05/03/2010 à 20h12

Du méthane s'échappe du fond de l'océan Arctique : un danger ?

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Contrairement à ce que l'on pensait jusque-là, le pergélisol sous-marin n'est pas protégé du dégel par la mer. Des chercheurs de l'université d'Alaska à Fairbanks viennent en effet de découvrir que de nombreuses fuites avaient lieu au large du littoral sibérien, libérant de grandes quantités de méthane dans l'atmosphère. Nul ne sait encore depuis quand ce puissant gaz à effet de serre s'échappe et si ce dégazage risque de provoquer un réchauffement dramatique du climat.

Les chercheurs avaient déjà détecté en 2008 une augmentation des concentrations de méthane dans l'eau de mer au large de la Sibérie. Une équipe internationale s'est donc intéressée de plus près au plateau continental de Sibérie orientale, qui a révélé de nombreux signes d'instabilité et de suintement de méthane. Les résultats de leur étude, publiés dans la revue Science, ont de quoi faire frémir.

L'émission d'un kilo de ce gaz correspond, en termes d'effet de serre, au rejet de 23 kilos de dioxyde de carbone (CO2). Issu de la décomposition anaérobie de la matière organique, le méthane est présent dans les sols, piégé dans le pergélisol (ou permafrost), et dans la mer, sous forme de dépôts d'hydrates de méthane.

Si la fonte du pergélisol terrestre, causée par le réchauffement climatique faisait craindre un dégazage brutal du méthane -véritable bombe climatique- le pergélisol marin était jusque là considéré imperméable, donc sans risque.

L'équipe de chercheurs, conduite par Natalia Shakhova et Igor Semiletov de l'International arctic research center (IARC) de l'Université d'Alaska, a constaté que :

« La quantité de méthane qui s'échappe actuellement du plateau arctique de la Sibérie orientale est comparable à celle qui s'échappe de l'ensemble des océans du monde. Le pergélisol sous-marin est en train de perdre ses caractéristiques de couvercle imperméable. »

Les scientifiques ont estimé que les émissions qui s'échappaient des « trous » du pergélisol sous-marin s'élevaient à 7 millions de tonnes de méthane par an, soit 2% du total des émissions mondiales. La fonte du permafrost sous marin serait à l'origine de trous par lesquels ces quantités de méthane s'échappent. (Voir le schéma ci-dessous)


Illustration : National Science Foundation, DR

Les émanations sont importantes... mais depuis quand ?

Le plateau continental de Sibérie orientale, riche en méthane, s'étend sur deux millions de kilomètres carrés, et se trouve à de faibles profondeurs (environ 50 mètres). Le méthane qui s'en échappe n'a pas le temps de s'oxyder pour se transformer en CO2.

« On pensait que l'eau de mer maintiendrait gelé le pergélisol du plateau arctique de la Sibérie orientale. Personne n'avait tenu compte de cette immense zone », explique Natalia Shakhova.

De 2003 à 2008, son équipe a relevé des concentrations de méthane dans le milieu marin à différentes profondeurs, et dans l'atmosphère jusqu'à 2 000 mètres d'altitude. Résultat : 80% des eaux profondes et plus de 50% des eaux de surface recelaient des taux de méthane plus de huit fois supérieurs à la normale, avec parfois des concentrations qui atteignent 1 400 fois cette norme !


L'Océan arctique vu du bateau de recherche (Igor Semiletov, university of Alaska Fairbanks)

Ce méthane était présent sous forme dissoute mais aussi sous la forme de bulles qui s'accumulent en hiver sous la banquise. Logiquement, les taux de méthane atmosphérique se sont révélés eux aussi supérieurs à la norme. Au total, plus de cent points chauds ont été identifiés.

Natalia Shakhova ne cache pas ses craintes :

« Le pergélisol sous-marin a déjà montré des signes de déstabilisation. Si cette déstabilisation s'accroît, les émissions de méthane pourraient ne pas être de l'ordre du million de tonnes, mais être beaucoup plus importantes.

Le largage dans l'atmosphère de seulement un pourcent du méthane supposé stocké dans les dépôts d'hydrate de faible profondeur pourrait multiplier l'effet actuel du méthane atmosphérique par trois ou quatre. Les conséquences climatiques d'un tel événement sont difficiles à prévoir. »

L'absence d'études antérieures du pergélisol marin rend impossible de déterminer depuis quand ces fuites de méthane se produisent, ni si le réchauffement climatique peut en être la cause. Il est donc important de poursuivre les études sur ce phénomène nouveau.

