29/04/2010 à 12h10

Marre du chou ? Pourquoi j'ai changé de panier bio



Un cageot de légumes bio aux Etats-Unis (Thebittenword.com/Flickr)

En trois ans d’expérience dans la livraison des paniers bio, je fais presque figure de vétéran de ce nouveau mode de consommation et je pense avoir quelques réflexions -forcément subjectives- à partager. Témoignage.

Les deux premières années, j’ai fait partie d’une Amap (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne, pour ceux qui ne connaissent pas). Il s’agit d’un regroupement de personnes qui s’auto-organisent et conviennent avec un paysan de lui pré-acheter sa récolte, le plus souvent un semestre à l’avance.

Pour 60 euros par mois, je bénéficiais toutes les semaines d’un panier garni de fruits et de légumes bio d’environ quatre kilos.

Chaque Amap est différente. Vous trouverez dans certaines d’entre elles des produits laitiers, de la viande, du fromage ou seulement des fruits et des légumes.

Avantage du système : on peut proposer quels fruits et légumes seront mis en culture l’année suivante (à condition que la terre de l’agriculteur soit adaptée, ne demandez pas des melons à un francilien, ou alors ils seront immangeables).

Inconvénient : on prend le risque d’une récolte chiche et de ne pas être remboursés si la météo n’était pas au rendez-vous.

On peut aussi visiter la ferme ou participer à la récolte. Aux lecteurs qui habitent la campagne, merci de ne pas rigoler : pour un citadin pur souche, participer à une cueillette est une aventure hors du commun.

J’aime le chou... mais à petites doses

Les Amap sont auto-gérées, ce qui signifie que leurs membres doivent mettre la main à la pâte afin d’assurer leur bon fonctionnement. Dans la mienne, la participation aux récoltes n’était pas imposée, mais une fois par semestre, chaque membre se devait d’assurer une distribution le mardi soir.

La mort dans l’âme, j’ai donc payé mon dû à mon kolkhoze. Au final, cette petite expérience participative ne m’a pas traumatisé. Bien au contraire. Je l’ai répétée avec plaisir. Je me suis rendu compte que mes voisins étaient des gens sympa. Et j’ai profité de jouer à la marchande pour boire l’apéro avec mes co-amapiens, voire pour dragouiller gentillement...

Hélas, cette organisation n’est pas sans inconvénients. L’agriculteur lié à notre l’Amap cultivait sa production en Ile-de-France (j’habite Paris). Idéal pour mon empreinte écologique. Moins pour mes papilles. A la fin de l’hiver, le manque de variété des livraisons a eu raison de mon enthousiasme. Je suis friand de chou. Mais point trop n’en faut. Quand on l’a cuisiné sous toute ses formes, l’inspiration vient à manquer.

Des carottes pleines de terre... quand il en reste

Autre point noir : la récupération de mon panier. Difficile d’être présent entre 18h30 et 21 heures chaque mardi soir. En cas d’absence, c’est ceinture jusqu’à la semaine suivante.

Naturellement, je devais constituer mon panier moi-même, chercher mon dû dans les cageots gadoueux posés à même le sol, faire la queue pour peser le tout sur une balance parfois sans pile. Pas bien grave, me direz-vous. Pas bien agréable non plus, pourrais-je vous répondre.

En outre, mes chers voisins n’étaient en réalité pas aussi gentils qu’ils en avaient l’air, car il ne restait jamais grand chose pour les retardataires dont je faisais souvent partie. Et surtout, je devais nettoyer à grandes eaux mes carottes pleines de terre. Pas très pratique quand on habite un studio. Un évier bouché a finalement eu raison de ma patience.

Cette fois, j’ai le droit de partir en vacances

Résultat : j’ai fait un compromis un peu faux-cul avec mes convictions. Je continue d’acheter chaque semaine un panier de fruits et un panier de légumes bio. Mais il est fourni par une banale entreprise capitaliste dans un magasin à quelques pas de chez moi au prix de 22 euros hebdomadaires.

