23/03/2010 à 13h19

La taxe carbone abandonnée, Jouanno « désespérée »

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

François Fillon vient d'annoncer l'abandon du projet de loi de taxe carbone, Chantal Jouanno se dit « désespérée de ce recul ».


Un pot d'échappement (Simone Ramella/Flickr)

L'annonce par le Premier ministre mardi matin d'abandonner la taxe carbone « pour ne pas plomber la compétitivité » des entreprises françaises a provoqué une vive réaction de la secrétaire d'Etat à l'Ecologie.

Quitte à se mettre en porte-à-faux, Chantal Jouanno, se déclare « désespérée de ce recul » :

« Je suis désespérée que ce soit l'écolo-scepticisme qui l'emporte. Je ne suis pas en phase avec cette décision. C'était possible de le faire en France avant de le faire en Europe. [...] »

L'annulation de cette réforme, qui devait entrer en vigueur au 1er juillet, était pourtant attendue depuis une dizaine de jours, les arguments en faveur d'une taxe au niveau européen se faisant de plus en plus entendre au sein de la majorité. Déjà impopulaire dans l'opinion, retoquée par le Conseil constitutionnel, la taxe carbone devient la première des réformes victimes de la défaite aux régionales.

Enterrer la taxe carbone aujourd'hui, c'est se priver d'une réforme-phare du mandat, qui risque de manquer à l'heure du bilan.

Relisons ce que disait, en septembre dernier, Nicolas Sarkozy pour évoquer ce « choix historique », devant des députés UMP :

« Cette taxe provoque des débats et c'est normal. C'est une grande réforme comme la décolonisation, l'élection du président de la République au suffrage universel, l'abolition de la peine de mort et la légalisation de l'avortement ».

En septembre, il répétait qu'après avoir signé le Pacte écologique de Nicolas Hulot, il ne pouvait pas « renier sa parole », « c'est une question d'honnêteté ». (voir la vidéo, remontée par Libé Labo)

Et peu après la censure du Conseil constitutionnel, il répétait encore qu'il ne « lâcherait rien » :

« J'ai été élu pour m'attaquer aux sujets difficiles. L'écologie est l'un d'eux car elle bouscule les habitudes. »

L'hypothèse d'un report de la taxe carbone avait pourtant gagné en crédibilité depuis que l'Europe s'était penchée sur un projet de taxe commune.

Le nouveau commissaire européen à la Fiscalité, Algirdas Semeta, veut proposer une révision de la directive sur la taxation de l'énergie afin d'instituer une taxe carbone européenne. Le projet est annoncé pour avril ou mai, mais il faudra convaincre le Royaume-Uni, principal obstacle à l'unanimité.

« Crever les abcès »

Lundi matin, le chef des députés UMP, Jean-François Copé avait été très clair sur Europe 1. Souhaitant « crever les abcès » de certaines réformes qui passent mal, il proposait de commencer par la taxe carbone :

« Je pense que la taxe carbone, ça n'a de sens que si c'est à l'échelle européenne. Ça ne peut pas être une priorité ». (Ecoutez le son, vers 2'10'')

Dans l'interview du président de la République au Figaro Magazine juste avant le premier tour des régionales, les principaux éléments de la décision étaient déjà présents :

« Nous voulons une taxe carbone aux frontières de l'Europe. Nous n'imposerons pas à nos industriels des contraintes si, dans le même temps, on autorise les importations venant de pays qui ne respectent aucune des règles environnementales à inonder nos marchés. »

« Trop de Grenelle tuerait le Grenelle »

L'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin avait lui aussi préparé les esprits en déclarant sur RTL que l'instauration de la taxe carbone en France posait « problème » dans la mesure où « elle n'est pas applicable à court terme en Europe ».

Dans la droite ligne des déclarations au salon de l'Agriculture, où le Président avait trouvé que l'environnement, « ça [commençait] à bien faire », Raffarin avait déclaré que :

« Trop de Grenelle tuerait le Grenelle ».

Mis à jour le 23/03 à 13h19. Ajout de la confirmation de l'annulation de la taxe carbone.

Mis à jour le 23/03 à 15h18. Ajout de la réaction de Chantal Jouanno.

Mis à jour le 23/03 à 16h04. Ajout de la vidéo sur le discours de Sarkozy.

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  • hycare
    • Posté à 13h24 le 23/03/2010

    C'est pas plus mal...
    Franchement ça me gonflait de payer une taxe carbone alors que les industriels - ceux qui polluent le plus- en étaient exemptés...
    Idem pour les multinationales agroalimentaires et les pétroliers.
    Pour moi c'est du racket (pour les particuliers) tout comme la TVA etc...
    Je préfère payer des impôts pour la santé l'éducation nationale et la justice plutôt que pour réparer les exactions des entreprises.

  • LOUP-GAROU
    • Posté à 13h50 le 23/03/2010

    La taxe carbone étais une usine a gaz, ce qui est un paradoxe,si l'ont croit le GIEC, il n'ya plus guère d'espoirs, alors une taxe uniquement en france ne changera pas grand chose au drame,copenhague l'a montré les jeux sont faits,il n'ya plus d'espoirs d'inversé la tendance, si les pays émergents gloutons de voitures,de consommation, comme nous le sommes en europe,et aux usa, n'agissent pas, tout ce cirque ne servira a rien.Mais comment faire la leçon aux puissances économiques émergentes,alors que l'occident a pratiquement tout détruit a elle seule.

  • diogene_
    • Posté à 14h05 le 23/03/2010

    Quelle incompétence !

    - Occuper l'espace méditique pendant des mois ;

    - Prétendre que cette taxe est tellement révolutionnaire qu'elle est comparable à la décolonisation, etc...

    - Se débrouiller pour faire une loi illégale refusée par le Conseil Constitutionnel ;

    - Prétendre qu'on maintient le cap tout en renvoyant le vote à après les « Régionales ;

    - Finallement s'apercevoir que cette loi serait inapplicable (sic) car elle mettrait en danger les entreprises françaises (resic).

    C'est pas Darcos qu'il aurait fallu virer du gouvernement, c'est Borloo ;

    A moins que ce soit Sarkozy.

  • tweesty
    tweesty
    Gaucher et contrarié
    • Posté à 15h34 le 23/03/2010
    • Internaute
      Gaucher et contrarié

    Cette taxe carbone avait du bon, malgré son nom et l'image de « taxe » qu'elle véhiculait. Elle aurait pu avoir comme conséquence de pousser les fabricants d'automobiles ou d'engins fonctionnant à l'énergie polluante et les équipementiers à concevoir des produits moins gourmands en énergie, donc moins polluants.
    Le problème, c'est que la majorité de la population n'y a vu que l'aspect « taxe » et non l'aspect écolo. Ce projet aurait dû s'accompagner de mesures réellement incitatives pour que ceux qui ont trop peu de moyens pour, par exemple, changer d'auto ou améliorer l'isolation de leur logement puissent le faire pour éviter d'être les principales victimes de cette taxe.
    ... Comme d'hab » avec ce gouvernement, ni fait, ni à faire...