25/08/2010 à 11h48

Pollution : des politiques effarés après avoir testé leur air intérieur

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

Cobaye d'UFC-Que Choisir, la secrétaire d'Etat Chantal Jouanno se découvre victime de la pollution « comme le citoyen lambda ».


Chantal Jouanno à l'Assemblée nationale le 30 mars 2010 (Charles Platiau/Reuters).

Acceptant de jouer les cobayes pour l'UFC-Que Choisir, 34 parlementaires et Chantal Jouanno se trouvent pris à leur propre piège : ils découvrent que leur intérieur est très pollué... de quoi accroître la pression sur le gouvernement ?

« Des centaines de milliers de substances chimiques potentiellement cancérigènes » sont présentes dans les meubles, les sols, les produits nettoyants, les désodorisants selon l'UFC-Que Choisir. L'association de consommateurs a eu l'idée originale de solliciter 150 parlementaires, impliqués dans des commissions sur la santé ou la pollution de l'air, pour qu'ils deviennent des testeurs volontaires.

Trente quatre d'entre eux (vingt UMP, douze PS, deux centristes) et la secrétaire d'Etat à l'Ecologie Chantal Jouanno ont donc installé pendant une semaine, chez eux ou dans leur bureau, deux capteurs. Ils viennent de recevoir leurs résultats : 29 sur 35 sont « mauvais », dont neuf « très mauvais ». Aucun n'obtient de mention « bien ».

« Je suis en danger ! » lance Gérard Bapt, député PS de Haute-Garonne, qui a installé les kits de testing une semaine dans son bureau tout neuf de l'Assemblée, « où personne ne fume ». Il espère que lorsque ses collègues de droite auront tiré les conclusions de leurs propres résultats, cela mènera à une « initiative multipartite ».

« Ça n'a pas de valeur statistique mais démonstrative »

Chantal Jouanno n'a pas souhaité s'exprimer sur la pollution intérieure de sa maison et a seulement promis une meilleure surveillance de ces polluants. Mais Olivier Andrault, chargé de mission à l'UFC-Que Choisir estime que les réformes vont trop lentement :

« Le Grenelle de l'environnement a prévu un étiquetage des polluants contenus dans les produits. Mais les industriels sont déjà en train d'intervenir pour que le consommateur soit trompé.

Il faudrait notamment des incitations financières à l'installation de ventilations mécaniques contrôlées (VMC) double flux, car c'est un vrai problème de santé publique. »

Les parlementaires, pourtant sensibilisés à cette question par leur travail, sont globalement surpris des mauvais résultats. « Comme le citoyen lambda, ils ne savent pas ce qui pollue chez eux ni que l'air qu'ils respirent à l'intérieur est plus pollué qu'à l'extérieur ! Ça n'a pas de valeur statistique mais démonstrative », commente l'UFC, contente de son « coup médiatique ».

A droite, François Grosdidier, député UMP de Moselle, n'est pas gêné de « servir la cause » de l'association et pense que « vu la pression des lobbies, il faut en mettre au moins autant, même si le gouvernement est frileux, il faut concrétiser le Grenelle ».

Georges Colombier, député UMP de l'Isère, ravi de cette évaluation « gratuite » de son logement, va « écrire à Chantal Jouanno » pour lui demander de s'engager sur ce sujet. Personnellement, il est surpris de découvrir que, même en habitant « en pleine campagne », son logement concentre quatre fois plus de benzène que la valeur repère fixée par la réglementation (2 µg/m3). Il veut maintenant mieux comprendre :

« Mes fenêtres sont tout le temps ouvertes, alors peut-être que cette pollution vient de l'extérieur, de l'aéroport Lyon-Saint-Exupéry qui n'est pas loin. »

« Changer mes meubles récents »

Le député PS Christophe Caresche, une fois qu'il aura pris les mesures nécessaires pour diminuer la pollution dans son appartement, pense qu'il faudra réfléchir à « une proposition de loi sur le sujet, il faudra peut-être interdire certaines substances ou certains produits s'ils sont trop dangereux. »

Coté écolos, le Vert Yves Cochet analyse l'excès de formaldéhyde dans son appartement :

« Ce ne peut pas être les produits d'entretien, car chez nous tout est bio. Ça doit donc provenir des meubles type Ikea, récents, qui contiennent des colles. L'appartement est récent et correctement ventilé. J'ai l'intention de les changer. »

Lui trouve l'initiative « excellente » car les parlementaires reçoivent « des dizaines de communiqués par semaine, or là on le subit dans notre chair, notre vie quotidienne, c'est pas du baratin. » Il estime que la méthode est particulièrement « efficace pour inciter à voter des lois contraignantes vis à vis des industriels. Les parlementaires UMP sont pris au piège ! »

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  • Homere elmero
    Homere elmero
    communiste primitif
    • Posté à 11h59 le 25/08/2010
    • Internaute
      communiste primitif

    Et sur la bouffe, ce serait bien de faire une etude similiare sur ce que mangent ces 150 parlementaires : ils croyaient y echapper ? Ahahah, meme le caviar est pollué !

