03/03/2010 à 12h21

Des crottes de singes pour reboiser la forêt amazonienne



Des tamarins de la forêt amazonienne (Laurence Culot/DR)

De prime abord, on pourrait se dire que ça ne sert à rien de savoir ce que chie un singe en pleine forêt péruvienne. Sauf que le sort de la flore amazonienne passe en partie par ces précieuses crottes. A Iquitos, dans le nord-est du Pérou, Laurence Culot, de l'université de Liège, s'est adonnée à des observations peu conventionnelles.

Cette chercheuse en biologie du comportement travaille sur l'interaction entre petits singes et graines à faire germer. Durant plusieurs mois, du matin au soir dans cette zone la moins peuplée du Pérou, elle a pisté des tamarins afin d'examiner leurs selles et observer comment ces petites bêtes, en se nourrissant de fruits et
de graines, les dispersaient dans la forêt au gré de leurs déplacements et de leurs moments de relâche. (Voir la vidéo)

Le tamarin, un jardinier dans la forêt

Laurence Culot a établi que ces petites bêtes peuvent jouer un rôle essentiel dans la reforestation des zones dévastées par l'homme. Les tamarins, moyennant une activité intestinale certaine, éparpillent les graines préalablement ingurgitées et entretiennent ainsi le développement de la flore forestière.

Au fil de leurs escapades, il n'est plus rare pour ces boules de poils à longue queue de se retrouver face à des espaces où leur forêt primaire, originelle, a disparu. Déboisées, ces zones n'intéressent même pas très longtemps les cultivateurs locaux : sans arbres, la fertilité des sols disparaît.

Le hic, c'est que les tamarins ne peuvent pas jouer leur rôle de jardinier juste après le départ de l'homme. Il faut en effet compter en moyenne six années avant d'avoir des arbustes suffisamment robustes pour supporter le poids de ces animaux. Et leur faciliter un peu la tâche, ce ne serait pas possible ?

Faire pousser des couloirs végétaux


Des tamarins à Iguitos, au Pérou (Laurence Culot/DR)

Il semblerait que si, grâce à la création de couloirs forestiers. Les associations environnementales et les gouvernements intéressés peuvent accélérer la reforestation des zones sinistrées en développant des voies végétales propices au déplacement des animaux. Mais encore faut-il les y attirer.

C'est là que les recherches de la docteure Laurence Culot interviennent :

« Il faut y planter des espèces végétales qui produiront de la nourriture à des périodes bien particulières.

Lors de mon étude, j'ai bien noté que les tamarins ne s'aventuraient dans ces forêts secondaires [forêts se développant après une perturbation, d'origine humaine dans ce cas-ci, ndlr] qu'à la saison sèche. Pour la simple et bonne raison qu'ils y trouvaient, à cette époque de l'année, une nourriture faisant défaut dans la forêt primaire.

Ces couloirs forestiers sont donc un bon moyen pour faire pénétrer ces animaux au cœur des zones déboisées. »

Soutien mutuel entre ONG et chercheurs

Parfois abstraite, la recherche fondamentale peut amener à la mise en place d'applications ou, tout du moins, à la proposition de pistes de réflexion face à un problème. Marie-Claude Huynen, professeure dans la même unité que Laurence Culot, souligne :

« Nous sommes souvent en contact avec des organismes comme le WWF ou avec bon nombre d'autres chercheurs. Les congrès, les colloques : on s'y croise tous.

On est dans un mouvement d'apports mutuels avec les organisations environnementales. Ils ont leurs propres chercheurs mais viennent quand même vers nous à la recherche d'infos. Nous, on peut profiter d'un certain apport financier de leur part afin de développer nos recherches. »

Certains pays d'Asie ou d'Afrique comme la République de Guinée ont mis en place des couloirs forestiers à la fois pour faciliter la reforestation et désenclaver des groupes d'animaux isolés.

Photos : des tamarins à Iguitos, au Pérou (Laurence Culot/DR)

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  • 29 réactions
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  • tonton nano
    • Posté à 12h53 le 03/03/2010

    Excellent article ; en est il de même dans les couloirs de nos institutions ?