Seules de plus amples données sur la quantification de ces fuites et de son évolution permettront d'en découvrir les causes et surtout s'il y a un risque de dégazage massif, et donc d'emballement climatique.

Grégoire Macqueron

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  • enezkoalen
    enezkoalen
    skipper
    • Posté à 21h41 le 05/03/2010
    • Internaute
      skipper

    Le dégazage des clathrates ainsi que la fonte des inlandsis groenlandais et antarctiques par leur contact avec un océan plus chaud sont dans l » état actuel de la recherche en pleine évaluation. C » est à dire qu » on ne connait pas encore leurs mécanisme, leur ordre de grandeur. La chaine hypothèse-expérience-théorie n » est pas encore forgée Ces phénomènes ne sont donc pas encore pris en compte dans les modèles réalistes d » évolution climatique.
    Ce qui n'empèche pas tout scientifique serieux , tout journaliste curieux , de se poser des questions sur les « éventuelles “ conséquences .

  • benjaminlmalin
    benjaminlmalin
    chercheur matériaux polymères
    • Posté à 22h07 le 05/03/2010
    • Expert
      chercheur matériaux polymères

    Bonjour,

    Faut-il croire que le réchauffement climatique est à l'origine de la fonte du pergélisol et donc des fuites de méthane (comme cité dans le haut de l'article, 4eme §) ou qu'on ne sait pas si c'est le cas (cité en bas de l'article, avant dernier §) ? Dommage, ce petit « pas grand chose » nuit un peu à la crédibilité de l'article...

  • roquette011
    roquette011
    chercheur
    • Posté à 22h54 le 05/03/2010
    • Expert
      chercheur

    Ce n'est pas une découverte si récente. Depuis les années 70 déjà les scientifiques ont mis à jour la présence de ces hydrates de méthane sous les mers et de nombreuses compagnies pétrolières s'y sont interessées pour tenter de les exploiter. Les marins connaissent également ces phénomènes de bulles de gaz pouvant prendre feu et couler des bateaux. On soupçonne même le dégazage de méthane d » être la cause du fameux mythe du triangle des bermudes ! !

    Malheureusement, c'est encore un effet pervers du réchauffement climatique : ces équilibres chimiques fragiles sont mis à mal et contribuent à leur tour à accélérer le réchauffement. Le risque d'emballement n'est pas à sous-estimer....

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 09h57 le 06/03/2010
    • Internaute
      non connue

    « 7 millions de tonnes de méthane par an, soit 2% du total des émissions mondiales »

    On lâche ces chiffres, mais pour se faire une idée, voici des données sur les émissions de méthane sur terre :

    - Total émissions : 500 Mt/an
    - La fermentation anaérobie sous l'eau : 32% des émissions.
    - Les énergies fossiles : 21 % des émissions.
    - Les ruminants : 16 % des émissions. (1 vache=90kg/an - 1 mouton=8kg/an - 1 porc=1kg/an)
    - Les déchets humains : 12 % des émissions
    - La biomasse : 10 % des émissions.
    - Les sédiments et océans (hydrates) : 4 % des émissions

    On parle donc ici de la 6ème cause d'émission de méthane.

    D'autre part, 7Mt/an de méthane correspond à 7x23x0,2727=44Mt de carbone par an, soit 2,2% de ce que provoque la déforestation.
    (la simple déforestation émet 2Gt de carbone par an.)

  • Jean-Luc LUMEN
    • Posté à 11h53 le 06/03/2010

    Ce thème est d'actualité depuis des décennies, au large de la Norvège il y a tout un pan qui risque de glisser sur plusieurs centaines de Km² composé que de méthane gelé emprisonné dans du sédiment ….

    En Sibérie il y a des villages qui se chauffent au méthane...directement tiré du sol

    Qui de vous a vus le reportage (1-3 ans) ou un scientifique montre la dangerosité du méthane pour la population en perçant un trou de 8-10 mm et en y mettant le feu.
    Il disait que les habitants savaient qu'ils ne devaient pas jeter de mégots…