20/08/2010 à 19h31

« Décroissance », le mot qui met les écolos en ébullition

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89


(De Nantes) « Le terme de décroissance a au moins un mérite aujourd'hui, c'est qu'il remplit les salles », se réjouit Paul Ariès, politologue, à la tête du mouvement des « objecteurs de croissance ». Invité à débattre aux Journées d'été Verts-Europe Ecologie, à Nantes, il est vainqueur à égalité à l'applaudimètre avec... Corinne Lepage, l'ancienne ministre de l'Environnement de Jacques Chirac, récemment démissionnaire du MoDem.

C'est son camarade Yves Cochet, « écolo de souche » et vieux théoricien de la fin de la croissance qui l'a invité, au grand dam de Dany Cohn-Bendit, déjà exaspéré lors du premier jour de ces rencontres par l'incantation « anticapitaliste » de Jean-Vincent Placé, numéro deux des Verts. Dany avait boudé et filé à la plage, puis au théâtre.

Dans l'amphi bondé de près d'un millier de sympathisants venus de toutes les familles de l'écologie politique, chacun semble d'accord sur le constat que « la décroissance est une réalité qui s'impose », mais entre l'avocate centriste et l'apôtre de la décroissance, il y a un monde.


Corinne Lepage aux Journées d'été Les Verts-EE à Nantes le 20 août 2010 (Sophie Verney-Caillat/Rue89)

Corinne Lepage, en pleine opération séduction, se la joue modeste et s'attend à se faire huer à chaque phrase. Elle fait le plus grand pas possible en direction de la frange rouge d'Europe Ecologie :

« J'arrive, au bout de trente-cinq ans de combat écologique, au constat que le développement durable nous propose de continuer avec un modèle qui ne tient pas la route.

Je n'aime pas le terme de croissance, je ne l'emploie jamais. Mais il est impossible à court terme d'instaurer la décroissance. »

« Des slogans qui ont une barbe incroyable »

Son discours rejoint largement celui de Daniel Cohn-Bendit. Je le croise errant comme une âme en peine dans les couloirs de la fac de droit, un peu plus tôt dans la matinée. Il refuse lui aussi de se laisser enfermer dans le débat croissance/décroissance :

« On a besoin d'une transformation écologique des entreprises, ça ne se fera qu'avec des entrepreneurs. L'anticapitalisme, c'est la recherche de slogans qui ne fonctionnent pas.

L'attraction d'Europe Ecologie, c'est d'accepter la complexité. On ne réduit pas cette complexité en sortant des slogans qui ont une barbe incroyable. Si on a envie de ça, on revient à 1,5% des voix. »

La position de l'eurodéputé José Bové n'est pas si éloignée. Sans s'être concerté avec son camarade de Strasbourg, il lance :

« Le terme de décroissance a été un très bon slogan coup de poing face à tous ceux qui croyaient au dogme de la croissance, indépassable. Ecrouler ce mythe, c'était important mais la réponse n'est pas dans le slogan.

Il faut se demander comment on fait croître la solidarité, la défense de la planète, une économie plus sobre et comment on fait décroître l'impact sur le climat, etc. Il n'y a pas une réponse en noir et blanc, pas un mot qui peut résumer tout. »

A la tribune aux cotés de Corinne Lepage, le député de Paris Yves Cochet réjouit les militants lorsqu'il dénonce « la croissance actuelle au sens d'Aubry et de Fillon qui est antisociale, anti-économique et anti-écologique. » Et de proposer, puisque « la décroissance est notre destin », quatre solutions :

  • l'autosuffisance locale et régionale ;
  • la décentralisation géographique des pouvoirs ;
  • la relocalisation économique ;
  • et la planification démocratique.

« Il faudra rompre vite et fort avec le capitalisme »

Invitée, la sociologue (proche du PS) Dominique Méda, qui a longuement réfléchi sur la question des indicateurs de richesse, ne voulait pas du terme de décroissance jusqu'à ce qu'elle lise l'ouvrage de l'économiste britannique Tim Jackson « Prospérité sans croissance, transition vers une économie durable ». Celui-ci l'a incitée à aller « vite et fort vers la décroissance. Mais pour cela, il faudra rompre vite et fort avec le capitalisme. Et est-ce que les gens vont accepter d'avoir beaucoup moins de revenus ? »


Paul Ariès aux Journées d'été Les Verts-EE à Nantes le 20 août 2010 (Sophie Verney-Caillat/Rue89)

Les questions des revenus et de la popularité n'inquiètent pas du tout Paul Ariès. Dans le programme politique qu'il s'apprête à proposer à tous les partis de gauche, il veut un revenu garanti (élevé) et versé en partie en « droit de tirage sur les biens communs », et un revenu maximal autorisé.