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 12h28 le 25/08/2010
    • Internaute
      Prisonnier dans le village (...)

    « les produits nettoyants, les désodorisants » ..

    Les plus pollués, c'est les appartements ou tout est nickel, si je comprends bien ..

  • Xavier Denamur
    Xavier Denamur répond à Tita
    Restaurateur
    • Posté à 12h29 le 25/08/2010
    • Internaute
      Restaurateur

    Un brin de poussière dans les rouages du système ne permettra pas de contrer tous les lobbies mais le fait qu'une saine brise de conscience souffle dans nos têtes nous fera changer nos habitudes de consommation et nous poussera à exiger auprès de nos représentants qui naviguent au gré des vents des mesures plus radicales en termes d'écologie.

  • karlM
    karlM répond à plataneforever
    Précaire
    • Posté à 12h42 le 25/08/2010
    • Internaute
      Précaire

    L'ingénieur agronome Claude Bourguignon est spécialiste de la microbiologie des sols. Il a bien voulu communiquer la recette de la tarte aux cerises achetée en grande surface, en adepte de révolution verte qui lutte contre l'effet de serre.
    Histoire de la Farine
    Les grains de blé ont été enrobés d'un fongicide avant semis. Pendant sa culture, le blé a reçu de deux à six traitements de pesticides selon les années, un traitement aux hormones pour raccourcir les tiges afin d'éviter la verse et une dose importante d'engrais : 240kg d'azote, 100kg de phosphore et 100kg de potassium à l'hectare. Dans le silo, après récolte, les grains sont fumigés au tétrachlorure de carbone et au bisulfite de carbone puis arrosés au chlopyriphosméthyl. Pour la mouture, ma farine reçoit du chlorure de notrosytel. Puis de l'acide ascorbique, de la farine de fève, du gluten et de l'amylase. La poudre levante est traitée au silicate de calcium et l'amidon est blanchi au permanganate de potassium. Les corps gras reçoivent un antioxydant comme l'hydroxytoluène de butyle et un émulsifiant type lécithine.

    Histoire de la crème

    Les oeufs proviennent d'un élevage industriel où les poules sont nourries aux granulés contenant des antioxydants (E300 à E311), des arômes, des émulsifiants comme alginate de calcium, des conservateurs comme l'acide formique, des colorants comme la capsanthéine, des agents liants comme le lignosulfate et enfin des appétants pour qu'elles puissent avaler tout ça comme l'acide cholique et une enzyme pour retirer le sucre du blanc.
    Le lait provient d'un élevage industriel où les vaches reçoivent une alimentation riche en produits chimiques : des antibiotiques comme le flavophospholipol (E212) ou le monensin- sodium (E714),des antioxydants comme l'ascorbate de sodium (E301), l'alpha-tocophérol de synthèse (E307), le buthyl-hydrox-toluène (E321) ou l'éthoxyquine (E324),
    des émulsifiants comme l'alginate de propylène-glycol (E405) ou le polyèthylène glycol (E496), des conservateurs comme l'acide acétique, l'acide tartrique (E334), l'acide propionique (E280) et ses dérivés (E281 à 284), des composés azotés chimiques comme l'urée E801), ou le diurédo-isobutane(E803), des agents liants comme le stéarate de sodium, des colorants comme le E131 ou 142 et enfin des appétants pour que les vaches puissent manger tout cela comme le glutamate de sodium.

    Les huiles ont été extraites par des solvants comme l'acétone puis raffinés par l'action de l'acide sulfurique, puis lavage à chaud, neutralisées à la lessive de soude, décolorées au bioxyde de chlore ou au bicarbonate de potassium et désodorisées à 160°C avec du chlorure de zinc. Enfin, elles ont été recolorées à la curcumine.

    La crème, une fois obtenue, elle reçoit des arômes et des stabilisants comme l'acide alganique (E400)

    Histoire des cerises

    Les cerisiers, ont reçu pendant la saison entre 10 et 40 traitements de pesticides selon les années.Les cerises sont décolorées à l'anhydride sulfureux et recolorées de façon uniforme à l'acide carminique ou à l'érythrosine. Elles sont plongées dans la saumure contenant du sulfate d'aluminium et à la sortie elles reçoivent un conservateur comme le sorbate de potassium (E202). Elles sont enfin enduites d'un sucre qui provient de betteraves qui, comme le blé, ont reçu leur dose d'engrais et de pesticides.
    Le sucre extrait par décantation à la chaux et à l'anhydridesulfureux puis décoloré au sulfoxylate de sodium, puis raffiné au norite et à l'alcool isopropylique. Il est enfin azuré au bleu anthraquinonique.
    Bon Appétit !

