20/05/2010 à 16h24

La crise a du bon, nos poubelles sont plus légères



les poubelles bien accompagnées d'Ivry, en septembre 2009 (gildas_f/Flickr).

Le poids des déchets ménagers collectés a nettement diminué depuis le début de la crise financière, constate l'agglomération lyonnaise. Simple effet conjoncturel ou tendance lourde ?

Alors que les déchets collectés augmentaient en moyenne de 5% par an, le Grand Lyon a noté une baisse de 4% du tonnage des « poubelles grises » (par opposition aux « poubelles vertes » du recyclage) sur la période 2008-2009. Au Grand Lyon, on explique :

« La baisse a débuté dès le dernier trimestre 2008, ce qui coïncide avec les premiers effets de la crise financière sur les ménages. »

Les poubelles, victimes collatérales de la crise ?

Les Français auraient moins consommé, donc moins jeté. Une enquête de l'Observatoire régional des déchets d'Ile-de-France (Ordif) abonde dans ce sens. Rendue publique début mai, elle a été réalisée auprès des collectivités de la région parisienne, qui représentent 11,6 millions d'habitants.

Résultat : 2,3% de déchets résiduels (non recyclables) en moins entre 2007 et 2008. Nos poubelles seraient-elles les « victimes » collatérales de la crise ?

Helder de Oliveira, directeur de l'Ordif, reconnaît « l'effet d'accélération » :

« Avant 2008, la diminution annuelle de nos déchets tournait plutôt autour de 1%. Mais le phénomène, s'il est accentué par la crise, n'est pas uniquement conjoncturel. La tendance reste stable depuis le début des années 2000. » (Voir le graphique de l'Ademe)


Graphique de l'Ademe.

En incluant les déchets recyclables, l'Ordif relève une baisse globale de 12% entre 2000 et 2008. Le ratio par habitant passe de 431 à 380 kilos annuels. Une diminution qu'Helder de Oliveira attribue à « une prise de conscience du consommateur » :

« Sensibilisés à la protection de l'environnement, les gens deviennent plus attentifs à leurs achats. Aujourd'hui, les objets se conservent plus longtemps, ou se donnent. »

Le recyclage des déchets à la traîne

Une prise de conscience qui devrait logiquement entraîner une augmentation du recyclage. Pourtant, le tri des déchets ne connaît qu'une progression timide de 2007 à 2008, selon l'Ordif : +0,8% pour les emballages et papiers graphiques (hors presse et magazines) et +1,5% pour le verre.

Helder de Oliveira appelle les collectivités à « poursuivre leurs efforts » :

« Le recyclage a connu deux périodes d'accélération. En 2000, lorsque des villes comme Paris ont rattrapé leur retard en installant le tri sélectif. Puis autour de 2005 où, toujours à Paris, une seconde collecte hebdomadaire des déchets recyclables a été organisée. Depuis quelques années, il y a moins d'actions, d'où ce ralentissement.

Le recyclage ne concerne que 30% des déchets en France. L'objectif du Grenelle de l'environnement, c'est 45%. Si rien ne bouge, cela paraît difficile : il faut que les collectivités se remobilisent. Nous avons de la marge : une étude de l'Ademe montrait récemment que la moitié des déchets recyclables se trouvaient encore dans une poubelle normale. »

Il rappelle que la France reste le mauvais élève de l'Europe : des pays comme l'Allemagne, l'Autriche ou la Belgique dépassent tous les 60% de déchets recyclables.

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  • ljos
    ljos
    photographe / géologue
    • Posté à 16h41 le 20/05/2010
    • Internaute
      photographe / géologue

    peut être que la population se rend compte de l'ineptie de notre mode de vie ultra-consommateur ... Il serait temps ! !

    Pour info ... si tout le monde consomme des produits frais à la place des produits transformés ... ce qui n'est pas illogique vu la recrudescence du retour à la cuisine (cf le nombre d'émission TV sur le sujet) ... les poubelles classiques ET recyclées perdront du volume inévitablement.

    Perso, je cuisine quasiment tout ... à part qqes rares trucs comme la sauce tomate en hiver (mais bouteille en verre), les produits secs (j'ai encore du mal à produire mon riz à 800m d'altitude), ... le reste est tout confectionné dans ma cuisine.