Haranguant la foule avec un vrai talent d'orateur, Paul Ariès lance :

« Il faut rendre la décroissance désirable, sinon nous n'arriverons pas à convaincre les gens de peu que la décroissance économique est une croissance en humanité. Le bon combat n'est pas de manifester pour le pouvoir d'achat mais d'étendre la sphère de la créativité. »

Et de conclure, en forme de quasi-menace :

« Il y aura des gagnants et des perdants, il s'agit de savoir lesquels et de se ranger dans le bon camp. »

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  • sitoihien
    • Posté à 21h37 le 20/08/2010
    • Internaute

    Daniel Cohn Bendit est allergique a la décroissance puisqu'il est pour le capitalisme vert alors que Paul Ariès est contre

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    Voir aussi une vidéo ou Paul Aries fait l'éloge de la gratuité

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    Et la vidéo dans « ce soir ou jamais » ou il est en débat avec Alain Madelain

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  • VinceDeg
    • Posté à 06h41 le 21/08/2010
    • Internaute

    En fait, la croissance (ou la décroissance) est subjective, elle dépend de ce que l'on évalue, ce que l'on mesure. Pour l'instant, on a une définition très frustre et écono-centrée de la croissance : il ne s'agit que de l'augmentation d'un indicateur, le PIB. Or pour la même évolution des faits, en fonction de l'indicateur que l'on choisit, on peut considérer que l'on est en croissance ou non...

    Quand on pense que le projet de sociéte actuel, quelque part, se résume à l'augmentation d'un seul chiffre, le PIB... Et quand on sait tout les partis pris qui sont faits lors de sa mesure... Exemple (j'invente) : on doit soigner de plus en plus de problèmes de dos dus aux conditions de travail, ben en fait, ça crée d'avantage d'activité chez les médecins, donc contre-intuitivement c'est de la croissance. Autre exemple con sur comment est calculé actuellement le PIB : les économistes considèrent une maison comme un facteur de production - d'hébergement - et quand vous êtes propriétaires ils comptent quand même un loyer virtuel que vous vous versez à vous mêmes tous les ans comme création de richesse dans le calcul du PIB national. Par contre, un parent au foyer qui élève ses gosses n'est pas décompté comme création de richesse. Etc.

    Je crois que nous pourrions facilement conclure que nous sommes actuellement dans une société en décroissance, qui épuise son « capital » le plus important, la Nature, rien qu'en intégrant les externalités environnementales de l'activité économique comme des coûts dans le calcul du PIB. Et donc, il faudrait inverser la vapeur pour retrouver le chemin de la croissance.

    Bref, changeons les lunettes. Parce que si, il faut de la croissance. Mais il s'agit de la croissance du bien-être (avant tout), des libertés, de l'égalité des chances, de la création culturelle, de la biodiversité, de la qualité de notre environnement, de la qualité de nos aliments... Ce sont les objectifs de fond que notre société recherche, je crois, non ? Le développement de l'activité économique n'a pas comme objectif principal d'accroitre notre bien-être ? Or au pifomètre, comme ça, en regardant indépendamment chacun de ces indicateurs de croissance, je dirais que depuis que je suis petiot l'on décroit. Argh.

    Une phrase qui m'a fait tilter dans l'article :
    « On a besoin d'une transformation écologique des entreprises, ça ne se fera qu'avec des entrepreneurs. L'anticapitalisme, c'est la recherche de slogans qui ne fonctionnent pas. » (Cohn-Bendit)

    Je suis d'accord avec la première partie. Globalement, si l'on pense que la société doit être transformée, que l'activité économique doit être toute autre que celle qui existe actuellement, pour passer de la situation « A » à la situation « B » (oui, le plan B, tout ça) il faudra bien des personnes qui entreprennent, qui créent les nouvelles entreprises, transforment les existantes, etc.

