08/05/2010 à 16h09

Les industriels ne croient plus au marché français de l'éolien

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

Contraint et instable, le marché de l'éolien en France n'est pas assez porteur pour le secteur, qui se tourne vers l'étranger.


Des membres de la Fédération française de l'éolienne, à Paris le 4 mai 2010 (Jacky Naegelen/Reuters).

La filière éolienne a eu beau se payer une pleine page de publicité dans les quotidiens et faire descendre ses salariés dans la rue, ça n'a pas suffi pour renverser la vapeur.

Les dispositions votées par les députés jeudi soir, dans le cadre de la loi Grenelle II, lui sont -très légèrement- moins défavorable que ne le laissait présager le rapport du président de la commission des Affaires économiques, Patrick Ollier. L'UMP a notamment renoncé à imposer un seuil minimum de 15 MégaWatts (MW) pour les nouvelles implantations de fermes.

Mais en l'état, il n'y a aucune chance que la France tienne l'engagement pris, au moment du Grenelle de l'environnement, de couvrir, en 2020, 23% de sa consommation électrique avec des énergies renouvelables.

La France est le quatrième producteur européen d'énergie éolienne, mais bien loin derrière l'Espagne (quatre fois plus de Mégawatts), et que l'Allemagne (six fois plus). Tandis que, par sa topographie, le pays serait le « deuxième gisement européen derrière l'Angleterre », estime un spécialiste.

Un seul fabricant d'éoliennes en France

Le désamour de la France pour cette énergie « propre » ne date pas d'hier. Dans les années 1990, les Danois se ruent sur cette technologie, qui aujourd'hui leur permet d'assurer 20% de leur consommation électrique, et les Allemands, de leur côté, inaugurent des centrales éoliennes. La France, elle, attend 2000 pour légiférer, et prévoir le rachat par EDF de l'électricité produite, à un tarif subventionné.

Dix ans plus tard, l'Hexagone ne compte toujours qu'un seul fabricant, qui s'est spécialisé dans les éoliennes à pales rabattables, destinées aux zones tropicales, soit un tout petit marché. Les Espagnols, eux, bradent le prix des machines, empêchant l'arrivée potentielle de nouveaux acteurs.

Le secteur de l'éolien n'emploie aujourd'hui que 10 000 personnes en France et ne peut décoller. Ailleurs, les contraintes administratives sont bien moindres. Pologne, Roumanie, Etats-Unis... « Là-bas, la réglementation est très favorable, les projets se montent très vite et donc pour nous, c'est très rentable », explique un industriel. Avec le nouveau classement « ICPE » des éoliennes, introduit dans la loi Grenelle II, le secteur craint la disparition d'emplois.

Chargé de développer des projets éoliens chez Eolfi, filiale de Veolia Environnement, Maël Sonrier explique pourquoi, en France, tant de temps s'écoule entre le projet et la réalisation d'un parc éolien :

« Avec la loi de 2005, applicable depuis 2007, le territoire est organisé en “zones de développement éolien”. Aux communes, ou communautés de communes, de payer les frais d'études pour développer ces zones, 30 000 à 40 000 euros.

Ensuite, nous, industriels devons repayer des études quasiment similaires pour déposer des demandes de permis de construire. Cette phase de préparation a rallongé de deux ans les délais de préparation des dossiers. L'instruction du permis de construire prend deux ans en moyenne, et encore, quand il n'est pas attaqué. »

Un retour sur investissement dans les huit ans

Valorem, entreprise de 120 salariés qui se décrit comme « pionnière de l'éolien en France », a fait le choix de maîtriser toute la filière, depuis la recherche du site jusqu'à l'exploitation.

Ses parcs comportent 8 à 18 unités et sont rapidement rentabilisés, à condition d'être situés dans des zones bien ventées. Jean-Yves Grandidier, son président, commente son business modèle :

« Une éolienne de 2 MW (entre 80 à 90 m de haut) coûte environ 3 millions d'euros, toute installée. Selon les sites, on dégage 300 000 à 400 000 euros annuels de chiffre d'affaires. Le temps de retour sur investissement est d'environ 7 à 8 ans, et les contrats de rachat d'électricité par EDF, de 15 ans. »

Cet industriel militant remarque ainsi qu'en Roumanie, un projet se développe en deux ans et que tout va ensuite très vite, d'autant qu'il n'y a jamais de recours des riverains.

Ce chef d'entreprise souhaite se développer à l'étranger, car en France « le marché n'est pas suffisamment porteur » et manque de « stabilité réglementaire ». La clause de revoyure proposée par le gouvernement ne va pas aider.

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  • umff
    • Posté à 17h35 le 08/05/2010

    La France est le second producteur d'énergie renouvelable d'Europe en 2007. Par énergie renouvelable j'entends TOUTES les énergies (de hydraulique aux biocarburants en passant par la bio masse). La production primaire de l'ensemble des énergies renouvelables (électriques et thermiques) s'éleve à 19 Mtep, soit 13,9 % de la production nationale énergétique. L'hydraulique en représente 29 %, le bois-énergie 46 %, les agrocarburants 11 %, les déchets urbains renouvelables 6 %. Les autres filières totalisent les 8 % restant. Elle progresse de 2 Mtep en 2008, grâce surtout aux agrocarburants (+ 0,9 Mtep), à l'hydraulique (+ 0,5) et au bois (+0,4).

