29/03/2010 à 11h32

Une étude relativise le poids des vaches dans le réchauffement

Nacim Chikh | Rue89


Dessin de Tox

La nouvelle pourrait chambouler nos connaissances sur les émissions de gaz à effet de serre : l'ONU aurait surévalué l'influence de l'élevage sur le réchauffement climatique. C'est ce qui ressort d'une étude présentée le 22 mars à la réunion annuelle de l'American Chemical Society.

Jusqu'ici, c'était le rapport de la Food and Agriculture Organization, instance de l'ONU, publié en 2006, qui faisait référence sur le sujet. Cette étude intitulée « Livestock's Long Shadow » concluait que l'agriculture serait « un des premiers responsables des problèmes d'environnement », contribuant encore plus au réchauffement climatique que les transports.

L'ONU rendait l'élevage responsable de 18% des émissions de gaz à effet de serre de la planète, notamment l'élevage bovin, parce que ces animaux, au cours de leur digestion, relâcheraient des quantités colossales de méthane (jusqu'à 90 kg/an pour une vache dans les pays développés).

Du pain béni pour les militants végétariens : éviter les steaks devenait un acte civique et écolo. Les actions anti-viande rouge de grande échelle se sont multipliées, brandissant les chiffres onusiens comme argument d'autorité.

Dernière en date, l'opération Less meat = less heat (« moins de viande » = « moins de chaleur ») mené depuis décembre par le président du Groupe international d'experts sur l'évolution du climat (Giec), Rajendra Pachauri, avec l'appui médiatique de Paul McCartney et du parlement européen. Des chiffres également repris par Fabrice Nicolino dans son livre « Bidoche ».

L'ONU avait « comparé choux et carottes »

L'exposé fait par Frank Mitloehner le 22 mars devant le gratin de la chimie américaine réuni à San Francisco, pose question. Ses résultats contredisent les conclusions de la FAO, en contestant au passage la méthode utilisée à l'époque.

Selon ce spécialiste de la qualité de l'air, les scientifiques de la FAO ont voulu « comparer choux et carottes ». Les facteurs pris en compte pour le calcul des émissions liées à l'agriculture ne seraient pas les mêmes que ceux observés pour les transports.

Quand toutes les sources de pollution sont prises en compte pour l'élevage, depuis la ferme à l'arrivée dans l'assiette, seul les émissions liées à la combustion de carburant seraient retenues pour les transports. Une différence qui pour l'expert empêche toute comparaison pertinente.

Un des auteurs de l'étude de la FAO, interrogé par le site internet de la BBC, ne contredit d'ailleurs pas cette analyse :

« Je dois avouer qu'il n'a pas tort. Nous avons pris en compte tous les facteurs pour l'élevage, mais ne l'avons pas fait pour les transports. Néanmoins, je ne pense pas que le reste du rapport ait été vraiment contesté. »

Le même annonce tout de même une nouvelle analyse de la FAO prévue pour la fin de l'année, qui devrait notamment permettre de comparer le taux d'émission selon le régime alimentaire.

Présidée par Luc Guyau, la FAO est-elle sous influence ?

Mais ce nouveau rapport est aussi à prendre avec des pincettes. Brigitte Gothière, coordinatrice du site viande.info, qui dénonce l'excès de consommation de viande, prévient :

« Il faut faire attention. L'université California Davies [où travaille le Frank Mitloehner, NDLR] s'était déjà fait connaître avec un travail de lobbying pour enterrer la polémique du gavage des oies.

Le lobby de la viande est très puissant. Un exemple révélateur : la FAO a nommé l'ancien président de la FNSEA (premier syndicat agricole français) Luc Guyau à sa tête en novembre. Les conflits d'intérêt risquent d'être nombreux. »

L'étude américaine a en effet été financée à hauteur de 26 000 dollars par le Beef Chekoff Program, un lobby américain de la viande rouge. L'auteur du rapport a, selon son université, reçu 5% de ses financements par des lobbys agricoles depuis 2002.

A l'image de la contestation récente des certitudes scientifiques du Giec, cette polémique ouvre un nouvel épisode dans la bataille des chiffres. Toujours selon la FAO, l'élevage fait vivre près d'un milliard de personnes dans les pays en développement.

Mis à jour le 29/3/2010. Titre modifié, voir commentaires.

Mis à jour le 29/3/2010. Suite aux remarques de Fabrice Nicolino, le poids de l'étude de Mitloehner a été nuancé.

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  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 11h44 le 29/03/2010
    • Internaute
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « L'ONU rendait l'élevage responsable de 18% des émissions de gaz à effet de serre de la planète, notamment l'élevage bovin, parce que ces animaux, au cours de leur digestion, relâcheraient des quantités colossales de méthane (jusqu'à 90 kg/an pour une vache dans les pays développés »).

