05/03/2010 à 17h23

Embarras autour d'une pollution au plastique dans la Seine

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

C'est une pollution inhabituelle -des rondelles plastique- qui n'inquiète ni les autorités, ni les écolos. Un riverain a mené l'enquête.

Infosignalée par
un internaute



Des rondelles plastique au bord de la Seine (Xoan Arias)

Willy, habitant d'une péniche amarrée à Villeneuve-la-Garenne (Hauts-de-Seine) semble le seul à s'inquiéter de la présence d'innombrables rondelles de plastique à la surface de la Seine. Alerté par le défilé de « camemberts » en plastique sous ses fenêtres de sa péniche, Willy a dû lui-même mener l'enquête pour découvrir l'origine de la pollution, il y a trois semaines, dans une station d'épuration de l'Essonne.

Un matin, il s'est réveillé et a découvert un nouveau genre de polluant :

« J'ai l'habitude des ordures en tous genres, du type bouteilles, poubelles, et j'en passe. Mais ces rondelles, je ne les avais jamais vues.

J'ai laissé une passoire dans le courant pendant vingt minutes, et j'en ai ramassé plusieurs dizaines. Je dirais qu'il y a des centaines de milliers de rondelles dans toute la Seine. »

Après un rapide tour sur le Net, il découvre qu'il s'agit de « médias filtrants » :

« J'ai appris sur le site de la Surf Rider Foundation, qui sensibilise à la protection des eaux, que ces bouts de plastique servent à l'épuration des eaux. Ils permettent de retenir les bactéries. »

Y a-t-il quelqu'un qui s'intéresse au sujet ?


Des rondelles plastique au bord de la Seine (Xoan Arias)

Willy se demande que faire : « Suis-je le seul à m'en étonner ? Qui appeler en cas de pollution ? » Il réalise alors qu'il n'existe pas de numéro pour ce type d'urgence.

Ministère de l'Ecologie ? Mairies ? Associations ? Pompiers ? Il nous raconte ses efforts :

« A Greenpeace, on me répond : “Nous ne pouvons pas nous concentrer sur tous les sujets. En effet, nous n'avons pas les moyens techniques et financiers pour être présents et agir à tous les niveaux. C'est la raison pour laquelle nous ne pouvons vous aider sur ce sujet et je vous invite à contacter des associations réellement spécialisées dans ce domaine.”

A France nature environnement (FNE), normalement les spécialistes du sujet, plusieurs messages téléphoniques et électroniques restent sans réponse. Au ministère de l'Ecologie... Ils ne savent pas... J'ai été baladé de service en service pour n'être jamais dans le bon.

Où sont les Verts ? En campagne ! »

Au bout de quatre jours, Willy finit par appeler la brigade fluviale, qui envoie un zodiac pour constater la pollution jusque dans Paris et ouvre une enquête.

Remonter le fleuve

Dix jours après le début de la pollution, Willy continue d'être cerné par les plastiques blancs et il ne tient plus :

« Je décide de remonter en voiture avec mon voisin jusqu'à la source du mal, pour comprendre. Nous commençons notre périple quai François Mauriac, devant la BNF, à Paris. Partout, c'est le même spectacle désolant : du centre de Paris jusqu'à Evry, des milliers et des milliers de médias filtrants flottent ou sont échoués sur les berges. »

Leur périple s'arrête devant la station d'épuration du Syndicat intercommunal d'assainissement et de restauration de cours d'eau (Siarce) à Evry (Essonne) :

« Nous tombons nez à nez, sur une berge de la Seine, avec un tas de plusieurs mètres cubes de ces plastiques, attendant d'être emportés par les crues... Nous avons trouvé ! Le comble : c'est nous qui appelons la brigade fluviale ! »

Celle-ci démarre alors son enquête, en même temps que la presse. C'est devant les caméras de France 3 que le Siarce admet « un débordement qui a eu lieu dans la nuit du 11 au 12 février ». (Voir la vidéo)

Le Siarce n'a pas trouvé de porte-parole disponible pour répondre à nos questions. Contacté par Rue89, le parquet d'Evry, qui suit le dossier, nous indique ce jeudi :

« A priori il s'agit d'un accident, pas d'un acte volontaire. Selon les premières observations, il n'y a aucun risque pour l'environnement ni la santé, ni pour la faune ni pour la flore. Ce n'est pas comme pour les hydrocarbures...

