06/05/2010 à 18h40

A Ivry, on prépare un incinérateur trop gros et trop cher

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89


Incinérateur.

C'est un chantier évalué à près de 800 millions d'euros, soit le plus gros projet d'incinérateur en France. La nouvelle usine de traitement des déchets des 83 communes du Syctom (le syndicat intercommunal de traitement des ordures ménagères de l'agglomération parisienne) devrait voir le jour à l'horizon 2023 à Ivry-sur-Seine. Mais en l'état, le projet est surdimensionné et contraire aux engagements du projet de loi Grenelle II, actuellement en débat à l'Assemblée nationale.

Comme c'est obligatoire pour tout équipement de plus de 300 millions d'euros, un débat public a été organisé, le premier jamais consacré à la question des déchets. Les réunions ont déplacé un millier de personnes, ce qui est peu vu que les poubelles de plusieurs millions de Franciliens sont en jeu... et que l'ouvrage sera en service jusqu'en 2060.

Le 12 mai, les élus siégeant au Syctom doivent décider si le projet conserve ou non ces dimensions. Selon Yves Contassot, l'ancien adjoint (Verts) au maire de Paris qui avait manifesté en mars dernier contre le projet, les élus décideraient de rendre l'incinérateur « modulable » : « On ne l'obligerait pas à manger des poubelles pendant cinquante ans ».

Mais est-il réaliste d'imposer à l'exploitant, qui a besoin d'un retour sur investissement, de fermer des fours au motif que les Franciliens auraient produit moins de déchets que prévu ?

Elle triera mais pas tant que ça

L'actuel centre de traitement des déchets d'Ivry-sur-Seine, inauguré en 1969, arrive en fin de vie. Pour le remplacer, le Syctom a fait le choix d'un projet dit « tri mécano-biologique ». Le contenu de votre poubelle verte passera dans un gros cylindre qui sépare les matières entre :

  • papier, carton, déchets végétaux et restes de nourriture dites « fermentescibles » qui seront méthanisés pour devenir du compost pour les agriculteurs, ou pour environ la moitié, du carburant, le « biogaz » ;
  • la ferraille et quelques gros emballages partent en filière de recyclage (une toute petite partie de l'ensemble) ;
  • le reste est incinéré ou envoyé en décharge en cas de mauvaise combustion.

Elle fournira surtout du chauffage

En apparence, cet incinérateur du futur est parfaitement organisé. Sauf que, l'usine étant située en ville, et à cause du risque d'explosion, ses capacités de méthanisation seront très limitées : une partie des déchets bons pour le compost ou le biogaz seront finalement incinérés sur place.

Cet excès d'incinération fait peur aux riverains, qui craignent des effets sur la santé à long terme, et notamment un surplus de cancers, lié au rejet de dioxines.

De plus, la future usine, pour satisfaire sa cliente, la compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), produira de la « vapeur permettant l'alimentation de 100 000 équivalent-logements ». Autant que l'usine actuelle qu'elle remplacera. Un fait troublant, pour le Collectif d'associations de riverains 3R :

« Tout se passe comme si c'était cet objectif qui avait dicté le tonnage des 350 000 tonnes d'incinération et non une politique des déchets recherchant l'application des meilleures solutions de prévention, de tri et de recyclage. »

Un incinérateur trois fois trop gros ?

En 2023, produira-t-on autant de déchets qu'aujourd'hui ? Normalement, non : le projet de loi Grenelle II table sur un recyclage global de nos déchets de 35% dès 2012 -nous sommes à 13% actuellement. Or, et c'est tout le défaut du projet d'Ivry, il prévoit seulement 23% de recyclage en 2014.

Ce qui fait dire au cabinet d'avocats Faro & Gozlan, mandaté par le Collectif associatif 3R que, dès sa mise en service, l'incinérateur serait trois fois trop gros.

Lors du débat public, le Syctom avait remarqué avec un certain cynisme que « les orientations de l'action publique, fixées par les pouvoirs publics, n'ont jamais prédit l'avenir ». Dont acte.

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  • Troll-en-folie
    • Posté à 19h42 le 06/05/2010

    Certains refusent les éoliennes, cause de dépréciation de la valeur de leur bien immobilier.

    Quid des habitations proches de cet incinérateur, principalement celles sous les vents dominants ?