L’organisation de la distribution est plus commode. En cas d’empêchement, je peux ainsi chercher mon sachet-carton préalablement rempli le lendemain de la livraison. Les portions sont plus variées, les légumes préalablement nettoyés et les commandes se passent d’une semaine à l’autre -pratique et économique en cas de vacances ou de week-end prolongé.

Autre avantage : j’utilise mes tickets restau pour le paiement et les vendeurs ne me demandent pas de venir faire le boulot à leur place, aussi bien pour constituer les paniers que pour les distribuer.

On fait les courses pour vous

Le système idéal ? Un inconvénient tout de même : certains produits viennent de loin. Ils sont le plus souvent produits en France, c’est-à-dire beaucoup moins loin que la plupart des « légumes-freaks » vendus au Monop. Pour autant, en termes d’empreinte écologique, ce système est clairement moins efficace que feue mon Amap en raison du carburant utilisé pour le transport des marchandises.

Quoiqu’il en soit, Amap ou panier bio, s’émanciper de sa visite hebdomadaire au supermarché en choisissant de se fournir via ces circuits revêt des avantages collatéraux formidables.

L’un des plus agréables est que grâce à votre panier de légumes, vous aurez l’impression que l’on fait les courses pour vous. Une fois vos produits non-périssables stockés (pâtes, farine, lait, etc), presque plus besoin de remettre les pieds au supermarché. Qui vous a dit qu’être écolo était contraignant ?

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  • dodu
    dodu
    Slow burn
    • Posté à 13h19 le 29/04/2010
    • Internaute 67365
      Slow burn

    @Lionel Dominique Guérin |
    Dans le fond vous voulez les avantages du bio, mais adapté à votre confort urbain, le beurre et l’argent du beurre , et le sourire de la maraîchère par dessus le marché .
    je ne sais pas si tout cela est conciliable , dans la mesure ou les AMAP sont censées revenir sur la culture productiviste et délocalisée
    Mais il existe aussi dans Paris des boutiques ou des marchés de fruits et légumes bio , à peine plus chères que les autres boutiques , et qui fournissent des produits d’excellente qualité.
    Enfin pour récupèrer un panier en cas d’absence , il y a une solution simple , c’est demander ce service à un collègue ou un voisin qui se fournit auprès de la même AMAP, et lui rendre ce service en retour quand il est absent.

  • skymath
    skymath
    ingénieur
    • Posté à 13h34 le 29/04/2010
    • Internaute 105782
      ingénieur

     : o).
    Marrant comme article. Je suis parisien mais une bonne partie de ma famille est agricultrice, j’ai passé la plus part des mes étés à la ferme de mon oncle (éleveur de bovin dans l’Aveyron).

    Ce qui est amusant c’est que vous avez résumé tout ce que je disais (comme un vieux rabat-joie à l’époque) à mes amis qui se lançaient dans la même aventure que vous :
    - si on a inventé le commerce dans le passé, c’est qu’il y a une raison... vous l’avez constaté vous même.
    - s’il existe un (gros) marché pour les produits qui ne sont pas de saison il y a aussi une raison (choux, patates et navets pendant trois mois en refroidissent plus d’un).
    - acheter bio et local pour être « durable » pour ensuite aller se faire dorer la pilule en vacance en république dominicaine en voyageant par avion (500€/personne pour une semaine en basse saison) ne sert à rien.

    De plus, il faut très prudent quand on discute l’empreinte carbone. Des bananes transportées par bateau depuis les Antilles et livrées à Paris par camions (400km depuis le Havre) coûtent moins en carbone que des tomates qui viennent du Maroc ou d’Espagne en camion.

    De même, des haricots verts cultivés au chili, mis en conserve (recyclée ensuite), transportés par bateaux, vendus à Paris, coûtent moins en carbone que des salades cultivées sous serre chauffée (au fioul) en île de France. Bio ou pas bio ne change rien.

    Évidemment je ne parle pas ici des raisins ou autre cerises que l’on transportent par bateau depuis l’Argentine... là pour le coup c’est une connerie totale.

