17/06/2010 à 12h14

BP en Alaska : des installations « pourries et prêtes à casser »

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

Après la marée noire du golfe du Mexique, de nouveaux ennuis pourraient toucher BP. Ils viendraient cette fois d'Alaska, où BP exploite le troisième gisement pétrolier américain. La douzaine de salariés et les documents dévoilés par le site américain d'investigation TruthOut révèlent que ce site est « en danger ».

Pour ceux qui suivent l'actualité de BP, deux fuites de pétrole se sont produites à Prudhoe Bay en 2006 et 2009. D'innombrables problèmes de sécurité détectés à cette occasion « n'ont pas été résolus, signe que la culture de réduction des coûts peut mener à un nouveau drame environnemental », explique cette enquête.

Marc Kovac, un soudeur qui a travaillé pendant trente ans sur ce site situé au-delà du cercle polaire arctique, s'est décidé à parler au journaliste Jason Leopold « parce que des vies sont en jeu. » Ses déclarations sont alarmantes :

« Nous avons toujours des centaines de kilomètres de tuyaux pourris prêts à casser. Nous ne sommes pas du tout préparés à faire face à une large fuite. »

Des avertissements « pris au sérieux », dit BP

La fuite de 2009, découverte par un employé lors d'une inspection de routine, a fait l'objet d'une enquête du FBI, de l'Agence de la protection de l'environnement et des autorités de l'Etat d'Alaska. Mais BP, qui s'était engagé à revoir ses procédures de sécurité, ne l'a jamais fait. Les très basses températures auxquelles sont exposés ces oléoducs les rendent fragiles et BP ne s'est pas adapté aux normes de l'industrie dans ce cas précis.

Steve Rinehart, porte-parole de BP en Alaska, a assuré que les avertissements des employés étaient « pris au sérieux », mais les témoignages de salariés, y compris parmi les dirigeants de la société, sont accablants : les projets concernant la sécurité ont baissé de 30% en 2010 pour le site de l'Alaska. Et ce malgré les déclarations répétées du responsable du site BP en Alaska sur le fait que la sécurité était « prioritaire » pour l'entreprise.

Des salariés qui travaillent 16 à 18 heures par jour

En 2006, lors de la fuite de l'oléoduc BP en Alaska, près d'1 million de litres de pétrole se sont échappés. L'oléoduc a été reconstruit sur trois kilomètres mais, selon le soudeur Kovac, les jointures ne sont pas tout à fait solides.

Autre sujet d'inquiétude chez les salariés : les horaires de travail, qui peuvent aller jusqu'à 16-18 heures par jour. Des documents internes de BP signalent que les salariés qui travaillent plus de 16 heures sur une période de 24 heures peuvent manquer de réactivité face à des décisions importantes.

Le journaliste dit même avoir la preuve qu'un salarié de BP, en 2009, avait travaillé entre 16 et 18 heures par jour pendant 36 jours consécutifs, en violation des propres règles instaurées par la compagnie pétrolière.

Une surveillance du Congrès

La compagnie est sous surveillance plus étroite du Congrès depuis la fuite de 2006 en Alaska. Le médiateur imposé par l'administration américaine a enregistré quelque 202 sollicitations de la part d'employés. Parmi elles, plus de la moitié proviennent de personnes travaillant en Alaska.

BP a bien du mal à tenir ses promesses, remarque TruthOut : en ressortant des documents de 2001, où la compagnie fixait des points à améliorer, le journaliste relève que « près d'une décennie plus tard, les systèmes de détection du feu et du gaz n'ont toujours pas été révisés. » A quoi le responsable du site rétorque que « les installations sont sûres et leur révision est en cours ».

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  • Rivendell
    Rivendell
    Suppot de satan
    • Posté à 12h54 le 17/06/2010
    • Internaute
      Suppot de satan

    Pas besoin d'aller en Alaska pour voir une usine qui tombe en ruine, allez à Lavéra dans les bouches du Rhône.

    Ayant connu des routiers qui y passaient occasionnellement, je peux vous dire que même eux (et pourtant ils sont pas censés être des experts en sécurité industrielle ou en chimie) avaient peur que tout pète. Je vous parle de ça, ça date du début des années 2000. Depuis rien n'a dû changer, à part les couches de rouilles qui ont dû s'épaissir.

    Bon après, il faut dire aussi que l'on peut parfois y surprendre des ouvriers en train de se planquer derrière une cuve remplie de liquide inflammable pour cloper... parce que bon, en moyenne l'ouvrier n'en a également rien à foutre de la sécurité.

  • ecor1
    ecor1
    sur le fil
    • Posté à 13h14 le 17/06/2010
    • Internaute
      sur le fil

    Putain ils cumulent chez BP. J'imagine l'hysterie sécuritaire chez Exxon et Total en ce moment, rajoutant fébrilement des vannes de coupures d'urgence et faisant des tests a tout va. On va bientot parler du syndrome BP.