  • Rivendell
    Rivendell
    Suppot de satan
    • Posté à 19h42 le 06/05/2010
    • Internaute
      Suppot de satan

    Biogaz + compost = bien

    Incinérer (même pour faire du chauffage) = mal

    J'ai bon ?

    Ah, brûler les déchets c'est aussi une façon de réutiliser les déchets, en dehors du recyclage ?

    Non, non, non, faut rester sur un schéma simple, sinon les gens vont pas comprendre.

  • laogong
    • Posté à 21h45 le 06/05/2010
    • Internaute

    J'ai habité pendant 35 ans près de cet incinérateur, pour l'instant je n'ai pas de cancer... mais c'est vrai que les vents dominants ne portent pas forcément les fumées vers Ivry.
    Si on pouvait éviter les déchets c'est sûr que ça serait mieux.

  • PitZeGlide
    PitZeGlide
    Chercheur en Informatique
    • Posté à 09h33 le 07/05/2010
    • Expert
      Chercheur en Informatique

    Les incinérateurs doivent être considérés selon plusieurs aspects, la pollution (visuelle, olfactive ou toxique) n'est qu'un d'entre eux - le plus psychologiquement marquant. Pour moi le noeud du problème est le choix politique de considérer les déchets comme une énergie renouvelable (ce que l'article omet de mettre en avant : voir par exemple Lien ). Ce choix dit clairement la chose suivante : notre modèle de vie est fixé, il est basé sur une sur-consommation, et il débouche sur la production de déchets en quantité constante, voire croissante. Or la production de déchets est en réalité quelque chose de coûteux en terme énergétique, puisqu'il faut bien fabriquer les emballages et les gadgets qu'on met ensuite à la poubelle sans même y réfléchir. Choisir de ne rien faire, c'est choisir de continuer à encourager EDF et la CPCU à utiliser les poubelles comme source d'énergie, plutôt que de se concentrer sur la géothermie, par exemple.

  • domderouen
    domderouen
    Ingénieur environnement
    • Posté à 11h49 le 07/05/2010
    • Internaute
      Ingénieur environnement

    Pour information,
    1 - L'incinérateur actuel dispose d'une capacité de 700 000 t (le projet limite la capacité à 350 000 t max). On va donc vers une forte réduction de l'incinération, ce que vous ommetez de préciser
    2 - Les informations dont vous disposez sont issues d'études de définition réalisées en 2008. L'étude de faisabilité de ce projet doit débuter en septembre 2010. la capacité de l'incinérateur n'est donc pas définitvement arrêtée.
    3 - Le SYCTOM s'est engagé dans la voie du traitement biologique par méthanisation pour l'ensemble des ordures ménagères. Cette technologie ne permet le traitement que de 50 % des OMr (la partie organique). Que voulez vous faire des autres 50 % (fraction non organique déchets) ? L'envoyer sur la lune ?
    4 - L'incinération de la fraction non organique permet de chauffer des milliers de logements en région parisienne..

  • kondiaronk
    • Posté à 12h05 le 07/05/2010

    Ce projet d'incinérateur géant n'est pas neuf, on en parlait déjà dans les années 1997-1998, mais la mobilisation des élus du secteur et des populations avaient permis de l'envoyer aux oubliettes. Le voici qui réapparait, identique pour l'essentiel.

    Le secteur Ivry/Vitry, aux portes de Paris dans l'ex « ceinture rouge », concentre en quelques kilomètres plusieurs équipements nuisants : outre l'usine d'incinération actuelle, une centrale à charbon (sauf erreur), un dépôt d'hydrocarbures et quelques autres établissements à risque.

    Il serait bon d'équilibrer un peu mieux la répartition de ces équipements dont personne ne veut plutôt que de les regrouper « chez les pauvres ». Pourquoi ne pas installer cette magnifique usine à Issy-les-Moulineaux qui possède également un incinérateur ? A moins que l'objectif ne soit à terme de supprimer celui d'Issy en groupant l'ensemble à Ivry.

    Il est vrai que le cadre de vie des électeurs de l'ouest parisien ne saurait s'accomoder de ce genre de verrue. Celui des prolos du 9-4 en revanche ...

    de ce point de vue, la procédure de débat public n'est rien d'autre qu'une mascarade, seule la pression politique et la tenue de référendum locaux permettrait peut être de remettre en cause le projet.