    La part de l'électricité d'origine renouvelable, s'élève à 14,1 % en 2008 en France métropolitaine (hors DOM). Si pour l'hydraulique on substitue la notion de productible (moyenne des productions potentielles du parc des centrales hydrauliques) aux données réelles, cette part s'établit alors à 14,2 %.

    Vous comparez sans arrêt la France à l'Espagne ou à l'Allemagne et toujours en défaveur de la France c'est paradoxale puisque c'est deux pays sont de loin plus « mauvais élève » que la France dans le domaine des GES. L » Espagne +53% d'émission de GES depuis 1990 par exemple quand à l'Allemagne c'est - 20% mais grâce à la chute du mur et non aux éoliennes.

    Nous remarquerons aussi que les pays cités en exemple sont tous de gros consommateur de charbon ou de gaz...En tant que journaliste il y a des chiffres que vous devriez donner. Par exemple quel est la consommation de gaz de l'Espagne ou de lignite pour l'Allemagne.

    Je reconnais que le secteur de l'éolien peut créer des emploies cependant si on veut vraiment avoir une politique énergétique écologique c'est n'est pas ce qu'il faut promouvoir ; cela ne m'émeut absolument pas que la France ne respecte pas ses 23% de d'énergie renouvelable grâce à l'éolien ou plutôt son manque d'éolien .Toutefois par simple esprit de contradiction j'aimerais stipuler qu'il est parfaitement possible de respecter les fameux 23% sans rajouter un seul Kwh d'éolien ni même de quoi que se soit d'autre, il suffit de baisser la consommation des autres sources d'énergie en commençant pas les quelques % de charbon et de gaz.

    Pour cela je vais encore une fois radoter il n'y a qu'un seul moyen crédible : il faut augmenter le prix réel de l'énergie en la taxant.

  • àcourtdidées
    • Posté à 18h40 le 08/05/2010

    Le facteur essentiel dans la technologie de l'éolien, c'est le vent. D'accord ?
    Le vent souffle comme, quand et d'où il veut, c'est à dire rarement de manière optimale pour faire tourner les pales (2000 heures par soit 25% du temps) quelque soit la puissance de l'éolienne.D'où l'importance de choisir des zones favorables. Mes sources ? le site manicore où l'on peut trouver les avantages -peu nombreux- et les limites de l'éolien, schémas et tableaux à l'appui. J'ajoute que manicore est spécialiste des énergies renouvelables et polytechnicien.
    Les éoliennes ne sont pas démontables facilement ni recyclables en totalité (les pales) et cela aura un coût dans 20 à 25 ans (une génération) très élevé.La France a pris 20 ans de retard dans la fabrication d'éoliennes, elle n'aura jamais que des miettes de ce marché. En important les éoliennes on creuse le déficit et on compte sur l'exportation du nucléaire, qui produit 77% de l'électricité domestique en France, pour équilibrer la balance ; voilà la réalité.
    On part du principe que nous allons de plus en plus consommer d'énergie, au lieu d'en avoir la maîtrise pour objectif. L'isolation des logements serait plus profitable et procurerait des emplois.
    Dernier point : nous achetons à EDF l » électricité d'origine nucléaire, thermique ou hydrolyque de 40 à 60 euros le MgW mais EDF achète 80 euros le MgW éolien ! Belle aubaine pour les constructeurs d« éoliennes qui en plus vont pouvoir vendre leurs émissions carbone, ne pas payer d'impôts sur les bénéfices comme la loi le leur permet. On comprend mieux pourquoi il tiennent tellement à nous fourguer leurs machines et ce même dans les régions au très faible potentiel en vent où ils démarchent à tout va les maires des villages et à l'insu des administrés.

  • Chimulus
    Chimulus
    Dessinateur de presse
    • Posté à 20h09 le 08/05/2010
    • Internaute
      Dessinateur de presse
  • unagi
    unagi répond à boboland
    卑語
    • Posté à 21h21 le 08/05/2010
    • Internaute
      卑語

    A l'heure actuelle, la filière éolienne en France représente l'équivalent de 4 000 emplois à temps plein. Si notre pays développe suffisamment la filière pour réaliser les objectifs européens de production d'énergie d'origine renouvelable, l'énergie éolienne serait alors en mesure d'employer un total de 60 000 personnes d'ici 2020.

    Les éoliennes sont actuellement fabriquées à l'étranger, mais elles sont constituées de composants fabriqués dans toute l'Union européenne, et notamment en France. Quant à l'installation et à la maintenance des parcs, elles nécessitent de faire appel à des prestataires locaux.

    La filière représente ainsi une part de l'activité de diverses catégories professionnelles : banques, cabinets d'avocats, assureurs, experts acousticiens, cabinets paysagistes, etc. En associant les PME locales (industries électriques ou électroniques, construction, mécanique, BTP) au développement de l'éolien, une étude de l'ADEME a montré que 62% de l'investissement d'une centrale pouvait revenir au bassin d'accueil. En chiffres, cela signifie qu'un programme de 100 MW représente 63 millions d'euros pour l'économie locale.