  • christobal0094
    christobal0094 répond à ecor1
    • Posté à 13h50 le 17/06/2010

    c'est un article interessant et j'y accorde un large credit.

    hier dans The Guardian, la meme histoire en pire mais dans le delta du Nigeria, aggrave par des ponctions sauvages sur les pipe-line rouilles eux aussi.
    liste impresssionnates de petroliers participant au desastre. Je pense qu'ils sont tous pareils a BP.

    esperance de vie pour les populations locales : 40 ans

  • Azza
    Azza répond à ecor1
    • Posté à 14h39 le 17/06/2010

    A la fin des annees 90, j'ai eu l'occase de passer un mois sur une plateforme de forage au large du Cabinda. Cette machine fait aujourd'hui partie de la flotte de la compagnie de forage dont on a beaucoup parle recemment. En 1998 elle appartenait a une multinationale du service petrolier qui a vendu sa section forage depuis au proprietaire actuel.

    A l'epoque, les gars a bord m'avaient dit qu'ils etaient content de travailler la, parceque c'etait une des plate formes les mieux entretenues de ce coin de l'atlantique et que la boite avait une gestion de la securite largement au dessus du niveau moyen des autres. Et je crois que c'etait vrai.

    Cela dit, pendant mon sejour a bord, j'ai pu voir :

    - une fuite de boue de forage qui avait tout saloppe l'interieur d'une des coques de la semi. On avait passe plusieurs jour tout en bas a nettoyer ca au gazoil. Le melange boue-gazoil avait ensuite ete charge dans des seaux par les ouvriers congolais. Un des gars m'avait dit de le suivre avec mes seaux jusque sur le pont. Et la, a ma grande surprise, il a ouvert une trappe qui donnait directement sur la mer et tout balance a la baille ! ! !

    - Parmi les equipements de securite places dans les cabines, les cagoules anti-fumees etaient largement perimees (plusieurs mois, voire annees). Les lampes torches s'etait fait depouiller de leurs batteries.

    - Les tenues de pompier stockees dans des caisses sur le pont etaient dans un etat lamentable. En particulier les bottes en cuir qui etaient completement pourries et craquaient comme du vieux carton mitte.

    - Le barge master petait les plombs parceque de nombreux equipements avaient ete depouilles de certains de leurs attributs. Du vol pur et simple. Mais comment mettre sous clefs des equipements de securite ?

    - A un moment, trois des 4 groupes electrogenes qui assuraient l'alimentation de la plateforme se sont retrouve en panne en meme temps. Ca n'a pas empeche l'equipe de forage de continuer a faire du metre comme des malades sans la moindre retenue pour menager la demande d'electricite et donc la charge sur le dernier groupe. Je suis pas qualifie pour dire si cela representait un danger ou pas, mais a l'epoque, j'etais un peu inquiet...

    Pour decrire la mentalite des foreurs, une anecdote. Il trainait sur le plancher de la foreuse une sort de clef a molette geante, pour permettre aux gars de deconnecter les tubes manuellement au cas ou la clef hydrolique aurait un probleme.

    Sauf que la clef manuelle, de 3/4 m de long avec une section comme ma cuisse etait tordue comme une petite cuiller qui se serrait egaree entre les mains de l'entraineur de l'equipe d'Espagne pendant le match contre la suisse ! ! ! Ils avaient presque fait un noeud avec. Comment ont-ils fait ? Mystere : peut etre utilise des ralonges...

    - Dernier probleme constate a bord ? Une vanne manuelle disposee en doublure d'une vanne controlee electriquement et responsable de rien moins que d'ouvrir ou de fermer les balasts et donc de controler l'assiete de la plateforme ! L'articulation entre la vis de commande et la porte de la vanne etait completement bouffee et la vanne ne pouvait plus etre ouverte ! Quand il a regarde dans la base des pieces deja commandees, le barge master a constate que le probleme etait dans la base depuis deux ans et qu'on attendait toujours la livraison d'une piece de rechange depuis le Texas.....

    Moralite, c'est le vieux soudeur congolais qui a repare la vanne en rechargeant les bords de la gorge dans laquelle etait la rotule de l'articulation en grillant un nombre pas possible de baguettes de soudure inox.

    Et c'est repartit pour 10 ans mon coco !

    Heureusement qu'AU DEPART, ces engins sont construits pour resister ! ! ! ! Parceque s'il fallait compter sur la maintenance....

    PRECISION : le client etait une compagnie, tres presente en Afrique, dont on a beaucoup parle en France dans les annees 90.

  • Rodyone
    • Posté à 15h28 le 17/06/2010

    Cet article illustre (malheureusement) à merveille l'incapacité de prendre en compte la donnée environnemental sous le capitalisme.
    BP n'est pas la pire ni la meilleure des industrie pétrolière capitaliste, elle est juste une parmi tant d'autres qui dans un objectif de rentabilité maximum, exploite les hommes et la nature sans vergogne. Valeur clé du capitalisme britannique elle (comme les autres) traîne tant de morts et dégats écologique a ses pieds que toutes les tentatives de moralisation (sincères ? ? ) seront toujours inefficace, tant que l'objectif de ces entreprise sera le profit. Profit et exploitation ne sont que les deux faces de la même pièce, et pour supprimer l'un il faut en finir avec l'autre. Qui croira sérieusement au déclaration d'intentions ? les naifs ? les idiots ? ou les coupables, promptes a payer de magnifiques campagnes de pub afin d'endormir la masse salarié.

    Nationalisation sous le contrôle de ses salariés, voici l'unique façon de mettre BP (et les autres) aux pas.