On n'est pas trop inquiet, d'autant que tout cela est extrêmement contrôlé. L'Office national de l'eau et des milieux aquatiques, l'Onema, assiste la brigade fluviale dans l'enquête. On cherche à établir les responsabilités avant d'engager le nettoyage. Il n'y en a pas des tonnes, pas partout, quand la brigade fluviale en voit passer, elles les ramasse. »

Cette pollution n'étant pas directement nuisible pour l'homme, comme celle aux hydrocarbures ou autre produit toxique, elle n'inquiète personne. Aujourd'hui, Willy lance un appel sur le Net car il se demande :

« Combien de tonnes sont parties à la Seine ? Combien de tonnes sont éparpillées sur les berges d'Evry à Rouen ? Combien de tonnes allons-nous retrouver sur les plages cet été ? Quel impact sur la nature ? Pourquoi aujourd'hui il en passe encore des milliers devant ma fenêtre ? Pourquoi tout le monde est silencieux, aveugle et sourd ? Sommes-nous, à ce point-là, blasé de la pollution ? “

Selon Le Parisien, une chose est sûre :

‘Cette nouvelle forme de pollution ne touche pas que Paris. Depuis plusieurs mois, des témoignages font état de milliers de ces camemberts échoués sur les plages en Vendée, au Pays basque et jusqu'en Espagne.’



Des rondelles plastique dans l'eau (Willy)

Photos : des rondelles plastique au bord de l'eau (Xoan Arias : xag12@hotmail.com) ; des rondelles dans l'eau (Willy)

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  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 18h45 le 05/03/2010
    • Internaute
      non connue

    Apparemment, ce phénomène se multiplie : même constat sur les Côtes Basco-landaises :
    Lien

    La thèse de l'accident me semble fragile. Et il semble que les plages vont être remplies de ces machins là.

    Une piste : purifier directement les rivières parce que les stations d'épurations ne font pas leur boulot ?
    J'ai l'impression que vous avez levé un lièvre, et un gros.

    Edit : le produit est décrit ici
    Lien

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 18h55 le 05/03/2010
    • Internaute
      non connue

    Carte de la présence de ces « filter media » :

    Lien

  • roquette011
    roquette011
    chercheur
    • Posté à 18h56 le 05/03/2010
    • Expert
      chercheur

    Le parquet de Paris nous rassure : aucun risque pour l'homme ou pour l'environnement ! ! Pourquoi tout ce cinéma puisque la service expert de l'environnement, le parquet de Paris est aussi catégorique... J'imagine qu'il n'y a donc pas non plus de risque a balancer nos plastiques dans la seine, dans la mer. Chris jordan (cf son site internet) a fait de terrifiantes photos d'albatros morts, le ventre rempli de déchets plastiques, mais tout va bien ! ! On annonce aujourd'hui qu'un continent de déchets plastique grand comme le texas flotte en atlantique du nord, mais, aucun problème ! ! ! C'est vraiment du n'importe quoi.
    Moi, je propose de changer la loi et d'autoriser ces pauvres traiteurs d'eau à rejeter directement ces déchets inoffensifs dans la seine. Et de toute façon, puisque le parquet confirme qu'il n(y a pas de quoi fouetter un chat, pourquoi s'en priveraient-ils ?