    Par simple logique, l'entrepreneuriat (enfin, un certain type d'entrepreneuriat) devrait être vu comme une qualité et promu par les militants de gauche et écologistes, qui désirent un changement de la société. Or j'ai l'impression que quelque part, le militant de gauche, aujourd'hui, renvoie à la société une image frileuse, presque conservatrice, qui face à des changements qui ne lui conviennent pas (avec raison) défend le « comme avant », le « non recul » (des acquis sociaux, etc), au lieu de proposer un autre « en avant ».

    Par contre, la deuxième partie, « l'anticapitalisme, c'est la recherche de slogans qui ne fonctionnent pas », c'est du Cohn-Bendit dans ses mauvais moments. Franchement, faut pas aller très loin pour voir qu'il y a quelque chose qui fondamentalement déconne grave dans le capitalisme actuel. Oui, le capitalisme a de très gros avantages - et face à un système centralisé et planifié de type URSS, c'est clair que le capitalisme l'emporte. Mais, par exemple, l'équilibre des pouvoirs au sein d'une entreprise entre les travailleurs, l'entrepreneur et celui qui apporte le capital est très largement en défaveur des deux premiers sous le seul prétexte que le troisième « prend des risques ». Joli, le système ou la possession de l'argent amène l'argent. Où les activités ne sont pas dirigées vers là où il y a des besoins mais vers là où on peut se faire des thunes. Au niveau mondial, on va pas dire que c'est une méga réussite quand on considère qu'on a deux milliards d'êtres humains malnutris, qu'on est en train de bousiller les écosystèmes et de détraquer le climat, d'éliminer la diversité de cultures, etc . Enfin bref, le capitalisme en l'état n'est pas acceptable à long terme. Il faut savoir le dire même si l'on n'a encore rien de mieux à proposer.

  • Enki
    • Posté à 10h57 le 21/08/2010

    Consommer moins pour consommer mieux.
    Travailler moins pour travailler mieux.
    Consommer et travailler moins pour vivre plus.

  • zeauro
    zeauro
    être humain
    • Posté à 12h34 le 21/08/2010
    • Internaute
      être humain

    Conseil aux thérociens de la décroissance :
    Changez le nom de la franchise.

    Parlez de croissance sociale ou humaine pour passer à la télé.

    Décroissance a une connotation de régression trop effrayante.

    Le capitalisme n'est pas un vecteur de progrès technologique. Le progrès se fait malgré lui.
    Ce n'est qu'une fois qu'un outil a démontré son efficacité qu'il bénéficie du soutien du système.
    L'entretien, la recherche ou la prévention pourtant essentiels ne seront jamais considérés comme des priorités à financer par les terminaux des traders.
    Aujourd'hui ,nous possédons d'incroyables outils de communication nous permettant de diffuser très largement nôtre savoir.
    Les utiliser pour faire des réseaux sociaux permettant de gérer nos productions en fonction de nos besoins à l'échelle d'une ville, d'un quartier, d'un département ne me paraît pas utopique ou illusoire.

    Nous n'avons pas besoin de gâcher des ressources avec des unités de productions sortant des millions de produits par jours pour on ne sait où, quand et quel usage. Probablement une grande partie est invendue, volée ou perdue.
    Le capitalisme n'offre aucune garantie malgré sa loi d'offre et du marché contre la corruption ou la détérioration due aux transports.

    La mondialisation augmente les intermédiaires et donc les coûts en terme de travail humain.
    Les chinois ne sont pas plus idiots que nous et leur ingénieurs valent les nôtres. Le dumping social ne va pas forcément se stabiliser tout seul et pourrait se mettre à osciller indéfiniment sans décision politique.

    Nous avons tout intérêt à démontrer qu'une société de luxe et d'abondance est possible en créant des industries artisanales, des unités de productions de l'orde de la centaine ou de quelques dizaines de produits/jour. Faible prod, faible impact local niveau pollution. Moins de temps pour le faisonnement, plus de temps pour le raisonnement. Moins de standardisation, plus de personnalisation. Produire moins peut être synonyme d'élévation de la qualité de vie.

