27/07/2010 à 15h48

Bové : « Les farines animales, un risque qui ne vaut pas le coup »

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

L'Europe remet en cause certaines des mesures prises contre la vache folle. Une mauvaise idée selon l'eurodéputé Europe Ecologie.


José Bové aux Journées d'été des Verts à Toulouse, le 5 janvier 2009 (Audrey Cerdan/Rue89).

Les farines animales ont été interdites en 1990 au nom du principe de précaution, à l'époque du choc provoqué par la maladie de la vache folle. Alors que la maladie est en train de disparaître en Europe, la Commission européenne propose d'abandonner certaines mesures prises à l'époque, notamment lever l'interdiction du recours à certaines farines animales pour l'alimentation des non-ruminants (porcs, volailles, poissons).

En France, le ministère de l'Agriculture va faire évaluer les dangers éventuels et jure au Parisien que « s'il y a des incertitudes, on ne prendra aucun risque ».

José Bové, comme d'autres experts de l'agriculture, s'inquiète de la traçabilité de la filière et pense que « le risque ne vaut pas le coup » parce que les garanties manquent :

« [Si la Commission européenne autorise ces farines] on risque de les retrouver chez nous, même si on ne les autorise pas nous-mêmes.

On a déjà vu les gros fabricants britanniques de farines animales utiliser des filières pour passer par la Belgique, la Hollande, l'Espagne... »

Bové veut que l'Europe produise elle-même ses protéines

Surtout l'ancien leader de la Confédération paysanne souhaite déplacer le débat et juge qu'« il n'est pas nécessaire de réintroduire les farines animales ».

La Commission européenne serait selon lui prompte à céder aux pressions des « entreprises qui ne savent pas quoi faire de leurs stocks, et veulent rentabiliser les déchets », mais pas à se saisir du dossier politiquement. Comme l'a souligné l'AFP, « la principale organisation d'agriculteurs européenne, la Copa-Cogeca, s'est réjouie de ces propositions, en particulier concernant les farines animales et les tests ».

José Bové propose que l'Europe produise elle-même les protéines végétales dont ses ruminants ont besoin :

« Il faudrait remettre en cause les accords de Blair-House signés en 1992 et par lesquels l'Europe a accepté de limiter son soutien aux cultures de protéine végétale et s'est engagée à importer du soja américain sans droits de douane.

Avec une meilleure utilisation du colza et une reconversion de seulement 7% des surfaces en céréales, on pourrait réduire nos importations de protéines animales de 41%, c'est le ministère de l'Environnement français qui le dit. Sauf que quand j'ai interpellé Barroso [président de la Commission européenne, ndlr] sur ce sujet, il s'est mis en colère et m'a dit qu'il ne remettrait jamais en cause ces accords. »

Le débat risque d'être chaud à la rentrée.

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  • Leto Atréides
    • Posté à 16h52 le 27/07/2010
    • Internaute
      Duc

    C'est moi où c'est quand même une idée étrange de nourrir des poulets avec du bœuf ? ?

    je veux dire, à part pour écouler le stock de déchets, c'est quelque part contre nature, non ? ...et je ne parle pas de l'idée de donner de la vache à des vaches, même s'il semble que ça ne soit plus à l'ordre du jour.

  • Vicfer-
    • Posté à 17h12 le 27/07/2010

    Un des plus grands problèmes de la Commission européenne est qu'elle est obsédée par un dogme, qui est à peu près le suivant : « objectif numéro 1 = prix le plus bas pour le consommateur/ moyen : libéralisation des échanges pour augmenter la concurrence entre les produits et faire baisser les prix ».
    Elle ne prend jamais en considération les questions d'emploi. Pourtant, même si les coûts sont parfois plus élevés, il peut être souhaitable de protéger par des droits de douane les produits européens.
    Elle ne prend pas non plus en compte les questions de qualité des produits. Deux raisons : (1) le personnel de la Commission est suffisamment bien payé pour s'offrir des produits de qualité, les pauvres peuvent se contenter d'ogm et de steaks recomposés avec de la colle alimentaire. (2) La bonne cuisine est une spécificité de l'Europe latine dont se moquent les anglais, allemands, suédois ou autres hollandais (il doit, au passage, sans doute y avoir un lien entre le fait que ces peuples sont adeptes du tourisme et le fait qu'il est impossible de trouver un jus d'orange potable dans buffets petits déjeuner des hôtels, où que les hôteliers se sentent obligés de mettre des glaçages sur les croissants.. EUrrk ).

  • Tom_Verlaine
    Tom_Verlaine répond à AlexMomo
    Dubitatiste
    • Posté à 17h33 le 27/07/2010
    • Internaute
      Dubitatiste

    Il doit manger trop de viande rouge...