  • Bad Time For Human Kind
    • Posté à 21h10 le 05/03/2010

    Les morceaux de plastique que vous avez trouvé sont en PE (polyéthylène), donc chimiquement inerte. Quelque part c'est une chance : pas de relarguage de produits toxiques vu que ce ne sont que des chaines carbonés ; d'autre part c'est une malchance car votre cas sera considéré comme non prioritaire vu qu'il n'est pas une menace pour la santé publique.

    Cependant un producteur de déchets est responsable de son élimination. Si vous avez du temps et de l'argent, faites constater par huissier, prenez le maximum de photos, envoyez des courriers en recommandé avec AR et CC (copie carbone) aux préfectures et mairies des lieux contaminés, DRIRE et DIREN.

    Le fait qu'on en retrouve un peu partout en france simultanément dans des quantités aussi visible me laisse sceptique sur la cause « accidentelle ».

    Si il y avait un risque de santé publique, les choses pourraient bouger vite. Malheureusement dans le cas présent, on fera tout, pour vous décourager ! Mais si vous êtes prêt a vous battre, allez y, nos industriels ont besoin qu'on leur rappelle qu'ils ne sont pas au dessus des lois !

    Espérons pour les poissons, que cette forme de plastique ne leur rappelle pas vaguement certaines des proies qu'ils consomment, leur transit risque d'être fortement perturbé !

    Bonne chance et beaucoup de courages dans vos démarches !

  • yooy
    yooy
    in situ
    • Posté à 17h23 le 06/03/2010
    • Internaute
      in situ

    voilà ce qu'il advient in fine de cette pollution dont tout le monde se fout

    ref : Lien

  • Rémim
    • Posté à 00h20 le 07/03/2010

    Je prends mon plus beau clavier pour écrire à rue89 pour apporter quelques rectifications à ce qui est avancé dans l'article.

    Il n'est pas vrai que cette pollution n'interesse pas les écologistes, puisque Surfrider Foundation la suit depuis plusieurs semaines maintenant Lien et que vous avez vous-même consulté le site de l'antenne basque de l'association pour rédiger cet article, site où la question a été abordée pour la première fois le 16 janvier (l'antenne qui a été en contact avec votre riverain).

    Surfrider est par ailleurs membre du réseau France Nature Environnement.
    Il se peut par contre que l'information ne soit pas remontée car les bénévoles font ce qu'ils peuvent, mais ils n'ont pas la puissance de frappe médiatique d'autres organisations, entreprises ou collectivités.

    Surfrider mène un véritable combat, difficile, pour faire reconnaître les déchets marins comme une pollution, et non comme une nuisance comme c'est le cas aujourd'hui, pour vous en convaincre voici deux sites de l'association : Lien la pétition pour que les déchets marins soient reconnus comme une pollution
    Lien les intitiatives océanes, le grand nettoyage annuel des plages, lacs et rivières.

    Lecteur régulier de Rue89, je souhaitais apporter ces précisions, car il n'est pas forcément agréable de lire que « personne ne fait rien » quand on est soi-même engagé dans la lutte contre ces pollutions et qu'il n'est pas toujours évident de se faire entendre.

    Merci

  • Désinscrit le 15-6
    • Posté à 06h05 le 07/03/2010

    J'ai l'idée de la réutilisation de ces cylindres dans le but de créer une exposition artistique.

    Des milliers de ces morceaux de plastiques seront nécessaires et donc cela mobilisera le nettoyage.
    L'exposition sera une sensibilisation à certaines pollution qui comme l'article le précise, semble parfois désintéresser tout le monde.

    Analyse technique :

    Ces cylindres offrent une possibilité optique intéressante.

    Ils présentent 4 faces visibles selon le positionnement spatial de l'observateur :

    Cette propriété est essentielle car en peignant avec un aérographe en rasant selon les 4 faces il est possible d'appliquer des couleurs différentes de peintures

    Les cylindres devront d'abord être collés sur un support, puis peint à l'aide d'aérographe et de masques.

    Ainsi, une image, un texte peut apparaître et disparaître selon le positionnement de l'observateur

    Lien