  • Grand Ole Opry
    • Posté à 13h47 le 03/03/2010

    Nous on a une petite crotte à l'Elysée, et qui ne reboise rien du tout.

  • SuperResistant
    • Posté à 13h59 le 03/03/2010

    On sous estime trop souvent la force du caca.

    • Enki
      Enki répond à SuperResistant
      • Posté à 16h30 le 03/03/2010

      SuperResistant, par ce slogan lumineux, vous sauvez l'humanité et la planète avec.

      Vous nous sauvez de la crise climatique, énergétique et capitaliste.

      Plus localement, vous ouvrez la voie à la révolution populaire, à la nationalisation de l'eau, de l'éléctricité, du gaz et du caca.

      Le jour où notre collectivité expulsera ses spoliateurs et gèrera son caca dans la fraternité en le collectant, ainsi que tous déchets biologiques et agricoles, eaux usées, algues oléagineuses , etc, pour en alimenter un réseau public de méthanisation, ce jour où nous ferons le plein de l'auto au gaz de caca, où notre caca fera de la lumière, ce jour là, il sera gravé dans la gloire de nos monuments et de nos lunettes :

      SuperRésistant :
      « On sous estime trop souvent la force du caca. “

    • Firmin
      Firmin répond à SuperResistant
      employé du mois
      • Posté à 21h36 le 04/03/2010
      • Internaute
        employé du mois

      Le postage de l'image suivante est, ici, non seulement nécessaire mais indispensable :

      Lien

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 15h23 le 03/03/2010
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    De prime abord on ne s'en doute pas... sauf si on a suivi les cours de biologie du collège.
    Il y a un paquet de bestioles qui disséminent les graines de cette manière, et pas plus loin que dans notre propre environnement.

    C'est même tout l'enjeu de la préservation des espèces sauvages, les piafs ne servent pas juste à nous ravir en chantant « no trepassing » et « coup de bite ».
    C'est même pour ça que je file à manger aux pigeons et aux moineaux des graines de chanvre indien, pour qu'il en pousse partout dans Paris : D

    Et c'est obligé de m'écorcher les yeux en écrivant « docteure » ? Le dictionnaire a déjà le mot « doctoresse »...

    • Enki
      Enki répond à Keldan
      • Posté à 17h58 le 03/03/2010

      Cui cui, miam ! Monsieur sait recevoir ! C'est faire justice : Avant, on en faisait pousser partout. Dans chaque ferme, on avait une chènevière pour nourrir les poules. On continue de manger les poules mais on les gave avec des trucs fastfoodisés ou pire, au lieu d'un bon chènevis bio du terroir. En plus il y a des variétés améliorées même pas OGM, ça fait du papier plus proprement qu'avec du bois, un meilleur textile qui pousse bio en améliorant les sols, une huile riche en acides gras insaturés et acide Gamma linoléïque, quatre bois plus de biomasse que la sylviculture, et ça détend. Les pigeons, c'est dommage, on ne peut pas en abuser parce que ça stocke des métaux lourds, de l'arsenic, surtout en ville. Les moineaux, tu les cuisines comment ?

      • FreeMind
        FreeMind répond à Enki
        Libre Penseur
        • Posté à 18h24 le 03/03/2010
        • Internaute
          Libre Penseur

        Parait même qu » Henry Ford en cultivait et que les panneaux de carrosserie de la Ford-T en étaient faits et s'avéraient plus solides que ceux en ferraille.
        Les applications sont multiples enfin pour les mâles mais perso je préfère les femelles (dont la seule fonction est de détendre).
        Sinon, je suis d'accord avec Ben Dronkers, c'est ça « ...qui va sauver le monde ».

    • FreeMind
      FreeMind répond à Keldan
      Libre Penseur
      • Posté à 18h16 le 03/03/2010
      • Internaute
        Libre Penseur

       »...je file à manger aux pigeons et aux moineaux des graines de chanvre indien, pour qu'il en pousse partout dans Paris »

      ...et après, un petit coup de bat guano, juste histoire d'utiliser le caca jusqu'au bout ! Et voilà, t'as plus qu'à repasser dans 3 mois.