    On considère effectivement que le « lâché de méthane » en provenance des bovidés (élevés en masse - surtout aux USA) serait effectivement supérieur en « gaz à effet de serre » que tout les Co2 relâchés par l'ensemble du parc automobile mondial.

    Cela ne viendrait pas spécifiquement (juste pour le méthane) de la simple émission de vaches normalement élevées - qui serait acceptable - mais de ces vaches de « batterie » alimentées contre toute logique par du maïs au lieu d'herbes vertes pour lesquelles ses systèmes digestifs sont conçus pour travailler normalement.

    En gros, si les vaches continuaient à brouter normalement l'herbe des prairies, elles n'émettraient absolument pas la quantité de méthane qu'elle émettent aujourd'hui.

  • MagnusMaximus
    • Posté à 12h38 le 29/03/2010

    Oui mais ici, on parle en fait d'un calcul exhaustif de l'émission des transports, le calcul exhaustif pour l'élevage ayant déjà été fait.
    Et bien que cela change l'impact de l'élevage sur la pollution, c'est totalement biaisé d'en déduire qu l'élevage pollue moins (relativement) plutôt que d'en déduire que les transports polluent plus (relativement) et que la planète est plus polluée qu'on ne croie (absolument).
    Pourquoi titrez-vous donc « à l'envers » ? Je suis de l'avis des deux précédents commentaires, vous avez préféré titrer dans le sens qui est le plus à la mode.

  • Yann Guégan
    Yann Guégan répond à Nacim Chikh
    Rue89 avec les doigts est là (...) Rue89
    • Posté à 13h43 le 29/03/2010
      éditeur
    • Journaliste
      Rue89 avec les doigts est là (...)

    Bien répondu, mais j'ai tout de même modifié le titre pour lever toute ambiguïté.

  • Fabrice Nicolino
    • Posté à 14h28 le 29/03/2010

    Bonjour,

    Je suis journaliste, auteur du libre Bidoche auquel vous faites allusion. Franchement, vous êtes aux limites du hoax. Mitloehner, qui mérite un petit peu plus d'attention que celle que vous lui prêtez, n'a pas fait d'étude - où serait-elle publiée ? - mais tenu des propos à la tribune d'une réunion de l'American Chemical Society, que vous ne présentez pas davantage.

    J'ai bien du mal à comprendre par quel miracle vous parvenez à écrire : « Le tout nouveau rapport, présenté par Frank Mitloehner le 22 mars devant le gratin de la chimie américaine réuni à San Francisco, change la donne ». Je remarque d'ailleurs que vous commencez par le conditionnel pour passer au présent de l'indicatif.

    Le rapport de la FAO en date de 2006 n'est pas gravé dans le marbre. Et s'il doit être réfuté, tout ou partie, qu'il le soit. Mais pas par la désinformation.

    Fabrice Nicolino

  • Fabrice Nicolino
    • Posté à 15h00 le 29/03/2010

    De Fabrice Nicolino,

    Je reprends le clavier pour ajouter une précision. Le communiqué de presse de l'American Chemical Society - je ne doute pas que vous informerez sur le financement de cette institution - qui annonce les pseudo révélations de M.Mitloehner, ne fait pas état d'une étude, au sens que tout le monde comprend. Elle évoque en fait un exposé fait devant l'assemblée, comme chacun peut et pourra le constater : Lien

    S'agit-il selon vous de la même chose ? Et ne croyez-vous pas que la guerre commerciale engagée par l'industrie de la viande, qui est contestée pour la première fois à l'échelle mondiale, peut expliquer en partie ce qui s'apparente bel et bien à une mise en scène ?

    Merci de votre réponse,

    Fabrice Nicolino

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 19h48 le 29/03/2010
    • Internaute
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    On évalue à 47 kg par an, le poids de viande de boeuf consommé par chaque habitant aux Etats Unis, toutes formes de consommation confondues...mais juste de la viande rouge bovine.

    Divisé par les 365 jours, cela fait 128 g / jour par habitant !
    (ce qui n'est pas gargantuesque quand même pour un homme actif)
    Mais là dedans, ne sont pas comptabilisés :
    - Les pauvres, fort nombreux...qui en consomment à peine
    - Les petits vieux qui se contentent d'un potage et d'un yaourt
    - Les bébés qui sont encore au biberon ou aux petit pots...
    Ce qui porte la consommation d'un homme à bien plus que 128 g - en vérité

    En plus de cela :
    On pourrait penser que cela n'est pas vraiment excessif, si on estimait que les américains ne mangeaient que cette viande de boeuf, mais comme il faut considérer qu'ils mangent aussi de la dinde, des volailles diverses, du mouton, du cheval, et du poisson...

    ...on est forcé de dire que ces gens bouffent beaucoup plus que nécessaire !