    Il en résulte une quasi-absence de produit recyclable en dehors de qqes cartons, papiers ou conserve type thon. Du coup, le volume de ma poubelle de recyblable a drastiquement diminué depuis 5 ans. Et comme les produits frais ne donnent que des déchets compostables, ma poubelle classique a également diminué de manière significative.

    Il est donc tout à fait possible, sans beaucoup d'effort, d'avoir une production de déchets faibles. Il suffit juste de retourner à qqes bons vieux principes et à faire du compostage. Et en plus, quel plaisir de tout cuisiner ! c'est carrément meilleur que tout ce que je peux acheter et ça allège d'autant mon budget bouffe du mois ...

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 16h44 le 20/05/2010
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    Je pense pas que la crise soit la seule raison, parce qu'acheter moins cher veut pas dire acheter moins d'emballage.
    Ok, ça joue peut être un peu, mais faut pas oublier aussi que depuis deux ans l'écologisme est devenu tendance, donc les gens achètent moins d'emballage et les producteurs proposent moins d'emballage.

    Il y a aussi un renouveau de l'engouement pour le commerce de proximité, équitable et trucs du genre, du coup on achète un bout de papier chez le boucher et plus une barquette en plastique dans le supermarché pour sa viande.

    Et je dirais même qu'il y a un renouveau pour la cuisine, donc nettement moins de surgelés et conserves, plus de produits frais, et par conséquent moins d'emballage.

    la moitié des déchets recyclables se trouvaient encore dans une poubelle normale
    Ouais, c'est pas bien, mais c'est quand même nettement préférable à l'inverse (spéciale dédicace à mon conard de voisin qu'il vaut mieux pour lui que je le choppe pas...).

    Comme je dis souvent : dans le doute, abstention. Quand j'hésite sur la « recyclabilité » d'un emballage, je préfère le jeter par erreur dans la poubelle normale que dans la poubelle recyclable.

  • Yakuza8567
    • Posté à 17h02 le 20/05/2010

    D'un point de vue environnemental, la crise n'a réellement eu que du bon !

    L'observation qui est faite ici sur les déchets est aussi faisable pour l'air (baisse des émissions de polluants type dioxyde d'azote, de soufre…) ou l'énergie (baisse des émissions de gaz à effet de serre issue de la combustion d'énergie).

    La France, « grâce à » la crise, a plus réduit ses émissions de gaz à effet de serre en un an que sur la période 2000-2007 ( ! ) La crise, toujours elle, a fait chuter d'un tiers le coût de l'objectif européen de -20% d'émissions de CO2 en 2020 par rapport à 1990. Ca fait un joli paquet de milliards. Je suis presque sûr qu'un de ces jours, il y aura une étude qui sortira sur les bénéfices sanitaires du fait d'un impact environnemental moindre de nos activités pendant la crise…

    Je ne l'ai malheureusement pas sous la main, mais j'ai vu passer en novembre un graphique montrant l'évolution des émissions mondiales de CO2 pendant tout le 20e siècle « élargi » (jusqu'à aujourd'hui). Les seules périodes où on les émissions reculent : première et deuxième Guerres mondiales (-18% chacune), crise de 1929 (-30% ! ! ), chocs pétroliers de 1970 (-6%) et crise de 2008-2009 (-3% en moyenne). Quelque part, ça fait froid dans le dos sur notre capacité à réduire nos émissions tout en gardant un semblant de stabilité économique, politique et social…

    Même constat dans les anciens pays du bloc soviétique et même en Allemagne (chute du mur de Berlin). Ce n'est pas un hasard si ce dernier pays a l'un des objectifs de baisse des émissions de CO2 dans le cadre du protocole de Kyoto les plus ambitieux des signataires industrialisés occidentaux (-21%, il en a accompli -18% quasiment sans effort grâce à l'année 1990…).

    Il est assez « amusant » de voir que plutôt de profiter de la crise de 2009 pour amorcer un changement de modèle économique, les politiques ont absolument tout fait pour relancer l'ancien, le polluant (primes à la casse, grands travaux, subventions fossiles, etc.) Il y a eu des plans de relance « sales » et bien carbonés, même si un peu verdis par endroit, dans presque tous les pays occidentaux industrialisés !