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 12h53 le 25/08/2010

    « Les parlementaires, pourtant sensibilisés à cette question par leur travail, sont globalement surpris des mauvais résultats. “

    Soit ils se foutent du monde, soit ils sont incompétents, ou les deux.
    Jouanno en tête.

    Ca fait au moins quatre années que la pollution domestique est au centre d'un lobbying intense de la part des pollueurs visant à vider de son sens la réglementation européenne REACH
    Lien

    Une étude sanguine de 2004 effectuée sur des parlementaires européens entre autre, avaient montré le nombre de substance plus ou moins cancéreuses dont il (le sang) était porteur.

    Lien

    Y figuraient les produits d'entretien, les parfums, les produits de décomposition de la colle (moquette aglomérés), formaldéhydes, etc..

    Dans une dizaine d'année en étant optimiste, ils découvriront que les déchets nucléaires sont un problème aigu et que l'air, oulala, ça urge.

  • aline
    • Posté à 13h33 le 25/08/2010
    • Internaute

    C'est vraiment cocasse lorsque madame Jouanno découvre, à travers sa propre expérience, l'air que respire le peuple qui vit dans des conditions bien plus précaires qu'elle-même.
    Ca ressemble à la - première et dernière - visite du premier ministre, Edouard Balladur, dans le métro parisien en novembre 1993.
    Ou lorsque le Roi et ses Princes visitaient les vilains et les serfs dans les champs…

  • jerome-g
    • Posté à 14h07 le 25/08/2010
    • Internaute

    Beaucoup d'élus sont complètement à la traine pour tous les problèmes liés à ces pollutions. Comme pour les biberons au BPA, il ne faut pas attendre que les élus légifèrent : c'est au consommateur de se renseigner, d'acheter en conséquence, ce qui fera changer les modes de fabrication des industriels.
    Par exemple, en pharmacie on a vu apparaitre des biberons sans BPA avant l'interdiction de cette substance, car il y avait une demande des consommateurs. La loi est toujours en retard. Idem avec les poêles anti-adhésives.
    Le problème est que se renseigner prend du temps.

    Et puisqu'on nous gonfle avec le trou de la sécu, cela m'intéresserait de connaître les répercussions en terme de dépenses de santé de toutes les substances que les industriels mettent dans les produits ou dans les aliments.
    Enfin, tant que ça augmente le PIB, tout va bien...

  • Caniveau89
    • Posté à 14h26 le 25/08/2010
    • Internaute

    ENCORE UNE BELLE INTOX !

    Tout est cancérigène, les amis... tout... c'est une question de dose, de durée d« exposition, de site d'exposition...

    Alors, qu'il y ait des substances cancérigènes dans l'environnement, c'est un peu comme le risque cancérigène du barbecue : au bout de dizaines d'années si vous en mangez tous les jours si si si... mais en pratique, en tous cas chez nous en France, personne n'est vraiment concerné !

    La technique du principe de précaution est à la mode et permet de faire travailler du monde en même temps qu'elle est économiquement stupide... par exemple la réfection complète du parc d'ascenseurs pour 8 milliards d'euros (3 morts seulement) ou les systèmes de sécurité des piscines pour 1,8 milliards d'euros (35 morts par an avant, 29 morts par an après).

    Les gourous du lobying écologiste ont encore frappé !
    Il va y avoir des lois pour interdire tout ce qu'ils ont décidé d'interdire, par précaution, en toute mauvaise foi et avec une bonne intox !

  • gerfaut32
    gerfaut32
    indépendant
    • Posté à 14h44 le 25/08/2010
    • Internaute
      indépendant

    Il faudrait notamment des incitations financières à l'installation de ventilations mécaniques contrôlées (VMC) double flux, car c'est un vrai problème de santé publique.

    La VMC double flux n'est utile par rapport à une simple flux que pour lutter contre les pertes d'énergie l'hiver (on aspire l'air pollué mais chaud du logement pour le remplacer par de l'air venant de l'extérieur, donc froid. La double flux permet de chauffer l'air entrant avec les calories de l'air sortant).
    Pour lutter contre la pollution intérieure, les deux équipements se valent. Mais reste aussi à lutter contre la pollution extérieure car l'air entrant n'est pas toujours très respirable (surtout en ville) et les appartements concentrent ainsi des polluants intérieurs et extérieurs !