  • titoukivol
    titoukivol
    étudiant IUT informatique
    • Posté à 15h48 le 03/03/2010
    • Internaute
      étudiant IUT informatique

    Citation WikiPedia :

    « Le terme doctoresse, souvent employé pour désigner l'épouse d'un chirurgien, est vieilli.
    L'emploi de docteure est aujourd'hui recommandé par le gouvernement en France 2, même si l'Académie française considère que ce mot est un barbarisme, car, selon elle, parmi les mots en -eur, seuls ceux dérivant d'un comparatif latin admettent un féminin en -eure (comme prieur, prieure, du comparatif latin prior) : l'unique forme correcte est donc “ un docteur ”, ce mot n'admettant pas de féminin et pouvant être indifféremment appliqué (avec son genre toujours masculin) aux représentants des deux sexes.
    La forme docteure est également recommandée en Belgique 3 et au Québec4. »

    ––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––-

    Il me semble que c'est également le cas au Québec (à vérifier tout de même), où beaucoup de noms communs sont féminisés, par soucis d'égalité de sexes. Après tout, la langue est faite pour évoluer : )

    Je devrais faire manger des graines en tout genre à mon chat, au moins il aurait une activité écologique en déféquant aux quatre coins de mon appartement...

  • Enki
    • Posté à 16h05 le 03/03/2010

    Dans le même esprit que la crotte de tamarin, il y a un truc sympa à faire soi-même, ou mieux, avec des enfants : Les billes de graines.

    Il s'agit de récolter des graines, ou de s'en procurer, et modeler de petites boules de terre argileuse en les y incorporant.

    Séchées, ces petites billes sont faciles à transporter et disperser pour, par exemple, fleurir une jachère ou d'une façon générale aider à maintenir ou restaurer la biodiversité quelque part (guerilla jardinière).

    Il va sans dire qu'il faut pouvoir identifier les graines récoltées comme indigènes et n'étant pas inopportunes dans le milieu naturel auquel elles sont destinées.

    « Elles furent utilisées par les Indiens d'Amérique et plus récemment par Masanobu_Fukuoka » [microbiologiste pionnier de l'agriculture naturelle]
    Lien

  • Disciple ressucité
    • Posté à 16h58 le 03/03/2010

    Hosanna, le mystère de la résurrection nous est révélé !
    Nous pouvons disperser les inutiles cendres et adorer la scathophaga comme un fragile reflet de notre spiritualité.

  • Matebe
    Matebe
    l'Africain
    • Posté à 17h06 le 03/03/2010
    • Internaute
      l'Africain

    Bravo !
    Etudier les cacas de singe ne coûte rien au contribuable.
    C'est comme au Niger où 200.000,00 € ont été dépensés pour sauver une dizaine de girafes. On est rassuré !
    Surtout quand on sait qu'au Niger des centaines de milliers d'enfants meurent de faim (ce qui fera moins de sales gosses qui vont emmerder les girafes dans leur milieu naturel)
    C'est beau l'écologie !
    Je suis très ému et je verse une larme (sanglots)

  • Aloïs
    • Posté à 19h28 le 03/03/2010

    Diable ! A chaque fois que je ferai caca, je penserai à ces petits singes, car moi, les miens n'apportent pas grand chose si ce n'est une odeur peu agréable...

  • heinpasdeux-
    • Posté à 11h36 le 04/03/2010

    La crotte de pitbull dévore les trottoirs de villes...elle n'est pas recyclable.

  • Qûr Tharkasdóttir
    Qûr Tharkasdóttir
    Cynique viscérale
    • Posté à 13h53 le 04/03/2010
    • Internaute
      Cynique viscérale

    Belle « découverte », mais rien de tout à fait neuf. En Europe occidentale aussi, il y a des espèces végétales qui profitent d'une maturation par le passage de leurs semences dans les intestins d'oiseaux (le merle, par exemple), ou d'autres animaux tels que le blaireau ou le renard. En particulier, on sait depuis belle lurette que les graines des sabinas (Juniperus phoenicea, ou genévrier de Phénicie) de la forêt primaire de l'extrême ouest l'île de Hierro (Afrique géographique, mais Europe politique) ont besoin d'un parcours dans le système digestif des oiseaux du lieu pour pouvoir germer.