19/03/2010 à 18h54

Comment la Libye a décidé du sort du thon rouge

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89


Une assiette de thon rouge de l'Atlantique dans un restaurant à Tokyo (Yuriko Nakao/Reuters)

Comment la réunion internationale de Doha, au Qatar, consacrée au sort du thon rouge, a-t-elle pu se terminer aussi abruptement, jeudi, par le refus d'inscrire cette espèce sur la liste des espèces menacée ? De façon plutôt cocasse, c'est un petit pays, gros pêcheur, la Libye, qui a forcé le cours des choses. Charlotte Nithart, envoyée spéciale à Doha pour l'association Robin des Bois, raconte à Rue89 comment Tripoli a usé d'une astuce de procédure pour clore précipitamment les débats.

La scène se déroule dans le cadre de la15e session de la Cites, la Convention internationale sur le commerce des espèces sauvages menacées. Monaco arrive avec une proposition radicale, celle d'interdire tout commerce du thon rouge, à laquelle l'Etat confetti pense avoir rallié du monde.

L'Union européenne, désireuse d'afficher une position commune à 27, avait suggéré des amendements. Puis ont commencé des tirs en rafale du Canada, de la Tunisie, tandis que Kenya et Etats-Unis se disaient intrigués par les amendements de l'UE.

« On peut avoir 10 voitures et n'en conduire qu'une seule »

C'est alors que Tripoli, qui pêche beaucoup ce poisson vendu très cher, surtout au Japon, dans ses eaux méditerranéennes, entre en scène. Charlotte Nithart raconte la scène :

« Le délégué, doigt accusateur, lance : “L'ignorance disparaît une fois que tout est clair. Si les informations qui nous sont données sont inexactes, cela accroît notre ignorance. En ce qui concerne la proposition de Monaco, chacun doit lire tous les documents pour constater qu'ils sont truffés d'erreurs. Il y est affirmé qu'il y a une flottille [celle des Libyens, ndlr] dont les capacités dépassent largement les quotas de pêche. Oui. Mais on peut avoir 10 voitures et n'en conduire qu'une seule”. »

Une fois ce discours terminé, la Libye demande l'arrêt immédiat des discussions et la mise au vote de la proposition monégasque. La témoin poursuit :

« L'Europe reste muette. Le secrétariat se penche sur son règlement intérieur et confirme que la proposition monégasque peut être votée immédiatement si une partie appuie la demande de la Libye. Le Soudan se porte volontaire. L'Espagne, qui préside l'Union européenne, émerge péniblement et demande une réunion de coordination immédiate. Trop tard, il aurait fallu y penser avant. »

Lorsqu'on passe au vote, le résultat est sans appel : 68 pays ont voté contre l'interdiction, 20 ont voté pour. Le commerce du thon rouge reste autorisé. Les écolos n'ont plus que leurs yeux pour pleurer.

« On ne va pas lâcher l'affaire »

Prise de court alors qu'elle pensait négocier encore tout le week-end, « l'Europe s'est fait avoir comme une bleue », estime la militante associative.

Principal consommateur de ce poisson, le Japon a bien sûr déployé son lobbying. Un observateur français rapporte :

« Les Japonais ont été voir les pays du Sud pour leur expliquer que si la Cites commençait à se mêler de pêche, le tour d'autres espèces qui les touchent plus directement viendrait. »

Maintenant que l'occasion a été manquée, la France jure, par la voix de Chantal Jouanno, qu'elle ne va « pas lâcher l'affaire ». Les ONG s'accrochent encore à l'espoir d'un classement « en annexe II »... bien moins protecteur pour l'espèce.

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  • Disciple ressucité
    • Posté à 19h15 le 19/03/2010

    La proposition française n'était guère contraignante : on ne fait rien avant 18 mois et après on se réunie.
    Pas de quoi rouler des mécaniques, Madame Jouanno.

  • jeek
    • Posté à 19h17 le 19/03/2010

    Il faut quand même être stupide pour pêcher une espèce jusqu'a l'extinction. Si les japonais aiment tant les sushis de thon ils devraient comprendre que leurs intéret est justement la préservation de cette espèce. Quand aux pêcheurs il scient la branche sur laquelle ils sont assis. Ils pourraient aussi comprendre que la préservation des poissons qu'ils pêchent est importante pour eux aussi.
    Mais quand ils auront vidé les mers ils viendront pleurer pour avoir des subventions...

  • alain graume
    alain graume
    citoyen lucide
    • Posté à 20h22 le 19/03/2010
    • Internaute
      citoyen lucide

    OU là là ! Mais vous prenez bien au pied de la lettre l'appellation « pêcheur lybien » !
    Allez donc voir du côté de Sète le nombre de thoniers « français » immatriculés à Tripoli !
    C'est évidemment la meilleure façon de contourner les quotas européens de pêche .
    Pêcheurs lybiens ? Mort de rire.

  • domi1617
    • Posté à 04h53 le 20/03/2010
    • Internaute

    Bonjour
    il est curieux de voir dans le port de Sète le nombre de thonier sètois qui ont changés d'immatriculation et qui sont devenus Lybien ......