    Toutes les personnes sans formation au chômage ne sont pas douées pour la vente. C'est pourtant le seul boulot au quel, elles peuvent accéder sans formation à payer de leur poche.
    Je ne veux pas vivre dans une France qui ne soit que la boutique de luxe chargé de vendre des produits fabriqués en Inde et en Chine ou dans un parc d'attraction pour touristes.

    Utiliser les compétences que le privé néglige dans un service civil systématique ouvrant des droits pour la retraite serait plus humain que la solution actuelle. Aujourd'hui, on culpabilise les chomeurs sans réellement tenter de les réinsérer pour mieux les stigmatiser. Le harcèlement moral ne s'arrête pas avec le licenciement. Ils en arrivent à bosser au noir voire gratuitement lorsque leur estime de soi a totalement disparu.
    Autant qu'ils le fassent dans une association avec un minimum de reconnaissance sociale.

    Il me semble tout à fait possible de créer une société mixte ou l'adhésion à l'économie de marché n'est pas un choix imposé au niveau national.

  • Alain34
    • Posté à 14h17 le 21/08/2010

    Le terme « décroissance » est un piège.

    Ça veut tout et rien dire mais surtout ca fait peur.
    Avant de parler de décroissance il faudrait déjà chercher et surtout parvenir a ralentir la croissance et surtout a mieux en répartir les fruits.
    Il faut avant tout une croissance raisonnée,raisonnable et équilibrée. Relocaliser les productions, produire de façon durable et propre et vendre les choses a leur juste prix.

    Alors oui, le monde est fini et la « croissance » ne peut pas être éternelle. Mais on vit dans une société mondialisé et le problème est mondial. Ce n'est pas un pays dans son coin qui va pouvoir changer les choses, ce serait vain et surtout son peuple n'accepterait pas de vivre a la marge.

    Les sommets genre Copenhague pour essayer de changer les choses sont une bonne idée, mais s'attaquent aux mauvaises causes, en fait ils cherchent a s'attaquer aux conséquences du problème. La pollution, l'éventuel changement climatique qui va avec, la gestion de l'eau, de la nourriture, etc etc... ne sont que des conséquences.
    Et là, vous allez me dire, oui, la cause : le capitalisme.
    Oui et non. Déjà, il faudrait savoir de quel capitalisme on parle. C'est un mot fourre tout qui englobe trop de choses différentes.
    Le capitalisme permet l'esprit d'entreprise, de récompenser ceux qui ont des idées, prennent des risques, font avancer les choses.
    Par contre il faut le RÉGULER !
    Il faut empêcher la corruption, la spéculation et tout ce qui permet a certain d'obtenir pouvoir et argent sur le dos des autres sans rien apporter à la société. Les paradis fiscaux, les structures types holdings, les sociétés qui se contrôles les unes les autres, etc etc...

    Il est aberrant qu'une héritière soit a la tête d'une fortune de 14 milliards d'€uros et tienne les rennes d'une des plus grosse société d'un pays. C'est obscène. Qu'elle ait de quoi vivre confortablement jusqu'à la fin de sa vie, pourquoi pas, 50M€ serait largement suffisant !
    Quoi qu'il en soit, il est anormal qu'une personne puisse accumuler une telle fortune « honnêtement » ! Si une société marche bien, il faut que ceux qui y travaillent ait leur part du gâteau, que les matières premières soient achetés au juste prix et que les produits quelle vend le soit aussi au juste prix. A partir de là, impossible d'accumuler des fortunes colossales (et le pouvoir qui va avec) !

    Il faut mériter ce que l'on possède et en même temps, il faut que tous puissent vivre dignement.

    Mais tout cela doit se faire au niveau MONDIAL sinon ca ne sert a rien !

    Bref, tout ca pour dire quoi ?
    Que la décroissance, le type de société, etc etc.. n'est plus un problème national. Ça l'était il y a 100 ou 50ans, mais c'est fini, même au niveau Européen.
    La France, elle a besoin de quelqu'un de droit, honnête et qui porte les bonnes valeurs.
    1/ Pour qu'en interne on vive mieux (ensemble et avec la nature)
    2/ Pour essayer de faire bouger les choses dans le bon sens au niveau international.

    Présenter un programme sur la décroissance et autres utopies est le meilleur moyen de laisser la places aux arrivistes et affairistes habituels.