire part des incertitudes (ils ne font que ça), et de ne pas faire part des sujets où il existe une réelle controverse (ils ne font que ça). »

    Vous ne semblez rien connaitre au débat scientifique.

    Les incertitudes varient du tout au tout du draft 1, draft 2, au rapport final (mais vous n'avez lu aucune des versions).

    Les controverses ne sont pas toutes honnêtement restitutées (le problème de divergence -fondamental pour plusieurs des reconstructions millénaires- n'a été reviewé par personne puisque le passage n'a été inclus qu'après le draft 2 et ce malgré la virulente protestations de plusieurs reviewers).

    Ce rapport de l'IAC est plutôt très bon au contraire.

    Par contre sur la nullité des journalistes qui s'accrochent à des points futiles, je rejoins votre avis...