    Concernant l'article, c'est vrai qu'il y a de quoi s'alarmer. Néanmoins, le bétail n'est-il pas aujourd'hui nourri par des farines de poisson ce qui permet ainsi d'éliminer les surplus de la pêche (tant qu'il en reste) ?

    A la vitesse à laquelle on va, on va bientôt transformer les morts des pays du tiers monde en farine pour avoir notre bon steak de riche dans notre assiette !

  • guillemet underscore
    • Posté à 20h04 le 27/07/2010

    Il n'y a plus de maladie parce qu'on a interdit les farines animales.
    Réautorisons les farines animales et cela recommencera.
    Quand on a vu les malhonnêtetés de certains industriels, il n'y a aucun doute qu'aucun contrôle ne pourra empêcher le retour d'épidémies graves.

    Savez-vous que, par exemple, certains fabricants de nourriture pour chiens et chats utilisent les cadavres d'animaux euthanasiés et/ou morts de maladies (cancer, rage, ...) qui sont récupérées chez les vétérinaires alors que ces cadavres sont censés être incinérés ?
    Lien

  • Parisienne de Xian
    • Posté à 00h07 le 28/07/2010
    • Internaute

    D'un côté il y a les Amériques, du nord au sud, ce qui inclut les ogm, l'abattage de milliers d'hectares pour le soja, des « ouvriers » brésiliens qui sont des esclaves au sens le plus strict du terme (avec gars à cheval ou en pick-up qui leur tirent dessus s'ils tentent de s'échapper... lire ou voir les témoignages du prêtre belge, avocat, qui les défend....sa tête est mise à prix).
    Pas sûr que les Allemands continueraient à acheter tranquillement des barquettes de boeuf brésilien s'ils savaient dans quelles conditions d'esclavage et de meurtres elles sont produites....
    Les proprios, directement issus de la colonisation et des dictatures militaires qui sont encore très très influentes au parlement brésilien, ne sont pas des paysans, loin de là : de grandes familles, dont les intérêts sont placés dans les banques de Miami.

    De l'autre côté de l'Altantique, les choses sont plus compliquées, avec 27 pays aux intérêts plus ou moins communs, sachant que peu de pays peuvent simplement nourrir leur population. Plus facile de critiquer de que faire...

    Les farines animales, c'est une question de quelques centimes dans le coût de production, mais tout le monde regarde fixement ces quelques centimes. Vu le chômage et l'évolution du pouvoir d'achat, ça se comprend... sauf à mettre « la poule au pot » tous les dimanches. Traduction : manger de la viande (et encore... de la volaille, la viande la moins chère) une fois par semaine. A l'époque c'était un progrès immense.
    Une utopie toujours valable de nos jours pour un bon tiers des humains de cette Terre.

  • Ftannenberg
    • Posté à 14h42 le 28/07/2010

    Il est tout de même incroyable qu'après la crise de la vache folle et les dégâts causés, notamment au Royaume-Uni par la maladie du prion, on relance ce débat. Pourquoi faudrait-il nourrir même quelques espèces non ruminantes avec des farines animales ? Depuis quand le poulet a-t-il besoin de ce type d'alimentation ? ….bien sûr, depuis que l'on a décidé qu'il fallait que la volaille engraisse au plus vite, dans des conditions hallucinantes, pour en produire assez à des prix cassés….On connait les termes de l'équation. Conclusion : les plus pauvres mangeront du poulet éventuellement contaminé.

    On aurait pu penser que la catastrophe sanitaire de la « viande folle » aurait laissé des traces et provoqué un abandon définitif de pratiques criminelles. Eh ben, non…la Commission européenne propose, en toute impunité, des aménagements. En toute impunité parce qu'elle n'est jamais vraiment responsable de ses actes….

    Rappelons que ce même collège non élu, désigné par les gouvernements après des tractations de boutiquier, s'était emparé spontanément du sujet - ô combien prioritaire en ces temps de crise mondiale - de la définition du vin rosé….Personne ne lui avait rien demandé, surtout pas les pays où se produit ce type de vin…Qu'à cela ne tienne ! Elle a tout de même proposé que l'appellation « rosé » puisse être concédée à ceux qui voudraient mélanger vin rouge et vin blanc….Elle était sûre ainsi de ruiner les efforts de milliers de viticulteurs qui se consacraient, depuis des années, à l'amélioration d'un type de vin qui avait fort mauvaise réputation dans le passé.

    Devant l'énormité de la proposition, il a fallu la mobilisation de plusieurs Etats pour qu'elle soit abandonnée.

    Tout cela renforce l'impression que cette Commission (comme les précédentes), vit sans dans son île bruxelloise, assiégée par les lobbys les plus divers, très loin des préoccupations des citoyens qui découvrent avec stupéfaction des propositions qui n'ont ni queue ni tête…et qui dans ce cas, pourrait même mettre leur santé en danger. Encore bravo !