  • FayaIrie
    FayaIrie
    étudiant
    • Posté à 14h03 le 29/04/2010
    • Internaute 111147
      étudiant

    Ohhh il faut faire la queue pour peser... De la terre sur les carottes... Trop de choux... Et OH malheur il faut se baisser pour ramasser les légumes dans des cageots gadoueux...

    Non mais ça va bien oui. J’ai travaillé chez un agriculteur bio qui ne livre pas en Amap mais directement chez les particuliers. Il faut voir le nombre de petites réclamations mesquines de la part des consommateurs blindé d’oseille qui veulent surfer sur la vague « écolo ». On a vraiment l’impression d’être à leurs bons services...

    On va quand même pas vous les nettoyer vos carottes, ni enlever la gadoue des cageots pour que monsieur ne se salisse pas les mains alors que l’on s’est casser le dos sous la pluie à ramasser 40Kg de carottes...

  • du_rhum_des_femmes
    du_rhum_des_femmes
    (pascontent)
    • Posté à 14h17 le 29/04/2010
    • Internaute 54926
      (pascontent)

    Ouaaa on partage les mêmes expériences !
    Je suis aussi dans une AMAP (après une quête laborieuse pour trouver un « contrat » car à Paris on est beaucoup à vouloir venir dans une AMAP mais les agriculteurs sont pas autant !).
    Et je trouve ça bien dans le principe : avoir des produits frais de qualité, bio, pas se taper le supermarché pour des produits minables qui arrivent des antipodes, soutenir un agriculteur (on le paye à l’avance, ça lui assure donc un revenu « sur »). Bien sur j’ai accepté dès le début le risque d’avoir des petits paniers l’hiver... Y a aussi une démarche de « consommation militante » (enfin je me comprends... je suis pas vraiment un membre actif de l’AMAP, mais j’y suis quoi...) à rejoindre une AMAP, on le fait aussi car on veut que le mec qui nous nourrit puisse en vivre, je m’inquiète pas pour M. Leclerc ou M. Carrefour et j’ai pas besoin d’eux comme intermédiaires.
    Mais... oui il y a un mais... Je bouffe des carottes depuis janvier (au moins je bronzerai mieux cet été et je suis peut-être plus aimable). Les légumes sont crados (d’un côté quand je trouve la chenille je suis sur qu’il y a pas eu du Roundup dessus). Et le plus contraignant : la distribution hebdomadaire à heures fixes... Et ça c’est quand même pas pratique. Du coup je rate pas mal de paniers ou ça me bloque une soirée.

    Et donc comme vous, je compte me mettre aux paniers bio ! !

    On est quand même tous les mêmes à Paris ! ;)

  • Boutauvent
    Boutauvent
    Testeur de temps libre
    • Posté à 14h33 le 29/04/2010
    • Internaute 45018
      Testeur de temps libre

    Il existe des AMAP dans lesquels les adhérents participent au plan de cultures de façon à ce que ce soit plus varié que ce chou omnipotent.
    De même qu’il existe des producteurs maraichers bio « indépendants » qui maîtrisent suffisamment leur profession pour cultiver cette même variété de produits.
    Il est donc probable que ces bonnes gestions là soient la résultante des plusieurs années d’expérience qui permettent de mieux appréhender les rendements des différents semis (incluant les incontournables aléas météorologiques) et non une absence d’imagination ou une recherche de facilité.
    Mais il est vrai aussi que l’exploitant AMAP qui a pour « associés » des consommateurs qui rechignent à brosser des carottes doit s’interroger sur l’opportunité de cultiver des plantes savoureuses mais nécessitant du temps et du savoir faire avant d’atterrir dans l’assiette ? ! ?
    Je pense que lorsqu’on souscrit à une AMAP, on doit être conscient des responsabilités qu’on prend auprès du partenaire qui, s’il débute, hésite nécessairement à s’engager dans une culture trop variée dont il ne maîtrise pas encore tous les paramètres, ne serait-ce que pour ne pas gruger ses « associés ». Il faut l’envisager comme un partenariat de plusieurs années et ne pas y rechercher une satisfaction pleine et entière immédiate.
    Peut-être est-ce la différence entre une « conscience écologiste », s’inscrivant dans le durable, et le simple désir de manger bio ?